Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, dernières lectures

31 Jan

Un soir de janvier, douze intrépides lecteurs de romans historiques ont bravé le froid et la nuit  pour participer à la troisième réunion du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017.  Au programme de cette soirée animée : cinq romans décortiqués, des coups de coeur, des passions mais aussi des déceptions, des frustrations et une ébauche de palmarès…

Tout d’abord, rendez-vous bien compte du challenge que représente la mission de nos jurés : depuis leur dernier rendez-vous en décembre, ils ont, entre la dinde, le sapin et les étrennes, dévoré plus de 2100 pages… Futurs candidats au jury des années à venir, soyez donc conscients que la lecture de romans historiques n’est pas une activité de tout repos et que la pression est forte… Nos jurés 2017 mesurent d’autant plus l’importance de leur tâche que l’échéance fatidique approche : le vote final ! Celui par lequel ils vont devoir déterminer en leur âme et conscience quel est le meilleur roman historique de la sélection et quel sera l’auteur qui, grâce à leur lecture attentive, recevra le prix 2017.

Mais n’anticipons pas…

Des romans en deux temps

Dès le premier titre évoqué, la dualité semble être un des maitres mots des discussions de ce soir. On la repère au niveau de certains personnages qualifiés d’ambivalents, ambigus ou à deux identités, ou au niveau de l’intrigue avec deux trames qui se rejoignent à la fin, ou encore dans la composition même du roman : avant-après, aujourd’hui-hier, ici-ailleurs, vison d’enfant-regard d’adulte ou encore effet miroir à 100 ans d’intervalle. Le sujet même peut être scindé en deux : « info ou intox ? » nous dit-on pour un des titres qui mêle rumeur historique et grande Histoire.

« La première partie ajoute du sens à la partie historique ». « On a l’impression qu’il y a deux romans en un » – et c’est un compliment- mais il y a « une trop grande césure, on s’attache aux personnages et après on est déçu de pas les retrouver », explique une jurée.

Ainsi attention, le résultat n’est pas toujours à la hauteur de l’effet attendu. Et ce, même quand l’écriture suit ce tempo en se différenciant d’une partie à l’autre comme pour ce roman où un juré nous dit :

Un style dense dans la première, mais une espèce de rédaction poussive dans la deuxième…

Écoutez plutôt les commentaires sur ces constructions d’intrigue en deux parties dont le rythme, hélas, ne fonctionne pas toujours à la lecture.

Cela n’a pas du tout résonné en moi. Je n’ai pas fait le lien entre les deux histoires. Il m’a manqué la transition.

Cela peut même s’avérer déstabilisant pour certains jurés :

Ça m’a laissé un pied en l’air…

Ce que reformule une autre jurée de façon moins dansante :  » le mélange ne marche pas ».

Mais comme on pouvait s’y attendre, tout ceci est une question de sensibilité personnelle et d’équilibre, car si pour l’une tel roman est « un fouillis inextricable » dans lequel elle s’est perdue et, selon ses termes, a « pataugé », l’autre trouve que « passer du coq à l’âne tend la lecture »… Alors comment trancher ?

L’histoire qui est dans nos gênes

On s’attache alors à l’essence même du roman historique. Et les débats prennent des accents macbethiens :  to be roman historique ou not to be ?

Si l’un des titres « répond aux critères » et est tout de suite adoubé roman historique par la majorité des jurés, un autre ouvrage aura bien du mal à franchir le cap : « On dirait un roman policier dont on a pas les dernières pages ». Aie, ça commence mal… car le même se voit traité de « jolie histoire d’amour dans un cadre et un contexte historique ». Mais hélas, même pour cette jurée qui s’avoue très romantique, ce roman « ne serait pas à priori classé dans les romans historiques ».

Parce que « l’insertion dans l’histoire, on n’en parle jamais ! Il n’y a aucun contexte et ce n’est peut-être même pas un roman », renchérit un autre.

Ouh là là, mais qu’est-ce donc alors ?

C’est un ouvrage documenté documentaire. Et la dernière partie ne sert peut-être qu’à pouvoir dire « c’est un roman historique ».

On vous avait prévenu ! Nos jurés sont impitoyables. Mais ils sont aussi très courageux, prêts à relever tous les défis « quand j’ai vu la taille, je ne l’ai pas laché ». Et incorruptibles  : vous l’apprendrez à vos dépens si vous essayez de leur faire dire qui est le lauréat avant le 26 février prochain.

Mais quand ils apprécient, quel enthousiasme !

