La littérature de l’exil

9 Juin
Exilés, migrants, réfugiés, déplacés, expulsés, de nombreux mots pour un seul acte, celui de quitter un lieu natal pour des raisons politiques, historiques, presque toujours violentes, quitter un pays pour en rejoindre un autre, coûte que coûte, un pays nouveau porteur d’espoir et de liberté. Et dans la précipitation du départ, on emporte avec soi avant tout sa mémoire, et en vrac des chansons, des goûts, des parfums, des blessures et des joies, on emporte de l’invisible qu’on garde au fond de soi, pour ne jamais le perdre et on avance comme ça, dans d’autres villes, d’autres langues, d’autres codes, on avance à la fois en oubliant et en se souvenant. L’exil est parfois un art, mais le plus souvent il reste une douleur cachée, en silence, comme un secret, une pudeur, comme des larmes qu’on passerait une vie à retenir.

De ces bannissements, départs, déportations, déracinements, éloignements, expatriations, expulsions,  séparations, l’exilé portera une expérience singulière, qui  hante la littérature depuis ses origines. Je vous propose d’évoquer quelques grands noms  :  prenons Henry James, qui attache son œuvre à contraster deux mondes, l’Europe et l’Amérique. Pour Alexandre Soljenitsyne, ou Milan Kundera, s’ajoute le bannissement politique ainsi que pour maints autres dissidents notamment les écrivains africains ou encore sud-américains en rupture d’obéissance politique. Certains d’entre eux dont ceux de la « lost-génération » comme Ernest Hemingway, ou plus tard Jack Kerouac feront de l’exil le symbole même de la création littéraire.

Je suis devenu un autre, pour pouvoir rester moi-même, écrit Jorge Semprun

L'écriture ou la vie de Jorge SemprunMes racines désormais seront toujours nulle part, ou n’importe où : dans le déracinement en tous cas, dit Elie Wiesel

Les écrivains contemporains, du fait de la diversité de leurs origines, de la singularité de leurs parcours, de la pluralité de leurs amarres identitaires, apportent des tonalités différentes au paysage littéraire, et font vibrer un vaste champ basé sur l’interaction entre les cultures et les imaginaires. Sous forme de témoignages ou romans, tous traitent du déchirement de quitter la terre natale.

Café Nostalgia Zoé Valdès

Café Nostalgia est un  roman emblématique d’une jeunesse perdue, toute l’œuvre de Zoé Valdès nous transporte à la Havane dans une atmosphère chaude et colorée.

 Dans la tétralogie de Henry RothA la poursuite d’un courant violent on suit le jeune Ira, juif d’un quartier irlandais de New York, jusqu’à son adolescence, où il doit s’inventer une vie pour survivre.

Tandis que dans Lame de fondLinda Le explore d’une belle écriture fluide les fossés culturels.

Dans Les belles choses que portent le cielDinaw Mengestu nous offre de beaux portraits de déracinés en quête de sens, d’une plume mélancoliquement poétique. Dans Certaines n’avaient jamais vu la mer, Julia Otsuka dépeint le sort de réfugiés Japonais, ce roman a été récompensé par le prix Médicis en 2012. Lame de fond de Linda LeLes Belles choses que portent le ciel de Dinaw MengestuCertaines n'avaient jamais vu la mer de Julia Otsuka

Dans Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaelle Josse, l’auteur retrace  le récit poignant d’un homme qui doit faire face à de complexes et terribles choix.

Dans le texte mesuré de Huy Minh TranLa princesse et le pêcheur, l’auteur met en scène des Vietnamiens, éternels apatrides.Le Dernier gardien d'Ellis Island de Gaelle JoçsseLa Princesse et le pêcheur Huy de Minh Tran

Cette liste de textes contemporains autour de cette thématique n’est qu’une infime partie de ce que vous pourrez lire sur l’exil à la Médiathèque de Levallois. La revue TDC propose un numéro complet (N°1065 de décembre 2013) sur la littérature de l’exil. Guy Belzane conclut son édito titré Littérature en transit

L' »exil littéraire » ne se limite pas à l’évocation ou au témoignage, protestataire ou élégiaque, des bannis, déportés, expatriés, fugitifs, émigrés qui se sont succédé depuis la nuit des temps. Il se pourrait en effet qu’au-delà même de la posture romantique, historiquement datée, de l’artiste maudit, étranger parmi les hommes, toute création digne de ce nom suppose – exige – de s’embarquer vers un ailleurs inconnu en laissant à quai le confort des habitudes et des repères, de quitter sinon sa terre, au moins sa langue, ne serait-ce que pour la retrouver. « Je ne puis entrer dans l’ordre social, écrit James Joyce, sinon comme vagabond. » Tout écrivain, au fond, ne serait-il pas, par définition, un éternel déplacé? couv_1065-TDC littérature-de-l-exil

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