Les couples d’écrivains : Paul Auster et Siri Hustvedt

19 Oct

Les couples d’écrivains ou quand l’écriture se conjugue au pluriel….

Ils partagent leur vie et le même métier, écriture connivence ou rivalité ?

Le couple le plus charismatique d’écrivains de la littérature américaine est pour moi : Siri Hustvedt et Paul Auster. Ils se sont rencontrés en 1981 et n’ont cessé de publier depuis, et d’échanger faisant grandir leur union et leur œuvre, s’appuyant l’un sur l’autre dans un dialogue permanent.

Je vous invite à la lecture de Chronique d’hiver, le dernier livre de Paul Auster qui contient un beau portrait de sa femme :

Ce matin, tu te réveilles dans la pénombre d’une nouvelle aube de janvier, dans une lumière estompée, grisâtre, qui s’infiltre dans la chambre, et il y a le visage de ta femme tourné vers le tien, ses yeux clos – elle est encore profondément endormie, les couvertures remontées jusqu’au cou ne laissent apercevoir d’elle que sa tête, et tu t’émerveilles de la voir aussi belle, de la voir si jeune, même à présent, trente ans après la première fois que tu as dormi avec elle, après trente ans de vie commune sous le même toit à partager le même lit.

Chronique_d_hiver_Paul_Auster

Paul_Auster_in_New_York_City_2008Paul Auster est une figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise et s’impose comme une référence de la littérature postmoderne. Né en 1947, il commence à écrire dès l’âge de 13 ans. Diplômé en Arts, il puise son inspiration dans la littérature européenne des années 70. Il commence par la poésie avant de se tourner vers le roman, il travaille également pour le cinéma.

Son œuvre témoigne de nombreux élans autobiographiques. Dans L’invention de la solitude en 1982 qui combine deux récits brefs, l’un écrit à la première personne, l’autre à la troisième ; dans Le diable par la queue en 1996, il traite du manque d’argent.  Le carnet rouge rassemble des histoires vraies, collectées entre 1979 et 2000.

Le_diable_par_la_queue_Paul_Auster

Une partie de son œuvre évoque aussi la ville de New York notamment le quartier de Brooklyn où il vit. C’est le cas de la trilogie new-yorkaise en 1986, avec laquelle il connaitra le succès et qui comprend : La Cité de verre, Revenants, La Chambre dérobée. Du reste il tendra à nous faire toucher du doigt, la magie de cette ville, avec des romans tissés et envoutants. Ces trois tomes interrogent aussi sur l’identité, thème récurrent dans son œuvre. On le retrouve dans Léviathan paru en 1993 (Prix Médicis étranger) : le narrateur a ses initiales (Peter Aaron) et rencontre une femme nommée Iris (anagramme du prénom de son épouse Siri). Ce roman témoigne à travers ses personnages d’une nation en quête d’identité, qui a perdu ses repères.

Leviathan_Paul_Auster

Dans le scriptorium en 2007, un des protagonistes porte le nom de Trause  (anagramme d’Auster), il y fait aussi de nombreuses références à ses précédentes œuvres, notamment à Moon Palace, Le voyage d’Anna Blume, ou La trilogie new-yorkaise. Ce même Trause sera présent dans La nuit de l’oracle, en 2004 où il utilise le procédé de la mise en abyme.

Dans les années 2000, il publie Brooklyn Folies, un livre sur le désir d’aimer, un roman chaleureux, où les personnages prennent leur vie en main, choisissent leur destin, vivent le meilleur des choses – mais pour combien de temps, encore, en Amérique ?

Brooklyn_Follies_Paul_Auster

Suit Seul dans le noir en 2009 : méditation politico-historique sur les États-Unis d’aujourd’hui et le malaise d’une civilisation en proie à une absurde et coupable ardeur guerrière.

Seul_dans_le_noir_Paul_Auster

Il obtient en 2006 le Prix Prince des Asturies pour l’ensemble de son œuvre.

Son style en apparence très dépouillé, travaillé au fil de ses œuvres poétiques, cache une architecture narrative complexe, faite de digressions exagérées, mais toujours pertinentes, ainsi que d’histoires dans l’histoire.

