Les bonnes tables où se décernent les prix

5 Nov
Au mois de novembre, se termine officiellement la période dite de rentrée littéraire. Comme celle de la chasse, cette clôture se célèbre autour d’un bon repas, tradition bien française qui fait se rejoindre esprits et estomacs pour récompenser les bonnes œuvres.  Les prix littéraires 2014  célèbrent  originalité, audace, talent, travail et exigence. Des qualités appréciées autant en littérature qu’en cuisine.

 

La saison des prix littéraires débute à l’Académie française avec son Grand Prix du Roman qui a été déterminé en séance privée le 30 octobre : tradition oblige, c’est à l’heure du goûter qu’a été révélé le lauréat. A savoir Adrien Bosc pour Constellation qui sera convié à discourir lors de la séance publique des Immortels du mois de décembre . Ne doutons pas que tout cela finisse autour d’un bon repas quai de Conti, même s’il n’est ni commode ni bienséant de passer à table avec une épée.

Le Femina se déguste habituellement au Crillon :

Honneur aux dames ! Mais ce 3 novembre, celles du Prix Femina n’ont pas pu déjeuner à l’Hôtel de Crillon (en travaux jusqu’en 2015) où elles avaient jusqu’alors leur couvert mis. Les papilles heureuses de ce jury exclusivement féminin se sont ainsi réjouies au très privé cercle Interallié, pour remettre ce prix à  Yannick Lahens pour Bain de lune.

En 1904, 22 femmes de lettres, emmenées par la poétesse Anna de Noailles, avaient choisi pour leur première réunion l’Hôtel des sociétés savantes, devenu Maison de la recherche, pour y décerner ce prix transgressif et contestataire appelé jusqu’en 1919 le Prix de la Vie heureuse.  Dès l’origine, ce prix a pour vocation la découverte de jeunes talents et veut lutter contre la faible représentation de la femme dans un milieu littéraire plutôt masculin. Critères que ne renieront pas les dames du monde de la cuisine, même si comme ailleurs une mixité relative s’y installe…

Le Médicis, saveurs de Méditerranée :

Le lendemain, 4 novembre, le Prix Médicis, né en 1958, après avoir beaucoup changé de table jusqu’à partager longtemps celle du Femina au Crillon, s’est dégusté au Méditerranée, place de l’Odéon : Antoine Volodine y a reçu  son prix pour Terminus radieux supplantant   Laurent Mauvignier et Eric Reinhardt, autres favoris sur ce prix.

Le Goncourt et le Renaudot, fidèles à Drouant :

Aujourd’hui 5 novembre, c’est chez Drouant, place Gaillon, où les dix membres de l’Académie Goncourt se réunissent chaque mardi depuis 1914, que le prestigieux prix Goncourt a été décerné à Lydie Salvayre pour Pas pleurer. Cette année, pour la première fois, la lauréate a pu, entre deux plats, se délecter des mots écrits par les jurés eux-mêmes en hommage à la cuisine composée par Antoine Westermann.

Antoine Westermann BlogA la table d’à côté, chez Drouant, la cuisine du chef étoilé a certainement consolé David Foenkinos, peut-être déçu de ne pas avoir le Goncourt, mais doté depuis  la fin du repas,  du non moins prestigieux prix Renaudot pour Charlotte.

Le prix Renaudot,  issu de l’association de solides appétits* et d’un certain sens de l’humour, a été créé en 1926 par des journalistes et critiques littéraires impatients et énervés d’avoir à attendre les décisions d’un jury Goncourt tumultueux et en pleine digestion. Jury du Goncourt qui, lui, avait déjà déjeuné, alors que dix jeunes journalistes en l’attente des résultats pour rédiger leur article, patientaient autour d’une table à la Fontaine Gaillon à côté de Drouant.

Et pour finir, Lasserre ou Wepler ?

Quelques jours de diète avant que le prix Interallié ne soit décerné  le 20 novembre.  Ce prix de journalistes  est remis chez Lasserre à l’auteur d’un roman écrit par l’un des leurs.  Comme chaque année, le lauréat de l’année précédente, à savoir  Nelly Allard pour Moment d’un couple (2013)  partagera leur repas et leur annonce. Avant cette date, le 10 novembre aussi, c’est à la Brasserie Le Wepler, place de Clichy, que sera remis le prix WeplerFondation la Poste, prix né en 1998  d’un désir de rompre avec les traditions et alliances classiques de l’édition.

Voici donc un début de mois chargé pour les estomacs des jurés et des lauréats, auxquels on ne peut que souhaiter de belles découvertes gustatives et littéraires.

* Comme nous étions jeunes et dotés d’un solide appétit  : emprunté à un des fondateurs du prix, Georges Charensol parlant de la création du Renaudot en 1926, dans son livre D’une rive à l’autre.

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