Après l’Irlande, voici quelques lectures écossaises

10 Mai

Au fil des siècles, l’Écosse a été le berceau d’auteurs renommés et après vous être évadés dans ceux de l’Irlande grâce à notre précédent article, découvrez les magnifiques paysages écossais, décor de nombreuses œuvres de proses et de poésie. Mais à l’image de nombreux pays nordiques comme l’Islande ou la Suède, l’Écosse inspire aussi des histoires sombres et les écrivains écossais de romans policiers racontent des histoires terribles mais croustillantes. On appelle même ce genre littéraire « le tartan noir ». Comme c’est un pays d’histoires et de légendes, les écrits abondent :  d’hier et de demain, d’histoires vraies ou abracadabrantes, de fictions qui ressemblent au réel, de légendes peuplées de fantômes et de monstres, offrant un terreau varié à l’imagination. Voici donc quelques pistes de lectures écossaises !

  • Susan Fletcher : quoique née à Birmingham, cet auteur situe la plupart des intrigues de ses romans en Écosse, elle affectionne les ambiances historiques qu’elle dépeint d’une plume délicate.

Un bûcher sous la neige (nouvelle fenêtre). Ce roman entre-mêle légendes, écrits marins et mystères. Corag est accusée de sorcellerie et on la promet au bûcher. Elle aura pourtant une écoute avec le révérend qui lui rend visite. Ce roman évoque une époque difficile de l’Écosse, le froid, la pauvreté, la solitude, la communion avec la nature mais aussi et surtout nous apprend à faire fi des préjugés et à écouter son cœur.

  • Si vous aimez les ambiances ténébreuses, Peter May est un auteur de romans policiers prolifique né à Glasgow, il est aussi scénariste de télévision. Il habite en France et il est naturalisé français.  L’atmosphère et les paysages des lieux dans lequel il situe ses héros sont des éléments essentiels à son travail d’écriture:

Les disparus du phare (nouvelle fenêtre) est une histoire qui se passe dans l’archipel des Hébrides. L’enquêteur recherche les origines d’un mystérieux disparu, retrouvé sur une île battue par les vent, sans aucune conscience de son identité. D’une grande maitrise, l’auteur n’a pas son pareil pour restituer l’ambiance sauvage qui peut aussi s’avérer inhospitalière  en Écosse.

  • Irvine Welsh : cet auteur a exercé de nombreux métiers, entre autres guitariste, chanteur, agent immobilier… Autodidacte, il a traversé une période sombre où il a plongé dans la drogue ce qui servira de base à son premier roman Trainspotting, succès mondial qui fut adapté au théâtre et en film. Ses écrits très contemporains ne s’adressent pas à tous les publics.

Trainspotting ( nouvelle fenêtre)  Édimbourg dans les années 1990 : dans les quartiers pourris où traînent les junkies, les losers, les voleurs., ils sont quatre, à partager pintes de bière et piqûres d’héroïne. Sick Boy qui rêve de travailler, Mark, qui rêve de décrocher, Matty, persuadé de ne pas tomber dedans, et Spud, le paumé de service. Un livre choc, à compléter par le film du même nom, réalisé par Danny Boyle en 1996.

  • Alasdair Gray est un romancier, poète et peintre, metteur en scène écossais qui offre une œuvre qui tient à la fois du réalisme, du fantastique et de la science-fiction. Il s’inscrit dans une tradition écossaise de réalisme social, dans la lignée de Stevenson mais la renouvelle surtout au niveau de la forme même : l’humour, et en particulier l’autodérision, sont omniprésents dans ses écrits.

Faiseur d’histoire (nouvelle fenêtre) se déroule au 18ème siècle. L’ensemble de la vie sociale et publique se déroule sous la surveillance d »Œil public », une variante envahissante de la télé-réalité. Un beau jour, le jeune et vigoureux Wat Dryhope ne respecte pas les règles du jeu guerrier et ce geste de libre arbitre bouleverse sa vie, le rend populaire, le met à la merci du désir d’une mystérieuse partenaire, puis entraîne une remise en question dramatique et fondamentale pour toute l’organisation de la société. un style inimitable plein d’ironie et d’humour.

  • Ambrose Parry, alias Chris Brookmyre, est romancier. Avec sa femme Marisa Haetzma, qui est anesthésiste, ils créent des romans policiers aux intrigues captivantes et crédibles. Ce duo d’auteurs appartient au tartan noir (voir l’article de Wikipedia – nouvelle fenêtre) mouvement littéraire qui allie romans noirs et culture écossaise.