Historique à 400 %. Génial parce que révélateur d’un pan d’histoire inconnue.

Ainsi, parmi les constantes qui se dégagent des discussions, il semble que plus le lecteur de romans historiques apprend, plus il est content.

« C’est le livre qui m’a le plus appris ». « Extrêmement documenté ». « Hyper informatif sur les schémas humains ». « On devrait le faire lire aux enfants » tellement c’est instructif mais « uniquement sa version expurgée alors ». Car  ce livre est « une jolie façon humaine de découvrir une horreur », précise un autre juré.

Comme lors de la précédente rencontre, il sera question de la « modernité de situations qui appartiennent au passé et qui se répètent ». Mais aussi de cette histoire que nous ne connaissons pas, de secrets ou de voiles soulevés sur certaines périodes. On parle aussi d’histoire familiale,  « c’est ma famille ! » crie une jurée,  de psychanalyse,  de « bouleversement et de désintégration », de « socle culturel », de filiation, de « vérités très dures mais bonnes à dire », de la « symbolique du 17 juin » et de « l’histoire qui est dans nos gênes et qui ressort »…

Bref de tout ce qui nous constitue notre histoire individuelle et notre mémoire collective et que les romanciers réussissent à entrelacer dans ces fictions sur fond d’Histoire.

L’attention à l’écriture

Plate, sobre, imagée, laborieuse ou épique, l’écriture ne laisse pas nos jurés indifférents. Elle provoque des passions :  « J’ai adoré sa manière d’écrire », « ce sont des mots fabuleux ». Elle déclenche des réactions épidermiques : « scotchant », abrupt », « rude »,  « violent » et « coup de poing ». Elle fait corner des pages et remonter le temps ou l’espace :   « écrit à l’ancienne »,  « plongée dans les  1001 nuits », « du Pagnol ! »

– Trop lyrique ! dit une jurée presque décue. J’ai décroché, il était si bien parti ! D’habitude je deviens le personnage. Mais là j’ai eu du mal à rentrer dedans…

– Trop de dialogues, pas assez de narration, confirme un autre. On dirait une rédaction d’un élève de première (avec tout le respect que nous devons aux futurs bacheliers 🙂

Si elle peut s’avérer décevante, l’écriture peut aussi transporter.  « Émouvante dans ses excès », il arrive même qu’elle bouscule, « percute »,  évolue et réussisse à tisser des liens intimes avec son lecteur. « J’ai beaucoup aimé la proximité, cette façon d’impliquer et d’interpeller celui qui lit ». « On a l’impression que le livre est en construction devant nous ».

Au style, certains jurés associent des atmosphères « on se croirait dans la cuisine de femmes orientales »,  des images  » les amoureux de Peynet » ou d’autres, des films, en remarquant  « une belle scène d’ouverture comme au cinéma » ou un roman qui pourrait être « Le coeur des  hommes revu et corrigé ». On établit des liens, des points communs, des oppositions d’un livre à l’autre « ce que j’ai apprécié, c’est l’éclairage d’un rebelle. Qui est l’opposé du héros du précédent (roman) ». Un début de classement pour le vote final peut-être ?

À la fin de la soirée et peut-être la faim aidant, malgré les apéricubes sur la table, le vocabulaire et les métaphores évoluent dans les discussions. Écoutez plutôt :

– J’ai été fascinée par toute cette nourriture historique.

– Elle (l’auteur) aurait dû en garder pour le deuxième ! Elle met tout dedans.

– C’est difficile à digérer.

– Le langage est cru.

– Je l’ai lu ligne par ligne, mot par mot, je me suis gavée de ce bouquin.

Intentions de vote

Avant de se séparer, un rapide tour de table donne la tendance : des romans ex æquo, des outsiders, des recalés. Mais chacun sait que sondages et intentions de vote ne sont pas toujours annonciateurs du résultat final et que l’on peut être surpris… Ainsi, tout peut encore évoluer d’ici la prochaine fois. Mais une chose est sûre, le livre gagnant sera :

Le meilleur. Un vrai roman historique avec l’Histoire avec un grand H.*

*Comme toujours, la dernière phrase de cet article est empruntée à un de nos jurés que nous remercions.

Retrouvez le précédent épisode de notre saga avec Le jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, premières lectures. La suite est à lire sur Liseur avec Vote final, les romans de la sélection présentés par des booktubers avant le dénouement du  26 février 2017 lors de la remise du Prix au lauréat avec notre article Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, mission accomplie !

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