Les blogs sont en vacances !

13 Juil

Comme chaque été, après une nouvelle saison, bien particulière cette année, de publications, les blogs se mettent en pause et les rédacteurs d’articles partent se ressourcer pendant l’été.

En 2020-21 nous avons écrit et publié près de 300 articles sur l’ensemble des blogs et vous avez été plus de 3000 à nous lire chaque mois. Nous en sommes ravis et fiers et vous remercions tous, lecteurs fidèles ou occasionnels, de visiter l’un ou l’autre des blogs, voire tous, de La Médiathèque. Merci aussi de nous suivre, de commenter, de partager, parfois de compléter nos informations et d’échanger avec nous !

Nous vous retrouverons à la rentrée avec de nouveaux articles pour une nouvelle saison de publication. En attendant, nous vous souhaitons un excellent été, riche en repos et découvertes. N’hésitez pas à faire un tour sur nos blogs où vous attendent des dizaines d’idées de lectures, de films à voir, de musiques à découvrir, de promenades dans la Ville, de suggestions d’orientations ou de formations à venir ou encore d’innovations numériques étonnantes…

Bon été à tous !

La saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois : le prix 2021 est attribué à…

8 Juil

Samedi 3 juillet, peu après 16 heures 45, a été révélé le nom du lauréat 2021 du Prix des Lecteurs de Levallois : Adrien Borne pour son roman Mémoires de soie !! Félicitations à cet auteur pour ce premier roman très remarqué qui, après un voté serré, avait rassemblé la majorité des voix du jury.

Ainsi, un soir de fin juin, peu avant le week-end du Salon, les jurés se sont réunis une dernière fois pour leur dernière soirée : celle du vote, riche en émotions, discussions et bonne humeur. Et comme pour chaque élection littéraire ou politique, surprises et déceptions ont été au rendez-vous !

Comme tous les livres de la sélection ont été apprécies et défendus, plusieurs tours ont été nécessaires pour arriver à s’accorder sur un unique gagnant. Entre chacun d’eux, chaque juré a ainsi défendu son « poulain » en soulignant ses particularités et des qualités. Différents arguments ont été avancés par les uns ou les autres : de celui de cadeau à plusieurs personnes, « lequel de ces romans offrirais-je le plus facilement », en passant par le plaisir de lecture, sans oublier le talent et l’ingéniosité du romancier à associer Histoire et fiction, à créer une atmosphère, à réussir à transporter le lecteur dans le temps ou l’espace, à faire naitre l’empathie, l’émotion mais aussi le style, la facilité de lecture ou l’exigence que le roman suppose. S’agit-il d’un « roman qui se mérite » ?

Il a aussi été question de modernité, de souffle épique, de la part d’Histoire plus ou moins creusée et de cette magie d’un livre « qui permet de sortir de ce que l’on vit chaque jour », « d’un roman qui apporte autre chose », qui fait réfléchir, et « permet de comprendre notre monde ». On a aussi parlé de ceux qui ont donné envie de lire d’autres livres de l’auteur mais sans oublier pour autant les critères et les objectifs du Prix, dont celui de soutien à un auteur en début de carrière…

Et au terme d’un suspense terrible, un roman est élu !

Le nom de son auteur restera secret jusqu’à ce samedi 3 juillet, où sous une tente comble dans le Parc de la Planchette (où se déroule le Salon 2021), sont réunis sur scène David-Xavier Weïss, 1er adjoint au maire et délégué à la culture de la Ville de Levallois, Sophie Perrusson, directrice du Pôle Savoirs et patrimoine, Mehdi El Amrani, directeur de So Ouest, qui offre chaque année la récompense au gagnant et Audrey Vilatte, la représentante du jury 2021.

La journaliste Karine Papillaud donne d’abord la parole à Sophie Perrusson, qui rappelle combien cette année a été particulière pour les jurés de cette 10e édition du Salon, avec un calendrier bousculé et des conditions spéciales.

Ce jury a été remarquable dans sa faculté d’adaptation aux changements imposés par la pandémie !

Interrogée sur le Prix 2021, Sophie Perrusson rappelle le rôle de La Médiathèque dans la conduite de ce Prix et le plaisir d’accompagner ce jury tout au long de l’année. Sans pour autant révéler le nom du gagnant, assis dans le public en compagnie des autres auteurs en lice et ignorant tout du résultat du vote qui s’est déroulé quelques jours auparavant, elle conclut par ces mots qui laissent planer le suspense :

Comme toujours, nos jurés font de bons choix !

David-Xavier Weïss, en tant qu’adjoint au maire délégué à la culture et à la jeunesse, se dit doublement concerné par ce Prix et par le Salon. Rappelant son attachement et celui de Madame Le Maire à la culture, il se réjouit de voir ici que le livre est bien vivant et souligne que la culture a toujours pu rester vivante à Levallois, notamment dans les médiathèques malgré les confinements.

Karine Papillaud s’adresse alors à celle qui incarne le jury 2021 : Audrey Vilatte, porte parole du groupe, se dit « honorée d’être la représentante de ses camarades jurés » et rassurée par leur présence dans la salle. En effet, la plupart de ses acolytes de jury sont ici, attentifs et conscients de leur rôle crucial, dans un processus qui va à présent distinguer l’un des auteurs de la sélection 2021.

Levalloisienne depuis 4 ans, Audrey vient au salon depuis 3 ans. Comme les autres jurés, elle a été enchantée de faire partie de ce jury. Interrogée sur le déroulement des séances de l’année, Audrey raconte l’intensité de ces discussions entre passionnés, la « qualité des arguments et contre-arguments qui ont fait parfois bouger les avis », l’importance des ressentis de chacun qui « trouvaient souvent une verbalisation au cours des débats » et le plaisir de participer à cette aventure.

– Quant au vote final qui se passait à la librairie Sevezen de Levallois, on était ravis ! Imaginez, dit Audrey, un lâcher d’enfants dans un magasin de bonbons et vous aurez la tonalité joyeuse de ce moment !

Mais ce cadre idyllique et adapté à ces passionnés de lecture n’empêchera ni le sérieux ni la tension lors du vote : car lorsqu’après un premier tour, on se retrouve avec deux finalistes, la tension est extrême. Chacun surveille sur le tableau blanc les petits bâtons qui s’alignent à côté des noms des deux derniers auteurs en lice… Comble de suspense, les points montent de façon parallèle, arrivant à un score de 5 contre 5. Un seul bulletin reste dans l’urne…

Quelques lettres sur ce dernier petit bout de papier vont faire toute la différence…

Audrey se remémore la tension de ce moment, où le papier est lentement déplié sous les yeux des jurés un peu stressés.

Tout comme le sont à cet instant les sept auteurs qui attendent de connaitre le résultat…

Sans faire durer davantage cette torture littéraire, Audrey annonce d’une voix claire le nom du lauréat : Adrien Borne pour son roman Mémoires de soie !

Surpris, le lauréat baisse d’abord la tête, peut-être assommé par le choc ! Puis ajustant son masque, il rejoint la scène où il est félicité et applaudi. La journaliste l’accueille par ces mots :

Un premier roman, un premier prix, quel succès !

Visiblement très ému, l’auteur sourit, rit, remercie tous les politiques, s’excusant de ne pas avoir « retenu tous leurs titres », se dit ravi de participer à ce « salon si bien organisé » et extrêmement touché de voir aujourd’hui récompensé ce 1er roman qui lui aura pris dix ans de sa vie ! Il rend aussi un hommage chaleureux au jury et à « ce petit bout de papier décisif » !

– Je voudrais tous vous remercier ! dit-il en embrassant l’assemblée du regard. Mais ça se bouscule un peu dans ma tête…

Il cite alors un écrivain célèbre qui disait se demander chaque jour s’il était un génie ou un nul. Avec humour et dérision, Adrien Borne explique que de son côté, la question ne se pose pas, car sa femme et son éditrice passent leur temps à lui dire qu’il n’est ni l’un ni l’autre !

Mais aujourd’hui, grâce à ce Prix, il aimerait s’autoriser quelques minutes à « décider qu’il est un génie »… même s’il sait que ça ne va pas durer ! Amusée, la salle applaudit. Plus sérieux, il confie ensuite que ce premier livre a été écrit en pensant à ses grands-mères, des femmes admirables et solides, qui auraient sans doute pensé qu’écrire un livre était dérisoire et qui auraient été très étonnées d’apprendre que ce n’était peut-être pas si dérisoire !

Aussi c’est un peu à elles que je pense aujourd’hui en recevant ce Prix.

Lorsque le directeur de So Ouest lui remet le chèque qui récompense le Prix, l’écrivain sourit malicieusement :

Et si en plus écrire des romans rapporte de l’argent, c’est encore mieux !

Avant que Karine Papillaud ne clôture cette cérémonie, il tient à ajouter quelque chose de très important :

Les auteurs en lice pour ce Prix ne sont pas en compétition et tous méritent de se trouver sur ce podium !

Nous voici donc arrivés à la fin de la saga des jurés du Prix des Lecteurs de Levallois 2021.

Merci à ce jury passionné et passionnant pour toute cette année de rencontres, merci pour ces débats et ces échanges qui ont ont enrichi nos lectures tout au long de l’année, merci à tous les auteurs en lice pour le plaisir, les émotions, les découvertes et les discussions que leurs romans ont engendrés, et mille félicitations à Adrien Borne !

Élégance et fair play sont ainsi la marque de cette cérémonie de remise du Prix des lecteurs de Levallois 2021, écho de l’ambiance généreuse et bienveillante de chacune des rencontres de ce jury 2021.

Sans oublier un petit clin d’œil au hasard qui a fait coïncider la date de remise du Prix 2021 avec l’anniversaire de l’heureux lauréat 😉 (ce qu’aucun membre de jury ne savait et qu’Adrien Borne nous a confié le lendemain !)

Sur le littoral… Une sélection de romans côtiers

2 Juil

En ce début d’été, je vous propose une petite échappée littéraire vers les littoraux, ces zones sinueuses où s’établit le contact entre la terre et l’eau, côtes ou rivages, mer ou lac… Lieux de transition par excellence, il s’y noue des épisodes majeurs de la vie des personnages qui peuplent ces romans…

En France

La légèreté d’Emmanuelle Richard (nouvelle fenêtre)

Avec son premier roman, Emmanuelle Richard nous emmène dans les Charentes maritimes, sur l’île de Ré. Son héroïne, 14 ans, qui ne sera jamais nommée, y séjourne pour quelques semaines en famille pendant les vacances d’été et espère bien pouvoir y embrasser un garçon et perdre sa virginité… Entre narration et introspection, il ne se passe pas grand-chose dans ce récit où s’étirent des journées d’été « normales, heureuses et vides à se taper la tête contre les murs » mais l’attente bouillonnante de la jeune fille crée une tension palpable. Emmanuelle Richard retranscrit à merveille les angoisses de l’adolescence : la honte de ses parents, la peur d’être différent, le dégoût de son corps et paradoxalement l’éveil de la sexualité. D’une finesse et d’une précision extrêmes sur les souvenirs universels d’un âge tendu vers l’avenir, ce roman enivrant et cruellement vrai sur l’adolescence, frappe à la porte de nos propres souvenirs.

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (nouvelle fenêtre)

Le roman s’ouvre au bord d’une plage de Lorraine, durant l’été 1992. Anthony s’y prélasse avec quelques copains, essayant de tuer le temps. Au sortir de l’adolescence, son horizon n’est guère enthousiasmant : la désindustrialisation a déjà fait des ravages, le chômage a frappé les enfants du baby-boom et s’est étendu comme un cancer aux stigmates visibles dans tout le paysage. Comment s’imaginer alors un avenir au milieu de friches industrielles, d’usines désaffectées, de commerces ayant définitivement tiré leur rideau de fer ? Nicolas Mathieu a découpé son roman en quatre périodes, quatre étés de 1992 à 1998 qui nous permettent, outre le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’Anthony, de Hacine, de Clem, de Steph et des autres, de suivre l’actualité politique et sociale. De la montée du Front national à la Coupe du monde de football, l’auteur montre comment ces événements accompagnent le quotidien et marquent les esprits jusqu’à bousculer quelques existences. Car les drames et les réussites servent aussi de révélateur. À l’aune de cette époque floue et instable, entre la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, la seule issue raisonnable semble devoir être la fuite. Lauréat du Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu, retrouvant l’ambiance de son roman noir, Aux animaux la guerre (nouvelle fenêtre), nous livre ici un constat aussi lucide que douloureux.

De l’autre côté du lac de Xavier Lapeyroux (nouvelle fenêtre)

Une ville anonyme, loin de toute grande métropole, où lacs et grandes forêts se côtoient. Hermann, sa femme et sa fille Sam, 16 ans, mènent une existence paisible dans leur villa surplombant le lac, lorsque, par un été caniculaire, tout va basculer : des adolescents disparaissent, une enquête est lancée et la paranoïa d’un père se révèle… L’auteur nous plonge dans le subconscient d’Hermann d’une façon tellement subtile qu’on arrive à croire tout ce qu’il voit et peut être est-ce lui qui détient la vérité, allez savoir… Roman atypique et perturbant par bien des aspects, De l’autre côté du lac ne vous laissera certainement pas indifférent !

Peine perdue d’Olivier Adam (nouvelle fenêtre)

Un vigile, un saisonnier, un livreur, une femme de ménage, un manutentionnaire, une interne à l’hôpital, un entraîneur sportif, un voyou, une romancière vieillissante, un couple de retraités, une assistante sociale, une femme de ménage, un garagiste… Vingt-trois personnages se croisent, s’aiment, se déchirent, se défient dans une petite station balnéaire du Var désertée l’hiver par les touristes, où règne, tel un chef mafieux, un entrepreneur local. Certains ont des envies de fuite, de disparition ou de retrait du monde, alors que d’autres se cramponnent. Ici, le quotidien est difficile et le chagrin à vif… Toutes ces voix finissent par n’en former qu’une seule, qui donne à entendre ceux qui n’ont jamais la parole, cette France “invisible” à l’insondable mélancolie qu’Olivier Adam dépeint d’un ton âpre, urgent, à l’image de la colère, de la violence qu’il traduit et qui trouve leur métaphore dans la tempête soudaine et sauvage qui balaie la station balnéaire. 

La nuit atlantique d’Anne-Marie Garat (nouvelle fenêtre)

Nous nous rendons cette fois-ci du côté de Blaye et de Soulac-sur-Mer, dans un Médoc qu’Anne-­Marie Garat connaît bien et qu’elle faisait découvrir à ses lecteurs dès son premier livre, L’Homme de Blaye (nouvelle fenêtre), en 1984.

L’héroïne de La Nuit atlantique [également disponible en livre à télécharger (nouvelle fenêtre)], Hélène, débarque dans la maison sur la dune qu’elle acheta sur un coup de tête, dix ans auparavant, à une certaine Mme Dhal, et qu’elle veut désormais mettre en vente tout aussi brutalement. La villa est poussiéreuse, vétuste, mais habitée, squattée à vrai dire, par un photographe nippo-canadien à la recherche de paysages d’autrefois, sur cette côte atlantique truffée de blockhaus. Alors qu’Hélène pensait faire le ménage dans son existence, la voici donc affublée d’un locataire imprévu. Et bientôt de sa nièce et filleule, Bambi, venue chercher auprès de sa marraine un peu d’écoute et beaucoup d’affection. C’est le début d’une grande aventure où la nature se met en colère, où le paysage est vite bouleversé par une tempête centennale comme dans la réalité en a connu la côte atlantique ces dernières décennies. Hélène s’imaginait seule pour réfléchir au coin du feu, et la voilà menacée par les eaux, sauvée par un presque inconnu, bousculée dans ses souvenirs, sa mémoire et ses envies de changement. 

Anne-­Marie Garat signe ici un roman profond, puissant et fascinant, marqué par un imaginaire fort, qui nous emporte au cœur des mystères de la nature, du monde actuel et de l’âme humaine avec souffle, lucidité et nostalgie.

À l’étranger

Sur la plage de Chesil de Ian McEwan (nouvelle fenêtre)

Nous sommes dans la prude Angleterre des années 1960.  Florence Ponting, violoniste issue d’une riche famille, et Edward Mayhew, jeune diplômé d’histoire originaire d’un milieu beaucoup plus modeste, se retrouvent enfin seuls dans une auberge du Dorset où ils entament leur lune de miel. Edward aime Florence… et Florence aime Edward. Ces tourtereaux si sûrs de leurs sentiments devaient nécessairement entrer dans une fusion extatique, passées les peurs des premières minutes de la nuit de noce. Mais c’était compter sans la maladresse de l’élu et sans les réserves viscérales de la belle. Aussi la nuit de noce est-elle une nuit noire. Et l’explication qui suit, sur la plage de Chesil, est d’autant plus risquée pour ces âmes sincères…

Il ne s’est « presque rien passé » et pourtant, à cet instant, deux vies changent de cours, irréversiblement. Quasiment une non-histoire en somme… Mais ce rien fascine Ian McEwan, qui raffole des moments imperceptibles où une vie bascule, bifurque, déraille ou s’écroule sans crier gare. C’est un maître dans l’art de couper les minutes et même les secondes en quatre. Aussi s’empare-t-il de ce “presque rien” qu’il va détailler, fragmenter, dilater à l’extrême. L’auteur s’approche à pas lents de la fameuse nuit, donnant à son récit des allures de thriller sentimental. La plume, élégante et précise, se révèle altière lorsqu’il est question de livrer les sentiments les plus nobles, et crue lorsque l’auteur aborde le langage impossible des corps. Tout, dans ce roman, est finesse et vérité des sentiments ; d’une redoutable adresse, Sur la plage de Chesil est un petit bijou d’analyse psychologique, à mon sens l’un des plus beaux romans de Ian McEwan.  

À noter que l’auteur a signé le scénario de l’adaptation cinématographique réalisée par Dominic Cooke en 2017, avec Billy Howl et Saoirse Ronan dans les rôles titres. Le film est également disponible à La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Le chant de la pluie de Sue Hubbard (nouvelle fenêtre)

Bien sûr on va l’entendre, Le Chant de la Pluie – mêlé aux mugissements du vent et de la mer. Parce que le roman de Sue Hubbard a pour cadre la côte sauvage d’Irlande, juste en face des impressionnantes îles Skellig. Et parce que la romancière, une fameuse poétesse anglaise, sait faire vibrer les mots mieux que quiconque lorsqu’elle évoque la nature déchaînée. Le lecteur ne doit pas s’attendre pour autant à un long poème lyrique éthéré : l’histoire de cette enseignante anglaise qui vient chercher temporairement refuge dans le cottage que possédait son mari irlandais, brutalement décédé, ne s’éloigne jamais du réel et du présent. L’écrivaine s’emploie à raconter concrètement un deuil et une renaissance, à révéler des personnages profonds et mélancoliques ancrés dans le quotidien d’un monde qui vacille.

Derrière ce récit moderne et sensible qui progresse par vagues, usant de leitmotivs, Sue Hubbard brosse un beau portrait de femme résiliente. Et, à travers le personnage de Colm, paysan poète et chanteur dans les pubs de la région, explore avec une tendre acuité l’âme irlandaise, qui plie mais ne rompt pas tout à fait face aux assauts d’un libéralisme débridé. A l’image de ces îles Skellig, qui depuis des millénaires triomphent de la mer, du vent et de la pluie…

Retrouvez également à La Médiathèque le roman en version livre à télécharger (nouvelle fenêtre).

Traverser l’hiver de Melanie Wallace (nouvelle fenêtre)

L’histoire développée par Melanie Wallace se déroule quelque part sur la côte Atlantique des Etats-Unis. Les étendues des longues routes américaines sont bien rendues et le décor, l’Amérique des motels dans les années soixante-dix, parfaitement planté. June a tout juste seize ans, déjà un bébé et pas d’avenir. Arrivée devant un motel au bord de l’océan Atlantique, le père, qui n’a pas reconnu l’enfant, la laisse seule avec quelques dollars en poche. Une enfant avec une enfant ne peut laisser indifférente Mabel, la gérante des mobil-home et son amie Iris. Une jeune fille au bord de l’océan, deux femmes mûres, des liens qui se tissent pudiquement, patiemment. Mabel et Iris ont une histoire qui va résonner avec l’histoire de June. Veuve, maltraitée ou abandonnée, des femmes se viennent en aide. Iris, Mabel, Claire et June, quatre solitudes, quatre destins liés entre eux par le fil délicat et précieux de la littérature. Ouvrage de dentelière, porté par une écriture réaliste et poétique à la fois, Traverser l’hiver est un roman fragile et tendre sur la résilience et l’oubli qui permettent d’espérer, toujours. 

Les grandes marées de Jim Lynch (nouvelle fenêtre)

Miles, 13 ans, éminent spécialiste de la faune et de la flore marine, vit près d’Olympia dans l’État de Washington. Passionné par la baie dans laquelle il vit, le Puget Sound, bras de mer de l’océan Pacifique, il sort en cachette tous les soirs pour explorer les trésors que la marée basse a laissés. Il a monté, avec son copain Phelb, une petite entreprise et vend le fruit de sa pêche ainsi que ses trouvailles. Une nuit, Miles trouve dans la vase une créature marine très rare et cette découverte va modifier le cours de son été… 

Le style et l’imagination fertiles de l’auteur permettent à la science et à l’océan de se mêler aisément à la poésie. Premier roman traduit de Jim Lynch paru en 2008 et réédité en 2018, plein de grâce et d’invention, Les grandes marées est une fable irrésistible autant que délicate sur le passage à l’âge adulte, saupoudrée de lyrisme et de bonne humeur. Atypique, surprenant et attachant !

Chronique familiale de Jon Kalman Stefansson

Un poing sur la table assené avec violence, un mardi, un reproche adressé à sa femme parce qu’elle fait du bruit en mangeant puis une lettre de sa belle-mère et l’annonce de mauvaises nouvelles sur la santé de son père, bouleversent avec brutalité l’existence d’Ari, éditeur et écrivain tout juste cinquantenaire exilé au Danemark depuis près de deux ans, et le conduisent à revenir en Islande, dans la ville même où il a grandi, Keflavík. Cette petite ville portuaire, à l’extrême sud-ouest de l’Islande et à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, Reykjavik, végète depuis que la base américaine a fermé au détours des années de l’après guerre marquées par les trafics en tout genre, l’ennui mortel des soldats étrangers et l’amour/haine des autochtones pour la culture yankee importée.

Le premier volet de cette histoire familiale islandaise qui s’étend sur trois générations, D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds (nouvelle fenêtre), plonge donc son lecteur dans trois époques différentes et entraîne Ari bien au-delà des années 80 et de sa jeunesse, jusque dans le fjord de Norðfjörður, sur les traces de son grand-père armateur Oddur (« le plus jeune capitaine de tous les fjords de l’est ») et de sa grand-mère Margrét, fragile et sensible. Tour à tour, la mort, l’âpreté du climat et de la terre, la mer, l’amour, la poésie et l’écriture nécessaires, les choix de vie et les regrets, les blessures profondes, les histoires familiales, le désespoir et la faiblesse des hommes, l’activité rude et éprouvante de la pêcherie puis l’usine, un monde qui change, tout résonne dans le paysage des souvenirs et accompagne Ari vers ce retour inéluctable, l’interroge et le confronte à lui-même. Tout cela s’offre au lecteur, le pénètre par tous les sens, intensément et à fleur de peau.

Dans le second volet de la chronique intitulé À la mesure de l’univers (nouvelle fenêtre), Ari achève sa difficile errance dans le vieux pays. Dialogues de morts, entretiens posthumes : Ari, le personnage omniprésent, sinon principal, du livre, ne cesse de chercher un contact désormais impossible avec des êtres surgis du passé. Dans ce monde séquestré, taiseux, de la petite Islande pauvre, enserrée par les flots, vouée au poisson, il n’a pas su parler à ses proches en leur temps, celui où ils existaient comme créatures réelles et chaudes, et voilà qu’il les rejoint en spectres. La froideur des destinées individuelles (viols, alcoolisme, ruptures, perte des plus chers), la mort inéluctable ouvrent sur le néant plus que sur un dieu absenté du monde. L’étrangeté absolue de ce texte ballotté entre jadis, naguère et aujourd’hui a ainsi quelque chose de constamment nostalgique et de poignant. Roman d’ambiance, à l’écriture visuelle et lyrique, À la mesure de l’univers nous propose ainsi, à la manière impressionniste, des bribes de vie rythmées par des textes de chansons d’amour qui sont comme de petites madeleines. Pour le féministe convaincu qu’est Jón Kalman Stefánsson, ce sont surtout les femmes (ses plus beaux personnages) qui portent mieux que les hommes, parfois pervers, souvent ivrognes, toujours faibles sous leurs biceps de plomb, la corne d’abondance chargée de joies. Mais aucun doute ne subsiste : toutes les vies valaient la peine d’être vécues, surtout celles où la lâcheté suprême, celle qui consiste à n’être pas allé au bout de ses songes, a finalement été surmontée.

L’écrivain nous offre, avec sa Chronique familiale, un magnifique dyptique, formidablement bien écrit. Une plume soignée et fluide, un vocabulaire riche, une traduction exemplaire. C’est poétique, nostalgique, tendre et cruel à la fois… Une véritable réussite.

Les sirènes du Pacifique de Cédric Morgan (nouvelle fenêtre)

Nous sommes dans le Japon des années 1930-1970, encore imprégné de ses rituels séculaires, habité par une singulière communion entre l’homme et la nature. Plus encore qu’aujourd’hui, ce Japon-là nous est insaisissable, sinon incompréhensible. Cédric Morgan a choisi cette longue page d’histoire, pour mettre en scène le destin de Yumi, une jeune Japonaise, et les habitants de son île, Toshijima.

À l’est, derrière les montagnes, par-delà la province d’Ise, là où le soleil se lève sur la mer avant partout ailleurs, les pêcheurs de la péninsule de Shima, dont fait partie l’île de Toshijima, vénéraient deux divinités, l’une du soleil, Saruta-hiko, l’autre des fonds marins et de l’au-delà, Ame no Uzume. Leur union était symbolisée par l’unasaka. L’union de la terre et de la mer, de la vie et de la mort. Les anciens du Japon croyaient que là où le soleil comme les navires disparaissent à l’horizon était la pente ou la frontière de l’océan, la porte de l’au-delà : l’unasaka. Et tous les jours, de l’unasaka, ils voyaient revenir le soleil. Le royaume de Yamato, voisin et enclavé, peuple des montagnes qui vénérait un dieu du mont Miwa, s’empara de ce double culte et lui assigna une princesse non mariée à chaque génération pour le servir. Filles du roi devenues filles de l’empereur, c’est ainsi que naquit, par fusion, Amaterasu, la déesse du soleil, divinité ancestrale du Japon et de la famille impériale. Naquit en même temps la légende des ama, ces femmes de la mer descendantes d’esclaves et familières des fonds marins.

Comme sa mère Tsukiko, Yumi, l’héroïne du roman, est donc une ama, ce métier dévolu aux femmes selon une tradition millénaire : elle plonge en apnée dans la mer qui entoure Toshijima, pour remonter ormeaux, huîtres, escargots turbans, oursins… Tous ces mollusques qu’adorent les Japonais. Respectée de ses amies ama, Yumi revendique haut et fort son autonomie, son indépendance. Elle veut d’ailleurs épouser Ryo qu’elle aime, dérogeant aux règles des « mariages arrangés ». Mais le Japon, alors en proie à une paranoïa impérialiste, va envahir la Chine, puis défier les États-Unis, à Pearl Harbor. Bientôt, ce sera Hiroshima et la reddition du Japon le 2 septembre 1945.
Cédric Morgan restitue, avec justesse et sensibilité, le quotidien de Toshijima. Bien que des conscrits quittent régulièrement l’île pour rejoindre l’armée, la population ignore tout des réalités de la guerre et des atrocités perpétrées par la dictature nippone. Un Japon traumatisé sortira lentement de sa torpeur. Yumi, déterminée, « conservait son rang d’ama expérimentée »… Chez elle aussi, les questions se bousculent : pourquoi tous ces malheurs ? Faut-il me marier et avoir un enfant ? Irais-je un jour à Tokyo ? Et elle nous embarque dans ses pérégrinations. Libre, affranchie et insoumise, Yumi, toute en lumière et en sincérité, le restera jusqu’au bout et en paiera le prix fort. Cédric Morgan va et vient entre ces « brefs instants », ces « minimes évènenements » de la vie de Yumi et ce monde qu’elle traverse, qu’elle observe de loin, inébranlable, à la fois passagère et spectatrice, et sur lequel il porte un regard sévère, tour à tour féministe, écologiste et humaniste. Les hommes d’abord, trop contents de ne pas plonger, activité bien trop risquée et bien trop éprouvante, les hommes encore lorsque deux ama perdent la vie. La beauté du monde ensuite, le chant des oiseaux qui vous invite à vous arrêter un instant pour l’admirer, la danse des fonds marins, la préservation des espèces prise en compte depuis toujours par les ama, le scandale de Minamata (nouvelle fenêtre). Et puis la guerre qui revient, encore, insidieusement, à intervalles réguliers, au fil des pages, comme pour vous hanter. 

Cédric Morgan est un familier du Japon. Son roman, porté par une écriture précise, retenue, poétique, a le charme et l’élégance d’une estampe.

Ces romans qui vous veulent du bien

26 Juin

Puisque l’on retrouve de plus en plus un espace de liberté et avant que nous nous évadions peut-être pour l’été vers d’autres horizons, échappons-nous de notre quotidien avec des textes légers comme des bulles de savon…

Parmi ces romans feel good, leur ancêtre, la chick-lit est un genre littéraire qui semble séduire beaucoup de personnes, surtout des femmes, car ce sont des romans écrits par des femmes et à l’instar des collections « Harlequin » qui étaient spécialisées dans les romans sentimentaux (dits romances aujourd’hui) ce genre représente le quotidien réaliste de la fille de tous les jours. Ces romans sont centrés sur un personnage principal, une femme, la plupart du temps dans la fin de la vingtaine début trentaine, souvent célibataire. Elle raconte sur un ton humoristique, léger, désenchanté et plein d’autodérision, non seulement ses relations amoureuses et sa quête de l’homme idéal, mais aussi, parfois principalement, ses relations avec ses amis, sa famille, ses collègues de travail, sa voisine etc… Ajoutons à ce cocktail une couverture girly et le tour est joué !

Aujourd’hui, on parle davantage de romans feel good pour ces histoires qui font du bien. L’optimisme contagieux de ces romans peut aider à prendre de la distance par rapport à certains événements de la vie difficile. Ainsi, ce type de livre est souvent drôle, voire loufoque, il met de bonne humeur, fait du bien et se lit vite, c’est  un antidépresseur de papier et d’encre, une sorte de bonbon à lire avec un happy end, des sujets légers, et d’histoires positives, tout en restant réalistes. Le lecteur doit se sentir dans un cocon, pour permettre une identification et l’aider à relativiser les événements durs de la vie. Grâce à cette parenthèse positive, qui peut agir comme un révélateur ou apporter des réponses aux personnes qui se questionnent. Il peut aussi aider a redonner l’ impulsion qui manquait, et être vecteur de changements avec des sujets qui parlent au plus grand nombre.

Voici quelques uns de ces titres qui vous mettront le sourire aux lèvres :

On peut aussi rapprocher ces romans du concept de « bibliothérapie » développé par Régine Detambel dans son livre Les livres prennent soin de nous (nouvelle fenêtre) selon lequel les mots peuvent guérir nos maux, aussi je vous renvoie à un précédent article de blog intitulé : Bibliothérapie des livres sur ordonnance.

Rajoutons encore quelques titres :

Marie Vareille dans le syndrome du spaghetti (nouvelle fenêtre) Léa est une jeune prodige du basket, à l’avenir tout planifié ! Sauf qu’il y a des évènements dans la vie qui surviennent sans qu’on s’y attende. Et Léa, qui doit tout remettre en question, est loin de l’accepter. Il est aussi question d’amour…

Sophie Jomain et sa série de romans Les Étoiles de Noss Head T.1 (nouvelle fenêtre) (se décline en quatre tomes) Il s’agit d’une histoire lucide et crédible, tout en fraicheur qui traite de légendes entre la France et l’Ecosse, qui donne à voir un côté enchanteur et mystérieux.

Antony Doer Toute la lumière que nous pouvons (nouvelle fenêtre) : vaste fresque épique et foisonnante, cette histoire très romanesque centrée sur deux adolescents est un récit d’aventures et d’apprentissage sur fond de guerre. La narration converge vers la cité corsaire de Saint-Malo, dans un décor magique de pierre et de mer bientôt voué à l’enfer du feu et de la destruction lors des bombardements de la Libération. Une histoire touchante pleine d’humanité.

La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2021 : derniers débats

22 Juin

Début juin a eu lieu l’avant-dernière rencontre du jury du Prix des Lecteurs de Levallois : une séance importante puisque la prochaine sera consacrée au vote final… D’ailleurs quand en préambule des débats de la soirée on évoque cette étape cruciale, les conversations cessent et tous les jurés tendent l’oreille ! Mais n’anticipons pas, car ce soir, deux romans nous attendent…

Roman or not roman ?

Après un silence, une première jurée se lance sur le premier roman :

– Il n’est pas vraiment historique même s’il y a un éclairage sur un lieu et une façon de vivre à une période très précise de l’Histoire.

– Mais ce n’est pas un roman non plus ! remarque un autre.

Et même si le roman est centré sur un personnage, « ce n’est pas vraiment une biographie non plus »… Plusieurs jurés renchérissent : « ce n’est pas du tout un roman historique, c’est une double biographie » !

– Mais ce n’est pas un sujet facile, s’écrie un autre juré. Il s’agit de l’inspiration !

Ce juré admet néanmoins que le livre démarre bien mais qu’hélas il traîne en longueur.

Si certains ont aimé le côté road-trip au présent et « voyage dans les pas de », d’autres ont trouvé ce procédé léger, voire « polluant » ou « nombriliste ». Renchérissant alors, d’autres jurés confient avoir été gênés par l’alternance passé-présent mais aussi récit personnel-fiction, estimant que l’auteur aurait dû faire un choix entre les deux : « la partie personnelle un peu plus faible gêne le côté romanesque ».

Un choix d’auteur

Concernant la construction, le fait d’adopter un point de vue décentré en parlant du personnage central, « flamboyant, extravagant, incompris », en passant par un autre est remarqué et apprécié mais certains jurés trouvent que les personnages, quels qu’ils soient, n’ont aucune épaisseur ni ne ressentent d’émotion.

On les voit agir et c’est tout.

Mais si cette façon d’écrire chère aux partisans du « show don’t tell » enseigné dans les universités américaines ne convainc pas tout le monde, d’autres jurés ont au contraire apprécié que place soit ainsi laissée au lecteur qui a ainsi toute latitude à laisser son imaginaire fonctionner. Ces jurés enthousiastes ont particulièrement aimé que le romancier ne prenne jamais parti, avouant parfois ses limites, sans chercher à dépasser ses hypothèses.

Ce qui s’avère un choix d’auteur ne plait pas à tout le monde : ainsi une juré a eu du mal avec les fréquentes répétitions de ces »précautions » prises par l’auteur, « peut-être », « j’imagine », « je fais l’hypothèse que »… Un autre lui fait alors remarquer que « faire des hypothèses est justement une part du travail de romancier » ! Car en l’absence de faits avérés, ce dernier « recrée, fait des choix, prend des décisions ». Mais ce qui semble déranger la plupart des jurés ce soir est que l’auteur prévient son lecteur de ce qu’il fait : « ça casse tout le côté romanesque ».

– Oui mais au moins c’est clair, rétorque une jurée.

Celle-ci trouve même intéressant que l’auteur dise ne pas savoir pas : car cela permet d’aborder une question plus large, celle de la vérité dans un roman. Voire même, cela interroge sur la nature du roman historique, notamment grâce aux questions que l’auteur se pose sur son propre travail : comment concilier vérité et fiction ? Ou encore, que fait un romancier de la matière dont il dispose (écrits, récits, témoignages d’époque…) ?

Grâce à un style fluide sur lequel tout le monde s’accorde, ce roman est de l’avis de tous un « livre facile et agréable à lire », malgré « un rythme qui met du temps à venir » et « des longueurs en partie centrale ». La plupart des jurés y ont appris des choses et fait des découvertes, certains ayant même envie d’aller lire d’autre livres de cet auteur. Mais en définitive, ce livre ne semble ni assez roman, ni assez historique :

– C’est un document, nous dit-on.

La matière historique

Tout autre son de cloche avec le deuxième roman de la soirée : « c’est un livre écrit par un spécialiste d’Histoire et de science politique, cela se ressent ». Et on se trouve face à une toute autre façon d’aborder la « matière historique », quand justement, l’auteur n’a pas « grand chose à se mettre sous la dent ».

C’est un super travail d’historien et de romancier, ce n’est pas juste ce qu’un spécialiste d’histoire aurait pu écrire, on est tenu en haleine jusqu’au bout par ce livre qui permet de se faire des films dans la tête.

Pour certains jurés, ce livre est même un roman d’aventures ! Un roman « vivant et très moderne, habile et riche », bien construit, avec beaucoup de dialogues et des personnages « qui nous emmènent avec eux et nous font partager leur vie ». On les suit dans ce livre qui aborde tous les aspects de la vie quotidienne de l’époque : « on est dans l’histoire, on se croirait vraiment dans l’époque ». Mais si certains jurés sont enthousiastes et songent désormais à revoir leur choix en vue du vote, d’autres ont été gênés par une construction basée comme le précédent roman sur l’alternance : deux temps, deux personnages, deux narrateurs, deux styles, deux âges de la vie et et deux façons d’appréhender l’existence ! Mais cette binarité qui a séduit les uns, « cela donne un rythme, du dynamisme », a fait perdre le Nord aux autres : certains ont réussi à s’y faire, d’autres ont développé des stratégies, « lire le tout comme de petites vignettes qui à chaque fois donnent une information », d’autres encore ont été perdus.

– Moi, j’ai aimé mais j’ai peiné, mais c’est à cause de mon absence de connaissance sur cette période, s’excuse presque une jurée, ce n’est pas à cause de l’auteur !

Malgré ces éloges, une partie des jurés reste partagée, souvent rebutés par un début difficile voire déstabilisant, une structure trop complexe, ou un style « plat ». L’unanimité se fait pourtant sur le fait qu’on apprend beaucoup, même si pour certains, c’en est devenu indigeste, « c’est presque un cours d’histoire politique » !

– Pas du tout, rétorquent les partisans du livre. C’est dynamique, pas du tout scolaire et le propos est très moderne.

Ceux-là trouvent que ce livre très fouillé fait des ponts avec le présent et permet de interroger sur notre monde actuel.

Pour moi, c’est le roman le plus historique de tous ceux que l’on a lus !

La soirée se clôt sur ces paroles. Mais ne croyez pas pour autant que les jeux sont faits… Seule la soirée de vote permettra de savoir qui sera le lauréat 2021 !

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