Le cœur et la chair (nouvelle fenêtre) : un apprenti médecin et une femme de chambre vont mener conjointement une enquête sur des décès suspects de jeunes femmes à Edimbourg. Will Raven vient de commencer un stage auprès d’un médecin obstétricien et il va ainsi faire la connaissance de Sarah, femme de chambre mais aussi assistante du médecin. L’ambiance parfois lumineuse alterne avec des instants plus sombres.

  • Ali Smith a étudié à Cambridge, elle est auteure de nouvelles et de romans et a remporté de nombreux prix, notamment le Booker Prize pour Comment être double ainsi que pour Automne, son roman le plus récent

Automne (nouvelle fenêtre)  : par le biais d’un vieux monsieur Daniel Gluck et d’Elisabeth sa voisine, l’auteur nous livre une réflexion sur la vie, la mort, le temps qui passe, l’inconstance des actions, avec un coup de patte bien senti au référendum qui a conduit au Brexit. Elle conjugue poésie et limpidité dans un texte remarquable.

Ian Rankin est détenteur d’un doctorat de littérature écossaise. Après un premier roman passé inaperçu, il débute son premier épisode de la série des enquêtes de l’inspecteur John Rebus, probablement l’un des enquêteurs les plus célèbres de la seconde moitié du vingtième siècle : alcoolique, divorcé, gros fumeur, indiscipliné, fan de rock, lecteur de Dostoïevski et pourfendeur des clichés touristiques attachés à Edimbourg. Rebus, comme dans tout bon polar, n’est au fond que la personnification de la ville qu’il hante. Avec ce héros, Ian Rankin devient incontournable. Il décrit Edimbourg et ses recoins avec un style particulier et porte un regard original sur la ville, en offrant une place à des quartiers en général peu vus, peu connus. 

La maison des mensonges (nouvelle fenêtre) dans cet opus, on y retrouve le célèbre inspecteur Rebus, mais désormais à la retraite il va aider sa fille spirituelle l’enquêtrice Siobhan Clarke. Il s’y montre à nouveau un détective très humain. Ce roman propose une  lecture bien ancrée dans la réalité où l’auteur évoque le Brexit , les nouvelles technologies qui rendent la vie difficile aux investigateurs plus âgés comme partout dans le monde du travail.

  • N’oublions pas les grands auteurs classiques tel que (Sir) Walter Scott, l’une des plus illustres figures du romantisme britannique. Il est aussi un des représentants du roman historique et a contribué à forger une image romantique de l’Écosse et de son histoire. On lui doit aussi l’usage du tartan et du Kilt dont le port avait été interdit par une loi du Parlement en 174

Les puritains d’Écosse (à lire en ligne – nouvelle fenêtre) Henry Morton, jeune presbytérien orphelin aime Edith Bellenden. Au soir du 5 mai 1676, Morton accepte d’abriter John Balfour de Burley, extrémiste et assassin de l’Archevêque de Saint Andrews, il agit par piété filiale, car l’homme a sauvé la vie de son père. Il sera entrainé dans la bataille de Drumclog.

Ou encore ses célèbres romans historiques tels Ivanhoé (à lire en ligne- nouvelle fenêtre) ou Quentin Durward (à lire en ligne – nouvelle fenêtre), un jeune noble écossais qui exercera ses talents de bravoure auprès du Roi Louis XI en France en parfait chevalier.

  • Robert-Louis Stevenson, autre célèbre auteur de romans d’aventures ou de récits fantastiques, manifeste aussi un talent de la narration et une profonde intelligence de la nature humaine. Il nous laisse une œuvre à mi-chemin entre le naturalisme et l’impressionnisme, mêlant fiction et réel. Il est d’ailleurs salué avec enthousiasme par les plus grands de ses contemporains puis de ses successeurs. Il exploite tous les ressorts du récit comme la multiplication des narrateurs et des points de vue, et pratique en même temps une écriture très visuelle.

Citons Le cas étrange du Dr Jekyll et de M. Hyde (nouvelle fenêtre) : cette nouvelle est devenue une référence dans la culture mondiale comme allégorie de la double personnalité de chaque être humain, tiraillée entre le bien et le mal. Elle décrit aussi le dédoublement de la personnalité et la tendance victorienne à l’hypocrisie sociale. On peut, enfin, y voir une allusion de l’évolution d’un toxicomane avec ses phases d’euphorie, de perte de contrôle, d’accoutumance et sa fin tragique.

