Le prix des débuts

6 Jan
En ce début d’année, mon intention est de tirer mon chapeau à cette héroïne qui s’avance courageusement en première ligne …  A peine remarquée, disséquée, louangée,  parfois carrément rejetée. Quel lecteur s’arrête vraiment sur la première phrase d’un roman ? Qui reconnait le fruit d’un travail où mots, sueur et efficacité se combinent plus ou moins harmonieusement pour saisir le lecteur en  une ligne ?
La  phrase seuil : un vrai challenge

Cette première phrase, fruit des efforts et cauchemars de l’écrivain, professionnel ou amateur (je me souviens avec terreur de l’angoisse de la ligne blanche de ma première rédaction), est aussi appelée Incipit : un mot venu du latin qui désigne les premiers mots d’un texte (religieux ou pas, chanté ou pas). L’usage en matière religieuse est que l’incipit soit aussi le titre de l’ouvrage. Appliqué à la fiction, ça éviterait sans doute d’autres efforts et nuits d’angoisse aux écrivains (et/ou à leurs éditeurs) pour lesquels un autre casse-tête récurrent est celui du titre. En littérature, on appelle aussi l’incipit « phrase-seuil » : image assez éloquente qui justifie que certains lecteurs franchissent allègrement ou hésitent au niveau du paillasson… Honnêtement, je ne connais personne qui se soit véritablement arrêté de lire dès le premier point de ponctuation d’un texte. En général, nous continuons, jusqu’à quelques pages,  parfois chapitres, avant d’abandonner le roman et d’en oublier les phrases par lesquelles il a commencé. Certaines phrases, elles,  passent à la postérité. Modèles du genre, elles sont étudiées dans les universités du monde entier. Pour leur excellence, leur syntaxe, leur rythme, leur figure de style, leur originalité au moment où elles ont été écrites. Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Aujourd’hui maman est morte. C’était à Mégara, faubourgs de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Ou encore Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas. Des débuts devenus des valeurs sûres …

Mais les plus mauvaises sont elles aussi mises à l’honneur.

Les moins réussies d’entre elles sont épinglées de façon collaborative et humoristique par l’Université d’Etat de San José (Californie). Celle-ci délivre chaque année le prix de la plus mauvaise première phrase avec le prix Bulwer-Lytton fiction contest en hommage à une célèbre phrase de Edward Bullwer-Lytton datant de 1830 et restée dans les annales  des « à éviter » de la panoplie du parfait petit écrivain :

It was a dark and stormy night… » ( = c’était par une sombre nuit d’orage).

Un palmarès à lire en anglais  sur le site de l’Université  et y découvrir les incontestables lauréats de 2014. darkstormy Bien sûr,  chacun est libre d’apprécier les premières phrases de son choix et de leur laisser tout loisir d’ouvrir l’ensemble du texte, mais j’espère qu’après la lecture de cet article, vous aurez au minimum une pensée pour toutes ces malheureuses oubliées et de la compassion pour ces auteurs qui se sont arrachés les cheveux sur les premiers mots de leur texte. * Pour les passionnés des commencements, un amateur éclairé, 1cipit, recense les incipits de romans en tous genres .

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