La saga du Prix des lecteurs de Levallois 2018 : ultime rencontre

21 Mar

De mémoire de jury, dimanche 11 mars 2018 restera un jour inoubliable : réunis dans la salle des mariages de l’Hôtel de ville, douze jurés attentifs et passionnés ont suivi la remise du Prix des lecteurs de Levallois, aboutissement et fruit de la mission collective à laquelle ils ont participé tout l’hiver. Lors de cette cérémonie de récompense, le nom de la lauréate a été dévoilé par Didier Decoin, président de la 7ème édition du Salon du Roman Historique de Levallois : Véronique Mougin pour son roman, Où passe l’aiguille, publié aux éditions Grasset.

Mais revenons sur les minutes qui ont précédé ce moment historique…  La salle comble bruisse d’impatience quand la journaliste Karine Papillaud ouvre la séance. Sophie Perrusson, directrice adjointe de l’Action culturelle de la Ville, rappelle alors l’objectif du Prix : soutenir la création et encourager l’œuvre d’un jeune auteur. Puis elle explique le rôle de La Médiathèque dans la conduite de ce 7ème Prix des Lecteurs de Levallois et dans l’accompagnement du jury tout au long de l’année. Les jurés opinent quand la difficulté de leur mission est soulignée :

Cette année encore, c’était un véritable challenge, neuf romans en lice, tous de très grande qualité.

La parole est aux nominés

Karine Papillaud invite ensuite les auteurs à monter sur scène, afin que chacun dise quelques mots de son roman, sa démarche ou son sujet. À peine installés, l’ambiance est détendue, presque bon enfant, la journaliste mettant à l’aise les écrivains, dont on imagine tout de même que sous leurs airs sereins, ils sont un peu tendus.

Précisons en effet qu’à ce moment-là, le suspense est entier car à part quelques happy fews dans la salle (dont font partie nos douze jurés), aucun des nominés ne sait qui va être couronné dans quelques minutes. !

Le premier à se présenter est Sébastien Spitzer pour Ces rêves qu’on piétine, qu’il décrit comme « une tentative de comprendre l’incompréhensible ». Soulignant ce qui avait été remarqué et déterminant lors des débats de nos jurés, il explique qu’il a construit ce récit en trois temps mêlés systématiquement, offrant ainsi les portraits croisés de trois personnages. En lice pour son roman Le bon cœur, Michel Bernard explique que Jeanne d’Arc, son héroïne, « le personnage le plus documenté de l’histoire du moyen- âge », reste néanmoins un personnage qui fait peur et provoque beaucoup de résistances, malgré la grande actualité de ses combats.

Vient le tour de la future lauréate, Véronique Mougin, qui raconte la genèse de Où passe l’aiguille :  la vie de son cousin, dont « le parcours est une histoire très forte et très romanesque » et qui lui a donné envie d’en faire un roman. « Une histoire épatante à raconter, avec une double dimension » qui l’a conduite à faire le « travail que font tous les auteurs » : recherches, travail d’archives et enregistrement du témoignage de ce cousin avec 12 carnets de notes remplis en trois jours…

Pour Le déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus a été intéressée par le contexte : en plein cœur de l’utopie soixanthuitarde dans ces jours de mai 1968 où tout peut basculer, son roman raconte une journée particulière dans un grand palace parisien où les employés ont pris le pouvoir alors que doit avoir lieu un fameux déjeuner de prix littéraire…

Pour Wilfried N’Sondé dans Un océan, deux mers, trois continents , tout est parti d’un personnage réel du XVIIe qui l’a fasciné : « un périple fondamentalement romanesque, une belle aventure, des faits qui méritaient d’être racontés ». Vient ensuite Alexis Ragougneau, intéressé par les « jeux de masques » des mois troubles de l’épuration, et qui définit son roman Niels comme une enquête dans le Paris littéraire de l’époque, à la frontière de la réalité et de la fiction. Pour Michèle Audin, le sujet de La commune s’est presque imposé par son paradoxe : « c’est une période très intéressante avec des gens qui n’ont pas d’histoire et qui ont fait l’Histoire ». Elle sourit en ajoutant qu’en faire un sujet de roman montre que « la littérature est utile », ce que personne ne niera aujourd’hui ! On termine cette présentation avec Sébastien Rutès dont le roman La vespasienne fait pincer le nez quand il explique qu’il y a mis en scène un héros qui « unit le sublime et l’abject »et dont les pratiques particulières (le héros est adepte du soupisme) deviennent une métaphore au fil du livre…

Le moment crucial

Puis tous les auteurs regagnent leur place. Montent alors sur scène Didier Decoin, Sophie Perrusson et Stéphane Decreps, Adjoint au Maire à la culture, ainsi que la représentante du jury. De par ses fonctions à l’Académie Goncourt, Didier Decoin, qui a lu tous les romans candidats, connait bien la difficulté de choisir un seul lauréat parmi plusieurs excellents titres et avoue en riant s’être « régalé à tous les lire parce qu’il savait qu’il  n’aurait pas à choisir. À chaque fois c’est un supplice ! »

Phrase qui fait écho aux cas de conscience de nos jurés le jour du vote… comme vous avez pu le lire dans le précédent épisode de cette saga.