  • (Sir) Arthur Conan Doyle est né à Edimbourg : après diverses expériences, il deviendra médecin et partira servir auprès des troupes britanniques dans la guerre des Boers en Afrique du Sud. À son retour, il ouvre un cabinet de médecine mais il a peu de patients, aussi il se met à écrire et créer le personnage de Sherlock Holmes qui apparaitra dans 56 nouvelles et 4 romans.

Le chien des Baskerville (classique à télécharger – nouvelle fenêtre) est l’une des plus célèbres aventures de Sherlock Holmes : elle a fait l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques, télévisuelles et radiophoniques. Selon une légende vieille de plusieurs siècles, un chien démoniaque crachant du feu de sa gueule géante pourchasserait les membres de la famille Baskerville. Lorsque Sir Charles décède dans des circonstances troubles, Sherlock Holmes et le Dr Watson enquêtent.

  • Pour appréhender d’autres aspects de l’Écosse avec cette nature sauvage faite de landes où sont accrochés des châteaux séculaires, ses plages battues par les vents ou ses villes pleines de vie, je vous propose un autre angle, la vision de l’Écosse vue par des auteurs qui n’en sont pas forcement natifs. Ainsi l’Américaine Diana Gabaldon a trouvé une formidable source d’inspiration dans l’histoire de l’Écosse en y mêlant une histoire fantastique qui remonte le temps et une histoire romantique qu’elle a décliné en saga sur fond de paysages incitant à la rêverie.

Outlander, le chardon et le tartan (nouvelle fenêtre) : cette série de romans est centrée autour de Claire, une infirmière anglaise du XXe siècle qui voyage dans le temps et de son mari Jamie, un guerrier écossais du XVIIIe siècle. L’histoire est d’ailleurs le plus souvent racontée du point de vue de Claire, elle a donné lieu à l’adaptation en séries télévisées dont les différentes saisons rencontrent un vif succès : Outlander (nouvelle fenêtre)

  • Ken Follett quant à lui, n’est plus a présenter, ainsi que l’efficacité de ses romans historiques dont la qualité tient à sa documentation réunie pour chaque roman. Cet auteur privilégie les descriptions détaillées des lieux, des situations, l’élaboration de la psychologie des personnages révélés par une écriture journalistique. En y ajoutant des retournements de situation, ce qui explique en partie le succès des Piliers de la terre (nouvelle fenêtre)

Le Pays de la liberté (nouvelle fenêtre) est un roman historique sur l’esclavage qui se situe en Écosse en 1763.  Mack est quasi esclave dans une mine de charbon. malgré une plume magique et colorée les thèmes liés à l’exploitation de l’homme par l’homme ,l’esclavage , la corruption , le courage , la révolte et surtout l’amour sont au cœur de ce roman.

  • Et pour finir sur une note de légèreté, Rhys Bowen, alias Janet Quin-Harkin, romancière britannique (que l’on pourrait comparer à M.C. Beaton ) écrit tout d’abord de nombreux romans d’amour et imagine des séries récurrentes. Elle se lance ensuite dans une série policière, l’Espionne royale.

Dans cette série L’espionne royale (nouvelle fenêtre), Rhys Bowen prend le temps de planter son décor, mêlant avec brio personnages réels et fictifs. On y voyage en Écosse, sur les terres des Rannoch, tout près du château de Balmoral, où l’auteur met en scène des personnages féminins des années 1900 au caractère bien trempés. Dans ces romans, enquête et humour s’enchainent pour votre plus grand plaisir !

La saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2021, un calendrier bousculé

4 Mai

Décidément, le jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2021 vit cette année une aventure exceptionnelle ! En effet, bousculant les habitudes et obéissant au couvre-feu, la deuxième rencontre de nos jurés a eu lieu un samedi matin à l’heure du café, au lieu du traditionnel horaire de semaine en fin de journée. Mais au diable la routine, avec trois livres au programme des discussions, comme toujours enflammées et passionnantes !

Un rapide tour de table pour ceux qui avaient manqué la première rencontre du jury 2021 confirme que nous avons là un petit groupe de grands lecteurs passionnés, et ce, quelle que soit leur situation : fraichement retraité, l’un apprécie de lire du matin au soir, l’une lit tellement qu’elle est surnommée Celle qui lit sur son lieu de travail et malgré un emploi du temps minuté, un autre, absent ce matin, a pris le soin de rédiger et d’envoyer ses avis de lecture circonstanciés pour la séance du jour.  Et tous, présents ou non, sont heureux de découvrir grâce à ce jury des romans qu’ils n’auraient peut-être pas choisis !

