L’été meurtrier, août 14 raconté par Jean-Yves Le Naour

20 Mai
Le 1er août 1914, le gouvernement français décrète la mobilisation générale.  En quelques jours,  plus de 2,7 millions de réservistes se retrouvent sous l’uniforme. Deux à trois semaines plus tard, ils sont opérationnels.   Tous croient en une guerre courte et victorieuse…
Revivez cette journée le samedi 24 mai 2014 avec Jean-Yves le Naour, historien spécialiste de la Grande guerre, qui commentera à la Médiathèque son livre 1914, la grande illusion (à 16 heures).

Mobilisation Générale 1914.jpgSi la mobilisation se déroule dans les meilleures conditions, il ne faut toutefois pas en conclure trop facilement que les Français sont partis à la guerre avec « enthousiasme ».

Si plusieurs écrits, images ou reportages pour des raisons évidentes de propagande, ont tenté de véhiculer cette idée en montrant des manifestations de joie à l’annonce de la mobilisation, des soldats impatients, partant au front la fleur au fusil, des scènes de départ se faisant dans une totale allégresse, il semblerait que les recherches récentes (basées sur les témoignages) divisent les historiens : la guerre de 14-18 suscite encore bien des controverses.

Déjà Pierre Miquel dans La Grande Guerre (Ed. Fayard, 1983) s’appuyant sur les travaux notamment de Jean-Jacques Becker (thèse présentée en 1977) avait montré que les campagnes avaient reçu l’annonce de la guerre et leur ordre de mobilisation comme un coup de massue, ce que reprend l’article Les réactions de populations à la mobilisation de Jean-Jacques Becker écrit pour l’exposition organisée par la BNF La guerre de 14-18.

« On a dit aux allemands : « En avant, pour la guerre fraîche et joyeuse ! Nach Paris et Dieu avec nous, pour la plus grande Allemagne »  Et les lourds Allemands paisibles, qui prennent tout au sérieux, se sont ébranlés pour la conquête, se sont mués en bêtes féroces.  On a dit aux Français : « On nous attaque. C’est la guerre du Droit et de la Revanche. A Berlin ! »  Et les Français pacifistes, les Français qui ne prennent rien au sérieux, ont interrompu leurs rêveries de petits rentiers pour aller se battre. (…) Vingt millions, tous de bonne foi, tous d’accord avec Dieu et leur Prince… Vingt millions d’imbéciles… Comme moi ! » écrit Gabriel Chevallier dans La peur (août 14)

Dans 1914, la grande illusion (Ed. Perrin, 2012), Jean-Yves Le Naour revient sur ces conflits d’interprétation  : consentement ou contrainte, culture ou pratiques, histoire ou mémoire et montre bien l’atmosphère de cet été 14 qui hésite entre incrédulité, tristesse, abattement et inquiétude.

A la manière d’un roman, toutes les approches du conflit tant d’un point de vue social et culturel, spirituel et psychologique qu’économique et politique et bien sûr militaire y sont abordées. Pour mieux appréhender l’atmosphère qui précède cet été meurtrier, et ainsi comprendre comment et pour quelles raisons les grandes puissances se sont jetées dans cet enfer, cet ouvrage apporte un éclairage complet, alimenté par les anecdotes qui sont l’illustration d’une réalité vécue par les hommes.

Jean-Yves Le Naour nous a déjà maintes fois prouvé sa très grande connaissance du conflit. Avec 14, la grande illusion puis 1915, l’enlisement et prochainement, 1916 et 1917 il nous invite à mieux appréhender ce conflit qui, du fond des tranchées, sème les germes du totalitarisme et de la guerre de 1939. Deux drames  qui ébranlèrent pour la seconde fois en un siècle l’Europe toute entière. 1914, la grande illusion  ne se contente pas des faits mais laisse une part importante au ressenti de ceux qui ont vécu l’enfer appelé Ceux de 14 par un certain Maurice Genevoix.

En cet été 14, voici quelques uns de ces milliers de mots écrits par les Poilus  :

 31 août 1914, Fossé (Ardennes) :

« Là toutes les troupes les granges étaient déjà pleines, et le service divisionnaire n’avait pas encore commencé l’évacuation ; les tas d’équipements, de fusils, de baïonnettes couverts de sang indiquaient devant chaque ferme le refuge des malheureux. En entrant on y trouvait là étendus côte-à-côte sur la paille, des morts et des mourants, ainsi que d’autres moins gravement touchés et qui réclamaient à boire.  Mais nous n’avions à leur donner qu’un peu d’eau que l’on tenait toujours en réserve dans notre bidon, à laquelle nous ajoutions un peu d’alcool de menthe pour calmer leur fièvre. Toute la journée se passa à soigner no chers camarades et à aider les majors dans leurs opérations si besogneuses au milieu d’une odeur de sang caillé en décomposition. »

Notes de Camille LEBALOUE, brancardier-musicien du 76e RI

Le 26 août 114, Rozelieures (Meurthe et Moselle)

Départ 3 ½, on marche en avant, les Allemands ont reculé, on traverse le terrain que nous avons battu hier, c’était criblé d’obus, triste coup d’œil à voir, des morts à tous les pas on peut à peine passer sans leur passer dessus, les uns sont couchés, les autres à genoux, d’autres assis et d’autres qui étaient en train de manger le pain leur restait à la bouche, des blessés tant que l’on veut, quand on voyait qu’ils étaient presque morts, on les achevait à coups de révolvers.

Carnet de route de Joseph CAILLAT, 54e d’artillerie

Pour aller plus loin, plus de 10000 documents iconographiques  sont rassemblés sur Gallica (la bibliothèque numérique de la BNF).

Jean-Yves Le Naour  samedi 24 mai à la médiathèque Gustave-Eiffel (16 heures, entrée libre dans la limite des places disponibles)

Illustration : Mobilisation Générale 1914 par Unknown — Travail personnel.  Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Merci à Patricia D. pour la rédaction de cet article.

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