La rentrée littéraire d’automne 2019 : du côté des libraires

18 Oct

Après C’est la rentrée, les grandes tendances et Rentrée littéraire 2019, nos chouchous, place aux féminin avec la sélection des libraires. En effet, cette rentrée littéraire 2019 semble placée sous le signe des femmes. Elles sont partout dans les 524 nouveaux romans qui déferlent depuis août dans les librairies. Au vu d’événements comme « metoo « , nombre de romans cette année portent un message de respect. Le courage des femmes, le partage, les tourments de l’exil et les souvenirs de famille sont au cœur des écrits de cette rentrée.

Voici les belles découvertes qu’ont fait pour vous les libraires de la librairie Decitre. Laissez-vous guider pour vivre de belles émotions…

 Karine Tuil : Les choses humaines (nouvelle fenêtre) , Jean Farel est présentateur de télé et avec son ex-femme Claire ils ont formé un couple d’intellectuels à la vie contrôlée et médiatisée se servant l’un de l’autre pour faire évoluer leur carrière. Leur vie va basculer quand leur fils Alexandre, promu à une brillante carrière va se retrouver au cœur d’un procès pour viol. L’auteur décortique de manière brillante les mécanismes de la justice, nous emmène au cœur du désir, des pulsions, du consentement, de cette zone grise insaisissable. C’est un roman actuel, terriblement nécessaire, construit avec une grande intelligence et une grande justesse.

Leonora Miano : Rouge impératrice (nouvelle fenêtre ). Ce livre, le premier d’une trilogie, n’est pas simple. Il nous emmène dans le méandres et l’utopie Africaine. Pour y  explorer le trait d’union entre l’Afrique et l’Europe, la culture, l’économie, le fédéralisme pour s’autonomiser, ainsi que  l’inversion du pouvoir avec les blancs. Il est très dérangeant, il permet de faire son auto-critique et pose la question du monde en marche fait de violence  et de changement. Il nous permet de porter un regard réaliste en prévision de ce qui peut nous attendre.

Victoria Mas : Le bal des folles (nouvelle fenêtre). Ce premier roman se passe au XIXe siècle à la Salpétrière. Pour le bal de la mi-Carême, la haute société est invitée et s’adonne à un certain voyeurisme. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations du Dr Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, qui a un don, elle voit des fantômes, cela bouleverse le regard sur l’hôpital et met à nu la condition féminine au XIXe siècle. Ce premier roman est malgré tout assez actuel.

Blandine Rinkel  : Le Nom secret des choses (nouvelle fenêtre). Blandine grandit en Vendée. Isolée elle arrive à Paris pour poursuivre ses études, et rencontre Elia, leur amitié devient fusionnelle, elle change de prénom, devient Océane, essaie de saisir les codes, les masques de la capitale, s’y essouffle jusqu’à la trahison. C’est une expérience qui va l’épuiser. Cette autobiographie est très écrite, et dit beaucoup sur la jeune génération.

Régina Porter  : Ce que l’on sème (nouvelle fenêtre). Ce roman est un patchwork remarquablement cousu à partir des moments intenses de la vie de deux familles américaines, l’une noire, descendant d’esclaves africains, l’autre blanche, ,issues de l’immigration irlandaise. Ces deux familles ne vont cesser de s’entrecroiser tout au long du roman, depuis les années 50 jusqu’à la première année du mandat d’Obama.

Joyce Carol Oates  : Un livre des martyrs Américains (nouvelle fenêtre). Son ouverture se fait sur le meurtre d’un médecin pratiquant l’avortement par conviction, perpétré par un militant pro-vie se sentant investi d’une mission divine. L’auteure ne portera jamais de jugement moral, elle laisse la parole à ses personnages de façon magistrale. C’est un livre puissant, perturbant parfois, difficile a quitter. Un coup de force narratif et littéraire, à l’image des précédents romans percutants de cette auteur « droguée à l’écriture depuis ses 14 ans ».

Kaouher Adimi  : Les Petits de Décembre (nouvelle fenêtre) . Partie d’un fait divers, la jeune auteure, qui avait fait partie de la sélection pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2018, est revenue sur le terrain d’un lotissement près d’Alger où les enfants jouent et dont ils fait leur fief. Mais tout se dérègle un beau matin lorsque des généraux débarquent avec des plans de constructions en main, et des projets de belles villas. Les enfants vont faire une mini-révolution, Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe. Ce livre, à l’écriture touchante offre une vision asse juste de la société algérienne actuelle tant du point de vue sociologique que politique.

Cécile Coulon  : Une bête au paradis( nouvelle fenêtre). L’histoire d’une lignée de femmes (la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque, presque un conte intemporel sous forme d’un huis clos au Paradis. La tension gonfle, l’angoisse sourde monte. Il est difficile de savoir quelle forme le Mal prendra, mais on sent une sorte de fatalité implacable qui va le faire surgir. Très fort, ce livre remue le lecteur.

Claudie Huntzinger : Les grands cerfs. Un livre qui parle d’un monde qui est en train de s’achever mais qui ne sait pas où il va. L’auteure cerne cette vie à l’écart, dans la montagne , où elle a librement choisi de faire vivre sa protagoniste, il y plusieurs décennies. Mais ce roman parle aussi du goût de la nature et de la passion de l’écriture. Pamina se met à s’intéresser aux cerfs qui vivent dans ce coin reculé… depuis toujours. Elle y rencontre Léo, un jeune photographe, fasciné par ces animaux, qui il va lui apprendre à les comprendre, à savoir devenir invisible, à l’affût, dans l’attente et le silence. C’est une sorte de fable du réel, empreinte de poésie.

 

Jerôme Attal  : La petite sonneuse de cloches (nouvelle fenêtre). Voici une histoire d’amour, à deux époques différentes. On évoque un épisode de la vie de Chateaubriand à peine âgé de 25 ans qui est réfugié à Londres alors que gronde la terrible révolution française. Dans ses mémoires, l’auteur romantique évoque un baiser inoubliable qu’il a reçu d’une petite sonneuse de cloches , imaginé ou réellement reçu ?
De l’autre côté, nous avons Joachim Stockholm qui vient de perdre son père, qui était un grand admirateur de Chateaubriand. Pour rendre un dernier hommage à ce père, Joachim décide de partir à Londres élucider le mystère de cette jeune sonneuse de cloches… Ce roman se lit ainsi en alternant les sentiments finement décrits et amenés par Jérôme Attal. La mise en scène scénographique est en place et la lecture se déroule sans accrocs au fin d’une jolie mélodie romantique.

Louis-Philippe Dalembert  : Mur méditérranée (nouvelle fenêtre). Inspiré d’un naufrage, il s’agit de la rencontre de personnes sauvées qui échangent et construisent leur histoire, moment de confiance entre 3 femmes à deux endroits. Aussi le voyage depuis l’Érythrée, la violence et prédation au départ, puis la tempête. À la suite du sauvetage se nouera une histoire forte de fraternité. Ce texte donne une idée de l’état du monde. Tous sont logés dans un entrepôt où ils sont tous stockés, dans des conditions très éprouvantes. Malgré ce qu’elles vont vivre, elles vont s’aider. C’est une épopée du courage que la littérature rappelle. Récit d’un voyage au bout de la nuit. Magnifique

 Pete Fromm  : La vie en chantier (nouvelle fenêtre). Taz et Marny sont sur le point de devenir parents, ils travaillent à leur maison pour l’arrivée de leur enfant, mais Marny perd la vie en accouchant laissant son mari seul face au bébé et aux travaux, c’est très dur pour lui de reprendre pied. Il se polarise sur l’enfant, aidé par sa famille et ses amis. Sa propre réparation s’effectue au fil des chapitres sur 2 ans. L’auteur américain campe comme à son habitude une nature somptueuse en décor pour ce texte très touchant.

Sylvain Prudhomme. Par les routes (nouvelle fenêtre). Dans une petite ville du Sud, tranquille, des autostoppeurs qui se sont perdus de vue, vont instaurer un jeu de rôle, l’un fascinant l’autre. Ce nouveau roman d’un auteur qui fait partie de nos chouchous de la rentrée littéraire (il avait été sélectionné pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2015) raconte des départs et des retours, dans lesquels l’alter ego de l’auteur est le réceptacle de ce nomadisme. ll y est également question de tous ces autres que l’on rencontre en dehors de la cellule familiale, de l’importance de l’air extérieur, du risque d’étouffement dans la vie familiale autarcique.

Max Porter  : Lanny (nouvelle fenêtre). Ode à l’enfance et à l’imagination, le deuxième roman de Max Porter est un conte qui puise aux sources du merveilleux comme du plus trivial, pour révéler l’invisible et inquiétante magie à l’œuvre dans nos vies. Le village du roman appartient à ceux qui vivent là aujourd’hui, et à ceux qui ont vécu là autrefois, à un petit garçon nommé Lanny, tendre et imprévisible, et à ses parents, Et aussi au Père Lathrée… Morte, étrange créature protéiforme, légende folklorique et  qui veille sur les lieux – à moins qu’il ne fasse planer sur eux une sourde menace. Ce livre est un bijou de créativité.

Aurélien Bellanger  : Le continent de la douceur (nouvelle fenêtre). Le livre débute par une galerie de personnages pittoresques qui font de l’accrobranche. Drôles ou risibles, tous fonctionnent en couple et ont tous un lien avec l’histoire européenne et le Karst. C’est baroque et dense, mais cela fonctionne malgré la complexité du propos. Et cela en dit beaucoup sur la situation et la politique actuelle. Un roman réjouissant !

Jean-Paul Dubois  : Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (nouvelle fenêtre) Retrace la vie de Paul Hansen revisitée entre les quatre murs de son étroite cellule. Il se remémore son séjour au nord du Danemark, à Skagen, chez les pêcheurs de plies, et dans le nord canadien où l’amiante s’extrait à coup de dynamitages et empoisonne tranquillement sols et vivants. C’est un homme plutôt bienveillant qui veut donner du sens à sa vie. Sans doute le plus abouti et le plus profond des romans de l’auteur l’auteur, ce livre raconte le déclin du monde, qui a une autre morale, et dont la violence devient ce qu’il faut pour sauver sa propre dignité. L’auteur procède par procédés symboliques, et c’est une réussite.

Zhang Yueran  : Le clou. En Chine, deux personnages se retrouvent 30 ans plus tard et discutent de leur trajectoire et des secrets qui les lient à un héritage familial. Pétris d’obsession, ils souhaitent effacer la révolution culturelle qui les a impactés et essaient de s’en sortir. L’alternance des récits est décrypté avec une psychologie fine. Mystère, trahison, cette saga familiale retrace un pan de la Chine d’aujourd’hui  qui n’est pas des plus réjouissant.

Sehlahattin Demirtas  : Et tournera la roue. Ces nouvelles du prix Nobel turc en prison actuellement parlent d’espoir, d’amour et de l’humain. Le style merveilleusement simple nous dévoile la Turquie d’aujourd’hui. Il raconte des histoires personnelles, intimes, qui nous parlent, qui pourraient être les nôtres ou celles de nos proches. Il nous montre à quel point Turcs, Kurdes, Français ou autres, sont semblables dans leurs émotions, leurs rêves, leurs désir de liberté. Et ce faisant, il donne à ses nouvelles une portée politique bien plus grande que n’importe quel manifeste.

Sylvain Coher  : Vaincre Rome (nouvelle fenêtre). L’auteur compose  la trame de son roman avec le marathon de Rome en 66, 10 kilomètres pour chaque chapitre ; Abebe Bikila soldat éthiopien va courir les quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres pieds nus, il va remporter le marathon olympique. Pendant qu’il court, on suit ses pensées. Une voix en lui invoque Hérodote, Nietzsche, la Bible, son épouse aussi. Il porte un regard sur l’enfance, et  la colonisation, c’est une aventure entraînante et accessible. Et semble-t-il une prouesse littéraire.

Eric Lhome Un peu de nuit en plein jour (nouvelle fenêtre)  Paris est devenu un monde sombre dans un paysage transformé, sa population se livre à ses instincts les plus primaires. les hommes s’organisent en clans. Plus la classe sociale est élevée plus la vie est prolongée. Féral est cogneur dans ce monde urbain et violent, mais il lui arrive de se remémorer l’ancien temps. Il rencontre Livie, leur amour est immédiat dans ce monde sauvage. Le côté SF n’enlève pas la poésie, c’est touchant.

Guillaume Lavenant  : Protocole gouvernante  (nouvelle fenêtre). Dans ce roman assez étrange et assez novateur, chaque chapitre a un numéro qui semble indispensable à chaque famille. Cette  fiction très originale nous glace le sang. Son univers nous rappelle un peu celui de  La servante écarlate  et les temps anarchiques des révolutions. Dystopie, thriller, conte terroriste, il est un futur que nous n’aimerions pas connaître. Nous refermons le roman, songeurs… Un livre surprenant à recommander !

Thomas Orange  : Ici n’est plus ici  (nouvelle fenêtre). Ce roman polyphonique parle d’une façon très intimes des Indiens renvoyés à leurs conditions, après le massacre de Sand Creek en 1864. Urbanisés à Oakland, ils sont désormais mal dans leur vie, avec cette même question existentielle : que signifie être Indien de nos jours ? Sachant que le gouvernement américain est contre eux, mais que leurs rites rapportent de l’argent au pays. Rage et poésie compose ce roman, imposant la voix saisissante de ce jeune auteur.

Sorj Chalandon  : Une joie féroce nouvelle fenêtre) ou comment une femme qui a passé sa vie à écouter les autres devient une guerrière, une combattante contre la maladie et découvre la rébellion, l’illégalité et l’urgence de vivre. Ce livre est véritablement romanesque, et une fois encore l’auteur trouve les mots justes.

Et maintenant, bonnes lectures 🙂

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