La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, questionnements

11 Mar

Mi février, les douze jurés du jury du Prix des Lecteurs de Levallois se sont retrouvés à La Médiathèque pour une nouvelle réunion de jury : au menu de la soirée, deux nouveaux romans historiques… Cette fois encore, littérature, petite et grande Histoire sont sur la table et de nouveaux questionnements s’invitent dans les débats.

Ce soir, à la grande surprise des jurés, la réunion prend une nouvelle forme  : tous sont invités à parler de leurs impressions de lecture en suivant les différentes rubriques de la grille d’analyse (souvenez-vous :  celle qui leur a été remise lors de la première réunion, une sorte d’aide-mémoire, vademecum du parfait petit juré)

– Oh interrogation orale, sourient certains que cet exercice encadré ramène d’un saut quantique à leurs années lycée.

D’autres se justifieraient presque :

– C’est le seul sur lequel j’ai jeté l’éponge pour faire une fiche !

– Je n’ai pas eu le courage…

Aucune importance car, fiche de lecture ou pas, les échanges et les discussions démarrent sur les chapeaux de roue : un par un, tous les points de contrôle vont être abordés, de la place de l’Histoire à la densité des personnages ou l’intrigue, en passant par le style… Mais au fil des rubriques qui défilent, la majorité des jurés avouent être restés sur leur faim… ce qui compte-tenu du livre dont il est question s’avère presque un clin d’œil  🙂

Les ingrédients du roman historique

– Pourtant, c’est un roman qui a de nombreux ingrédients* pour faire un bon roman historique, entend-on.

* Notez le vocabulaire qui, ce soir, a décidément une petite connotation culinaire et gourmande qui ressurgira plusieurs fois au cours de la soirée.

D’après certains, le début du roman est bon. Happés par les premiers chapitres, ils l’ont dévoré, mais hélas, le livre leur est tombé des mains. Et à leur mine déconfite, on comprend que la chute a été rude…

Car « il aurait pu me plaire », regrette cette jurée qui précise qu’en dehors du fait que cela se passe à telle époque, elle n’a trouvé aucun éclairage historique particulier. Et même si d’autres ont tout de même aperçu une petite toile de fond historique, elle semble à tous trop légère. « Ça reste très superficiel », reproche que l’on entend aussi à propos de la densité des personnages : « rabelaisiens mais pas assez truculents… » « On a une grosse documentation sur l’art culinaire de l’époque mais rien sur ce qui constitue le sujet du livre ». Mais à propos, quel est-il ce fameux sujet ?

Avec application, on liste alors les thématiques : la religion, l’obscurantisme, les superstitions, la misère , la soif de connaissance, l’enfance… Bigre, ce n’est pas rien ! Mais malgré cette richesse, la mayonnaise ne prend pas.

Je n’ai pas saisi le message si il y en avait un. Ça ne va nulle part.

Ce constat dépité amène la tablée à se poser des questions sur l’objectif et le sens du livre : est-ce une métaphore, un symbole, un hommage, une pâle imitation ? Et l’on en arrive à une interrogation primordiale : pourquoi l’écrire ?

Mais aussi, malgré un bon début, des thèmes porteurs et un vocabulaire original, qu’est-ce qui ne marche pas dans ce livre ? Pour filer la métaphore gastronomique, la réponse serait peut-être à chercher du côté du soufflé…

L’auteur démarre plein de choses et pouf ça tombe !

« Une super idée qui ne va pas jusqu’au bout, une intrigue qui se dégonfle comme le personnage… » Vous l’aurez compris, malgré une profusion de sujets, le roman « ne part jamais ». Certains jurés avaient même de gros espoirs avec ce livre : « j’attendais des infos », « j’aurais voulu la peinture d’une époque », ou encore « un lien avec le début », « un truc rationnel », « une autre fin ». Mais quelles qu’elles soient, toutes ces attentes ont été déçues…

On entend alors des conseils, voire des pistes d’amélioration pour l’auteur comme « couper la dernière partie redondante » ou « exploiter le cœur du roman ».