De l’émotion au rendez-vous

Je l’avais déjà lu, c’était un coup de cœur. Je l’ai relu pour l’occasion et je l’ai autant adoré !

Ce cri du cœur donne le ton des débats qui vont suivre, avec un premier titre qui emporte tout autant qu’il divise ! On s’intéresse d’abord au registre affectif de la lecture : il s’agit « d’un livre construit sur les sensations », où l’on ressent beaucoup d’empathie de la part de l’auteur, un livre où l’on comprend la psychologie des personnages grâce à leurs émotions. « L’auteur aime ses personnages, il vit avec eux donc nous aussi ».

Mais si l’émotion semble au rendez-vous pour certains jurés, d’autres restent sur leur faim du côté de la grande Histoire : « c’est juste un contexte ». D’autres encore estiment que c’est plus subtil et que l’Histoire est bien présente mais uniquement par le biais des conséquences qu’elle a sur les gens : une sorte de « vision en filigrane ». Est-ce suffisant ? Non, car pour la plupart des jurés, il ne s’agit que de repères : on effleure, c’est trop suggestif, « on a juste un petit bout d’Histoire en toile de fond et le comportement des gens d’une certaine époque ».

Mais on s’accorde sur le fait que ce roman offre un éclairage assez nouveau sur la guerre.

Si le critère « présence de l’histoire » ne fait pas l’unanimité, le style, sobre, fluide « qui coule et se lit tout seul » pourrait faire la différence : « collant à la psychologie des personnages avec une rudesse palpable » et de belles descriptions.

Même avis favorable chez cet autre juré qui, si l’intrigue, un simple drame familial, n’est pas particulièrement originale, trouve ce livre excellent en raison de l’impression forte que lui a laissé le texte.

Une documentation très dense

C’est visiblement dans un tout autre état d’esprit que l’on referme le livre dont on parle ensuite : un premier roman très très documenté, presque trop… ce qui a hélas eu pour effet de laisser à distance la plus grande partie de nos jurés.

« Il faut s’accrocher », entend-on dans le petit cercle. « C’est dur à lire ». À tel point qu’un des jurés a failli laisser tomber 15 fois , mais a persévéré une seizième, concédant qu’il s’agit d’un livre très intéressant par sa documentation. Il s’agit d’un « bouquin d’érudit », avec pour le fil conducteur la grâce et la disgrâce.

Ce qui, dans l’absolu, pourrait être un sujet propice à une intrigue avec moult rebondissements … mais non… Car cette richesse documentaire que personne ne peut contester, semble nuire au caractère romanesque du livre : malgré un aspect historique « flamboyant », l’intrigue ne fonctionne pas, les péripéties tombent à plat.

Ne croyez pas que cette opinion fasse consensus ! Ainsi ce qui a dérouté les uns, l’effort de lecture, est justement ce qui a fait jubiler les autres, même s’ils avaient quelques réserves avant de commencer :

Le résumé me faisait craindre le pire mais c’est une leçon d’histoire de la plus agréable manière. Je ne l’ai jamais lâché (le livre), je voulais en savoir plus.

Paradoxes, émotions et repères…

Paradoxe de ce travail très fouillé, trop de mystères demeurent, ce qui en gêne certains.

-On va très loin dans la vie et l’intimité du personnage mais on ne sait rien de ses origines, regrette une jurée.

-C’est un choix d’auteur, il ne nous dit pas tout, lui objecte un autre qui voit dans cette absence d’informations une retenue volontaire.

« Il (l’auteur) laisse des blancs », dans lesquels le lecteur est libre de s’engouffrer. Se pose alors la question de cette subjectivité assumée dans la façon de raconter une époque qui pourrait bien être la marque d’un texte de fiction… Mais décidément non, pour la plupart des jurés, ce livre, s’il est assurément le plus historique, ne répond pas aux attentes du côté romanesque.

-Pourtant, intervient avec humour un juré, si le personnage principal est complètement inventé, c’est que c’est un roman, non ?

