Les coups de cœur de nos libraires

16 Oct

Jeudi 27 septembre 2018, les libraires du magasin Decitre de Levallois ont présenté leurs ouvrages coups de cœur de cette rentrée. Parmi eux les romans Avec toutes mes sympathies et Dix-sept ans dont leurs auteurs, respectivement Olivia de Lamberterie et Eric Fottorino, nous ont parlé avec beaucoup de retenue et d’émotion.

Olivia de Lamberterie, journaliste et critique littéraire est rédactrice en chef adjointe au magazine Elle, responsable du service livres et chroniqueuse à Télématin, comme je le disais n’est pas venue en tant que critique ce soir, mais pour nous parler de son livre, cette fois. Il s’agit d’Avec toutes mes sympathies (nouvelle fenêtre), édité aux éditions Stock, ode à la mémoire de son frère. Ce livre plonge dans la beauté de l’intime.

Eric Fottorino quant à lui, dirigea le quotidien Le Monde durant 25 ans jusqu’en 2011, il est fondateur de l’hebdomadaire Le 1 avec Laurent Greilsamer et Nathalie Thiriez, lancé en 2014. Il est aussi célèbre pour ses romans et essais. Ce soir, il présente un autre texte de l’intime, même s’il revendique le terme de roman, Dix-sept ans (nouvelle fenêtre) paru aux éditions Gallimard, dont le thème commun avec Olivia de Lamberterie, est l’absence. Pour le chroniqueur, il s’agit de la mère et tous deux nous font part de la manière dont  l’écriture et la littérature les ont aidés à lever le voile sur le puzzle familial.

 

Pour le journaliste, il dit s’être construit en creux et a porté un regard distancé sur sa mère, une sorte de mort émotionnelle et par les mots, en est venu a réinventer sa vie en la romançant dans une déambulation familiale qui a pour cadre sa ville natale, Nice, pour « dégeler » ses sentiments. Manière d’éroder les traumatismes dans une écriture de l’épure.

Pour la critique littéraire qui a perdu son frère dans des circonstances tragiques, (puisque il s’est donné la mort), il y a eu impossibilité d’écrire et de lire après le drame, les mots ayant perdus toute leur substance. Puis, elle a été portée par la nécessité d’écrire à un moment, cela a été aussi le moyen de contenir la violence familiale sourde.

Selon ces deux auteurs, la constatation qui en résulte est que l’écriture de l’intime se fait « sans vous » avec un grand travail de concentration.

À la suite de ce riche et émouvant échange, les libraires ont présenté différents ouvrages de cette rentrée.

  • Un coup de cœur pour Le monarque des ombres (nouvelle fenêtre)  de Javier Cercas qui dépeint les propres résistances de l’auteur pour mettre à jour l’existence d’un héros fourvoyé. L’auteur nous trempe dans la grande Histoire, celle de son pays sous la monarchie, qui en 1931 devint du jour au lendemain républicain. Une République qui entrera en crise en novembre 1933, ce qui débouchera sur une guerre civile. Le fascisme et les dissensions dans le pays, ainsi qu’une fois encore la part d’ombre de la famille sont décrites avec beaucoup de retenue ainsi que les espoirs déçus et les divisions profondes jusqu’à l’arrivée de Franco. Texte plutôt de l’ordre de l’essai, tout en réserve, à méditer. Le talent narratif de l’auteur n’est plus à démontrer.
  • Moi ce que j’aime c’est les Monsters (bientôt disponible à La Médiathèque  d’Emil Ferris est un roman graphique avec une narration à plusieurs strates. L’illustration forte apporte de la densité au texte, qui est par ailleurs parfaitement en place autour des dessins. Le thème central est qu’une petite fille s’intéresse à la mort de sa voisine et à son passé douloureux de juive allemande pendant la guerre. L’enfant est persuadée que cette mort n’est pas naturelle. Cet ovni littéraire est à la fois, thriller, conte fantastique, roman social, il se déroule dans les années 60, et contient un contexte politique à la fois violent et pudique. Sa qualité n’a trompé personne, puisqu’il a été couronné par trois fois du prix Will Eisner (lire à ce sujet l’article Monstress and My Favorite thing is monsters are Top Winners at the Eisner awards 2018 –en anglais- sur le site Comic-con.org -nouvelle fenêtre).
  • Camarade papa de Gauz (bientôt disponible à La Médiathèque) est une histoire documentée qui nous mène à la fin du XIXème sur les pas de Dabilly, un jeune homme parti tenter l’aventure en Côte d’Ivoire. Constitué de deux histoires mêlées, sous forme de conte à un siècle d’intervalle écrit du point de vue des colons et des colonisés, fantastique et onirique, ce texte est servi par une belle langue relevée et imagée, et il contient de très beaux chapitres sur l’histoire coloniale. Étonnant et riche.

Je vous engage à retrouver cet auteur prometteur avec son précédent roman  Debout-payé (nouvelle fenêtre)

  • Dans Un monde à portée de main (nouvelle fenêtre), Maylis de Kerangal centre son roman autour d’une jeune femme, Paula, qui partage amitié avec Kate et colocation avec Jonas. Nous explorons les difficultés du statut d’artiste de peintre en décor. Malgré l’aspect technique appuyé du texte pour rendre la matière sensible et précieuse, le texte est fluide et parle aux plus grand nombre. Une intrigue resserrée autour d’un thème, une écriture précise et cadencée qui énonce autant qu’elle suggère. Encore une réussite.
  • Midi (nouvelle fenêtre) de Cloé Korman.C’est un roman solaire sur les souvenirs. Claire a été éducatrice spécialisée et a dirigé une troupe dans un théâtre associatif, elle est à l’heure actuelle devenue médecin, quand un patient se présente… C’est Dominique qui resurgit de son passé, frappé par une hépatite B, très avancée. Entre fantômes du passé et présent, c’est une évocation touchante et sensible. Cloé Korman nous entraîne dans une enquête sur le mystère d’une violence exposée devant tous, en plein soleil, et néanmoins inapprochable. Porté par le souffle vital de deux héroïnes à peine sorties de l’adolescence, Midi est la splendide évocation d’une beauté qui aveugle et qui sauve.
  • Évasion (livre numérique à télécharger via le site de La Médiathèque) de Benjamin Whitmar est un roman noir qui retrace la fuite, un soir du réveillon, d’une douzaine de détenus dans le blizzard, la neige et le froid glacial. La chasse à l’homme s’organise : gardiens, traqueurs et journalistes sont à l’affût. C’est un roman sombre, hypnotique, un écrit brut, qui décrit finement des personnages très marquants, ainsi que les mécanismes de la violence. Magistral avec peu d’ effet. Après Pike (nouvelle fenêtre) puis Cry father (nouvelle fenêtre), Benjamin Whitmer s’impose avec ce troisième roman impressionnant comme un nouveau maître du roman noir américain.
  • Dans La guérilla des animaux, Camille Brunel fait le constat affligeant de l’extinction des animaux  et pose cette question « Que serions-nous sans eux ? ». C’est ce qui décide Isaac à affronter toute personne qui leur nuirait. Il se pose en justicier et l’explique dans ses conférences. Ce livre porte l’expression d’une nouvelle génération, c’est un livre fort.
  • Dans Là où les chiens aboient par la queue (livre numérique à télécharger à La Médiathèque) Estelle Sarah-Bulle retrace 50 ans d’histoire familiale à la Guadeloupe. Ézéquiel vit à Créteil et interroge sa tante, personnage flamboyant qui transmet l’histoire de la  famille et du pays, car la mère a laissé une absence mythologique. Très émouvant. Intensément romanesque, porté par une langue bluffante d’inventivité, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes. 

Voici donc un panel de bons romans de cette rentrée 2018. Et quel que soit le genre ou le thème qui vous attire, la Médiathèque regorge de livres (papier ou téléchargeables) d’auteurs connus, reconnus ou peu connus qui sauront vous séduire, alors rendez-vous sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre) !

Publicités

Il était une fois dans l’Ouest… pour la jeunesse

11 Oct

Dans le cadre de Ma soirée à la Médiathèque 2018, nous vous invitons à venir découvrir la culture amérindienne et les cowboys qui nous fascinent depuis l’enfance. Partons à la découverte du Far West et de ses paysages qui inspirent les auteurs jeunesse. En effet, la conquête vers l’Ouest permet d’aborder avec les plus jeunes des thèmes comme la nature, les animaux mais aussi la tolérance, le courage et la sagesse. Après notre article sur les romans inspirés par l’Ouest américain, voici une petite sélection spéciale jeunes lecteurs à lire dans votre ranch ou votre tipi  !

Premières lectures

Série pour lecteurs débutants racontant les histoires d’une petite indienne et de ses frères dans les grandes plaines américaines.

Un cowboy décide de planter des piquets sur un pré pour délimiter son terrain. Un Indien lui explique que la terre ne lui appartient pas, elle appartient à l’esprit du vent et de l’aigle. L Indien est pacifiste et laisse le cow-boy continuer à délimiter son territoire. Un petit conte qui enseigne le partage.

Les aventures humoristique d’un petit  petit cowboy  un peu différent.

Malika est une petite Indienne que son père a élevé comme un garçon. Elle doit affronter des épreuves et grâce à cela porte le nom d’Étoile filante. Elle veut désormais chasser dans les plaines plutôt que de rester à coudre dans le tipi…

Deux histoires dans lesquelles, Paco le petit Indien tente de réaliser son rêve de voler comme un oiseau. La collection Colibri est une collection de petits romans spécialement conçue pour les enfants dyslexiques ou qui ont des difficultés dans le décodage de la lecture. Chaque ouvrage est consacré à une ou deux lettres correspondant à un son. Ceci pour faciliter l’apprentissage de la lecture. La collection comprend 4 niveaux. Dans chaque livre on retrouve des entraînements pédagogiques.

Les aventures d’un petit sioux courageux et intrépide.

Romans pour les plus de 8 ans

Elise est passionnée d’équitation et de musique country. Elle part pour un stage de trois semaines dans un ranch du Dakota mais sur place elle est confrontée à la méchanceté de ses camarades. Heureusement elle a les étendues sauvages et la vie dans le grand Ouest américain.

 

Luna, 11 ans part pour un mois à Monument Valley en Arizona avec sa mère qui est maquilleuse pour le cinéma. Elle rencontre là-bas Josh, un indien navajo de son âge avec qui elle va se lier d’amitié.

 

 

Pour retrouver sa mère indienne, Jeremy fuit le ranch où il a grandi et s’enfonce, seul et démuni, dans l’immensité de la grande prairie. Bientôt il reçoit l’aide de Flamme, un pur-sang Appaloosa qui l’accueille parmi les chevaux sauvages. C’est alors que se produit l’incroyable : Jeremy se métamorphose et devient lui-même cheval ! Désormais, il va devoir affronter avec les siens les dangers , braver le froid, les pumas et les chasseurs.

Louise est collégienne et son papa écrit des romans. Son prochain livre parle d’un enfant qui traverse les Etats-Unis en 1851 avec son père pour rejoindre la Californie mais le garçon est enlevé par des indiens …

 

Albums

Dans la grande prairie, les Peaux-Rouges ont planté leurs tipis. Ils vivent  en paix. Un jour la caravane des Visages pâles arrive car ils cherchent un endroit tranquille pour vivre. Visages pâles et Peaux-Rouges se retrouvent donc face à face. Ils veulent chacun tous les bisons de la prairie, pour leur viande et leur leur fourrure. Finalement ils vont s’entendre et vivre ensemble.

Pirates, soldats, chevaliers, tous partent au combat. Ils gesticulent et s’égosillent, alors que les Indiens ne disent rien. La fin est pleine de surprises car si les indiens se cachent c’est parce qu’ils s’embrassent!

 

 

Petit Indien a sept ans et il va devoir accomplir de grands choses avant le coucher du soleil pour mériter son nom d’indien.

 

 

Charlie est shérif de Cactus-Valley et il vient de perdre sa première dent. Maintenant, il zozote et les bandits se moquent de lui. Grace à sa persévérance il va prouver à tous son courage.

 

 

Comme chaque année à Paloma City a lieu le Concours du Meilleur Cow-Boy de l’Ouest. Les concurrents doivent passer des épreuves comme le rodéo, le lasso ou le banjo. Mais le petit cow-boy qui remporte chacune d’elles et gagne le concours est une fille !

 

Selon l’expression qui va à la chasse perd sa place, le personnage de l’album découvre qu’il y a des visiteurs quand il est de retour chez lui. Mais il va s’apercevoir qu’il peut ainsi se faire des amis.

 

 

Billy le môme (nouvelle fenêtre)

Les enfants peuvent facilement s’identifier à ce petit cowboy qui traverse si vite la plaine. Sur son chemin ils rencontre tous les personnages des westerns mais il est pressé car c’est l’heure du goûter.

 

Bandes dessinées

Documentaires

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Il était une fois dans l’Ouest

5 Oct

À l’occasion de la désormais traditionnelle Soirée à La Médiathèque (nouvelle fenêtre) qui aura lieu le samedi 13 octobre 2018, partez à la découverte de l’Ouest américain en littérature !

La vision la plus convenue du destin américain veut que ce soit dans l’Ouest que la nation soit née, au XIXe siècle, dans la confrontation avec les grands espaces et les Indiens. Dans les faits, la conquête a été menée par une population essentiellement d’origine européenne, habitée par l’idée d’obtenir une vie meilleure sur ces immenses territoires dont les sols riches regorgeaient de ressources naturelles. Grisés par ces perspectives optimistes, les colons s’imposèrent sur l’immense territoire qui s’étend en Amérique du Nord entre le Mississippi et l’Océan Pacifique, en dépit de toute contrainte et sans égard vis-à-vis des Amérindiens qui furent expulsés, déportés, massacrés au mépris des principes fondateurs des États-Unis,

À la fin du siècle, l’essentiel des terres a été colonisé, les tribus amérindiennes rebelles ont été vaincues et reléguées dans des réserves. La conquête de l’Ouest est terminée mais elle demeure fermement ancrée dans la culture.

C’est là que l’écriture va jouer un rôle majeur dans la création d’une identité culturelle avec un terrain propice à l’imaginaire fait de violence et d’héroïsme qui fixe des stéréotypes dans les esprits  : le cowboy courageux, l’Indien sauvage, l’homme de loi vertueux, le hors-la-loi impitoyable, le brave colon et l’éleveur prédateur…

À l’époque, des milliers de titres sont édités (et souvent écrits en quelques jours en reprenant toujours les mêmes ressorts) et des millions d’exemplaires vendus, popularisant des figures légendaires telles que Buffalo Bill, alias Frederick William Cody. Connu comme homme de théâtre, ce dernier écrivit sa propre biographie. Comme preuve de son intemporalité, on le retrouve dans le roman actuel La tristesse de la terre (nouvelle fenêtre) d’Éric Vuillard qui dresse le portrait d’un homme dépossédé de lui-même, réduit à jouer toute sa vie son propre rôle ; mais dans un style percutant et riche en émotions, il dépeint également l’image d’une nation qui s’est construite dans le sang, sans se soucier de la dignité humaine.

La vie de Calamity Jane, autre personnage incontournable de l’époque, est relatée dans Martha Jane Cannary : la vie aventureuse de celle que l’on nommait Calamity Jane (nouvelle fenêtre). Découvrez cette bande dessinée de Christian Perrissin qui porte un regard réaliste sur la mythique aventurière, tandis que dans Lettres à sa fille (nouvelle fenêtre), Calamity Jane relate 25 ans de correspondance entre elle et son enfant et offre une vision émouvante de sa vie personnelle.

Outre les romans de quatre sous, plusieurs écrivains américains de renom situent leurs récits d’aventures dans le Wild West, avant même la fin de la conquête de l’Ouest, comme James Fenimore Cooper avec Le cycle des Bas de cuir (nouvelle fenêtre)dont le célèbre Dernier des Mohicans fit rêver des générations entières.

Une partie de l’œuvre de Cooper se fonde sur les récits des Amérindiens et ont pour cadre les territoires des Iroquois des six Nations que le père de l’écrivain avait contribué à annexer. Auteur de romans d’aventures, Cooper était un écrivain populaire dès le XIXe siècle et il est souvent considéré comme le père du roman moderne.

