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En passant

Les blogs prennent leur pause estivale

11 Juil

Les blogs de La Médiathèque cessent leurs publications de la mi-juillet à la fin août 2017. L’équipe des rédacteurs fait une pause et vous souhaite un bel été, à la ville, à la campagne, à la montagne ou à la plage 🙂

Cette année, nous avons publié plus 300 articles tous blogs confondus :-), nous avons exploré le cinéma, la littérature, la musique, le monde du travail et les archives de Levallois. Vous avez lu, commenté, aimé, critiqué et partagé tous ces articles et nous vous en remercions !

Nous reprendrons nos publications à la rentrée avec plein d’enthousiasme et de nouvelles idées pour la nouvelle saison.

Vacanciers ou pas, profitez des mois de juillet-août pour (re)découvrir tous nos articles précédents et satisfaire, susciter ou raviver toutes vos envies  : cinéma, musique, lecture, histoire locale et même travail au plus chaud de l’été.

N’oubliez pas : sur le site de La Médiathèque, les ressources en ligne et les blogs restent en ligne 24h/24 où que vous soyez.

Bon été à tous !

Le monde du travail à travers la bande-dessinée

24 Juin

C’est le week-end ! Une bonne occasion pour penser travail 🙂 et lire cet article publié sur le blog B.R.E.F. qui vous fera plonger dans les BD ! Bonnes lectures

B.R.E.F.

Le thème du monde du travail inspire de nombreux artistes, écrivains, réalisateurs… B.R.E.F. vous propose un petit tour d’horizon des bandes-dessinées qui ont pour toile de fond le thème du travail. Les auteurs s’imprègnent souvent de faits réels, voire autobiographiques pour créer leur(s) personnage(s).

  • Gaston Lagaffe

Personnage inventé par André Franquin il y a 60 ans, Gaston Lagaffe incarne un grand nombre de tendances actuelles dans le monde du travail. Maladroit, rêveur, paresseux, préférant la sieste au travail, indolent, écolo, gaffeur de nature mais doté d’un esprit d’invention, Gaston est employé de bureau. Personnage devenu culte, il est toujours aussi populaire. La Bibliothèque Publique d’Information vient de lui consacrer une exposition (nouvelle fenêtre), et un film sur les aventures de Gaston Lagaffe (nouvelle fenêtre) sortira en salles en 2018.

  • Les BD d’Etienne Davodeau

Dans ces œuvres, le scénariste aborde les différents aspects de transformation du travail contemporain : rapports sociaux…

View original post 604 mots de plus

The Man Booker Prize 2017 pour David Grossmann

19 Juin

Le 14 juin, l’auteur israélien David Grossman a reçu le fameux Man Booker International Prize pour son roman Un cheval entre dans un bar (A horse walks into a bar). Ce prix britannique, petit frère du Man Booker Prize, récompense depuis 2005 un auteur pour une œuvre de fiction traduite en anglais et publiée au Royaume-Uni.

Commençons par un petit rappel des origines de ce célèbre prix, né outre-Manche et inspiré par le succès du Goncourt. Car on finit par s’emmêler un peu les pinceaux avec les différents Booker Prizes…

Tout commence avec le Booker Prize for Fiction

Le Booker Prize for Fiction est né en 1968 quand Booker McConnell Ltd, « une entreprise de commerce de sucre , rhum, machines minières et James Bond  » * offrit un prix de 5000 livres pour récompenser un roman écrit par un Britannique, un citoyen du Commonwealth, d’Irlande ou d’Afrique du Sud.  Le 1er jury était composé de 5 juges, appartenant au monde de l’écrit (journaliste, libraire écrivain, bibliothécaire …) selon un principe de diversité toujours en vigueur.

* Booker Brothers Mc Connell and co Ltd avait racheté à Ian Flemming (auteur et créateur du personnage de James Bond)  51 % des parts sa société, Glidrose production, devenant ainsi actionnaire majoritaire.

