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Cartographie du Paris disparu de Maigret

15 Mar georges-simenon

Samedi 19 mars 2016, dans le cadre des Rencontres de Liseur de La Médiathèque, hommage au plus célèbre des auteurs de romans policiers francophones :  Georges Simenon. La conférence de Marie Le Gouellec Cartographie du Paris disparu de Georges Simenon sera suivie de la projection du film Maigret tend un piège réalisé par Jean Delannoy.

À nous deux Paris !

Arrivé de Liège, Georges Simenon s’installe à Paris en 1922, il découvre les Batignolles, Montmartre et Montparnasse et s’établit finalement Place des Vosges, où il vit jusqu’en 1931. La ville exerce sur lui une immense fascination et il en arpente, infatigablement les rues. Alors qu’il a quitté la ville depuis longtemps pour les Etats-Unis puis la Suisse, ces années de conquête de Paris ont un effet capital sur ses œuvres, jusqu’à devenir une inépuisable source d’inspiration et parfois un personnage central de ses romans.

Création du personnage emblématique de Jules Maigret

En 1931, Simenon écrit Piettr le Letton,  première aventure du commissaire Maigret. Bien qu’originaire de l’Allier, le commissaire, chef de la brigade criminelle de la police judiciaire, est très parisien : il travaille au 36 Quai des orfèvres et habite Boulevard Richard-Lenoir. Les biographes ont souvent noté que Maigret est une sorte d’alter ego du père de Georges Simenon. L’homme est simple, débonnaire et taciturne, humain et compatissant avec les victimes, il ne juge jamais. Il aime manger, fume la pipe et boit beaucoup. Comme Simenon, il connait chaque rue, chaque bistrot de Paris.

Sur les 75 « Maigret » parus, 63 se passent à Paris ! Un Paris de villages, de quartier, qu’en quelques mots, Simenon esquisse de façon brève, et non descriptive. La simple citation d’un nom de rue ou de quartier suffit à évoquer le lieu.  Il crée une ambiance, et laisse à chaque lecteur la liberté d’y insérer ses propres souvenirs, de se créer sa cartographie personnelle et intime.

Paris révèle l’humanité de l’homme ordinaire

Le romancier est passé maître dans l’art d’associer à un espace, un personnage :

Ce qui m’intéresse, c’est l’homme en lui-même… j’essaie de voir sa faiblesse, celle qui fait qu’en réalité, il est un homme comme les autres, car tous les hommes sont des hommes comme les autres.

Explique Simenon dans un entretien télévisé, le N°39 du magazine Un siècle d’écrivain.

Son Paris, c’est celui des « petites gens », le Paris des petits métiers, des cabarets, des meublés, des ateliers : des hommes comme les autres. Avec une grande économie de moyens, ses romans sur Paris composent les différentes facettes d’une fresque sociale des années 1930-1970, une « comédie humaine » de la 4ème et du début de la 5éme République, 40 ans pendant lesquels Paris comme le narrateur changent, évoluent.

Lire, relire les enquêtes du commissaire Maigret aujourd’hui, c’est redécouvrir le temps d’un instant un Paris qui n’existe plus et une époque révolue. Reste toute la sublime humanité de ces héros ordinaires et notre tentative désespérée de reconquête du temps perdu.

Surprises d’une Rentrée littéraire

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Evènement typiquement français, grand mercato de la culture, la rentrée littéraire annonce  les grands prix d’automne (Goncourt, Renaudot, Femina…). Voilà pourquoi un tel buzz et autant de nouveaux romans, depuis quelques jours, sur les tables des librairies : les « pointures » courent pour les prix, mais les auteurs débutants ou confirmés, outsiders, savent qu’ils ont eux aussi une carte a jouer. Et les éditeurs ? Eh bien ils espèrent que la grande roue de la Fortune s’arrêtera sur eux !

Bibliothécaires à la rentrée littéraire *

Pour nous aussi, c’est un événement et une grande première. La Médiathèque et la libraire Les Beaux Titres, lors d’une soirée exceptionnelle,  vous présenteront leur sélection de romans de la rentrée,  découverts et choisis pour vous durant l’été. Nous vous livrerons quelques valeurs sûres, pour les amateurs de best-sellers, mais aussi quelques titres dont la presse et les blogs (à part Liseur 🙂 ne parleront pas (ou très peu) et qui deviendront peut-être vos coups de cœur…

Pour ma part, malgré les pressions énormes, je résiste à l’envie de dévoiler quelques uns des titres que vous découvrirez donc le jour J.

