Enid Blyton, une vieille dame populaire et contestée de la littérature jeunesse

28 Nov

Il y a tout juste 50 ans, le 28 novembre 1968, la prolifique auteur britannique Enid Blyton s’est endormie paisiblement dans son lit. Après avoir débuté en publiant de la poésie Child Whispers (Murmures d’enfants), cette célèbre écrivain pour la jeunesse a écrit plus de 700 livres pour la plupart publiés sous forme de série dont les plus connus sont Noddy (Oui oui en français), The famous five (Le club des cinq), Brer Rabbit Retold (Jojo lapin) ou encore The secret seven (Le clan des sept)… Auteur à succès, elle conquit des millions de jeunes lecteurs mais dans les années 80, avec l’essor d’une nouvelle littérature jeunesse, elle tomba un peu en désuétude, tout en restant parmi les 4 auteurs les plus traduits, donc les plus vendus, au monde. Retour sur une grande auteur aussi populaire que controversée, qui grâce à une utilisation presque visionnaire du principe de la série, a fait lire des générations entières de lecteurs avec des romans qui continuent à être plébiscités au XXIe. 

Comment devient-on Enid Blyton ?

Réponse : en écrivant … beaucoup ! Née dans le Kent, passionnée d’histoire, de biologie, de nature et de mythologie, Enid Blyton est surtout une femme dotée d’une opiniâtreté à toute épreuve, d’une curiosité insatiable et certainement d’une capacité de travail assez conséquente. Remarquée très jeune par ses professeurs pour sa plume et son imagination, elle n’est pourtant pas encouragée par sa famille qui la veut concertiste. A la place, elle choisit d’être institutrice, métier qu’elle abandonnera  dès qu’elle pourra vivre de ses livres.

By Phyllis Chase (c.1897- c.1977)

Après avoir participé à des concours dans des revues, elle fait ses débuts en littérature avec de la poésie, du théâtre puis avec des ouvrages sur l’éducation. En 1924, est publié The Enid Blyton Book of Fairies, son premier recueil de nouvelles. Elle commence à écrire pour des journaux dont le Morning post puis dans Teachers’ World, où elle fait notamment paraître une interview de AA Mine, le célèbre auteur de Winnie the poo (Winnie l’ourson), ce qui contribute indirectement à sa propre reconnaissance en tant qu’auteur.

Écriture en séries

En 1926, elle participe au magazine Sunny Stories dont elle devient rédactrice en chef et tient une chronique hebdomadaire dans Teachers’ World. Commencée en 1929, cette chronique très appréciée sur l’air du temps et la vie comme elle va est écrite sous la forme de lettres envoyées par son fox-terrier Bobs  : cette forme géniale et humoristique devient vite très populaire jusqu’à être rassemblée et publiée sous forme de recueils : en 1933, Letters from Bobs s’est vendu à 10 000 exemplaires dès la première semaine.

À partir de 1938, elle écrit de plus en plus souvent au format série, avec des héros récurrents auxquels on s’attache, s’identifie et prend plaisir à retrouver et à voir évoluer. Le cliffhanger n’est pas encore de la partie mais elle a dû y penser puisqu’elle savait susciter l’impatience de ses lecteurs à la fin de chaque nouvel épisode.

Tout au long de sa carrière, il semble qu’elle ait eu ainsi un certain nombre d’intuitions dont fait partie l’écriture en series (qui n’était pas nouvelle en soi mais n’avait jamais été utilisée avec tant d’ampleur et de facilité pour la jeunesse) ainsi qu’un don inné pour le marketing et la promotion de son œuvre  : en 1937, Sunny Stories devient Enid Blyton’s Sunny Stories, et sert de tremplin à la publication en série des livres de l’auteur. Dès 1952, elle met en place son fan club le Famous Five Club — le club du Club des cinq —  qui comptera « deux cent vingt mille membres en 1974 et croît à la vitesse de six mille nouveaux membres par an » (source Wikipedia). De la même facon l’Enid Blyton magazine participera à créer des communautés de lecteurs autour de son oeuvre. Nul doute qu’aujourd hui, Enid Blyton aurait eu un Instagram, un twitter et une page Facebook !

Mais revenons à son histoire. En 1941, elle édite son premier calendrier Sunny Stories Calendar pour l’année 1942, année durant laquelle elle ne publie pas moins de 22 titres… dont le premier du Club des cinq intitulé Five and the tresury island inaugurant ainsi une série de 21 titres. L’année suivante, elle entame une autre série The Mystery of the Burnt Cottage ainsi qu’une adaptation de la Bible pour les enfants. 1944 sera aussi un année prolifique avec 24 titres mais c’est  presque une sorte de « mise en jambes » pour la romancière, qui va ensuite quasiment doubler sa cadence de production.

Productivité intense et succès

Les années 50 sont extrêmement productives pour la romancière qui inaugure cette décénnie avec 32 romans publiés en 1949 suivis d’une bonne quarantaine chacune des année suivantes. On peut supposer que le fait que les quotas d’impression qui depuis la guerre limitaient l’activité éditoriale cessent précisément cette année-là lui permet enfin de laisser libre cours à sa prolixité.

Évidemment, une telle productivité est vite suspectée et on accuse la romancière de sous-traiter l’écriture de ses romans. Dès 1955, elle est obligée de démentir ces rumeurs de façon officielle mais elle continue de publier à rythme soutenu, ne cessant d’inventer de nouveaux personnages et de nouvelles séries. En 1949, elle crée le personnage de Noddy (Oui oui), qui est aussitôt  repéré par Kellogs qui en achète les droits !

Clairement, Enid Blyton se révèle aussi romancière que femme d’affaires bien entourée. En 1950, elle créée sa propre entreprise, Darrell Waters Ltd., pour gérer sa fortune. En parallèle, par le biais de ses clubs et fondations, elle finance un certain nombre d’associations caritatives, pour venir en aide aux animaux et aux enfants malades.

Le succès se décline en livres, suites et séries mais aussi en de multiples produits dérivés (jeux, puzzles, figurines et jouets depuis 1948). Dès 1950, son œuvre est adaptée d’abord pour la scène, puis pour la télévision et enfin le cinéma. Ainsi en 1955, Oui oui devient le héros d’une série télévisée qui obtiendra un grand succès.

Célèbre mais toujours contestée

Moqués par certains dès le début des années 50, les héros d’Enid Blyton suscitent de plus en plus de critiques, notamment de la part du journaliste politique Colin Welsh dans le magazine Encounter dont l’article ‘Dear Little Noddy » de janvier 1958 décrit Oui oui comme un « pantin anormalement pédant, moralisateur, simpliste et pleurnichard… »

Au début des années 60, Enid Blyton ne ralentit pas la cadence mais commence à clore certaines séries commencées des années plus tôt : Le clan des sept, Le club des cinq, Oui oui…  En 1965, pour des raisons de santé, elle cesse quasiment d’écrire, à part son journal intime et s’éteint à l’âge de 71 ans.

Assez critiquée dès ses débuts car considérée comme une auteur de « seconde zone », elle est à nouveau sous le feu des reproches dans les années 80 pour ses valeurs morales déclarées douteuses : outre la simplicité de ses intrigues, on l’accuse de véhiculer snobisme, sexisme, racisme et xénophobie. S’il est clair que ses livres ont vieilli, ils sont représentatifs du mode de pensée d’une époque, celle qui va des années 30 à 60 et Enid Blyton ne s’est jamais caché de vouloir diffuser des valeurs morales solides à ses jeunes lecteurs.

Osciller entre popularité et mise à l’index semble être une des particularités de la carrière et de l’œuvre d’Enid Blyton, qui, plus de dix ans après sa mort, se voit redevenir la bête noire des prescripteurs de littérature pour enfants avant de regagner quelques années plus tard les étagères des librairies et bibliothèques avec des rééditions et des remises au goût du jour.

La postérité d’Enid Blyton

Lue et traduite dans le monde entier, en 2018, son œuvre continue à être lue, et inspire même plusieurs romanciers désireux de poursuivre son œuvre, dont sa propre petite-fille qui en 2009 écrira un épisode de Oui oui. Avec des suites, des à la manière de et des spin off plus ou moins heureux, on trouve ainsi plus de 200 livres se réclamant de l’esprit et de la lettre blytonniens. Dans les pays anglo-saxons, des guides d’apprentissage divers et variés sont aussi réalisés à partir des aventures de ses héros.

Au XXIe siècle, son travail continue d’inspirer le cinéma puisqu’en 2009, on réalise en Allemagne une série de 3 films tirés de ses romans  : Hanni and Nanni, l’histoire de deux jumelles, montrant une nouvelle fois combien les aventures imaginées par Madame Blyton sont impérissables 🙂

La vie de l’auteur elle-même sera elle aussi portée à l’écran de nombreuses fois, sous forme de téléfilm pour la BBC et dans un format épisode.

Initiée de son vivant par l’auteur elle-même, la flamme Enyd Blyton demeure entretenue dans ses nombreux clubs de fans. Et aujourd’hui encore avec un site Internet officiel dédié à l’auteur (nouvelle fenêtre), un prix « the Enid », des rencontres annuelles dont le Enid Blyton’s day, une page Facebook (nouvelle fenêtre) , des expositions au Royaume Uni à l’occasion du centenaire de sa naissance, un timbre à son effigie édité par la Royal mail…

Mais pour lui rendre hommage, laissons la parole à cette grande dame des débuts de la littérature jeunesse :

I am not really much interested in talking to adults, although I suppose practically every mother in the kingdom knows my name and my books. It’s their children I love.

Merci au site de l’Enidblytonsociety (nouvelle fenêtre) pour la mine de renseignements qu’on y trouve et pour les illustrations empruntées pour illustrer cet article.  Outre une biographie, la liste exhaustive de tous ses titres, vous y trouverez aussi des jeux, un journal, un quizz et des fans à rejoindre !Enyd Blyton society (site en anglais - nouvelle fenêtre)

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