Le premier lauréat fut PH Newby pour son roman Something to Answer For, dont l’œuvre littéraire reste assez méconnue à ce jour 🙂

Même si, comme pour la plupart des prix littéraires, certains lauréats sont tombés dans les oubliettes du roman, au fil des ans, beaucoup d’auteurs importants en littérature furent récompensés comme Iris Murdoch, Salman Rushdie, AS Byatt, JM Coetzee, William Golding après un combat épique contre Anthony Burgess, John Banville…

Et tous gagnèrent beaucoup d’argent, d’autant plus quand la cérémonie fut télévisée… Des reproches commencèrent alors à s’amonceler sur le prix, l’accusant d’être devenu trop commercial : en 1994, un journaliste le décrit comme un « iceberg significatif et dangereux sur l’océan de la culture britannique » et le prix est accusé de privilégier la lecture facile à la qualité, soit d’être « too readable » (trop facile à lire) et de ne pas mettre en valeur les meilleurs auteurs de langue anglaise.

Fragilisé par les critiques et les contestations, le Booker Prize se mit à battre de l’aile.

Puis vient le Man Booker Prize suivi du Man Booker International Prize

Site du Man Booker Prize (nouvelle fenêtre)

À l’aube du XXIe siècle,  le groupe Man vient à la rescousse du célèbre prix qui devient alors le Man Booker Prize et apporte un nouvel essor au prix avec des choix judicieux qui vont petit à petit restaurer une image littéraire un peu écornée…

L’arrivée, et les subsides, de ce nouveau sponsor permirent de donner naissance en 2005 au Man Booker International Prize, créé pour récompenser tous les 2 ans l’œuvre d’un « auteur vivant contribuant de façon significative à la littérature mondiale », ce dernier pouvant être de toute nationalité du moment que son livre est traduit en anglais et publié au Royaume Uni. Le premier gagnant fut l’écrivain albanais Ismaël Kadaré, face à des nominés prestigieux dont  Margaret Atwood, Saul Bellow, Gabriel García Márquez, Günter Grass, Milan Kundera, Stanisław Lem, Doris Lessing, Ian McEwan, Naguib Mahfouz, Tomás Eloy Martínez, Kenzaburō Ōe, Cynthia Ozick, Philip Roth, Muriel Spark, Antonio Tabucchi, John Updike, A.B. Yehoshua (source Wikipedia-nouvelle fenêtre) .

Évidemment, quelques petits couacs ont valu au nouveau prix des reproches, comme John le Carré demandant à être retiré de la liste des nominés ou le président de la Fondation du Booker Prize, si fier de son prix qu’il affirma être le meilleur prix littéraire international au monde, et bien supérieur au Nobel.

Aucune source n’indique un rapport de cause à effet entre l’immodestie de cette déclaration et la transformation en 2016 du Man Booker International Prize en une récompense annuelle qui prime désormais un livre et non plus l’ensemble d’une œuvre.

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, le Man Booker prize et le Man Booker International Prize font partie des incontournables quand on parle de prix littéraires.

And the winner 2017 is… David Grossmann, écrivain israélien


Comme le veut la tradition du prix depuis l’origine,  le site du Man Booker Prize publie les listes (long list et short list) des nominés du prix 2017 (en anglais sur le site-nouvelle fenêtre) parmi lesquels figurait cette année (cocorico !) un Français, Mathias Enard. Il est toujours intéressant de voir que la plupart des auteurs sélectionnés sont aussi ceux que l’on retrouve dans les librairies et médiathèques françaises. Ainsi selon l’humeur, les optimistes y verront un gage de qualité de la sélection, et les pessimistes, l’effet d’un cadrage un peu trop limité aux mêmes auteurs surmédiatisés…

Quoiqu’il en soit, le prix 2017, choisi entre 126 autres romans, été décerné à l’écrivain israélien, David Grossmann. Auteur de fiction, d’essais et de livres pour enfant, Grossmann n’avait rien publié depuis presque une dizaine d’années. Son œuvre riche d’une dizaine de romans a été traduite en 36 langues et l’auteur a déjà reçu de nombreux prix internationaux.

Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovalé G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle, un homme qu’il a convié à son one man show ? ils se sont connus à l’école ? Le juge Avishaï Lazar, écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste.

Mais peu à peu le discours part en vrille et se délite sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovalé met à nu la déchirure de son existence. La scène devient alors le théâtre de la vraie vie… (lire la suite du résumé sur le site de son éditeur français, Le Seuil-nouvelle fenêtre) 

Un roman déchirant du deuil et de l’inconsolable*Un cheval entre dans un bar de david Grossmann (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

D’après toutes les critiques, c’est un livre remarquable parce que « ce n’est pas juste un livre à propos d’Israël mais c’est un livre qui parle des hommes et des sociétés qui dysfonctionnent terriblement », et c’est aussi une « méditation hypnotisante sur les forces opposées qui façonnent nos vies […] et sur comment, dans les périodes les plus sombres, nous parvenons à trouver la force de continuer… » (source article « Israeli author David Grossman wins Man Booker International prize » du Guardian du 14/6/2017-nouvelle fenêtre).

Lors de sa parution en France en 2015 , on pouvait lire dans Le Monde du 19/08/2015 « David Grossman met l’être à nu. Avec Un cheval entre dans un bar, l’écrivain israélien signe un * déchirant roman du deuil et de l’inconsolable…(la suite à lire sur le site du Monde des livres- nouvelle fenêtre). 

Un livre à retrouver à La Médiathèque ainsi que tous les autres romans de David Grossmann dont Une femme fuyant l’annonce (nouvelle fenêtre) qui avait reçu le prix Médicis étranger en  2015.

Prix littéraires radio 2017 : après le Grand Prix RTL-Lire de Tanguy Viel, Le Prix du Livre Inter pour Jean-Baptiste Del Amo

12 Juin

Comme chaque année depuis 43 ans … le jury du Prix du Livre Inter, composé de 24 auditrices et auditeurs de France Inter et présidé cette année par Elisabeth Badinter, vient de couronner son lauréat. Ainsi le 5 juin 2017, Jean-Baptiste Del Amo a été récompensé pour son roman Le règne animal. Ce prix littéraire, décerné par la chaîne de radio, fait suite à celui, vieux déjà d’il y a quelques mois, du Grand Prix RTL-Lire décerné en mars 2017 à Tanguy Viel pour Article 353 du code pénal. 

Régne animal de Jean-Baptiste Del Amo (livre numérique à télécharger sur le catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)  Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)   Régne animal de Jean-Baptiste Del Amo (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Article 353 du code Pénal de tangy Viel (livre numérique à télécharger sur le catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Si l’on s’amuse à pousser un peu plus loin le rapprochement entre ces deux prix littéraires radiophoniques, une question vient à l’esprit  : peut-on distinguer une tendance commune entre deux romans primés par une communauté d’auditeurs aimant lire ? Aussi, sans nous lancer dans une étude des mérites comparés des œuvres récompensées sur les dix dernières années,  essayons simplement de nous prêter au petit jeu des ressemblances entre les deux lauréats 2017.

Du côté des auteurs :

Avec une proportion de 3/10 et  de 2/10 auteur(e)s femme dans les sélections finales des deux prix, les deux lauréats appartiennent au genre « écrivain masculin barbu, plus ou moins quarantenaire, né ou habitant la province ».

Ils ont tous deux  commencé à publier très jeunes et ont reçus des prix destinés à récompenser de nouveaux talents (Prix littéraire de la vocation 2002 pour Viel et Goncourt du 1er roman 2009 pour Del Amo) ainsi que le Prix Fénéon des Universités* : pour Viel en 2002 avec L’absolue perfection du crime et pour Del Amo en 2008 avec Une éducation libertine.

