Jury du Prix des lecteurs de Levallois 2017 : premières lectures

17 Jan

Peu avant Noël, étaient réunis à La Médiathèque les jurés du désormais célèbre Prix des Lecteurs de Levallois. Ce soir-là, quatre romans ont été passés au crible par nos critiques littéraires enthousiastes… ou un peu moins. Mais, quelles que que soient les opinions, la tonalité générale de la soirée était littéraire et passionnée.

La modernité redoutable du roman historique*

Dès le premier livre évoqué, il est question de l’actualité des romans historiques. De cette histoire ancienne qui fait écho à la nôtre, de préoccupations du passé qui restent celles du XXIe et qui impliquent le lecteur d’aujourd’hui.

Même si l’histoire du texte se passe dans les années 1630, ce pourrait être « un roman d’actualité politique sociale ou religieuse ». « Oui, c’est une lutte de pouvoir », mais c’est surtout « le récit d’un opportunisme politique » (Diantre ! Voilà une notion qui traverse les âges et les époques…), mais de facon plus dramatique il s’agit « de la destruction d’un être et des dérives du fanatisme ». Autour de la table, on parle aussi « d’instrumentalisation d’une situation et d’une personne ». Autant de sujets qui continuent à résonner dans l’actualité de notre époque, non ?

S’ils sont attentifs à cet écho de la fiction dans le réel d’aujourd’hui, nos jurés sont aussi très sensibles au rendu du contexte historique. Ainsi, pour chacun des romans, la place de l’Histoire (la grande) est analysée : elle fait en effet partie des critères nécessaires pour devenir un bon roman historique, mais pas suffisants.

Car attention, si l’on se rapproche trop de la stricte réalité historique, ça ne marche pas, nous dit un autre juré :

ce roman, c’est la vraie histoire mais ce n’est pas un roman historique.

Aussi la question qui revient plusieurs fois au cours de la soirée est : le contexte historique est-il suffisamment présent dans ce roman ? Comment est-il montré ? Chaque auteur a sa technique : l’un « utilise le parler de l’époque », l’autre a réussi à « faire revivre une époque uniquement par de petits détails du quotidien ».  Mais ce contexte est-il suffisamment fort pour ne pas être éclipsé par la petite histoire ou les éléments fictionnels ?

« Parfois il manque des éléments pour comprendre « , confirme un juré perplexe.

Il s’agit donc d’un équilibre subtil entre réalisme, Histoire et fiction, ce qui ne manque pas de susciter des comparaisons entre les romans de ce soir :   » dans celui-là, il y a peu l’environnement historique », « il n’y a même aucun contexte mais par rapport au premier, c’est le grand écart dans la veine historique. »

Lire un roman historique serait-il savoir faire preuve de souplesse ?

Des critères d’évaluation très personnels

Au fil de la rencontre, il est clair que chacun a construit ses propres critères d’évaluation et d’analyse, qui vont parfois bien au delà de la grille académique remise dans la musette de nos jurés. Et ce soir, ils nous les font partager.

Moi, c’est est ce que j’ai envie d’aller me documenter ? D’aller creuser plus loin ?

Cette méthode est aussi utilisée par une autre jurée qui, elle, avoue « ne pas être allée jusqu’à ouvrir un atlas ». Mais est-ce une bonne ou mauvaise nouvelle ? Car visiblement pour ce roman, le jugement a été la condamnation à l’oubli puisque cette lectrice a refermé le livre pour ne plus y revenir.

Au gré des interventions, on remarque des critères d’évaluation à portée altruiste, visant à faire partager son enthousiasme autour de soi  « Je l’ai recommandé à 15 personnes déjà », et des méthodes d’analyses plus personnelles, comme ne pas tout lire :  « j’ai sauté des pages, c’est une preuve ». Ou encore une implication dans sa lecture au point de se transformer :  « j’étais chacun des personnages, c’était comme au cinéma ».

Bref,  chacun tente de trouver d’autres moyens d’analyse  : via son mode de lecture (d’une traite, impossible à finir, par épisodes) ou via ses réactions (passion, rejet, partage)  …

Évidemment, c’est là où on se met à parler émotions, sentiments, ressentis.

Ce livre laisse un sentiment assez difficile, dérangeant, un peu déstabilisée. Un roman qui ne laisse pas indifférent. J’ai vécu une histoire d’amour incroyable. Les personnages m’ont rendue très triste.

Amour, passion, haine, attachement, autant de mots qui reviendront souvent autour de la table. Les gestes de certains s’associent aux déclarations d’adhésion ou de rejet : bras croisés défensifs, recherches de preuves dans ses notes de lecture, mains ouvertes pour appeler au partage de son avis, livres tendus à bout de bras, ou romans tendrement posés sur le coeur. À nouveau, la question cruciale de l’équilibre revient : « fascination répulsion, on retrouve l’excès dans les deux sens », dit l’une, idée que traduit différemment une autre jurée avec un paradoxe méritant réflexion :

j’ai beaucoup aimé principalement parce que je pensais détester.

On parle aussi de sensualité, de  « l’oeil du peintre » mis en mots,  de  « style alerte qui se lit bien », ou d’une « écriture académique et très belle », « une écriture qui ajoute des touches »…

La construction des romans sera à son tour disséquée : « une montée en puissance au fil des pages »,  « un mélange d’enquête et de récit », « une narration très moderne », « des révélations par bribes » ou encore « une construction complexe enrichissante, miroir de la construction politique ».

On se fait nous-même notre opinion.

Quel beau compliment pour l’auteur que celui de savoir laisser la place à son lecteur !

Le débat sur le style dérive avec cet étrange dialogue, qui ne manque pas de saveur poétique. Écoutez plutôt :

-Il y a le plaisir de la langue verte…

-Mais elle n’est pas très verte !

-C’est tout ce qui a mis du piment.

-C’est très enlevé ?

Vous l’aurez compris, la littérature historique, ca peut faire de l’effet !

Surprises d’un premier tour de table

Plusieurs fois au cours de la soirée, les jurés nous surprennent : ils ne sont pas là où on les attend ! Celui qu’on imaginait cartésien adore un livre qui parait sans queue ni tête à beaucoup d’autres, celui-là est tombé sous le charme d’une page entière faisant l’éloge des fils électriques (il cite même le numéro de cette page que chez Liseur, nous avions aussi cornée), d’autres font des références à des romans ou genres de littérature qui ne nous seraient pas forcément venus à l’esprit. Ainsi pêle-mêle seront évoqués Les oiseaux se cachent pour mourir, Les vestiges du jour ou encore les romans de John Le Carré…

Mais surtout n’allez pas croire qu’un consensus tiède régnait autour de la table. Nos jurés ont prouvé qu’ils aiment débattre et se confronter à des avis différents. Car s’ils savent être louangeurs, ils sont aussi de sévères critiques  : l’auteur « aurait pu s’abstenir de scènes qui n’en finissent pas ou encore « toute la première partie n’en finissait plus. C’est tellement rebattu ». « Moi j’ai commencé à m’y intéresser au milieu du livre… » . « Ca tourne un peu en rond. L’histoire en elle-même n’est pas passionnante ».

Saupoudrage, zapping, biographie romancée lénifiante, manque de souffle, écriture plate… aucun épaisseur ni densité, ca manque de gravitas…

Bien qu’il soit désormais prouvé que les sondages ne sont pas révélateurs du résultat final d’une élection, une première estimation de vote a permis de dégager une constante déjà remarquée les années précédentes : ça va se jouer serré  🙂

Deux rencontres restent pour déterminer qui sera l’heureux lauréat du Prix des Lecteurs de Levallois le 26 février 2017. Dici là, des lectures, des tendances, des revirements et certainement beaucoup de bonnes surprises. Comme le veut la tradition de la Saga du Prix des Lecteurs de Levallois (lire notre précèdent épisode La cuvée 2017 est arrivée), le mot de la fin revient à nos jurés :

Je l’ai lu d’une traite et j’espère qu’il y en a d’autres comme ça !

*L’expression « La redoutable modernité du roman historique » est empruntée à un de nos jurés : merci pour cette jolie formulation !

BONUS : le site du Salon du Roman Historique de Levallois 2017 (nouvelle fenêtre) est en ligne !

Lire la suite des aventures du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017 dans Dernières lectures.

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