Alors romanesque, pas romanesque ? Là est la question que nous ne résoudrons pas ici mais qui nous ramène par un chemin de traverse sur celui de l’émotion et de l’empathie. Car pour certains, ces deux composantes indispensables du genre romanesque sont complètement absentes du livre : il est impossible de s’identifier ou de vibrer avec ce héros qui « se pose beaucoup de questions ».

-Mais est-il nécessaire d’éprouver de l’empathie ? s’interroge alors un juré qui donne ensuite ce qui pourrait être une des nombreuses définitions du roman historique :

Pour moi, un roman historique c’est plein de repères et quelque chose qui se passe autour de ces repères.

Le style divise tout autant nos jurés : certains l’ont même détesté et goûtent peu la juxtaposition d’une écriture très classique (au passé simple et à l’imparfait du subjonctif), et d’une histoire qui se passe au XXe siècle : « c’est artificiel, trop plaqué ».

La responsabilité des jurés

Au fil de la discussion, ce qui semble ressortir de ce roman est un constant paradoxe, comme si le livre oscillait en permanence entre le trop et le pas assez, posant ainsi de nombreuses questions dont une essentielle qui dépasse toutes les appréciations personnelles de lecture : la « responsabilité » de nos jurés dans l’attribution du prix 2021.

Nous allons attribuer un prix mais pour quel public ? Il faut que le livre qu’on va primer soit accessible.

C’est avec cette réflexion en tête que l’on se penche sur le troisième et dernier livre de la séance. Si sur le précédent, les ellipses, silences et blancs voulus par l’auteur avaient pu gêner, ici, c’est tout le contraire : « il n’y a aucun mystère, l’histoire est beaucoup trop prévisible, on a toutes les réponses dès le début ».

Allons bon ! Mais qu’en est-il du fond historique ? Ce n’est pas mieux… car qu’on l’ait apprécié ou pas, on ne le trouve pas assez fouillé (notez le contraste avec le précédent), la période n’étant présente que par un vague contexte, des musiques d’époque et une ambiance. Certains le trouvent même anachronique, ou pas assez politique, compte tenu de ce qui se passait politiquement à l’époque. « Et dont l’auteur aurait dû parler », nous dit-on.

-Ce n’est pas l’Italie véritable, entend-on aussi.

Alors c’est quoi ? Peut-être de la fiction ? Que nenni ! « Les personnages sont plats et on ne ressent aucune empathie pour eux »… Et de le comparer avec ceux, beaucoup plus denses, d’une saga bien connue. On regrette : « c’était pourtant un sujet intéressant »… Mais qu’en est-il du style ?

-Volontairement choisi pour faire du tragique, beaucoup de répétitions, tranche l’un.

Pour un autre, il est au contraire trop distancié et dérangeant : « froid, pas assez impliqué ». Mais d’autres encore le trouvent très efficace, avec ce décalage permanent entre une écriture légère et l’horreur racontée, participant de la tension qui monte inexorablement. Dans un style cinématographique, l’insouciance de la Dolce vita et le drame cohabitent, laissant à certains un goût amer et dérangeant encore très fort.

-J’ai l’impression de ne pas avoir lu le même livre que vous ! conclut un juré qui, lui, a été conquis par cette ambiance « sombre et lumineuse à la fois ».

Vous l’aurez compris, ce livre, comme les précédents, divise nos jurés : ainsi au fil de la séance, il sera successivement qualifié de roman policier mythologique, de carte routière, de portrait psychologique d’une jeunesse paumée, de balade urbaine, de thriller, mais aussi de faux thriller puis de thriller sans suspense, avant de se retrouver sous l’étiquette de bouquin d’ambiance.

En revanche, tous les jurés finissent par se mettre d’accord sur ce dernier livre : ce n’est pas un roman historique. « Ce n’est pas assez creusé de ce point de vue ». C’est plus noir qu’historique »

À l’issue des ces débats animés, la séance se termine sur un petit sondage. Parmi les cinq premiers livres lus, quel serait à ce jour le meilleur candidat au Prix 2021 ? Un se dégage, mais depuis dix ans que l’on suit les aventures du jury du Prix des Lecteurs, on sait que tout peut basculer jusqu’à la dernière minute !

Prix Astrid Lindgren 2021

30 Avr

Cocorico ! Le prix Astrid Lindgren, ou prix ALMA (Astrid Lindgren Memorial Awards – en anglais), a été attribué le 30 mars dernier pour la première fois à un Français.

Créé par le gouvernement suédois, ce prix a vu le jour en 2002, en hommage à l’auteur Astrid Lindgren, la mère de Fifi Brindacier, afin de promouvoir un auteur, un illustrateur ou une institution de la littérature pour l’enfance et la jeunesse dans le monde.

Il est important de noter que par le montant de la récompense qui est attribuée au lauréat, le prix ALMA arrive en 2ème position après le prix Nobel de littérature.

Cette année, 263 nommés de 69 pays attendaient le verdict. Parmi eux, 8 Français faisaient partie de la sélection et pas des moindres : Olivier Douzou, Bernard Friot, Timothée de Fombelle, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail, Geneviève Patte, François Place, François Roca et le lauréat est….. Jean-Claude Mourlevat.

Par Ave Maria Mõistlik — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, wikimédia

Né en 1952, sa carrière d’écrivain commence tardivement. Après avoir enseigné l’allemand, il fut comédien et metteur en scène. C’est à la quarantaine et grâce à la commande de contes d’un de ses amis comédien, que Jean-Claude Mourlevat décide de se consacrer à l’écriture.

La balafre écrit en 1998 est le premier d’une longue liste de romans qui se succèdent pour notre plus grand bonheur.

Avant d’être récompensé pour l’ensemble de son œuvre, plusieurs de ses romans ont été primés comme :

La rivière à l’envers : c’est un voyage fabuleux qui va entraîner Tomek et Hannah, deux jeunes orphelins, jusqu’au bout du monde. Trouveront-ils cette rivière qui coule à l’envers et dont l’eau empêche de mourir ? Ou bien autre chose qu’ils ne cherchaient pas ?

Le combat d’hiver : au cœur d’un pays imaginaire, des orphelins sont détenus dans un internat qui ressemble à une prison. Cet hiver-là, une lettre mystérieuse leur révèle qu’ils sont les enfants d’une génération d’hommes et de femmes éliminés une quinzaine d’années plus tôt par la faction totalitaire qui a pris le pouvoir. Quatre d’entre eux décident alors de s’évader pour reprendre le combat de leurs parents.

Le chagrin du roi mort : c’est une petite île froide, quelque part dans le Nord. Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place. Il neige. Il sera question de séparation, de guerre, de trois ciels différents, d’un premier amour. Il y aura une prophétie, des êtres qui se perdent dans l’immensité, une sorcière qui mange des têtes de rats ….

Terrienne : tout commence sur une route de campagne… Après avoir reçu un message de sa sœur, disparue depuis un an, Anne se lance à sa recherche et… passe de l’autre côté . Elle se retrouve dans un monde parallèle, un ailleurs dépourvu d’humanité, mais où elle rencontrera cependant des alliés inoubliables. Pour arracher sa sœur à ce monde terrifiant, Anne ira jusqu’au bout, au péril de sa vie. Et se découvrira elle-même : Terrienne. Vous ne respirerez plus jamais de la même manière

Jefferson : dans ce polar haletant, parfois féroce, mais où dominent la tendresse, l’amitié et le bonheur de vivre, Jean-Claude Mourlevat aborde de façon inédite la question de notre rapport aux animaux.

Le jury du prix Alma souligne sa créativité :

Dans chacun de ses livres, Jean-Claude Mourlevat surprend ses lecteurs avec des formes nouvelles et des intrigues inattendues …

Inattendue ! C’est le terme qui convient pour décrire la réaction de l’auteur quand il a appris la nouvelle par téléphone : « c’est absolument incroyable, j’étais nommé depuis dix ans, je n’arrive pas y croire ».

Dans son œuvre, Jean-Claude Mourlevat se renouvelle sans cesse, certainement inspiré par ses lectures de jeunesse dont Robinson Crusoé, il revisite brillamment la tradition du conte, comme en témoigne L’enfant océan. Abordant les sujets les plus beaux comme les plus difficiles, il considère ses livres comme autant de cadeaux qu’il ferait aux gens qu’il aime…. nous sommes heureux d’être de ceux là !

D’autres titres à découvrir….

La ballade de Cornebique : si vous aimez les boucs, le banjo et les charlatans, les concours d’insultes et les petits loirs qui bâillent tout le temps, alors laissez-vous emporter dans la folle cavale de l’ami Cornebique.

Hannah : dans La rivière à l’envers, Tomek nous entraînait dans son incroyable quête, trouver la rivière Qjar et son eau qui empêche de mourir. Nous marchions avec lui sur les pas de Hannah. Cette fois-ci, c’est Hannah elle-même qui raconte son voyage sur la vertigineuse Route du Ciel, puis à travers le désert. Son récit nous fait découvrir des contrées nouvelles, mais on y retrouve aussi des paysages connus : la Forêt de l’Oubli, la prairie, l’océan.