Ces deux auteurs ont tous les deux goûté aux bonheurs de la Dolce vita, ayant fréquenté la villa Médicis à Rome entre 2003 et 2004 pour Viel et 2010-2011 pour Del Amo.

Depuis leurs débuts, ils sont tous deux édités par de prestigieux éditeurs affectionnant le blanc pour leurs couvertures : crème élégant pour la célèbre Blanche de Gallimard de l’un et historique petit format blanc résistant pour les Éditions de Minuit de l’autre.

Enfin, pour l’anecdote , l’un est végétalien (devinez lequel 🙂 , l’autre on ne sait pas…

* Pour ceux qui s’interrogent : le Prix Fénéon est un prix littéraire et artistique créé en 1949. Il récompense tous les ans « un jeune écrivain et un jeune peintre ou sculpteur âgés de 35 ans au plus et dans une situation modeste », afin de les aider à poursuivre leur formation littéraire ou artistique (définition extraite de Wikipédia)

Du côté des thématiques :

Les deux romans ont des caractéristiques communes :  un ancrage réaliste au cœur des provinces françaises, des histoires de famille, des questions de transmission, des rivalités, du pouvoir, du sang, des meurtres 🙂

Pour vous mettre en appétit, voici le pitch de chacun des deux romans en quelques lignes :

  • Règne animal  : « du début à la fin du vingtième siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle… »
  • Article 353 du code pénal : « pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là… »

Du côté du style :

Dès la première phrase, chaque auteur installe une atmosphère, un lieu, un point de vue et des personnages. Point commun des deux incipits romanesques à lire ci-dessous : des images fortes, des matières, des sensations, où l’on distingue tout de suite un penchant pour la sobriété ou la foisonnance. Dans les deux cas, l’écriture est visuelle, dense, attentive aux détails et utilise un cadrage resserré avec contre-jour ou contre-plongée…

Et dans ces deux débuts, notez qu’il est question de banc 🙂

  • Article 353 du code pénal 
 Sur aucune mer du monde, même aussi près de la côte, aucun homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé, – la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand aussi bien l’instant d’avant le même homme bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, les litres d’eau salée, le froid qui engourdit  et jusqu’au poids de vêtements qui empêche de nager.
  • Règne animal
Des premiers soirs du printemps aux veillées de l’automne, il s’assied sur le petit banc de bois clouté et vermoulu, à l’assise ployée, sous la fenêtre dont le cadre détache dans la nuit et sur la façade de pierre un théâtre d’ombres. À l’intérieur, sur la table en chêne massif une lampe à huile  halète et l’éternel cheminée projette sur les murs couverts de salpêtre la silhouette affairée de l’épouse, l’élance brusquement sur les solives ou la brise sur un angle, et cette lumière jaune, hésitante, gonfle la grande pièce puis crève l’obscurité de la cour, laissant le père contourné, immobile et sombre dans un semblant de contre-jour.

Du côté de La Médiathèque 🙂

Au vu des points précédents, nous en arrivons donc à la conclusion suivante : des similitudes existent entre ces deux romans… Et la dernière n’en est pas moins la plus troublante 🙂  : dans votre médiathèque préférée, Article 353 du Code Pénal et Règne animal sont disponibles en version papier à emprunter ET en livre numérique à télécharger … (sans oublier de vous connecter sur votre compte).

Et maintenant, à vous de vous faire votre propre opinion ! Et si vous trouvez d’autres ressemblances notables, infimes ou saugrenues entre le Grand Prix RTL Lire et le Prix Livre-Inter 2017, n’hésitez pas à nous en faire part  🙂

Enfin, pour ceux qui voudraient pousser l’analyse un peu plus loin et/ou pour ceux qui cherchent d’autres idées de lecture, vous pouvez lire les 18 autres romans sélectionnés (disponibles à La Médiathèque en livre papier ou à télécharger) pour le Grand Prix RTL Lire et pour le Prix du Livre Inter 2017.

Les 10 finalistes du Prix du Livre Inter

Les 10 finalistes du Prix RTL Lire

Bonne lecture 🙂

Rodin, l’exposition du centenaire au Grand Palais

31 Mai

On croit tout savoir de Rodin : immense sculpteur français du XIXe, barbu célèbre pour ses liaisons tumultueuses et créateur d’une œuvre colossale dont le célèbre Penseur qui orne la plupart des manuels de philosophie. Tout cela est vrai… mais Rodin. L’exposition du centenaire qui se tient à Paris au Grand Palais jusqu’au 31 juillet 2017 propose un éclairage original en insistant sur le côté avant-gardiste, précurseur et résolument moderne de l’œuvre d’Auguste Rodin.

Une formation décisive

Refusé à la prestigieuse et académique École des Beaux-Arts, Rodin entrera aux Arts Décoratifs, que l’on appelle alors la petite* école (*sur l’échelle du prestige). Ces études, destinées à former des décorateurs ou des ornemanistes, lui apprendront la technique (et Rodin n’en manque pas) mais aussi un mode de travail et d’organisation, notamment la reproduction/réutilisation d’un même motif. Ainsi, outre son immense capacité de travail, c’est grâce à une certaine conception et organisation de sa création qu’il a pu produire autant d’œuvres en une seule vie.  Car chez Rodin, rien ne se perd… D’ailleurs, il garde tous ses plâtres (esquisses et travaux plus aboutis qui servent ensuite à la réalisation de ses œuvres en marbre ou en bronze) dont on peut voir des exemples à l’étage de l’exposition parisienne. Tout pourra être réemployé plus tard, dans un sens ou dans un autre.

On est en plein XIXe mais on pourrait déjà parler d’efficience pour qualifier le travail de Rodin.

Article Une leçon d’expressionnisme par Rodin sur le site du Grand-Palais (nouvelle fenêtre)

© Musée Rodin (photo Christian Baraja)

À cette technique particulière de réemploi, qui devient presque une marque de fabrique, l’artiste associe la nouveauté des sujets : la vieillesse, les petites gens avec une focalisation sur l’expression, d’où une première partie de l’exposition appelée Rodin expressionniste. Il faut absolument regarder les visages et les attitudes des célèbres Bourgeois de Calais  : chacun d’eux exprime un sentiment, peur, colère, acceptation, désespoir… soit les diverses réactions de ces notables du 14e siècle en train de livrer leur ville aux Anglais à l’issue d’un siège affamant. Les mains sont elles aussi remarquables, non seulement par leur taille, avec une disproportion volontaire, mais aussi par la réutilisation d’une même main sur plusieurs des personnages.

Une question de points de vue

Ce réemploi de « morceaux » est à la fois un gain de temps et un focus sur la « 3D » de toute sculpture. Car Rodin joue sur ce qui fait l’essence d’une ronde bosse  : le fait que le spectateur doive tourner autour pour en appréhender toute la richesse. Chez Rodin, plusieurs points de vue sont nécessaires pour comprendre le tout. On pourrait comparer cette façon de concevoir une œuvre à celle des romanciers qui travaillent eux aussi sur le point de vue, n’hésitant pas à en donner plusieurs versions via différents personnages. Mais on peut évidemment aussi penser au cinéma, qui utilise plusieurs caméras pour filmer une même action.

Toute sa vie, Rodin travaillera avec des « résidus » de ses œuvres, soit des morceaux de précédentes sculptures qu’il appelait ses « abattis » , soit des figures entières qu’il assemblait, modifiait, positionnait et recollait dans des positions différentes au gré de ses envies créatives.

Tout au long de l’exposition, plusieurs cas de réutilisation sont visibles, plus ou moins perceptibles au premier coup d’œil. L’exemple le plus frappant est celui des Trois ombres : car les trois éphèbes sont en réalité le même, mais présenté sous d’autres angles. Un des défis du spectateur pourrait être de repérer dans l’œuvre exposée en 2017 toutes les figures dupliquées, car l’ingénieux Rodin joue, non seulement sur l’orientation de ses figures, mais aussi sur leurs proportions.

Libres associations de formes et matières

Amateur d’antiques, il n’hésitera pas non plus à associer des vestiges du passé à son propre travail. Familier des associations et du réemploi, il travaille en même temps sur les rapports de proportion, ce dont l’art des siècles suivants s’inspirera.

Ainsi Rodin comprendra très vite l’importance du socle. La petite histoire raconte qu’il  en a expérimenté la nécessité dès L’homme au nez cassé, un portrait connu pour être la première œuvre officielle de Rodin. Sa première version se verra refusée au Salon, donc ne pourra faire l’objet d’une commande d’un marbre ou d’un bronze, ce qui était l’objectif d’une validation par le Salon. Rodin transforme alors son portrait d’un des forts des Halles (nouvelle fenêtre) en buste antique en le dotant d’un arrière de crâne et d’un buste découpé à la romaine.

© Musée Rodin

Ainsi, d’un échec, il fera une réussite… Plusieurs fois au cours de sa carrière, Rodin, qui fut en son temps aussi admiré que critiqué, sut utiliser les reproches faits à ses œuvres pour en faire une véritable signature. Ainsi sa sculpture l’Âge d’airain provoqua un véritable scandale. Car son éphèbe alangui aux proportions réelles était si fidèle à la réalité qu’on accusa Rodin d’avoir effectué un moulage sur le corps de son modèle pour que le résultat soit aussi conforme à la nature ! Paradoxalement, ceci était à la fois un compliment extraordinaire mais aussi l’insulte suprême pour un sculpteur. Mais Rodin en tirera aussitôt des leçons  : à partir de là, ses œuvres monumentales seront désormais d’une taille plus grande (presque 1.5 X la taille humaine).

Mais si Rodin écoute la critique, il ne se renie pas pour autant : il suffit de voir son merveilleux Balzac, qui fut honni et ne sera finalement pas celui installé avenue de Friedland où se dresse un Balzac inconsistant dont l’auteur (Alexandre Falguière) n’est pas resté dans les mémoires. Celui de Rodin étonne au contraire par sa stature, son ample vêtement, son cou de taureau et son visage presque brutal : incarnation magistrale de  la force de travail du grand écrivain français.

Père de la sculpture moderne

En parallèle d’une œuvre conforme à la demande de son temps, Rodin poursuit tout au long de sa vie ses recherches sur formes et matières avec un travail moins consensuel  et … beaucoup moins XIXe  : contraste, déformation, dépouillement, assemblage de fragments, découpage particulier et recadrage, jeu sur les pleins, les vides et la lumière.

Bref tout ce qui constituera l’essence formelle de l’art du XXe est déjà en germe dans l’œuvre de l’artiste du XIXe.

Rodin et Baselitz en regard

L’exposition du Grand-Palais consacre ainsi toute sa dernière partie à la « descendance » de Rodin : tendance actuelle de la scénographie des expositions, le dialogue art du passé/art contemporain est ici justifié et éloquent : dès la première salle, le spectateur a pu voir un magnifique face à face Rodin/Baselitz.

Il est amusant de savoir que l’artiste contemporain n’avait pas prévu de rendre hommage à Rodin mais qu’une fois sa pièce terminée, il s’est aperçu combien elle ressemblait au fameux Penseur ! Dans cette dernière partie, arrêtez-vous absolument devant l’homme qui marche, parallèle Giacometti/Rodin, ou encore devant l’œuvre du sculpteur gallois Barry Flanagan (1941-2009)  dont les trois lièvres dansant rendent hommage au Trois ombres de Rodin.

En conclusion, une expo à ne pas manquer pour comprendre la modernité du travail de Rodin et  la voie que ce grand sculpteur a ouvert pour les artistes des siècles suivants.

Pour préparer ou compléter votre visite :

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