Cendrillon renaît de ses cendres

4 Mai
Jeune et jolie fille maltraitée, à la merci d’une marâtre, d’un père absent et d’une paire de sœurs jalouses, Cendrillon est l’un des personnages  les plus célèbres de nos chaumières, occupant la première place au palmarès des VIP de contes de fées. Kenneth Brannagh l’a remise à l’honneur sur grand-écran en 2015 mais avait-elle un seul jour disparu de nos mémoires ? Pourquoi un tel attachement pour cette jeune fille au nom de cendres – parce qu’elle dormait dans l’âtre- ? Est-elle un archétype féminin, un modèle d’indépendance morale ou un exemple à ne pas suivre ?
Un cas typique

Dès la fin du XIXe on dénombrait plus de 345 versions de Cendrillon. Son histoire est définie comme « conte-type » dans la classification de Aarne-Thompson, du nom des deux spécialistes du folklore qui ont, dès les années 1900, répertorié les contes populaires oraux et les ont classés par genres et thématiques. Cendrillon est ainsi un  conte merveilleux, dans la catégorie « aide surnaturelle ». En effet la marraine, fée de son état,  est une bienfaitrice qui aide la jeune fille à trouver sa place dans le monde et lui donne les moyens, symboliques et matériels, d’accéder à accéder à son statut de femme. Dans certaines versions écrites du conte, cette marraine est la mère défunte, et agit alors sous la forme d’un esprit ou d’un animal protecteur.

Cendrillon est une histoire intemporelle, celle d’une orpheline rejetée par sa belle-famille et de fait abandonnée par son père qui ne prend pas soin d’elle. Il faut reconnaître qu’elle n’est pas gâtée, mais qu’elle fait face à l’accumulation de malheurs avec un naturel qui force l’admiration. Outre sa capacité à résister aux mauvais traitements,  elle suscite, sans le vouloir,  la convoitise et l’envie, en partie parce que la nature l’a dotée d’un esprit sain dans un corps agréable et d’autre part, à cause des cadeaux de sa marraine, une aimable fée qui tente de la consoler de son triste sort par des bienfaits à double tranchant : de belles tenues hélas peu durables qui lui valent les regards du prince et la haine de ses demi-sœurs.*

Une histoire de pantoufle qui déclenche de la convoitise

Depuis Freud, les psychanalystes se sont intéressés aux contes et à cette victime de maltraitance familiale qui finit par triompher aux yeux de tous en épousant un Prince. Les ténors de la psychanalyse se sont particulièrement penchés sur les pieds de Cendrillon. Objets de désir et symboles de sensualité, pieds et chevilles féminins ont longtemps été cachés, bandés voire mutilés, en tous les cas réservés à la stricte intimité et il était malséant de les dévoiler.

cendrillon perrault oriolC’est pourtant un bel étalage de pieds devant la Cour que provoque notre Cendrillon en perdant sa pantoufle au moment de rentrer à la maison. Toute les dames du royaume, des plus riches aux plus humbles, vont défiler et montrer leurs orteils devant le Prince, figure masculine de pouvoir et de puissance. Audace ou innocence, quel est la part d’irresponsabilité de cette Cendrillon dans ce chambardement des convenances ? Quel désir inconscient la conduit à afficher publiquement son désir d’en finir avec l’autorité et les brimades ? Cette pantoufle mythique serait-elle un fétiche, un objet transitionnel ou un support de résilience ?

La question de la matière de ladite pantoufle a été débattue et, de verre ou de vair, elle existe toutes les versions. Les psychanalystes se sont fait un plaisir d’interpréter ces images symboliques : le verre fragile  qui peut se briser ou le pelage soyeux d’un animal sauvage… Au delà de la psychanalyse, on peut voir un écho de notre Cendrillon dans les expressions populaires  : trouver chaussure à son pied ou encore c’est le pied. Quoiqu’il en soit, la chaussure, qui plus est quand on l’enlève, demeure objet d’érotisation, ce dont Cendrillon n’était peut-être pas totalement consciente à la minute où minuit sonnait.

Un carrosse qui fait faux bond au milieu de la nuit

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Que dire alors de la citrouille, qui est restée dans la mémoire collective comme le symbole d’un moyen de locomotion peu fiable passé une certaine heure et dans un temps où Uber n’existait pas ? On la retrouve parfois dans l’expression populaire il est citrouille moins une, expression qui permet aux parents d’indiquer à leur progéniture en goguette qu’il est l’heure de rentrer sous le joug de l’autorité parentale. A ce jour, nous n’avons pas étudié la littérature savante sur la symbolique de la citrouille…

 

Blonde et battante

En attendant un prochain article sur le thème des cucurbitacées dans les contes, Liseur s’est intéressé à nos représentations mentales de cette héroïne avec un micro-trottoir (réalisé sur un échantillonnage de populations variées en âge, sexe, culture, passions et phobies). A la question : qu’évoque pour vous le personnage de Cendrillon, voici le portrait qui a été fait de la jeune femme :

  • Une cruche.
  • Blonde et battante. Fondamentalement heureuse
  • Y’a que les souris qui l’aident
  • Elle représentait l’espoir d’un meilleur possible
  • Forte moralement, elle tient
  • Soumise
  • Faut noter qu’elle a un certain courage
  • Elle arrive quand même à tous les entourloupiner** : c’est elle qui s’en sort le mieux
  • Elle a fait une psychanalyse après, non ?

Précisons, que selon les personnes interrogées, les sources étaient livresques, cinématographiques et/ou dysneylandisées. Il ressort de cette enquête, où la spontanéité était de mise, que pour 86 % des personnes interrogées, il vaut mieux être Cendrillon,  à savoir beau, gentil et de bonne humeur plutôt que sec, méchant et rabat-joie. 5 %  des personnes ciblées ont émis le souhait d’avoir une marraine, qui plus est fée,  et 8 % pensent que la rondeur de celle-ci peut être un atout synonyme de bienfaits. 1 % ne voit pas la nécessité de parler encore une fois de cette souillon de Cendrillon.

En définitive, Cendrillon continue à beaucoup faire parler d’elle, dans tous les Arts…  En livres  pour petits et grands, en version lue,  en musique, en ballet,  en film, en spectacle , Cendrillon est intemporelle. Que l’on soit enfant ou adulte, peut-être que si ce conte nous touche ou nous agace, c’est qu’à un moment ou à un autre, on est tous Cendrillon, face à un avatar de marâtre, d’une Javotte ou d’une Anastasie, dont la bêtise égale la laideur d’âme. La bonne nouvelle est que Cendrillon s’en sort et renaît de ses cendres depuis plus de 2000 ans.

* Histoire résumée par une fidèle de Cendrillon

** en français des rues dans le texte 🙂

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