Dans  L’Or, la merveilleuse histoire du général Johann August Sutter (nouvelle fenêtre) paru en 1925, Blaise Cendrars imagine une biographie d’un aventurier suisse inspiré par John Sutter, le découvreur d’or californien.

Publié en 1927, Petrole (nouvelle fenêtre) d’Upton Saint Clair nous conduit dans un récit d’aventure et une fresque ambitieuse sur la naissance de l’Amérique industrielle.

Le célèbre True Grit (nouvelle fenêtre) de Charles Pontis, écrit dans les années 60, possède ô combien les ingrédients d’un bon western : un shérif borgne et poivrot, un indien un peu sorcier, un jeune premier prétentieux. C’est percutant, les dialogues sont saisissants, ce texte intemporel procure beaucoup de plaisir, c’est sans doute la raison qui a poussé les frères Coen à l’adapter au cinéma, ce qui donne une œuvre déjantée et jubilatoire.

Que ce soit dans le roman  Méridien de sang ou le rougeoiement du soir dans l’Ouest (nouvelle fenêtre)  ou dans La trilogie des confins (nouvelle fenêtre), Cormac Mc Carthy nous entraîne dans une chevauchée fantastique du Tennessee au Texas, façon horde sauvage.

Tandis que Trévanian dans son brillant Incident à Twenty-Mile ( nouvelle fenêtre) propose une nouvelle lecture du western qui dynamite les conventions avec un brin de nostalgie.

Elmore Leonard avec ses Chasseurs de primes (nouvelle fenêtre) nous divertit dans un style incisif avec son mélange de romantisme sur fond de fantasmes apaches.

Le sang des Dalton (nouvelle fenêtre) : Ron Hansen‘inspire, une fois de plus brillamment, d’une page de l’histoire violente du XIXe siècle américain, la vie de Bob Dalton, pour nous faire palpiter.

Les bisons du coeur brisé (nouvelle fenêtre) de Dan O’Brien. Quand l’auteur s’installe dans le ranch de Broken Heart, il réalise son rêve : vivre au pied des terres indiennes de Sitting Bull… Mais les grandes plaines du Dakota ont subi le génocide indien et le massacre des bisons, elles sont stérilisées par l’agriculture et l’élevage bovin intensifs.

La décimation (nouvelle fenêtre)  de Rick Bass  (dont Jim Harrison dit qu’il est son «fils littéraire»), fait partie de ces écrivains rassemblés au sein de l’«école du Montana». Aux côtés de Wallace Stegner, Thomas McGuane, Edward Abbey et tant d’autres, ce romancier fait la part belle aux paysages grandioses et sauvages du Sud profond ou du Montana. Western politique, La Décimation s’inscrit parfaitement dans son œuvre.

Je vous engage à lire Montana 1948 (nouvelle fenêtre) de Larry Watson : parue en 2010, c’est une œuvre à l’écriture riche, au style fluide, tout en retenue, où l’auteur distille savamment un climat d’angoisse sur fond de paysages somptueux.

Anne Percin, quant à elle, imagine une histoire pleine d’émotion et de musique Country où Elise, dans Western girl (nouvelle fenêtre) revisite le western dans une version contemporaine.

D’autres incontournables : Mille femmes blanches (nouvelle fenêtre) de Jim Fergus. En 1874, à Washington, le président Grant accepte l’incroyable proposition d’un chef indien Little Wolf pour troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. L’auteur livre un vibrant hommage à la vie des Cheyennes.

Dans Faillir être flingué (nouvelle fenêtre) Céline Minard investit la  mythologie fondatrice du western en le rendant inattendu et animé de personnages particulièrement vivants sur une toile de fond poétique et contemplative.

La liste est longue… Et le mythe de l’Ouest fascine toujours autant, adultes et enfants ! Retrouvez très prochainement sur Liseur une sélection de livres pour les plus jeunes dans notre article Il était une fois dans l’Ouest… pour la jeunesse. Et ‘n’oubliez pas la littérature amérindienne mise à l’honneur dans l’article Sur la piste des Indiens.

Et rendez-vous le samedi 13 octobre pour une longue soirée qui vous donnera envie de trouver votre Eldorado à La Médiathèque ! Tout le programme est en ligne sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Septembre, ouverture de la saison des prix littéraires

29 Sep

Avec les cahiers neufs, les bonnes résolutions et les feuilles mortes, cela reste un des petits plaisirs gourmands de la rentrée : les sélections pour les prix littéraires 2018 ! En effet, depuis le 4 septembre, les jury des prix dévoilent leurs livres candidats, dont certains sont déjà présents à La Médiathèque et d’autres incessamment sous peu.

Et comme chaque année, dans le sillage de ces annonces, on trouve une cohorte d’enthousiasmes, de petits tollés et de commentaires plus ou moins réjouis sur le bien fondé ou l’objectivité de ce système de récompense littéraire… Mais à quelques jours de l’annonce des 2èmes sélections, ne nous arrêtons pas aux potins et concentrons-nous sur les titres sélectionnés durant tout le mois. Car, logique d’un seul gagnant par prix oblige, une grande partie d’entre eux vont arrêter ici leur course vers les sommets !

