Et si on parlait de romans d’amour ?

23 Jan
30 personnes en ont parlé samedi dernier, le 17 janvier 2015, lors de la conférence donnée par Diana Holmes à la médiathèque Gabriel-Péri. Des femmes et des hommes (mais oui) de tous âges, venus écouter la spécialiste anglaise du genre. Si vous avez raté ça, petite séance de rattrapage.

Photos de la conférence à la médiathèque Gabriel-Péri Conference-Diana-Holmes-Roman-d-amour2

Diana Holmes est professeur d’études françaises à l’Université de Leeds, et auteur de plusieurs ouvrages sur le roman d’amour et son lectorat, qu’il soit amateur de roman populaire ou de littérature haut de gamme. Son livre Romance and readership in Twentieth-century France : love stories n’est malheureusement pas traduit en France. Elle travaille actuellement à un ouvrage sur « the middlebrow », qu’on pourrait traduire par la littérature féminine moyenne, une expression péjorative pour une littérature qu’elle souhaite revaloriser.

Couverture du livre de Diana Holmes : Romance and readership in twentieth-century France

Dans une ambiance décontractée, au son du charmant accent anglais de Diana, la conférence s’est déroulée en 3 parties : d’abord une brève histoire du roman d’amour en France, puis un essai de réponse à l’importante question : pourquoi les femmes lisent-elles des romans d’amour et faut-il le déplorer ? Enfin la rencontre s’est achevée par une discussion avec le public et des échanges de conseils de lecture.

Petite histoire du roman d’amour en France

Force est de constater que l’amour est présent dans quasiment tous les romans. Mais ce qui caractérise le roman d’amour, c’est qu’il en devient l’enjeu primordial.

Qu’il soit qualifié de roman sentimental, de roman à l’eau de rose, ou de roman d’amour, il est associé à la fois à un public féminin et à une image négative. Pourtant ce ne fut pas toujours le cas.
Tirant son origine des contes de fées et du roman courtois, le roman sentimental du 18e siècle est écrit pour les deux sexes. Ce n’est qu’à partir du 19e siècle que le genre se féminise. Avec le code Napoléon qui entérine la division des sexes, s’impose l’idée d’une femme au foyer, garante du sentiment. Dès le début du 20e siècle, apparaissent les romans feuilletons et les collections de romans d’amour comme Stella du Petit écho de la mode ou les titres signés Delly ou Max du Veuzit, ou Nous deux.

La couverture d'Esclave ou reine de Delly

Esclave ou reine ? de Delly. Un exemple de la littérature sentimentale du début du 20e siècle

Qu’elles soient laïques ou catholiques, toutes ces histoires répondent aux mêmes codes : un homme et une femme que tout oppose et qui finissent par succomber à une passion aboutissant au mariage.
En 1978 c’est l’arrivée de l’américain Harlequin qui, encore à l’heure actuelle, vend 1 livre toutes les 3 secondes dans le monde.

Le 21e siècle n’est pas en reste coté roman d’amour puisque parmi les 10 auteurs français les plus vendus ces 5 dernières années on retrouve : Guillaume Musso, Marc Lévy, Katherine Pancol et Tatiana de Rosnay. Il y a quelques années, on a pu y trouver d’autres auteurs de romans sentimentaux comme Anna Gavalda (Ensemble c’est tout, La Consolante…), Claudie Gallay (Les déferlantes, …), Muriel Barbery (L’élégance du hérisson).
Enfin le récent succès de la trilogie Fifty shades, malgré le coté pornographique ou sadomasochiste mis en avant, n’a pas réellement renouvelé le genre puisque l’histoire garde les codes du roman à l’eau de rose du 20e siècle.

Pourquoi les femmes lisent-elles des romans d’amour ?

Si la critique féministe Michelle Coquillat pensait que le roman d’amour était l’instrument de l’oppression masculine, Diana Holmes voit 4 raisons positives à cet attrait féminin pour la littérature sentimentale.

  •  une raison socio-économique.
    Le roman d’amour représente une version utopique du destin inévitable de la femme, dont la dépendance économique, légale et sociale à l’homme à son père puis à son époux, a été longtemps inéluctable. Cf. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir
  • une raison psychologique.
    Dans les romans d’amour, s’affirme la force féminine, car la femme parvient à transformer l’homme. Ex : La vagabonde de Colette
  • une raison érotique.
    Le roman d’amour constitue tout autant un cri du cœur qu’un cri du corps, bien avant l’introduction de scènes d’amour, on y retrouve le champ lexical de la chaleur, du toucher…. Cf. Ellen Constans
  • 4e raison : le fantasme du héros maternel.
    Dans les romans d’amour, l’amant a beau être viril (grand et fort), il s’occupe de la femme. S’il est costaud, c’est pour mieux la prendre dans ses bras ! La femme dont le rôle social passe forcément par la maternité et le fait de s’occuper des autres, peut ainsi elle aussi se laisser aller.

En conclusion, Diana Holmes ne pense pas que le goût des femmes pour les romans d’amour soit frivole. Il concrétise l’aspiration à une relation humaine qui concilie respect de l’altérité et amour fusionnel. Il esquisse la possibilité de s’affirmer tout en se dévouant à l’autre.

Discussion et conseils de lecture

Immédiatement les réactions fusent et une discussion s’engage sur ce que le public lit. Que pensons-nous des Fifty Shades ? Avons-nous lu les auteurs cités ? Quels conseils de lectures ? On cite les classiques (les sœurs Brontë avec Jane Eyre, Belle du seigneur, Autant en emporte le vent, Roméo et Juliette…), on parle rapidement de chick litt (Kinsella, Weisberger, Fielding…), puis quelques titres plus récents que vous aurez certainement trouvés sur les tables de présentation dans les différentes médiathèques de Levallois (cliquez sur les titres pour vérifier leur disponibilité) :

Mal de pierres de Milena Agus

La septième rencontre de Herbjorg Wassmo

Les tendres plaintes et Hôtel Iris de Yoko Ogawa

Le potentiel érotique de ma femme ou La délicatesse de David Foenkinos

Possession d’A.S. Byatt

Sur la route de Madison de Robert J. Waller

Lettre d’une inconnue de Stephan Zweig

L’histoire de l’amour de Nicole Krauss

Dans ces bras-là de Camille Laurens

– Les romans d’Irène Nemirovsky

Et si vous êtes tentés par des auteurs plus anciens, à classer dans la middlebrow, citons les romans de Barbara Pym ou Rosamond Lehmann et pour la France ceux de Marcelle Tynaire.

Et voilà quelques autres titres non cités ce jour-là mais recommandés par les bibliothécaires :

Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti

Mai 67 de Colombe Schneck

Une terre d’ombre de Ron Rash

La poursuite du bonheur de Douglas Kennedy

Une femme de ménage de Christian Oster

…. Et bien d’autres !

Encore un immense merci à Diana Holmes et aux participants pour ce bon moment !

Et n’oubliez pas le roman d’amour continue à la Médiathèque :

avec deux autres rendez-vous à la médiathèque Gustave-Eiffel : le samedi 24 janvier à 16h, une lecture-ciné pour adultes par La Compagnie Simagine et le samedi 31 janvier à 16h un spectacle théâtral, musical et dansé pour enfants par la Compagnie Gestes sonores.

En attendant de vous y voir, bonne lecture à tous !

Céline R.

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