Jeudi 9 octobre 2014- Médiathèque Gustave-Eiffel – 19h30

* Merci à Bibliopathe pour l’illustration extraite son blog.

La faute au Midi, les détails d’un scandale d’Etat

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Cette histoire m’a été racontée par la bibliothécaire de Cuges, petite ville des Bouches-du-Rhône, que je salue au passage. Nous déplorions le régionalisme de mauvais aloi, qui nous emmène encore et toujours vers des excès sémantiques déplacés, ridicules parfois xénophobes : les Bretons seraient entêtés, les Normands indécis, les Auvergnats radins et les Provençaux… excessifs et fainéants !

Cette mauvaise réputation a d’ailleurs marqué profondément notre histoire et le début de la guerre de 1914 : les 20 et 21 août 1914, campagne de Lorraine, les soldats provençaux et corses du XVe corps d’armée sont lancés dans une offensive violente et mal préparée par l’Etat-major. C’est une véritable hécatombe : 10000 jeunes gens sont massacrés sans avoir même pu se défendre et Joffre, chef d’état-major, pour se dédouaner devant le gouvernement, les utilise comme bouc-émissaires et fait porter l’échec de la bataille à « leur manque de courage ».

Une véritable cabale politique explose !

A l’occasion des commémorations de la guerre 14, la ville d’Aix-en Provence et le Conseil général des Bouches-du-Rhône permettent à Jean-Yves Le Naour, historien de la Grande Guerre (que nous avons eu le plaisir de recevoir à la Médiathèque  en mai dernier) de mettre au point une exposition « La faute au midi, soldats héroïques et diffamés » afin de mettre en lumière les faits, dans un esprit didactique et, peut-être, un peu aussi, d’honorer la mémoire de ces jeunes soldats.

Cette très bonne BD, écrite par le même Jean-Yves Le Naour, illustrée par A. Dan et Sébastien Bouet a vu le jour dans la foulée : l’intelligence de la narration, l’art de la synthèse et de l’ellipse propre à la BD en font un témoignage qui nous donne envie de crier à l’injustice.

Cet événement capital pour la suite de la guerre est moins connu du grand public et probablement moins reluisant que la Bataille de la Marne. Il n’est pas sans me rappeler d’autres actualités plus proches de nous, souvent moins graves bien sûr, « l’esprit de clocher » exacerbé à des fins politiques reste probablement le pire de la République.

Alors, à mon tour, je vous conseille vivement la lecture de cette passionnante bande dessinée. Et pour aller plus loin, visitez Levallois 14

Quant à moi, c’est promis, je ne traiterai plus jamais mon mari d’entêté !

Salon 2014 du roman historique de Levallois, sous la présidence d’Irène Frain.

26 Fév Irène Frain, présidente du Salon du roman historique de Levallois

La romancière Irène Frain, historienne, journaliste et écrivain, est  la présidente de la troisième édition du Salon du Roman Historique de  Levallois les 8 et 9 mars 2014.

A  l’occasion du Salon, elle présentera et commentera, samedi 8 mars à la médiathèque Gustave-Eiffel, un de ses films préféré : Un dimanche à la campagne   de Bertrand Tavernier (sorti en 1984).

Ce film est tiré d’une nouvelle de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir, écrite en 1945.  Il s’agit de la dernière œuvre romanesque de Pierre Bost (presque un testament littéraire) dans laquelle il met beaucoup de lui-même. Après la guerre, il se consacrera exclusivement au cinéma et écrira plus de 50 scénarios avec Jean Aurenche.

Le livre raconte une journée dans la vie d’un peintre académique, qui s’apprête à recevoir, comme tous les dimanches, son fils, sa femme et ses 3 enfants; l’arrivée impromptue de sa fille, Irène, moderne et débordante d’énergie bousculera leurs habitudes… Ce petit texte poignant évoque l’éternelle question de l’art et de la modernité : Monsieur  Ladmiral a laissé passer l’impressionnisme et regrette sur la fin de sa vie « de n’avoir pas suffisamment été lui-même », mais le roman saisit, également,  la complexité de l’amour paternel et la nostalgie d’un homme vieillissant.

Retrouvez tous les ouvrages d’Irène Frain à la Médiathèque  dont son dernier titre,  Sorti de rienparu aux Editions du Seuil en 2013. Et si, en raison de sa venue à Levallois, vous ne trouviez aucun de ses livres sur les étagères, rendez vous sur le site de la Médiathèque où vous pourrez lire en ligne:

Le huitième ciel après le septième  ou encore Le navire de l’homme triste et autres contes marins .

Pour en savoir plus : regardez  la biographie   établie par la Documentation de Radio France et écoutez  les retransmissions  de cinq rencontres radiophoniques avec Irène Frain  (Emission Le matin du départ diffusée en juillet 2013 sur France Inter) . Enfin, pour ne rien manquer de l’actualité de cet auteur, rendez vous sur  son site personnel.

Voyage en Russie avec Elisabeth Barillé

20 Août

Le samedi 26 janvier 2013, dans le cadre de Variations littéraires sur la Littérature russe, nous avons reçu Elisabeth Barillé, pour Une légende russe (Gallimard).

Legende russe

Nous le bibliothécaires, on adore recevoir des auteurs. Comme beaucoup de grands lecteurs (gros lecteurs, devrais-je dire) , en découvrant leurs livres, on les imagine, on les attend parfois d’un livre à l’autre, on les suit dans les tréfonds de leurs fantasmes, replis de leurs mémoires…. Alors bref, quand un auteur se présente à la médiathèque, tout se bouscule : comment il est ? Est-ce qu’il ressemble à sa photo « Google images » ? Est-ce qu’il aime parler de ses livres avec ses lecteurs ? Sinon…
Il en l’occurrence se fut elle, Elisabeth Barillé, notre romancière, écrivain et voyageuse (écrivain-voyageuse d’ailleurs), auteur d’Une légende russe, livre dans lequel elle partait dans une double recherche celle de de Lou-Andreas Salomé, figure de la littérature européenne, cosmopolite, passionnée de Russie, égérie de Mitteleuropa ; et sur les traces d’un grand-père russe obligé de fuir la Révolution sous peine d’être massacré.


On avait donc préparé sa venue. De quoi avait-on vraiment envie de discuter avec elle ? Elle arrivait après l’année France/Russie organisée par les affaires étrangères, plusieurs auteurs français renommés étaient partis pour un voyage dans le transsibérien, à l’issue duquel, ils avaient fait paraitre opus, roman, nouvelle, récit de voyage, autre. Ça, ça nous intéressait : dans une Russie post-communiste, en guerre depuis des années contre ses Républiques indépendantistes, où la corruption semblait tout diriger, pourquoi tous ses auteurs partaient faire leurs voyages en Russie comme les grands auteurs du 19e siècle, pourquoi cela restait une passion française ?
On a aussi évoqué des livres qu’elle aime : Henri Troyat comme sa mère, et Vassili Golovanov pour Eloge des voyages insensés (Verdier), son parcours personnel, son coup de cœur du moment. On a évoqué l’autofiction, catégorie qu’elle refusait catégoriquement pour ce récit, mais qui pourtant nous était souvent venue à l’esprit, à la lecture d’Une légende russe.
Et puis petit à petit, on s’est apprivoisé, on a évoqué avec elle des choses plus intimes, évoquées dans son récit : les origines, la filiation, la peur de l’imprévu, le sacrifice de la vie privée pour écrire, le risque du voyage : on y cherchait la paix, qu’y trouvait-on vraiment ?
Voyager et écrire : c’est un peu la même chose finalement….

Elisabeth Barrillé en dédicace à la médiathèque Gabriel-Péri

Elisabeth Barillé en dédicace à la médiathèque Gabriel-Péri

D’autres auteurs, après avoir écrit bien d’autres choses (romans nouvelles, récits de voyages, documentaires…) ont écrit tardivement sur « leurs ancêtres russes ». Mais cela fera l’objet d’un autre article….

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