Pour des questions pratiques (et non par chauvinisme ou parti-pris fictionnel) ne seront cités ici que les sélections de romans français. De la même façon, dans un pays qui compte presque autant de prix littéraires que de fromages, il a fallu choisir parmi les récompenses. L’exhaustivité aurait conduit à faire de cet article (déjà long…)  un volume d’encyclopédie de 600 pages…

  • Le 4 septembre dernier, le premier à dégainer (pardon, dévoiler…) sa liste de candidats a été le Prix Renaudot : pas moins de 17 romans en lice (et 7 essais) pour le prestigieux prix né en 1926 de journalistes affamés et impatients d’avoir les résultats du Goncourt.

La grande idée d’Anton Beraber (Gallimard) 1er roman – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Capitaine  (nouvelle fenêtre) d’Adrien Bosc ( Stock)
La vraie vie d’Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste) *  1er roman – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Frère d’âme de David Diop (Seuil) * – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’ère des suspects de Gilles Martin-Chauffier (Grasset) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
François, portrait d’un absent de Michael Ferrier (Gallimard)*
Federica Ber de Mark Greene (Grasset)
Les belles ambitieuses de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)* – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Midi (nouvelle fenêtre) de Cloé Korman (Seuil)
Bande de Français de Marco Koskas (Galligrassud)
Le lambeau (nouvelle fenêtre) de Philippe Lançon (Gallimard)
Le sillon de Valérie Manteau (Le Tripode)
L’eau qui passe de Frank Maubert (Gallimard) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’âge d’or de Diane Mazloum (JC Lattès)
Quitter le rang des assassins de Pierre Notte (Gallimard)
Il est à toi, ce beau pays (nouvelle fenêtre) de Jennifer Richard (Albin Michel)
Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider (Grasset) – Bientôt disponible à La Médiathèque.

Outre deux premiers romans, la petite nouveauté (et le premier petit scandale de cette rentrée) a été la présence parmi les sélectionnés d’un livre autoédité (chez Amazon), nom qui fait grincer des dents chez les libraires.

L’ouvrage fait mention de l’éditeur Galligrassud (contraction de Gallimard, Grasset et Actes Sud, éditeurs souvent primés, qui remplace le légendaire Galligrasseuil) en quatrième de couverture. C’est d’ailleurs ce « faux éditeur » qui a été mentionné dans le communiqué du jury plutôt que le nom de la plateforme. (extrait de l‘article de Livres Hebdo Que retenir des premières sélections du Renaudot – nouvelle fenêtre)

Révolution, provocation, refus éditorial, scoop ou loi de l’évolution, quelle qu’en soit la raison, on peut imaginer que la qualité littéraire l’a emporté sur toute autre considération de diffusion dans la sélection de ce roman, d’autant plus que l’auteur avec 14 ouvrages à son actif est bien connu des maisons d’édition traditionnelles.

  • Le 7 septembre, le jury du Prix Goncourt réuni à Nancy annonçait 15 romans, dont 4 premières publications. On note déjà deux titres communs avec le Renaudot, dont le 1er roman d’Adeline Dieudonné qui recevra quelques jours plus tard le Prix du roman Fnac.

La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui (Gallimard) * – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Le malheur du bas d’Inès Bayard (Albin Michel) * – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Quand Dieu boxait en amateur de Guy Boley (Grasset) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard (Minuit) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
La vraie vie d’Adeline Dieudonné (l’Iconoclaste)**
Frère d’âme de David Diop (Seuil) **
La révolte (nouvelle fenêtre) de Clara Dupont-Monod (Stock)*
Dix-sept ans (nouvelle fenêtre) d’Eric Fottorino (Gallimard)
Maîtres et esclaves de Paul Greveillac (Gallimard)* – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Leurs enfants après eux (nouvelle fenêtre) de Nicolas Mathieu (Actes Sud)
L’ère des suspects de Gilles Martin-Chauffier (Grasset) * – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’évangile selon Youri de Tobie Nathan (Stock) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Quatre-vingt-dix secondes (nouvelle fenêtre) de Daniel Picouly (Albin Michel)
L’hiver du mécontentement (nouvelle fenêtre) de Thomas B. Reverdy (Flammarion)*
Hôtel Waldheim (nouvelle fenêtre) de François Vallejo (Viviane Hamy)

  • Paritaire entre primo-romanciers et auteurs confirmés, le Prix de Flore a dévoilé 10 romans dont certains se trouvaient déjà sélectionnés par le Goncourt et se retrouveront dès le lendemain dans la liste du Médicis.

La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui (Gallimard) **
Le malheur du bas d’Inès Bayard (Albin Michel) ** 
Arcadie d’Emmanuelle Bayamak-Tam (P.O.L) **
Reviens (nouvelle fenêtre) de Samuel Benchetrit (Grasset)
Techno freaks de Morgane Caussarieu (Serpent à plumes)
Ma vie de Saint de François-Xavier Delmas (Anne Carrière)
Babylone Express de Mathilde-Marie de Malfilâtre (Le Dilettante)
Leurs enfants après eux (nouvelle fenêtre) de Nicolas Mathieu (Actes Sud) **
Sujet inconnu de Loulou Robert (Julliard)
Anatomie de l’amant de ma femme de Raphaël Rupert (L’Arbre vengeur)

  •  À la mi-septembre, certains titres, présents dans plusieurs sélections prestigieuses, se positionnent déjà dans le peloton de tête, tendance confirmée quand le Prix Médicis indique ses 12 romans français favoris (et 10 étrangers).

