Les coups de cœur de nos libraires

16 Oct

Jeudi 27 septembre 2018, les libraires du magasin Decitre de Levallois ont présenté leurs ouvrages coups de cœur de cette rentrée. Parmi eux les romans Avec toutes mes sympathies et Dix-sept ans dont leurs auteurs, respectivement Olivia de Lamberterie et Eric Fottorino, nous ont parlé avec beaucoup de retenue et d’émotion.

Olivia de Lamberterie, journaliste et critique littéraire est rédactrice en chef adjointe au magazine Elle, responsable du service livres et chroniqueuse à Télématin, comme je le disais n’est pas venue en tant que critique ce soir, mais pour nous parler de son livre, cette fois. Il s’agit d’Avec toutes mes sympathies (nouvelle fenêtre), édité aux éditions Stock, ode à la mémoire de son frère. Ce livre plonge dans la beauté de l’intime.

Eric Fottorino quant à lui, dirigea le quotidien Le Monde durant 25 ans jusqu’en 2011, il est fondateur de l’hebdomadaire Le 1 avec Laurent Greilsamer et Nathalie Thiriez, lancé en 2014. Il est aussi célèbre pour ses romans et essais. Ce soir, il présente un autre texte de l’intime, même s’il revendique le terme de roman, Dix-sept ans (nouvelle fenêtre) paru aux éditions Gallimard, dont le thème commun avec Olivia de Lamberterie, est l’absence. Pour le chroniqueur, il s’agit de la mère et tous deux nous font part de la manière dont  l’écriture et la littérature les ont aidés à lever le voile sur le puzzle familial.

 

Pour le journaliste, il dit s’être construit en creux et a porté un regard distancé sur sa mère, une sorte de mort émotionnelle et par les mots, en est venu a réinventer sa vie en la romançant dans une déambulation familiale qui a pour cadre sa ville natale, Nice, pour « dégeler » ses sentiments. Manière d’éroder les traumatismes dans une écriture de l’épure.

Pour la critique littéraire qui a perdu son frère dans des circonstances tragiques, (puisque il s’est donné la mort), il y a eu impossibilité d’écrire et de lire après le drame, les mots ayant perdus toute leur substance. Puis, elle a été portée par la nécessité d’écrire à un moment, cela a été aussi le moyen de contenir la violence familiale sourde.

Selon ces deux auteurs, la constatation qui en résulte est que l’écriture de l’intime se fait « sans vous » avec un grand travail de concentration.

À la suite de ce riche et émouvant échange, les libraires ont présenté différents ouvrages de cette rentrée.

  • Un coup de cœur pour Le monarque des ombres (nouvelle fenêtre)  de Javier Cercas qui dépeint les propres résistances de l’auteur pour mettre à jour l’existence d’un héros fourvoyé. L’auteur nous trempe dans la grande Histoire, celle de son pays sous la monarchie, qui en 1931 devint du jour au lendemain républicain. Une République qui entrera en crise en novembre 1933, ce qui débouchera sur une guerre civile. Le fascisme et les dissensions dans le pays, ainsi qu’une fois encore la part d’ombre de la famille sont décrites avec beaucoup de retenue ainsi que les espoirs déçus et les divisions profondes jusqu’à l’arrivée de Franco. Texte plutôt de l’ordre de l’essai, tout en réserve, à méditer. Le talent narratif de l’auteur n’est plus à démontrer.
  • Moi ce que j’aime c’est les Monsters (bientôt disponible à La Médiathèque  d’Emil Ferris est un roman graphique avec une narration à plusieurs strates. L’illustration forte apporte de la densité au texte, qui est par ailleurs parfaitement en place autour des dessins. Le thème central est qu’une petite fille s’intéresse à la mort de sa voisine et à son passé douloureux de juive allemande pendant la guerre. L’enfant est persuadée que cette mort n’est pas naturelle. Cet ovni littéraire est à la fois, thriller, conte fantastique, roman social, il se déroule dans les années 60, et contient un contexte politique à la fois violent et pudique. Sa qualité n’a trompé personne, puisqu’il a été couronné par trois fois du prix Will Eisner (lire à ce sujet l’article Monstress and My Favorite thing is monsters are Top Winners at the Eisner awards 2018 –en anglais- sur le site Comic-con.org -nouvelle fenêtre).
  • Camarade papa de Gauz (bientôt disponible à La Médiathèque) est une histoire documentée qui nous mène à la fin du XIXème sur les pas de Dabilly, un jeune homme parti tenter l’aventure en Côte d’Ivoire. Constitué de deux histoires mêlées, sous forme de conte à un siècle d’intervalle écrit du point de vue des colons et des colonisés, fantastique et onirique, ce texte est servi par une belle langue relevée et imagée, et il contient de très beaux chapitres sur l’histoire coloniale. Étonnant et riche.

Je vous engage à retrouver cet auteur prometteur avec son précédent roman  Debout-payé (nouvelle fenêtre)

  • Dans Un monde à portée de main (nouvelle fenêtre), Maylis de Kerangal centre son roman autour d’une jeune femme, Paula, qui partage amitié avec Kate et colocation avec Jonas. Nous explorons les difficultés du statut d’artiste de peintre en décor. Malgré l’aspect technique appuyé du texte pour rendre la matière sensible et précieuse, le texte est fluide et parle aux plus grand nombre. Une intrigue resserrée autour d’un thème, une écriture précise et cadencée qui énonce autant qu’elle suggère. Encore une réussite.
  • Midi (nouvelle fenêtre) de Cloé Korman.C’est un roman solaire sur les souvenirs. Claire a été éducatrice spécialisée et a dirigé une troupe dans un théâtre associatif, elle est à l’heure actuelle devenue médecin, quand un patient se présente… C’est Dominique qui resurgit de son passé, frappé par une hépatite B, très avancée. Entre fantômes du passé et présent, c’est une évocation touchante et sensible. Cloé Korman nous entraîne dans une enquête sur le mystère d’une violence exposée devant tous, en plein soleil, et néanmoins inapprochable. Porté par le souffle vital de deux héroïnes à peine sorties de l’adolescence, Midi est la splendide évocation d’une beauté qui aveugle et qui sauve.
  • Évasion (livre numérique à télécharger via le site de La Médiathèque) de Benjamin Whitmar est un roman noir qui retrace la fuite, un soir du réveillon, d’une douzaine de détenus dans le blizzard, la neige et le froid glacial. La chasse à l’homme s’organise : gardiens, traqueurs et journalistes sont à l’affût. C’est un roman sombre, hypnotique, un écrit brut, qui décrit finement des personnages très marquants, ainsi que les mécanismes de la violence. Magistral avec peu d’ effet. Après Pike (nouvelle fenêtre) puis Cry father (nouvelle fenêtre), Benjamin Whitmer s’impose avec ce troisième roman impressionnant comme un nouveau maître du roman noir américain.
  • Dans La guérilla des animaux, Camille Brunel fait le constat affligeant de l’extinction des animaux  et pose cette question « Que serions-nous sans eux ? ». C’est ce qui décide Isaac à affronter toute personne qui leur nuirait. Il se pose en justicier et l’explique dans ses conférences. Ce livre porte l’expression d’une nouvelle génération, c’est un livre fort.
  • Dans Là où les chiens aboient par la queue (livre numérique à télécharger à La Médiathèque) Estelle Sarah-Bulle retrace 50 ans d’histoire familiale à la Guadeloupe. Ézéquiel vit à Créteil et interroge sa tante, personnage flamboyant qui transmet l’histoire de la  famille et du pays, car la mère a laissé une absence mythologique. Très émouvant. Intensément romanesque, porté par une langue bluffante d’inventivité, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes. 

Voici donc un panel de bons romans de cette rentrée 2018. Et quel que soit le genre ou le thème qui vous attire, la Médiathèque regorge de livres (papier ou téléchargeables) d’auteurs connus, reconnus ou peu connus qui sauront vous séduire, alors rendez-vous sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre) !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :