Des romans pour découvrir les villes : Berlin (2)

15 Jan

Après Londres, entrons dans Berlin au travers de la production romanesque. Afin de l’appréhender comme un univers, un labyrinthe, comme un espace construit ou déconstruit, avec le soutien d’une narration, de lieux et de personnages donnant corps à cette réalité complexe. Ville au vent underground et avant-gardiste Berlin cumule tous les avantages d’une capitale culturelle foisonnante sans en subir les inconvénients. Cette douceur de vivre attire les artistes du monde entier (dont certains écrivains français) et ne rebute pas ceux que l’histoire allemande pourrait encore tenir éloignés, comme en témoigne cet article du nouvel observateur (nouevlle fenêtre) . 

Voyons comment des auteurs d’hier et d’aujourd’hui se sont emparés de cette ville pour ( en fonction des époques ) pour en faire le théâtre du quotidien de leurs personnages.

Berlin, Germany skyline with Berlin TV Tower.

Les récits d’avant-guerre

Alfred Dödlin  dans Alexander Platz (nouvelle fenêtre) (ouvrage disponible en langue originale).  À travers la vie de Franz Biberkopf qui sort de prison, l’auteur nous offre un roman où les voix se croisent, s’interpellent. Chacun crie, gémit, rit, boit, aime ou déteste. Berlin (Est) est en fond de tableau avec sa métamorphose, ses travaux, le métro, le tram, les laissés pour compte de la ville de lumière. C’est un roman dur, poignant, difficile, qui n’est pas sans rappeler Voyage au bout de la nuit de Céline. Quand le livre est publié en 1929 , la République de Weimar est encore en place, le nazisme monte, le communisme essaye de trouver sa place : il sera du reste brûlé lors des autodafés de 1933. C’est un fleuron du XXe siècle avec une écriture orale, caractérisée par de nombreux dialogues.

Une version cinématographique adaptée par R.W. Fassbinder(nouvelle fenêtre) est empruntable dans votre Médiathèque (elle se décline sous forme de série en 10 épisodes).

Eric LarsonDans le jardin de la bête (nouvelle fenêtre) : ce thriller politique et d’espionnage très actuel met à jour un jeu mortel réalisé durant l’accession au pouvoir d’Hitler entre 1933 et 1937, qui atteindra son apogée lors de la nuit des longs couteaux. Se basant sur cette réalité et très documenté, on peut considérer que ce récit est exceptionnel.

Berlin dans la guerre 39-45

Dans l’abondante production qui a eu pour sujet , voici quelques textes phares :

Une Femme à Berlin (nouvelle fenêtre) est un journal écrit par une anonyme consignant  la vie quotidienne dans un Berlin dévasté, et la survie dans la peur, le froid et la faim au moment où la ville est assiégée par les Russes. C’est un témoignage poignant.

Hans Fallada, Seul dans Berlin  (nouvelle fenêtre)  : qualifié d’un des plus beaux livres sur » la résistance allemande antinazie » par Primo Lévi. Aucun roman n’a jamais décrit d’aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Anne Wiazemsky, Mon enfant de Berlin (nouvelle fenêtre)  : cet ouvrage paru en 2013 retrace la vie de Claire, engagée à la Croix Rouge. Elle nous fait l’état des lieux de Berlin au sortir de la guerre. Elle fournit beaucoup d’informations sur les difficultés de ravitaillement, les tensions entre les différentes populations : vainqueurs et vaincus de la guerre, les épidémies, les famines… Cadencé de lettres qu’elle écrit à sa mère, l’ouvrage est lentement rythmé et agréable à lire. Pris dans ce texte entre roman familial et récit autobiographique, le lecteur assiste à l’éclosion d’une jeune fille en femme, à l’engagement éthique, à un coup de foudre amoureux, à une solidarité sans faille. L’auteur restitue avec réalisme l’atmosphère de cette période terrible et l’espoir qui aidait à la traverser.

L’après-guerre à Berlin

Plutôt lié dans l’imaginaire collectif à l’espionnage et aux opérations clandestines, cette période a donné lieu à une kyrielle d’écrits sur le sujet. Parmi ceux-ci, citons 3 auteurs incontournables qui répondent à ces codes :

Philip Kerr, La trilogie Berlinoise ( L’été de cristal, La pale figure, un requiem Allemand) (nouvelle fenêtre)

Il s’agit des aventures de Bernie Gunther, un privé qui se débat dans l’Allemagne nazie. C’est un enquêteur brillant et cynique. Les trois intrigues sont des enquêtes plutôt classiques mais très prenantes et bien construites. La reconstitution historique très crédible participe évidemment au charme du livre tant cette époque inquiétante et fascinante à la fois. Nazisme, propagande, endoctrinement, antisémitisme, racisme, discriminations, cruauté, bêtise, ultra-violence, manipulations constituent son quotidien. mais l’enquêteur s’efforce malgré tout de faire correctement son métier de détective privé, et surtout de garder son esprit critique et sa liberté, le tout servi par une écriture fluide et dynamique.

John Le Carré, L’espion qui venait du froid (nouvelle fenêtre) : l‘auteur est un spécialiste des romans d’espionnage. La « guerre froide », le mur de Berlin, le bloc Est-Ouest, tout cela fait partie d’un monde, où il se meut comme un poisson dans l’eau. Il n’y est pas question directement de la « grande Histoire » mais de celle de quelques individus mêlés aux événements. Ainsi un ex-agent secret nous plonge au cœur d’un récit palpitant, au plus proche des espions et des complots au sein de la RDA et du parti communiste.

Joseph Kanon, Berlin 49 (nouvelle fenêtre)  : la ville écrasée et ruinée se reconstruit peu à peu, mais reste divisée en plusieurs zones, dont une américaine et une soviétique. C’est le début de la Guerre froide. Les Soviétiques ont imposé un blocus isolant Berlin du reste du monde. Aussitôt, un immense pont aérien a été mis en place par les Américains pour ravitailler l’ancienne capitale du Reich, devenue un terrain de jeu pour les officines d’espionnage.

La chute du mur (le 9 novembre 1989) et la réunification (le 3 octobre 1990)

Ces deux évènements historiques ont donné lieu à un genre littéraire nouveau : le roman du « tournant » qui rend compte des bouleversements provoqués par la fin de la RDA.

Edgar Hilsenrath, Terminus Berlin (nouvelle fenêtre) : une plume acérée pour ce roman des plus poignants sur le retour désenchanté du narrateur en Allemagne près de 30 ans après la guerre qui l’en a chassé. Avec dérision, l’auteur raconte le destin de son alter ego littéraire : Lesche, traumatisé par le ghetto, qui peine à trouver sa place dans Berlin marqué par le consumérisme et la chute du mur.

Christine de Maziere; Trois jours à Berlin (nouvelle fenêtre) (bientôt disponible à La Médiathèque)  : un roman actuel qui retrace les événements sans précédent qui se sont déroulés, trente ans après la chute du mur, en incarnant au plus juste les acteurs de ces trois journées pendant lesquelles l’Histoire a basculé, et les si belles espérances qu’elles ont soulevées.

Gunter Grass, Toute une histoire (nouvelle fenêtre : à  travers le dialogue de deux protagonistes à Berlin entre 1989 et 1991, ce livre nous fait voyager dans l’histoire Allemande.  Il propose une piste de réflexion qui nous conduit de la chute du mur et à ses conséquences.

Le Berlin d’aujourd’hui

Pour clore ce tour littéraire de Berlin, voici des parutions plus actuelles qui traitent de problèmes de société rencontrés, posent ainsi la question de l’identité de l’Allemagne actuelle, interrogent son passé douloureux et font le bilan spirituel et émotionnel d’une réunification qui continue à hanter tout un peuple avec le regard de deux auteurs actuels qui ne sont pas natifs d’Allemagne :

Sasa Ilic, La fenêtre Berlinoise (nouvelle fenêtre) : ce roman est fait de rencontres (puisqu’un représentant d’une ONG Serbe recherche un soldat, dont il ne sait rien) où Berlin tient un rôle central. L’auteur déploie les différentes facettes de cette ville multiple en  laissant entrevoir tout ce qu’elle porte de passé, placé sous le signe de la séparation des êtres. C’est un témoignage attachant construit avec du rythme.

Je souhaite conclure avec un ouvrage de Cécile Wajsbrot, Berliner ensemble (titre en référence au grand auteur de théâtre Bertolt Brecht) qui rassemble 22 textes courts sur Berlin entre 2007 et 2014, portraits sensibles et passionnants d’une ville en mutation, textes qui parcourent la période du chute du mur à l’époque actuelle de gentrification de la ville.

Bonne lecture !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :