Déracinés

10 Oct

D’après la définition du dictionnaire : « Qui a quitté son milieu d’origine, son environnement, son pays. »

À toutes les époques, dans tous les pays, le phénomène de « déracinement » peut être mentionné. Au XVIIe siècle lors du commerce triangulaire, pendant le temps des colonisations, aujourd’hui lors des diasporas et des migrations. Volontaire ou forcé, le déracinement a un impact sur les identités personnelles, participe à la mixité des populations  et peut laisser des séquelles qui sont alors transmises de générations en générations. Les livres décrits dans cet article ont tous en commun de raconter des parcours personnels ou collectifs de déracinement et leurs conséquences.

La traite négrière

Racines, Alex Haley (1976) (nouvelle fenêtre)

racinesGrand classique parmi les romans traitant de l’esclavage, Racines est une épopée familiale sur plusieurs générations. L’histoire débute avec l’enlèvement du jeune Kounta Kinté en Gambie et son déracinement vers l’Amérique en 1767. On plonge dans le récit de cet homme et de ses descendants pendant deux siècles. À travers l’esclavage puis la ségrégation, l’auteur parle de ses origines. C’est une histoire d’héritage, de transmissions culturelles et de coutumes, mêlés à une grande part de l’histoire américaine.

Ce que vous ne saviez peut être pas : Prix Pulitzer en 1977, ce roman a plusieurs fois été remis en question, notamment pour la véracité de son histoire : Alex Haley prétend raconter l’histoire de sa famille, d’autres pensent que ce récit est inventé de toutes pièces. De même, l’auteur aurait reconnu avoir plagié quelques passages du livre de Harold Courlander, The African de 1967.

No home, Yaa Gyasi (2017) (nouvelle fenêtre)

no homeSe rapprochant du roman Racines de Alex Haley, No home retrace également la vie et la descendance de deux enfants, deux sœurs nées dans deux tribus rivales du Ghana. La différence est que le récit de Yaa Gyasi se sépare en deux destinées distinctes : l’une des fillettes est enfermée pour être vendue comme esclave, elle est donc emmenée aux États-Unis et la seconde fillette reste au Ghana et épouse un marchand d’esclaves anglais.

Des deux côtés de l’Atlantique on peut suivre et découvrir l’évolution d’une famille qui d’un côté côtoie et participe au commerce d’esclave et de l’autre tente de s’en échapper pour retrouver la liberté. C’est également deux cultures qui évoluent différemment, des habitudes qui se créées en fonction du lieu où l’on habite et pas forcément du lieu d’où l’on vient.

L’anecdote : Le titre original en anglais est Homegoing, qui signifie « rentrer à la maison », soit l’opposé du titre choisi par l’éditeur français : No Home, qui signifie « pas de maison ».

Washington black, Esi Edugyan (2019) (nouvelle fenêtre)

washington blackNotre troisième et plus récent roman sur la traite négrière et le déracinement outre-Atlantique : Washington Black. Washington Black c’est le nom de cet enfant noir qui travaille dans une plantation de canne à sucre de la Barbade en 1818. Il n’a pas été enlevé ou transporté en bateau, il est né dans la plantation. Pourtant on sent tout au long du roman qu’il cherche désespérément l’endroit d’où il vient, l’endroit où il se sentirait chez lui. On voyage donc avec lui vers le Grand-Nord, l’Angleterre ou encore le Maroc. Plus qu’un lieu, c’est une identité qu’il recherche, une famille à laquelle s’attacher et la sensation d’être aimé par quelqu’un.

L’info en + : C’est le troisième roman de l’auteur, Esi Edugyan, et son deuxième prix Giller. Le premier lui ayant été attribué pour 3 minutes 33 secondes.

Pocahontas et Minik

Pocahontas

73d38865fa271a6de966546d5bac86af--american-women-american-indiansL’histoire de Pocahontas est peut-être la plus connue, grâce notamment aux chers studios Disney qui en ont réalisé une adaptation en 1995. Mais c’est aussi une histoire vraie qui commence en 1607, date à laquelle les colons anglais fondent la nouvelle colonie de Jamestown dans le Nouveau Monde. S’appropriant les terres des tribus présentent sur le continent, les colons anglais ne tardent pas à entrer en confrontation avec les Amérindiens pour des questions de territoire. Baptisée puis mariée à un Anglais, Pocahontas est attirée par la culture de ces « hommes blancs » et par le christianisme, ce qui l’éloigne de sa tribu. Pourtant lors de son voyage à Londres, toutes les adaptations s’accordent à nous faire ressentir ce malaise, ce désarroi qu’elle pourrait ressentir face à ce monde civilisé, trop codifié et étouffant.

Plusieurs hypothèses entourent la légende de Pocahontas :

– Sa relation avec John Smith : pratiquement toutes les adaptations la mentionnent. Certaines comme une histoire d’amour, d’autres comme une histoire d’amitié. Les sources s’accordent à dire que Pocahontas aurait sauvé la vie de John Smith au moins une fois.

– Son nom de naissance serait « Matoaka » et sa tribu l’aurait surnommée « Pocahontas » qui signifie « petite dévergondée » à cause de son espièglerie étant enfant.

– Enlevée en 1613, elle aurait demeurée plus d’un an dans une colonie anglaise où elle aurait été baptisée et se serait mariée avec John Rolfe. Elle aurait alors pris le nom de Rebecca Rolfe.

– En 1616 elle aurait voyagé vers l’Angleterre accompagnée de onze autres powahtans pour montrer à la cour de Londres que les Amérindiens n’étaient pas une menace pour les Anglais. C’est à son retour qu’elle serait tombée malade (à cause de la pollution de Londres), tuberculose ou pneumonie, et cela lui aurait été fatal. Elle est alors âgée de 22 ans.

Les adaptations à lire ou à voir :

– La bande-dessinée de Loïc Locatelli et Kournwsky, Pocahontas – La princesse du nouveau monde (nouvelle fenêtre), une histoire séparée en trois actes : « Matoaka » « Pocahontas » et « Rebecca ». La dernière partie représentant bien la dualité des sentiments de Pocahontas entre un Londres fait de parures et de faux-semblants et une Amérique sauvage et libre.

– Le film réalisé par Terrence Malik, Le Nouveau Monde (2005) (nouvelle fenêtre). L’histoire est beaucoup plus centrée sur la relation entre Pocahontas et John Smith.

– Le livre de Nicole Bacharan, Good morning America : ceux qui ont inventé l’Amérique (nouvelle fenêtre). Elle dédie son premier chapitre à Pocahontas et tente de rester le plus fidèle possible à l’Histoire.

Minik

Groenland Manhattan , Chloé Cruchaudet (2008) – BD (nouvelle fenêtre)

groenland manhattanEn 1897, l’explorateur américain Robert Peary fait des excursions au Groenland dans le but d’atteindre le Pôle. Lors d’une expédition, il décide d’emmener avec lui à New York une famille d’esquimaux. Chloé Cruchaudet met en images le récit de Minik, cet enfant esquimau emmené en Amérique comme trophée, qui grandit auprès d’une famille américaine après la mort de son père. Le squelette de ce dernier est exposé au Museum d’Histoire naturelle et Minik tente de le récupérer pour pouvoir l’enterrer dignement et rentrer chez lui. Tiré d’une histoire vraie, ce récit traite du déracinement des populations dans un but lucratif. Finalement Minik ne se sent pas américain et pourtant quand il rentre chez lui il s’y sent également comme un étranger.minik

Pour en savoir plus : Ken Harper mène une enquête en 1980 sur le parcours de Minik, devenu tour à tour curiosité scientifique, bête de foire et, passé cet engouement, homme dépersonnalisé, pas tout à fait américain, ni esquimau. Retrouvez son livre Minik, l’esquimau déraciné à La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Les colonisations 

Terra Australis, Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Nicloux (2013) – BD (nouvelle fenêtre)

terra australisUn pavé de presque deux kilos pour conter l’histoire des bagnards d’Angleterre déportés en Australie qui s’appelait en 1784 « La Terre du Sud ». Comme pour toutes les histoires de colonisation, la rencontre avec les peuples originaires de cette Terra incognita ne se fait pas toujours en douceur. Ceux qui décident de ces voyages pensent en termes de territoire, de conquête et de rivalités, alors que les mille cinq cent prisonniers envoyés de force coloniser cette terre doivent s’adapter au climat, inventer un nouveau mode de vie et finalement, essayer de se sentir chez eux en gardant dans le cœur l’espoir de retrouver un jour leur patrie d’origine.

Florida, Jean Dytar (2018) – BD (nouvelle fenêtre)

floridaC’est au XVIe siècle que le projet de coloniser la Floride germe au sein de la communauté française des Huguenots.  Moins de deux cents hommes partent vers ce nouveau monde pour fuir les persécutions religieuses, dont notre personnage principal : Jacques Le Moyne, cartographe. Sur place, il faut faire face à la nature parfois hostile, au manque de ravitaillement, à la présence d’autres peuples et aux rivalités avec les autres pays européens colonisateurs. Une volonté de s’enraciner autre part, un espoir d’y être plus heureux peut-être, et finalement un retour à la réalité plus brutal.

D’autres idées de lecture

Pour nous faire part de vos lectures et nous conseiller d’autres romans, vous pouvez laisser vos avis sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :