Lacenaire revient à la Huchette

30 Juil
En cet été où le théâtre parisien, à l’instar du festival d’Avignon, est perturbé par la grève des intermittents du spectacle avec des théâtres qui attendent la rentrée de septembre pour présenter leurs nouvelles créations, il y a pourtant une pièce qui comblera les amoureux du beau jeu et de la littérature : Lacenaire.

Ce nom sorti du passé, pour ne pas dire de l’enfer, résonne à nos oreilles comme un coup de tonnerre.

Pierre_Francois_Lacenaire

Lacenaire, voleur, assassin mais surtout un poète, auteur méconnu mais dont les écrits sont parmi les plus intenses et profonds du 19ème siècle.

En héritier de Socrate et du  Marquis de Sade, en précurseur de Lautréamont ou encore de Céline, il n’a eu que pour vocation de dénoncer l’hypocrisie de la société coupable, au même titre que lui, de crimes tout aussi atroces. Prisonnier, il écrit souvent en alexandrin et reste connu pour de nombreuses citations dont certaines prononcées lors de son théâtral procès qu’il ponctuera par un poème truffé d’impertinence où il exige d’être sacré Roi, puisque ce dernier ne vaut pas mieux que lui :  Pétition d’un voleur à un roi voisin

Sire, de grâce, écoutez-moi :
Sire, je reviens des galères…
Je suis voleur, vous êtes roi,
Agissons ensemble en bons frères.
Les gens de bien me font horreur,
J’ai le cœur dur et l’âme vile,
Je suis sans pitié, sans honneur :
Ah ! faites-moi sergent de ville.

Bon ! je me vois déjà sergent :
Mais, sire, c’est bien peu, je pense.
L’appétit me vient en mangeant :
Allons, sire, un peu d’indulgence.
Je suis hargneux comme un roquet,
D’un vieux singe j’ai la malice ;
En France, je vaudrais Gisquet :
Faites-moi préfet de police.

Grands dieux ! que je suis bon préfet !
Toute prison est trop petite.
Ce métier pourtant n’est pas fait,
Je le sens bien, pour mon mérite.
Je sais dévorer un budget,
Je sais embrouiller un registre ;
Je signerai :  » Votre sujet « ,
Ah ! sire, faites-moi ministre.

Sire, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère !
Je compte sur votre bonté ;
Car ma demande est téméraire.
Je suis hypocrite et vilain,
Ma douceur n’est qu’une grimace ;
J’ai fait… se pendre mon cousin :
Sire, cédez-moi votre place.

C’est au Théâtre de la Huchette dans le quartier Saint-Michel, à quelques enjambées des quais  témoins des forfaits de Lacenaire et de son complice Avril,  que se joue la pièce interprétée par les fantastiques Franck Desmedt et Frédéric Kneip dans les rôles des différents protagonistes, dont celui de Prosper Mérimée qui défendit l’œuvre du poète devant l’Académie, arguant qu’il faut différencier l’œuvre de l’homme. Cet homme qui n’eut qu’un seul regret, n’avoir eu que peu de temps à consacrer à la littérature.

aff-lacenaire-mini-1

Pour conclure, permettez-moi cet hommage  de ma composition :

Lacenaire, saigneur qui vécu sa vie en vers

N’ai point un hasard que ton nom soit littéraire.

Théâtralement Votre !

* Pour lire la presse de l’époque (1836) , feuilletez  « A propos de Lacenaire », par Léon Gozlan dans la Revue de Paris.  Ou plongez vous dans l’ambiance assassine de  Lacenaire : ses crimes, son procès et sa mort par Victor Cochinat aux Editions Jules Laisné en 1864 (2 ème édition).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :