Des maux et des mots.

23 Juil
Stress, harcèlement, mal-être, pénibilités, violences sont autant de souffrances qui ont de tout temps envahi la sphère professionnelle. Certains auteurs ont choisi de les dénoncer,  mettant en mots les maux de l’âme, et du corps.

On peut considérer que le roman dit « social » apparaît au XVIIIe siècle, période où les romanciers le mettent au service d’une vision sociale. Il atteindra son apogée avec l’essor de la Révolution industrielle au XIXe siècle , l’apparition de la classe ouvrière, et l’évolution des mœurs.

Le roman réaliste aborde  ces thématiques en touchant un large public , ce sera le cas des plus importants auteurs de cette époque, par exemple, Honoré de Balzac et sa Comédie humaine, et bien entendu Emile Zola, citons ici Germinal qui signe un tableau des tensions opposant capital et travail. Ou Au bonheur des dames qui nous entraîne dans le monde des grands magasins, l’une des innovations du Second Empire : Denise Baudu découvre l’univers cruel des petites  vendeuses et les mesquineries dues à la précarité de l’emploi.

Au XXe siècle, le roman social s’élargit, contribuant à rendre plus flous ses contours. Car il n’a jamais véritablement été lié à un genre littéraire.
Ce retour du roman social, amorcé dans les années 80, est issu de la littérature prolétarienne de Mai 1968. François Bon à entrepris de sauvegarder la mémoire de la classe ouvrière grâce à la littérature.  Sortie d’usine ou Daewoo par exemple, illustrent ce propos.
Daewo est la raison sociale d’un groupe industriel sud-coréen qui fabrique des télévisions, voitures et autres…
Nom qui symbolise une France indignée et traumatisée..
Au début des années 2000, le groupe licenciera ses ouvriers et ouvrières, après la délocalisation. Il restera l’angoisse des hommes. L’auteur plante le décor, et, comme souvent dans son œuvre, le paysage intègre le désespoir des hommes. Les phrases sont cassées, comme amputées, dans un style en prise directe avec le réel.Ces phrases syncopées, copient le rythme répétitif des gestes avec un grand réalisme.

Proche de cette thématique, Lorraine connection de Dominique Manotti propose une lecture décapante du jeu-politico-financier sous la forme d’un thriller haletant assez complexe.
A la fin des années 1990, et au début des années 2000, on assiste à une littérature dite « de l’entreprise ».Le premier à s’y engager a été Michel Houellebecq avec Extension du domaine de la lutte. Son héros est un cadre moyen, analyste programmeur dans une société d’ informatique. On le suit dans son monde de désespoir luttant quotidiennement dans sa vie au modèle occidental libéral. Ce livre  deviendra rapidement « culte ».

L’adaptation cinématographique de  Philippe Harel a été réalisée en 1999 :

A la même époque on peut citer Amélie Nothomb avec Stupeurs et tremblements.
Employée dans la prestigieuse compagnie Yumimoto, au Japon, une jeune femme se heurte à un système rigide auquel elle a du mal a s’adapter. C’est sur le rapport rendu difficile par la profonde différence de mentalité entre Occidentaux et Japonais que l’auteur a  travaillé.

L’adaptation cinématographique est signée Alain Corneau :

 

Au XXIe siècle encore :

Gérard Mordillat, qui fait plutôt dans le reportage journalistique et la lutte sociale avec un  engagement politique sans faille, signe  des écrits sociaux, citons : Des vivants et des morts. Une usine, dans le Nord, appartenant à un groupe étranger, va être fermée et ses salariés licenciés. Nous allons suivre le combat des ouvriers pour  sauver l’usine.
C’est beau, triste et fort, un roman qui marque à jamais. On a qualifié Mordillat d’héritier de Zola ou d’Hugo. on y trouve en effet  la justesse de ton, la langue réaliste, l’émotion brute, transposées dans notre XXIe siècle.

Nan Aurousseau a eu un départ dans la vie difficile, puisqu’il a connu la prison. En cours de réinsertion, il a  la chance de rencontrer l’écrivain Jean-Patrick Manchette, ce qui  l’incite à écrire. Lui fouille aussi dans le milieu professionnel, avec Bleu de chauffe, une fresque de la société qui dénonce les abus sociaux et de pouvoir dans les travaux publics. L’intrigue est assez simple, il joue sur les anecdotes, à grands renforts de flash-back, et rend le récit acide en essaimant les souvenirs plus ou moins cocasses.

 

 

 

 

 

 

Dans Retour aux mots sauvages, Thierry Beinstingel  qui a réalisé sa carrière professionnelle à la Poste, puis en tant que cadre dans un central téléphonique, porte un regard cynique sur la violence du monde du travail et sa déshumanisation, il aborde aussi les problèmes contemporains  rencontrés par les seniors.

Pour aller plus loin,  l’article Le roman comme laboratoire sociologique  de Anne Barrère et Danilo Martucelli dans le numéro 218 de Sciences humaines consacré à « la littérature comme fenêtre sur le monde »  explore les relations entre sociologie et littérature. Et la saga de l’été du blog Bref vous plongera dans le monde du travail : rendez vous dans la peau de...

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