Comment se changer les idées en 14 ?

8 Sep
L’été a été chaud : depuis l’actualité fracassante du 28 juin à Sarajevo, l’assassinat de « l’apôtre de la paix »Jean Jaurès le 31 juillet, la mobilisation générale le 2 août, et maintenant la bataille qui fait rage sur la Marne … Partout, il n’est question que d’action, offensive, stratégie, avancée, recul.

Le Petit Parisien (Paris) du 8 septembre 1914

Aujourd’hui 8 septembre 1914 : chaleur lourde sur les zones de conflit.

Le temps commence à changer sur l’ouest de la France. L’anticyclone faiblit légèrement mais protège encore l’est du pays tandis qu’une dépression se creuse entre la Bretagne et l’Irlande. La pluie arrive d’abord sur la façade atlantique, puis des pluies orageuses remontent du sud vers le nord-est.
Sur le champ de bataille, il fait chaud et lourd (25 °C à Paris, 26 °C à Châlons-sur-Marne, 27,4 °C à Nancy). Dans la soirée et jusque dans la nuit, des pluies sont signalées à Paris, à Montmirail dans la Marne et à Mulhouse, par la météo allemande (…)  « la météo au temps de la grande guerre sur Météo France.« 

Fini le temps de l’insouciance qui berçait le début de ce bel été :  prendre le train vers les stations balnéaires, aller à Saint-Cloud pour assister au départ de la 12ème édition du Tour de France ou bien à Longchamp pour le Grand Prix, se presser dans les grands magasins à l’affût de la nouveauté.

Le ciel bleu azur a laissé place à l’orage d’acier… Charles Péguy tué il y a quelques jours sur le front de la Marne ouvre la longue liste des écrivains morts au combat.

La chanson En avant les p’tits gars, « le tube » patriotique de 1913 interprétée par Fragson et dont les paroles sont de Lucien Boyer hante les esprits et laisse un goût amer…

Toutefois ce 8 septembre 1914, il est encore possible de se changer les idées grâce à des romans ou de la poésie, derniers sursauts de légèreté avant que les « écrits du front » deviennent le phénomène culturel majeur.

Des romans à foison ! par ici :

  • Le Démon de midi de Paul Bourget paru aux éditions Plon-Nourrit encensé par la critique
  • La colline inspirée de Maurice Barrès aux éditions Emile-Paul Frères
  • L’enfant chargé de chaînes de François Mauriac aux éditions Grasset
  • Les copains de Jules Romain aux Editions de la Nouvelle Revue Française
  • Du côté de chez Swann de Marcel Proust publié chez Grasset à compte d’auteur
  • Le Grand-Meaulnes d’Alain-Fournier aux éditions Emile-Paul Frères
  • Le peuple de la mer de Marc Elder aux éditions Oudin couronné par le prix Goncourt
  • Le Rire jaune de Pierre Mac Orlan aux éditions Albert Méricant
  • Jean Barois de Roger Martin du Gard aux Editions de la Nouvelle Revue Française
  • La statue voilée de Camille Marbo chez Flammarion, Prix de la Vie heureuse ( devenu prix Femina)
  • Rouletabille chez le Tsar  de Gaston Leroux édité chez Pierre Lafitte

Un peu de poésie ? C’est par là :

  • Paul Claudel, La cantate à trois voix
  • Guillaume Appolinaire, Alcools
  • Rabindranath Tagore avec Gitanjale, offrande lyrique obtient le prix Nobel
  • Francis James, Feuilles dans le vent
  • Blaise Cendrars, La prose du Transibérien et de la petite Jehanne de France
  • Valéry Larbaud, O. Barnabooth 

D’ici quelques jours paraîtra en supplément du Journal de Genève un appel pacifiste,  chant d’optimisme dans les prémisses d’une guerre appelée à s’enliser :

« Ô jeunesse héroïque du monde ! Avec quelle Joie prodigue elle verse son sang dans la terre affamée ! Quelles moissons de sacrifices fauchées sous le soleil de ce splendide été !… Vous tous, jeunes hommes de toutes les nations, qu’un commun idéal met tragiquement aux prises, jeunes frères ennemis — Slaves qui courez à l’aide de votre race, Anglais qui combattez pour l’honneur et le droit, peuple belge intrépide, qui osas tenir tête au colosse germanique et défendis contre lui les Thermopyles de l’Occident, Allemands qui luttez pour défendre la pensée et la ville de Kant contre le torrent des cavaliers cosaques, et vous surtout, mes jeunes compagnons français, qui depuis des années me confiez vos rêves et qui m’avez envoyé, en partant pour le feu, vos sublimes adieux, vous en qui refleurit la lignée des héros de la Révolution — comme vous m’êtes chers, vous qui allez mourir (…) »

Au-dessus de la mêlée par  Romain Rolland. Librairie Paul Ollendorff, 1915. Paris. Chapitre : III. Au-dessus de la Mêlée (15 septembre 1914). Pages : 21-38

Cent ans plus tard , il sera possible de visiter l’exposition  : Levallois 14

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