L’exposition Mexique 1900-1950 au Grand-Palais

13 Jan

Depuis octobre 2016,  l’art du Mexique de la première moitié du XXe siècle est à l’honneur au Grand-Palais à Paris dans une grande exposition intitulée Mexique 1900-1950 : Diego Rivera, Frida Kahlo, José Clemente Orozco et les avant-gardes. Amateurs de couleur, d’Histoire et de révolution artistique, courez-y. Vous avez jusqu’au 23 janvier 2017.

Avec un juste équilibre dans la richesse des œuvres présentées, l’exposition retrace le parcours de la bouillonnante créativité artistique du pays tout au long du XXe siècle. Elle couvre les deux niveaux du Grand-Palais dans des salles aux thématiques chronologiques, qui replacent la production artistique dans le contexte politique et historique de l’époque  : au moment où l’histoire coloniale tourmentée du Mexique s’achève avec une révolution sanglante qui met fin au  gouvernement de Porfirio Diaz et au terme de laquelle le pays va retrouver son dynamisme.

Une scénographie très réussie

Tout au long de l’expo, plusieurs formes et supports sont exposés : peinture, sculpture, croquis, fresques, les proportions allant de la miniature au monumental. Le choix des œuvres est excellent, montrant avec précision et efficacité la nouveauté, le foisonnement et la variété de la production de ces 5 décennies.

Dès l’entrée, la mise en scène impose son caractère, mettant avec succès les œuvres en parallèle ou en opposition. Brique, jaune ou bleu,  des murs aux couleurs vives encadrent les toiles comme des écrins contrastés et éclatants. Dans l’escalier qui mène à l’étage, le commissaire d’exposition, Agustin Artéaga, a habilement utilisé l’architecture propre au bâtiment 1900 tout en jouant sur les particularités de la peinture présentée en rez-de chaussée :  il a ainsi fait recouvrir les immenses fenêtres verticales de voiles semi-transparents qui montrent Diego Rivera au travail sur ses fresques.

Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette superbe scénographie est l’insertion dans le parcours chronologique de quelques rares œuvres contemporaines censées faire écho au passé, mais, à part la monumentale sculpture Groupe de femmes de Francisco Zuniga (1974), cette juxtapostion semble un peu artificielle.

Que viva Mexico !

La présence du cinéma dans l’expo est primordiale puisque le Mexique a occupé une place particulière dans l’industrie cinématographique : il a été parmi les premiers pays à utiliser le cinéma et dès 1895, les frères Lumière furent invités à Mexico par le gouvernement de Porfirio Diaz pour y projeter leurs films.

Au rez de chaussée de l’expo, le film Que Viva Mexico d’Eisenstein (nouvelle fenêtre) tourné à Mexico entre 1930-1932 avec un historique compliqué de tournage, de producteurs puis de diffusion,  est présenté en boucle . Il s’insère tout naturellement entre les œuvres plastiques avec ses gros plans, ses cadrages particuliers et son travail méthodique sur la composition de chaque scène. Autant de recherches qui sont en correspondance avec le travail des peintres exposés en regard de ce monument de l’histoire du cinéma.

À l’étage, ce sont trois écrans dans une salle en rotonde qui happent le visiteur à peine arrivé de l’escalier  : des extraits de films de  l’âge d’or du cinéma mexicain y montrent des actrices typiques années 30, des paysans en chemise blanche et sombreros et des paysages de déserts et de cactus.

La place de l’Histoire

Intimement liée à la production artistique, l’histoire du pays, mais aussi de son rapport avec l’Europe ou les États-Unis voisins,  est le fil rouge de l’exposition.  Le choix d’œuvres exposées montrent l’évolution et les recherches artistiques, mais aussi l’échange permanent des avancées et des idées artistiques entre les différents continents. Comme des siècles plus tôt dans l’histoire de l’art, les mouvements artistiques se déplacent d’un pays  à l’autre et, en ce début du XXe, se déclinent au Mexique,  parfois avec un petit temps de décalage ou une adaptation locale. Les artistes eux-mêmes vont parfaire leur art au contact des créateurs européens, le pays envoyant ses jeunes talents à la source des nouvelles tendances. Début  XXe, Paris, avec le symbolisme, le cubisme puis le  surréalisme apparait comme un des centres  les plus effervescents de l’art en mutation : il est donc normal d’y retrouver Diego Rivera et plusieurs de ses compatriotes.

Mais quand une révolution populaire éclate en  1910 après des années de « règne » de Porfirio Diaz, – une forme de gouvernement proche de notre ancien régime-, le monde de l’art ne reste pas indifférent. L’histoire mexicaine va se construire sur cette période sanglante, avec ses héros  mythiques tels Sancho Pança et Zapata, ses tentations communistes, ses œillades en direction du régime soviétique et sa volonté de reconstruction de l’identité nationale. Autant de sujets que l’on retrouve dans l’art de cette période, chargé de transmettre et d’éduquer les populations. Invités à participer à l’élan patriotique initié par la Révolution, la plupart des artistes reviennent au pays : de grandes fresques éducatives sont alors produites à la gloire de la culture mexicaine. Ce sera principalement l’œuvre des muralistes, trois merveilleux fresquistes aussi actifs que divers dans leur production : Diego Rivera qui travaille a fresco (comme à la Renaissance) et utilise aplats et volumes simplifiés, José Clemente Orozco plus sombre et pessimiste, et David Alfaro Siqueiros, presque visionnaire, qui travaille sur la matière avec des empâtements caractéristiques.

La place des femmes

Evidemment on pense à Frieda Kahlo, épouse de Rivera aussi célèbre que son mari et dont le miniaturisme des toiles intimistes contraste avec les immenses scènes agraires et allégoriques de son colossal époux. Son nom a jusqu’alors un peu éclipsé les nombreuses femmes qui ont participé à cette explosion artistique du début XXe : mécènes, muses ou peintres, photographes et plasticiennes, elles participent  au renouveau artistique avec des œuvres fortes et novatrices, qui jouent un rôle majeur dans le rayonnement de cette avant-garde. Retenons en particulier les noms et les œuvres surprenantes de Nahui Olin, Lola Alvarez Bravo, Rosa Rolanda…

Ainsi en cette première moitié du XXe, une génération d’hommes et de femmes, connus ou moins célèbres, contribuent à faire du Mexique le creuset d’un renouveau artistique par des thématiques nouvelles et une liberté d’action et de création revendiquées. En quittant l’expo, on gardera longtemps en mémoire, les audaces, les couleurs, la puissance narrative et la diversité de cet art qui réussit à lier modernité, histoire et identité culturelle. Une exposition à ne pas manquer.

Pour aller plus loin :

 

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