Paul Auster a su conquérir le monde entier par une œuvre dense et profonde et sa perpétuelle remise en question des ressorts de la fiction, le décor urbain, commun à son œuvre confrontera ses personnages à une errance psychologique solitaire aux confins de la folie.

En 1981, il rencontre Siri Hustvedt à une séance de lecture de poésie à laquelle il assiste, il l’épousera l’année d’après.

Siri_Hustvedt_1Siri, américaine d’origine norvégienne, née en 1955, essayiste et romancière reconnue, est diplômée en littérature anglaise. Elle n’a rien à envier à la réputation de son mari, car elle signe une œuvre considérable, saluée unanimement.

Elle commence sa carrière en tant que poète en 1978, dans le « Paris Review ».

Son premier roman, Les Yeux bandés paraît en 1992, il annonce déjà la singularité d’une œuvre complexe.

Son troisième roman Tout ce que j’aimais en 2003 connaît un succès international. Il s’agit de raconter des vies, des destins, des trajectoires, en leur donnant une dimension romanesque et en intégrant une réflexion sur l’art.

Les_yeux_bandes_Siri_HustvedtTout_ce_que_j_aimais_Siri_Hustvedt

Ces deux romans ont pour thème la perte, et posent la question « pourquoi devenons-nous ce que nous sommes ? ».

EXTRAIT : En bas, je vois la cour dans la nuit, je devine les lignes des pavés et la masse sombre des buissons. Quand je fais cette promenade, l’appartement est toujours vide. Je m’y déplace à la façon d’un fantôme, et j’en suis venu à me demander ce qui se passe en réalité dans notre cerveau quand nous retournons à des lieux à demi oubliés. Quelle est la perspective de la mémoire ? L’homme révise-t-il la vision de l’enfant ou l’empreinte est-elle relativement statique, vestige d’un intime savoir originel ?

Elle illustre sa passion pour la peinture dans Les Mystères du rectangle : Essai sur la peinture en 2006.

Elégie pour un américain en 2008 est un roman qui fait écho aux bouleversements majeurs de la société contemporaine américaine.

Elegie_pour_un_americain_Siri_Hustvedt

En 2010, sort l’essai La femme qui tremble, sur les troubles neurologiques qu’elle a étudiés dans les hôpitaux psychiatriques.  C’est aussi le récit d’une crise de convulsions dont elle fut victime en 2006, le jour où elle commençait à prononcer un discours en l’honneur de son père, mort deux ans plus tôt. Elle s’oriente dans une enquête et en vient à la conclusion que la femme qui tremble, c’est elle.

Un été sans les hommes en 2011, est un plaidoyer pour se réaliser en tant que femme. Il illustre son combat féministe, au meilleur sens du terme, évoquant une humanité incroyable, avec une sensibilité que je compare à celle qui se dégage des œuvres de Nancy Huston.

Un_ete_sans_les_hommes_Siri_Hustvedt

Le recueil Vivre Penser Regarder paru en 2013 rassemble 32 conférences et articles, prononcés ou publiés entre 2005 et 2011, ambitionnant de réconcilier les sciences et les humanités.

Éditrice et traductrice, Siri Hustvedt est un véritable pilier de la scène littéraire new-yorkaise et américaine. Ses œuvres sont traduites dans 16 pays à ce jour. En France ses écrits sont traduits par Christine Le Bœuf. Toute son œuvre comme celle de son mari, est publiée chez Actes Sud.

Dans un couple d’écrivains, le principal risque que pose l’association de deux génies sous un même toit, semble être que chacun trouve sa place, sans que l’autre le vampirise. Il est vrai que lorsque Siri Hustvedt a publié son premier roman, les journalistes ont laissé entendre que c’était Paul Auster qui l’avait écrit. Son œuvre personnelle à suivre a grandement démenti ces rumeurs.

Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille ces articles du Nouvel Observateur et de Paris Match.

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  1. Les couples d’écrivains, Julia Kristeva et Philippe Sollers… | Liseur - 13 juin 2016

    […] leur vie et le même métier : écriture, connivence ou rivalité ? Nous l’avons vu avec Paul Auster et Siri Hustvedt, et l’on pourrait aussi parler de certains couples mythiques : Aragon et Elsa Triolet, Sartre […]

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