C’est au président que revient l’honneur de proclamer le lauréat. Il laisse planer le suspense :

C’est une lauréate,  Et elle faisait partie de ma sélection finale…

À l’annonce de son nom, Véronique Mougin se lève sous les applaudissements et rejoint la scène. Après l’avoir félicitée, Didier Decoin dit combien ce livre l’a touché :

Un livre tonique, appartenant à la littérature de l’aurore : ces livres qui commencent dans la nuit et finissent dans la lumière.

Souriante et émue, Véronique Mougin remercie à son tour, faisant remarquer en souriant que c’est « l’histoire d’un cancre qui est récompensé à travers elle ». Elle se dit donc très heureuse pour celui qui a inspiré ce roman, qui n’a jamais voulu être témoin et lui a, selon ses mots,  « réservé son témoignage ». « Il avait envie de mettre quelque part ses morts », dit-elle dans une délicate formule. Grâce à ce livre, les voici à présent entrés en littérature avec ce bel hommage romanesque.

Puis, à la façon de son héros qui sait manier l’humour dans les moments dramatiques, elle enchaîne dans un éclat de rire en confiant qu’elle est ravie, car outre ce Prix des Lecteurs, elle a aussi gagné un sac à main, enjeu du pari fait avec son cousin sur l’issue de la sélection de son roman pour ce prix.

Stephane Decreps remet ensuite le prix au nom de So Ouest, partenaire du Salon, de la Ville et du Maire qui a rejoint la scène. C’est ensuite au tour de la représentante des jurés de parler de l’aventure de ce jury 2018dont vous avez suivi les coulisses sur Liseur :

C’était en effet un supplice de devoir choisir dans cette excellente sélection, confirme-t-elle en regardant Didier Decoin.

Elle s’amuse de la quantité majoritaire des femmes dans ce jury, « mais où sont les lecteurs de Levallois ? » demande-t-elle en se tournant vers la salle, qui se met à rire, déjà conquise par son enthousiasme. Elle évoque ensuite les réunions, ces moments uniques de partage, vante les débats passionnés et parle de ce qui l’a motivée à participer à ce jury  :

la joie de découvrir des livres que l’on n’aurait pas forcément lus, de partager avec d’autres lecteurs, de pouvoir exprimer ses ressentis de lecture, de réfléchir sur ce que l’on attend d’un roman historique et de rencontrer les auteurs !

Après un tel éloge, nul doute que beaucoup de candidats se présenteront pour le jury 2019 !

Fierté et remerciements

Après un dernier moment de photos et de félicitations, la cérémonie s’achève sur des applaudissements. Notre jury se sépare, fier de son œuvre : le prix des Lecteurs de Levallois 2018 a été remis, mettant un point final à l’aventure de nos douze intrépides jurés. Tandis qu’ils s’éloignent, on peut les entendre échanger, rire et rediscuter de leurs favoris. On entend même ça et là des projets de continuer à échanger autour de leurs lectures. Et c’est l’esprit serein qu’ils se dirigent vers leurs auteurs… sans nul doute pour les remercier pour le plaisir qu’ils ont eu à lire leurs romans et leur dire de vive voix toute leur admiration.

Car, si au soir de ce 11 mars 2018, il n’y a qu’un seul roman gagnant, il y a neuf romans ex-aequo dans l’enthousiasme, l’engagement, le plaisir et les passions qu’ils ont suscités au sein du jury.

Toutes nos félicitations et notre admiration vont évidemment à Véronique Mougin ainsi qu’aux huit autres romanciers sélectionnés : grâce à eux tous, nous avons vécu des moments historiques et mémorables avec les jurés 2018.

Pour finir, nous adressons un immense merci à ce jury, qui, comme ceux des précédentes années, nous a émerveillés par son envie de découvrir, de comprendre, d’analyser et mais aussi par sa générosité, sa complicité, sa sincérité et sa totale implication en littérature.

Comme le veut la tradition de cette saga du Prix des lecteurs de Levallois, le mot de la fin revient aux jurés. Voici ce qu’ils avaient dit, il y a quelques mois, du roman primé :

Un roman à tiroirs, une ode aux personnages, un livre qui transporte !

Liseur remercie tout particulièrement les 12 jurés 2018 pour leur participation active à la réalisation et à la production de la saison 4 de la Saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois  : inspiration, mise en scène, dialogues, décors et costumes 🙂

Bonus : l’intégrale de la Saga du Prix des Lecteurs de Levallois (saisons 2015, 2016, 2017 et 2018) disponible sur Liseur 🙂

Super Bonus : pour revivre ce moment de pur bonheur, le film de la remise du Prix des lecteurs de Levallois réalisé par Bulles de culture !

Pour voir toutes les photos (sur Flicker-nouvelle fenêtre) de cette belle journée  !

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