Idiotie de Pierre Guyotat  (Grasset)
Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam (POL) ***
Frère d’âme de David Diop (Seuil) ***
Tous les hommes naturellement désirent savoir (nouvelle fenêtre) de Nina Bouraoui (JC Lattès)*
Leurs enfants après eux (nouvelle fenêtre) de Nicolas Mathieu (Actes Sud)***
Au grand lavoir (nouvelle fenêtre) de Sophie Daull *(Philippe Rey)
Par les écrans du monde de Fanny Taillandier (Seuil) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’eau qui passe de Franck Maubert (Gallimard) **
Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives  (Gallimard) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Le Lambeau de Philippe Lançon (Gallimard) **
Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard  (Minuit) **
Le Cœur blanc de Catherine Poulain  (L’Olivier) – Bientôt disponible à La Médiathèque.

Le 17 septembre, les dames du Prix Fémina prennent la suite avec 14 romans français et autant d’étrangers.

Arcadie d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L)****
Trois enfants du tumulte d’Yves Bichet (Mercure de France)
Tous les hommes désirent naturellement savoir (nouvelle fenêtre) de Nina Bouraoui (J-C Lattès)**
Je voudrais que la nuit me prenne d’Isabelle Desesquelles (Belfond)
Platine (nouvelle fenêtre) de Régine Detambel (Actes Sud)
Frère d’âme de David Diop (Seuil)****
La révolte (nouvelle fenêtre) de Clara Dupont-Monod (Stock) **
François, portrait d’un absent de Michaël Ferrier (Gallimard) **
Idiotie de Pierre Guyotat (Grasset)**
Le lambeau de Philippe Lançon (Gallimard)***
Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron (Alma)
Tu t’appelais Maria Schneider de Vanessa Schneider (Grasset)**
Roissy (nouvelle fenêtre) de Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser)
Une vie en l’air de Philippe Vasset (Fayard)

Galant, c’est le 24 septembre que le jury masculin du Prix Interallié a donné ses favoris. Aux côtés de titres autour desquels on murmure depuis le début du mois, certains outsiders font alors leur apparition.

Nuit sur la neige de Laurence Cossé (Gallimard) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Frère d’âme David Diop (Seuil)*****
Maîtres et esclaves de Paul Gréveillac (Gallimard)**
Les belles ambitieuses de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)**
Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie (Stock) – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Le lambeau de Philippe Lançon (Gallimard)****
Harry et Franz d’Alexandre Najjar (Plon)
L’été des quatre rois de Camille Pascal (Plon)* – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’hiver du mécontentement (nouvelle fenêtre) de Thomas B. Reverdy (Flammarion)**
Le train d’Erlingen de Boualem Sansal (Gallimard)

Enfin,  dernière des annonces de ce mois de septembre riche en émotion et suspense, voici la sélection des Immortels pour le Grand prix du roman de l’Académie française.

Carnaval noir de Metin Arditi
Au grand lavoir (nouvelle fenêtre) de Sophie Daull **
La Chance de leur vie d’Agnès Desarthe – Bientôt disponible à La Médiathèque.
Les Belles Ambitieuses de Stéphane Hoffmann **
Les cigognes sont immortelles (nouvelle fenêtre) d’Alain Mabanckou (Seuil)
L’Ère des suspects de Gilles Martin-Chauffier ** – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’Été des quatre rois de Camille Pascal** – Bientôt disponible à La Médiathèque.
L’Hiver du mécontentement (nouvelle fenêtre) de Thomas B. Reverdy (Flammarion) ***

Parvenu à la fin de ce petit tour d’horizon, notons que certains noms reviennent de plus en plus dans les listes et commencent à dessiner des favoris mais attention : rien n’est joué. Car si être sélectionné pour plusieurs prix est bon signe sur le plan de la qualité littéraire, on peut s’interroger : stratégiquement parlant, est-ce un atout ou un handicap ? Cela peut-il conduire à la relégation en touche par des jurés soucieux d’avoir un lauréat bien à eux  ?

De la même façon, recevoir un prix plus modeste que les Goncourt et autres grosses pointures des prix (comme Nicolas Mathieu pour son roman Leurs enfants après eux primé en août par le prix Blù Jean-Marc Roberts et en septembre le prix de la Feuille d’or de la Ville de Nancy) peut-il nuire au maintien dans les listes des sélectionnés caracolant vers le haut du podium ? L’avenir proche nous le dira. Car dès le 2 octobre seront annoncées les 2ème sélections de la saison avec celle du plus ancien de ces prix, le Goncourt !

PS pour ceux qui sont arrivés jusque-là : les *** à côté de certains titres signalent leur sélection répétée (autant de fois que d’étoiles !)

Les Rencontres de Liseur (1) : « Fake news : Internet, ennemi de la démocratie ? »

22 Sep

Dans le cadre des Rencontres de Liseur 2018-2019, La Médiathèque de Levallois accueille François-Bernard Huyghe le samedi 6 octobre 2018 à 16h pour une conférence intitulée Fake news : Internet, ennemi de la démocratie ?

Expression marquante de l’année 2016, jamais peut-être aurons-nous autant entendu parler de « fake news » qu’en 2018, et il y a fort à parier que cela n’est pas prêt de s’arrêter… C’est pourquoi il nous a paru opportun de faire décrypter ce phénomène aux multiples échos par l’analyste des médias François-Bernard Huyghe.