Un ovni littéraire

Soulignée par plusieurs jurés, il y a néanmoins une chose qui pourrait sauver ce livre : le style. Si certains l’ont trouvé excessif voire « répugnant », d’autres sont perplexes, incapables de savoir si cela leur a plu ou pas. On parle de vitesse, de rythme qui happe, de répétitions entrainantes, mais aussi de vocabulaire précis et d’une écriture très documentée. À cette jurée qui a « l’impression qu’il [l’auteur] écrit en courant », une autre répond que « c’est un livre fatigant » [pour le lecteur].

Une oreille attentive fait remarquer alors que recherches documentaires, restitution d’un vocabulaire spécifique au moyen-âge et finalement, création d’une atmosphère (fut-elle nauséeuse ou haletante…) pourraient être des signes encourageants pour ce qui nous occupe ce soir  : la recherche d’un véritable roman historique.

– Non, répond cette jurée.

Mais si ce livre ne possède pas tous les critères attendus pour un roman historique, il apparait tout de même comme une création singulière, un véritable « ovni littéraire ».

Je n’ai jamais lu quelque chose comme ça !

Ceci est un bel hommage, surtout lorsque l’on sait que ce livre est un premier roman. Après un petit débat où tout le monde parle en même temps, on en conclut que le livre a un énorme potentiel, mais que « le mélange est raté ». Si l’auteur lit ces lignes, qu’il ne désespère pas car :

– On est très critique, s’excuse presque une jurée. Parce qu’on lit ce livre dans le contexte du jury mais en dehors, j’aurais pu le choisir !

Un lauréat potentiel ?

Après cette généreuse conclusion, on se consacre au roman suivant : « une affaire de destins, des personnages contrastés dont on suit l’évolution, des portraits magnifiques, un récit qui se déroule de A à Z, et une immersion totale en Histoire ».

Tiens, tiens, aurions-nous ici un possible lauréat ?

Oui pour cette jurée qui voit ici réunis tous les éléments du roman historique : la vie quotidienne de l’époque, des évènements politiques, un personnage principal sincère et attachant, une évolution individuelle adossée à la transformation collective d’un pays, un cadre réaliste et un travail de recherche sous-jacent, une écriture à la fois classique et poétique, avec de très belles descriptions qualifiées de picturales…

Des cinq déjà lus, c’est le premier qui raconte l’histoire d’un pays au travers d’une vie.

Quant au style, la langue est « au service du texte avec un style que l’on ne lit plus tellement ». Début d’apothéose ? Pas encore… En cet instant de grâce, les dés ne sont pas jetés : ce roman ne fait pas l’unanimité ! Car si l’on admet à peu près qu’il constitue un roman historique au sens strict du terme, on regrette que la partie romanesque patine un peu…  Plus gênant encore, le plaisir de lecture n’y est pas : ça semble « laborieux, une écriture terne, un peu aride, lente ».

– Peut-être est-ce un parti-pris d’auteur, une lenteur au service du propos avec un temps pour poser les personnages et installer le décor ? s’interroge cette jurée. Ça pourrait être une sorte de métaphore !

Ainsi, l’écriture qui a séduit certains en a ennuyé d’autres :  « j’ai peiné sur le style mais j’ai aimé ».

Mais… Une conjonction de subordination, charnière entre deux affirmations, qui sera peut-être la caractéristique de cette sélection 2019, entre enthousiasme et critique, mais toujours à la recherche du roman parfait ! Retenons de cette séance une phrase prononcée d’un ton admiratif :

J’ai  l’impression que l’auteur avait vécu cette époque.

Quel plus beau compliment pour un roman historique !

Précédemment dans Liseur : La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, top départ ; Premiers débats et Interrogations.

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