Silhouette : lorsqu’elle découvre que son acteur préféré vient en tournage près de chez elle, Pauline, une mère de famille discrète, répond à une annonce pour être « silhouette ». Puisque ses jours sont comptés, monsieur Duc n’a qu’une idée en tête : retrouver les personnes auxquelles il a fait du mal autrefois et leur demander pardon… Dans le car qui l’emmène en colo, Guillaume, 14 ans, s’aperçoit qu’il a laissé son chat enfermé dans sa chambre. Il doit impérativement retourner le délivrer… Mais quel tour cruel le destin réserve-t-il à ces héros ordinaires habités chacun de belles intentions ?

L’homme à l’oreille coupée : dans un port de Norvège, un vieux marin raconte chaque soir comment il a perdu l’oreille qui lui manque. Mais ce n’est jamais la même histoire ! À l’écouter, il a eu mille vies et l’a perdue mille fois, cette fameuse oreille… Qui saura un jour la vérité ? Personne sans doute, mais quel conteur !

Des pépites à télécharger avant qu’il ne soit trop tard (4)

26 Avr

De nombreux romans à télécharger disparaitront de notre catalogue début mai 2021. C’est le moment de remplir vos liseuses, tablettes et téléphones avec ces romans publiés principalement entre 2014 et 2015. Vous pouvez en télécharger jusqu’à 12 pour 28 jours. Pour faciliter votre choix, la Médiathèque a préparé des sélections thématiques.

Les romans adaptés sur écran

Les nouvelles

Les drames amoureux et familiaux

Les romans politiques

Le roman fantastique

Les romans humoristiques

Les romans de voyage et les road trip

Les romans noirs, thrillers et policiers

Des romans sur la société et l’histoire

Les romans tirés de faits réels

Des romans aux thèmes variés

La Médiathèque espère que vous trouverez votre bonheur parmi ces nombreux titres. N’hésitez plus à tenter l’aventure numérique !

Les îles : source d’inspiration des romanciers

20 Avr

L’île : une terre entre ciel et eau qui offre aux récits une place particulière, paradisiaque ou maudite, réelle ou imaginaire. Certaines sont nées de l’imagination des écrivains, comme Thulé, Avalon, Atlantide, Baltia, Lémurie et bien d’autres… Mais pour les romanciers, ce microcosme isolé peut être le théâtre d’aventures extraordinaires, inédites ou terrifiantes… 

Parmi les nombreux écrits situés sur des îles, révisons nos classiques et revenons sur la plus mythique, au large du Chili, qui porte maintenant le nom de son héros : Daniel Defoe et Robinson Crusoé (nouvelle fenêtre). Le bateau de Robinson Crusoé essuie une tempête et il fait naufrage au nord du Brésil, il assurera sa subsistance, et y restera  vingt-huit ans, puis aura la compagnie d’un indigène qu’il nommera Vendredi. Cette histoire est connue dans le monde entier.

Si Michel Tournier avec Vendredi ou les limbes du pacifique (nouvelle fenêtre) a sublimé la portée métaphysique de l’amour de Robinson (Crusoé) pour son île qu’il baptisa « Speranza » c’est avec ce livre à la langue riche et précise que l’auteur remporta le prix de l’Académie française en 1967.

Bernardin de Saint Pierre avec Paul et Virginie (classique à télécharger sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre) décrit avec force le sentiment amoureux et la nostalgie du paradis perdu. Dans un cadre exotique aux descriptions idylliques, l’auteur y expose une vision pessimiste du monde.

Robert-Louis Stevenson  :  L’île au trésor (nouvelle fenêtre). Il s’agit d’une histoire d’aventure aux multiples rebondissements, en compagnie de Jim Hawkins et du terrible John Silver. Lorsque L’Hispaniola débarque sur l’île au trésor, une lutte acharnée va opposer les deux hommes pour retrouver un fameux coffre.

Willian Golding  : Sa majesté des mouches (nouvelle fenêtre). Après un accident d’avion, des collégiens se retrouvent bloqués sur une île du Pacifique. Leur tentative de vivre en Robinsons tourne en fiasco, et l’on assiste à une allégorie de la société humaine avec appropriations et batailles pour organiser le pouvoir et les lois.