Docteur d’État en sciences politiques, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’Information (nouvelle fenêtre) , il enseigne au CELSA Paris IV Sorbonne. Spécialiste de l’influence stratégique, il a écrit plusieurs ouvrages sur la question parmi lesquels Désinformation, les armes du faux (nouvelle fenêtre) publié chez Armand Colin en 2016 et, plus récemment, Fake news : la grande peur (nouvelle fenêtre) publié chez VA press en 2018.

De quoi la « fake news » est-elle le nom ?

Cette expression, popularisée lors de la dernière campagne présidentielle américaine, a immédiatement rencontré un tel engouement que l’on a finalement renoncé à la traduire en français.

Dans l’un des articles issu de son blog et intitulé « Fake news : une expression piégée » (nouvelle fenêtre), F.-B. Huyghe souligne d’ailleurs que le terme est confus et que, d’un point de vue étymologique, fake avait initialement plutôt le sens de « truqué », d’ « imité » plutôt que de « non-vrai ». Il revient sur les trois éléments que sous-tend une fake news :

  • Le mensonge, donc le fait que quelqu’un, au début de la chaîne, fabrique sciemment un faux événement, une fausse déclaration, en inventant complètement, en truquant une photo, en allégeant de témoignages inventés…

  • Une intention stratégique de produire un effet sur l’opinion.

  • Une dissimulation, résultant généralement du fait que l’information est présentée comme émanant d’un média authentique, d’une source sûre, propagée par d’honnêtes citoyens qui ne cherchent que la vérité, mise en page comme un document authentique ou un article de la presse classique, etc.

La diffusion de « fausses informations » peut s’expliquer par des motifs idéologiques (pour les personnes sensibles aux théories complotistes), politiques (pour déstabiliser un adversaire lors d’une campagne électorale) ou financiers (le trafic généré par ces nouvelles accrocheuses permet de générer des revenus grâce à la publicité présente sur ces sites). À la marge, ce terme désigne également des sites d’informations satiriques tels que le Gorafi (nouvelle fenêtre) en France ou Nordpresse (nouvelle fenêtre) en Belgique.

Selon la journaliste Anne Levade, la fake news

renvoie à une réalité qui a toujours existé mais qui a été considérablement renouvelée par le développement d’Internet et des réseaux sociaux. Dit autrement, il ne s’agit plus seulement de rumeurs ou de fausses nouvelles que le temps suffit à démentir ou faire cesser, mais de véritables entreprises de falsification d’informations, diffusées d’un clic à l’échelle planétaire, se parant des allures de la rigueur journalistique et dont on ne peut identifier l’origine.

« Les « fake news » contre la démocratie ? », l’Express, 11/01/18 (nouvelle fenêtre)

Divina Frau-Meigs, professeure à l’Institut du monde anglophone de la Sorbonne nouvelle (Paris 3) et membre du groupe d’expert de haut niveau de la Commission européenne sur les fake news (nouvelle fenêtre), lors d’une interview à Eurosorbonne (nouvelle fenêtre), envisage quant à elle les fake news comme un phénomène nouveau et lui préfère le terme de « malinformation », le distinguant des trois registres existants, qu’elle définit comme suit :

  • Le registre de l’idéal de vérité que les journalistes cherchent à atteindre et dont les fake news constituent l’exact opposé ;
  • le registre de la propagande de la part d’un pays étranger. Il s’agit de ce que l’OTAN appelle « des menaces hybrides » dont on ne peut pas clairement identifier la provenance et que l’on ne peut mettre sur le compte d’un État en particulier.
  • le registre de la responsabilité des donneurs d’ordre, qui pose aujourd’hui le problème des plateformes hébergeant des médias sociaux. Ceux-ci ne se réclament pas des médias alors qu’ils contribuent grandement à la diffusion et à la monétisation des fake news.

Désinformation 2.0 et démocratie

Sur la base de données Statista, l’article de Tristan Gaudiaut daté du 5 juillet 2018, « L’exposition au fake news dans le monde » (nouvelle fenêtre) reprend les conclusions du Reuters Institute Digital News Report (nouvelle fenêtre) dont la finalité est d’évaluer le degré de confiance et de désinformation dans la « consommation » de l’information à travers le monde : la France, comparée à d’autres pays, semble relativement épargnée avec seulement 16 % de répondants qui rapportent une exposition à de fausses informations.

chartoftheday_14565_l_exposition_aux_fake_news_dans_le_monde_n

Toujours concernant la France, l’article de Cyrielle Maurice publié le 6 avril 2018 sur le Blog du modérateur (nouvelle fenêtre) – média édité par le groupe RegionsJob s’adressant aux travailleurs du web et aux professionnels connectés – rend compte du sondage réalisé par le cabinet BVA auprès des Français pour connaître leur perception des fake news et les moyens envisagés pour les réguler. Le sondage révèle qu’Internet constitue la source principale d’information pour les moins de 35 ans, qu’environ 30% des Français partagent une information dont la source n’est pas vérifiée et que 82 % d’entre eux désignent les réseaux sociaux comme principal vecteur de fausse information. Une bonne partie des Français considèrent que l’auto-régulation des acteurs du marché n’est pas une solution pour lutter contre les fake news : 53% s’orientent vers une contrainte des plateformes à développer des bonnes pratiques et 39% vers une démarche de prévention du public. Enfin, 76% des sondés sont favorables à la mise en place d’une autorité indépendante pour lutter contre les fausses informations.