Alexandre Dumas :  Le comte de Monte-Cristo (nouvelle fenêtre). Dénoncé comme Bonapartiste, Edmond Dantès est enfermé au château d’If où il attendra quatorze ans sa délivrance et sa vengeance. Quand il réussit à s’évader, il décide d’organiser méthodiquement son châtiment auprès de ceux qui l’ont vendu.

Homère  : L’Odyssée (nouvelle fenêtre). Ulysse a quitté son île d’Ithaque depuis 20 ans… Il sillonne les océans, pendant que sa femme Pénélope et son fils Télémaque l’attendent.

Jules Verne  : L’île mystérieuse (à lire en ligne sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre)  L’île est un décor idéal pour l’aventure et la mise à l’épreuve des héros. Ici, au nombre de cinq, ils ont fui en ballon le siège de Richmond où ils ont été retenus prisonniers pendant la guerre de Sécession. Ils finiront par atterrir sur une île déserte, s’y installeront et la coloniseront. Tandis qu’une étrange présence semble veiller sur eux.

Si vous voulez tenter l’aventure dans les îles avec d’autres genres de voyages, frissonnez avec Dennis Lehane et Shutter island (nouvelle fenêtre)  ! Teddy Daniels et Chuck Aule sont deux Marshall de l’armée US envoyés sur Shutter Island pour enquêter sur la disparition de Rachel Solando, une patiente de l’unité psychiatrique présente sur l’île.

Abbi Jenni  : Farallon Islands (nouvelle fenêtre ). Miranda, photographe spécialisée dans la faune sauvage, débarque à Farallon Islands et intègre une équipe de chercheurs déjà en place. Dès le début du roman, l’auteure instille une sourde angoisse en inventant des rebondissements parfois poignants et des situations inattendues.

Ragnar Jonasson : L’île au secret (nouvelle fenêtre). Même jeu oppressant et dissimulations lourdes de conséquences pour cette histoire située au large de l’Islande où va enquêter l’inspectrice Hulda.

Peter May :  Les disparus du phare (nouvelle fenêtre). C’est dans l’île de Lewis en Écosse que se situe ce thriller aux paysages sauvages qui traite d’écologie et d’environnement.

Gaelle Josse :  Le dernier gardien d’Ellis Island (nouvelle fenêtre). L’auteure décrit avec beaucoup de finesse ce que John Mitchell, dernier « gardien » et responsable de ce centre de transit, écrit dans son journal. II est la sentinelle qui, de sa tour de guet d’Ellis Island, contrôle les innombrables vagues d’émigrants qui veulent pénétrer en Amérique, il doit en chasser les indésirables. 

Pour aborder les îles avec humour, voici Jean Marie Blas de Roblès  : L’île du point Némo (nouvelle fenêtre). Un livre  gorgé d’intrigues, de mises en abimes, de références à de grands romans du XIXe, plein d’humour, d’inventions extravagantes, de prises de position politiques, ou écologiques et économiques. En résumé, un roman plein de truculence !

Un réel dépaysement et un bond dans le temps nous attendent avec Isabel Allende et L’île sous la mer (nouvelle fenêtre).  Le  récit de l’esclave Zarité nous transporte dans les plantations françaises de Saint-Domingue – la future Haïti indépendante. Voyage dans l’espace et remontée dans le temps puisque le premier chapitre débute en l’an 1770. L’histoire se mêle à celle des personnages assistant aux bouleversements de l’époque.

Victoria Hislop  :  L’île des oubliés (nouvelle fenêtre). Découverte de l’ile de Spinalonga en Crète au passé tragique et secrets de famille font ici un savant cocktail en nous immergeant dans les traces du héros Alexis.

Si vous aimez les flibustiers, Robert Margerit avec L’île des perroquets (nouvelle fenêtre) nous entraine de sa plume flamboyante en mer des Caraïbes aux côtés du héros Antoine dans un roman d’évasion, d’aventures et de passion !

Nicolas Chaudun : L’île des enfants perdus (nouvelle fenêtre). Réflexion sur le 7e art de l’époque, il s’agit ici d’une approche originale par le biais d’un film initié par Marcel Carné autour d’un fait divers survenu en 1934 sur une île bretonne : la mutinerie d’un bagne pour enfants, qui avait pas mal défrayé la chronique à cette période.

En espérant vous avoir permis de voyager, n’hésitez pas à consulter le site de La Médiathèque, il recèle bien d’autres trésors et d’autres îles !

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