Selon le communiqué de presse de la Commission européenne du 12 mars 2018 (nouvelle fenêtre) , le rapport du groupe d’experts de haut niveau sur les fausses informations et la désinformation en ligne préconise un code de principes que les plateformes en ligne et les réseaux sociaux devraient s’engager à respecter. Parmi les dix principes essentiels mis en exergue dans le rapport, les plateformes en ligne devraient, par exemple, garantir la transparence en expliquant comment les algorithmes sélectionnent les informations présentées. Elles sont également encouragées, en coopération avec les organismes d’information européens, à prendre des mesures efficaces pour accroître la visibilité des informations fiables et crédibles et faciliter l’accès des utilisateurs à ces informations.

La revue Courrier international, a consacré dans son N°1451 (23 au 29 août 2018)* un dossier aux fake news (« Fake News : l’ère de la désinformation »), dans lequel figure la traduction de l’article d’Aviv Ovadya, intitulé « Les remèdes contre l’infocalypse », précédemment paru dans The Washington Post du 22 février 2018. L’auteur y dénonce un effondrement catastrophique du marché des échanges des idées, détaille la situation actuelle des pays qui ont mis en place des mesures contre la désinformation et rappelle le rôle essentiel d’une« éducation » aux médias comme garant de la conservation d’un esprit ouvert et critique, et plus largement de la démocratie. [*Revue disponible à la médiathèque Gustave-Eiffel (nouvelle fenêtre), également consultable sur La Médiathèque en ligne (nouvelle fenêtre), à partir de la base Europress (rubrique « En ligne » , « Presse »), une fois connectés à votre compte.]

Le projet de loi française sur le sujet, a été il y a peu rejeté par le Sénat. À ce sujet, l’article de l’Express du 27/07/2018, « Le Sénat rejette les propositions de loi sur les « fake news » » (nouvelle fenêtre), mentionne que « selon le rapporteur de la commission des Lois, Christophe-André Frassa (LR), il n’y a « pas lieu de délibérer » sur le texte « en raison des doutes sur l’efficacité des dispositions proposées mais également en raison des risques d’une atteinte disproportionnée à la liberté de communication ». »

Fake newsF.-B. Huyghe semble du même avis lorsqu’il détaille, dans son dernier ouvrage Fake news : la grande peur (nouvelle fenêtre), les enjeux de ce phénomène qui voit s’affronter les défenseurs du « vrai » et les adversaires du système, clivage dû au fait que chacun choisit la version de la réalité qui conforte ses propres opinions et préjugés idéologiques. Différents pays ont légiféré afin de « réguler » ces fake news en exigeant des opérateurs techniques un contrôle systématique des informations qu’elles publient. L’auteur s’interroge sur le bien-fondé d’une telle démarche, propre selon lui à servir d’alibi aux régimes autoritaires… Est-ce à l’État de déterminer ce qu’est la vérité ? Par ailleurs les fake news, en partie grâce au à la vérification de l’information – ou fact-checking, ont une durée de vie très brève. La question centrale reste donc bien pour lui celle de la responsabilité du citoyen face à l’information.

Il n’en reste pas moins vrai que distinguer le vrai du faux et identifier les fake news est un exercice parfois complexe. Aussi certains grands quotidiens d’information français ont-ils créé des sites de vérification de l’information, qui rencontrent d’ailleurs un certain succès : Le Monde avec Les Décodeurs (nouvelle fenêtre) et le moteur de recherche Décodex (nouvelle fenêtre) qui permet de connaître les sites d’information fiables, Libération avec Désintox (nouvelle fenêtre) ou encore Le Figaro avec Le Scan (nouvelle fenêtre), qui se décline par domaine (politique, économie, sport…)

Chloé Morin, directrice de projets internationaux chez Ipsos, dans un article du 6/09/2018 paru dans L’Obs intitulé « Pourquoi le fact-checking ne suffira pas à gagner la guerre contre la désinformation » (nouvelle fenêtre), donnent les raisons pour lesquelles les fake news sont susceptibles d’affaiblir notre démocratie : la « crise des élites » qui touche la plupart des démocraties aujourd’hui, en d’autres termes la défiance des citoyens envers le pouvoir politique ; les nouvelles technologies qui favorisent leur propagation ; la crise du modèle économique des médias ; le contexte géopolitique dans lequel le contrôle de l’information est au cœur des luttes d’influence ; enfin, la crise de l’idéologie du progrès dans les démocraties occidentales. Elle souligne le paradoxe actuel que constitue notre vulnérabilité « face aux manipulations de quelques charlatans » alors même que nous vivons dans une société suréduquée. Si le fact-checking s’avère nécessaire, il reste insuffisant car il s’agit, de son point de vue, d’une problématique aux causes profondes que les citoyens n’ont pas encore réellement identifiées.

La question d’une « menace » démocratique que ferait peser le phénomène des fake news sur la démocratie a d’ailleurs fait l’objet en mars 2018 d’un débat co-organisé par la revue Esprit et l’Institut d’Études Avancées (IEA) de Paris intitulé « Défiance, désinformation : la démocratie en péril ? » (nouvelle fenêtre),  en présence de Sylvie Kauffmann, journaliste, directrice éditoriale au journal Le Monde ;  Pierre Haski, cofondateur de « Rue 89 », président de Reporters sans frontières ; Romain Badouard, de l’Université de Cergy-Pontoise et Anne-Lorraine Bujon, rédactrice en chef de la revue Esprit.

BONUS : une sélection de livres à La Médiathèque

Sélection de livres (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre)

Prenez de la hauteur, et venez penser le monde d’aujourd’hui avec les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE : rendez-vous le samedi 6 octobre 2018 à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean Jaurès-Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

%d blogueurs aiment cette page :