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Jury du Prix des lecteurs de Levallois 2017, mission accomplie !

14 Mar

Dimanche 26 février 2017, notre intrépide jury s’est réuni pour la dernière fois, au pied de la scène sur laquelle a été remis le Prix des Lecteurs de Levallois 2017.  « Un élu, huit gagnants », a rappelé en introduction la journaliste Karine Papillaud devant une salle comble, avant de présenter chacun des 9 romanciers sélectionnés pour le prix 2017.  Puis, au terme d’un suspense sans pitié :-), le nom du lauréat a été dévoilé par Yasmina Khadra, président de la 6ème édition du Salon du Roman Historique de Levallois : Jean-François Roseau pour son roman, La chute d’Icare, publié aux éditions de Fallois.

Mais revenons sur les minutes qui ont précédé l’annonce du lauréat 2017. Au premier rang face à la scène, sont assis 12 jurés, le visage grave, le regard attentif, conscients de l’importance de la mission qu’ils ont menée pendant des mois et dont le point d’orgue est le « couronnement » du livre élu (et de son auteur) aujourd’hui.

Sur le podium, Sophie Perrusson, directrice adjointe de l’Action culturelle de la Ville,  rappelle le rôle de La Médiathèque dans l’organisation du Prix des Lecteurs de Levallois et dans l’accompagnement de ce jury  tout au long du processus, des premières discussions post-lecture au vote final. Puis les neuf auteurs sont appelés sur scène et s’installent en arc de cercle face au public. Sourires, bras croisés ou mains dans les poches, tous semblent sereins, mais on a du mal à imaginer que ne se cache pas là-dessous un peu d’émotion ou d’impatience avant l’annonce du résultat… Quant à nos 12 jurés, ils continuent à veiller d’un œil tendre et admiratif sur ces 9 auteurs, qu’ils ont lus, aimés, critiqués, encensés et défendus. Et parmi lesquels ils ont, au terme d’un scrutin riche en surprises,  élu un vainqueur…

photos-remise-des-prix-selectionnes-prix-des-lecteurs-de-levallois-2017 (Flickr Ville de Levallois-nouvelle fenêtre)

Toutes les photos du Salon du Roman Historique de Levallois sont à retrouver sur Flickr (Service photo de la Ville de Levallois)

– Vous n’êtes pas dans l’ordre de mes petites fiches, plaisante la journaliste.

Neuf romanciers, neuf romans

Frédéric Gros commence avec Possédées, qu’il décrit comme « un roman sur une  intensité historique », soit l’histoire d’une machinerie judicaire très compliquée autour d’une possession à l’époque de la contre-réforme. Françoise Cloarec explique que dans L’indolente qui raconte l’histoire d’un couple, Pierre et Marthe Bonnard, elle a « entrecoupé ce livre de scènes où [elle] invente,  un moyen de dire ce qui se passait entre eux et de ne pas dénaturer leur histoire ». Niels Labuzan explique que Cartographie de l’oubli est « un roman sur l’Histoire et sur comment on la raconte » mais c’est aussi un premier roman qui mêle le thème métaphysique de l’oubli au récit de la colonisation du Sud-Ouest africain par l’Allemagne. Vient ensuite Michel Bernard avec Les deux remords de Claude Monet, « un livre parti d’une intuition », explique-t-il, selon laquelle Monet aurait eu deux remords, ce qui donnait le cadre dramatique du roman. Jean-Paul Delfino, quant à lui, est parti d’un fait historique pour écrire Les pêcheurs d’étoiles, racontant une nuit de soûlographie salutaire où ses héros Satie et Cendrars arpentent le Paris des années 20. Yannick Grannec présente ensuite Le bal mécanique, son deuxième roman qui, dit-elle avec un sourire,  » pour faire prétentieux, est une course à la modernité sur un siècle », mais qui est avant tout une histoire de famille et de quête des origines.

Elle passe ensuite le micro à son voisin qui n’est autre que le lauréat, Jean-François Roseau.

Précisons ici qu’à ce stade du déroulé de la cérémonie de remise du prix, seuls quelques happy fews connaissent le résultat du scrutin, dont évidemment nos 12 jurés qui ont gardé le secret des délibérations depuis  leur dernière rencontre. Sur leurs visages impassibles, aucun indice ou tressaillement particulier : le silence total sur le résultat fait partie des clauses de leur mission et nos jurés ont montré depuis la première seconde qu’ils ont à coeur de tenir leurs engagements…

Jean-François Roseau prend  la parole : La Chute d’Icare est son deuxième roman. Mais si le livre est né d’un souvenir personnel puisque c’est son grand-père qui, le premier, lui a parlé de ce fameux Albert Préziosi, le jeune auteur nous dit :

La chance d’un écrivain quand il s’attaque à un roman historique, c’est qu’il y a énormément de brèches dans les personnages.

Éric Faye poursuit avec  Éclipses japonaises, une histoire de Japonais, plaisante-t-il mais surtout « une histoire de disparitions, une affaire qui a eu lieu entre les années 70 et maintenant… », laissant en bon romancier planer le mystère sur des énigmes non résolues et des disparitions encore possibles… Négar Djavadi terminera ce tour de scène en expliquant la genèse de Désorientale : un livre né de « l’envie de raconter une histoire, de raconter une saga familiale dans cet Iran assez méconnu qui est celui des années 70, 60 et auparavant… »

Et le gagnant est …

Tandis que les auteurs regagnent leurs places, la représentante du jury 2017, accompagnée et couvée du regard par ses confrères et consoeurs jurés, monte alors sur scène et parle de leur aventure commune, avec ses découvertes, ses péripéties et ses retournements. Bref la vie d’un jury…  Il y a eu des cris et des larmes ? Presque… admet-elle, ce que vous n’aviez certainement pas manqué de constater en lisant la saga de leurs aventures sur Liseur.

On ne s’y attend pas mais chacun a envie de porter son coup de coeur, de le défendre jusqu’au bout. Et tout ca dans une très bonne entente.

Sur scène, notre jurée est entourée de Stéphane Decreps, adjoint au maire à la culture de la Ville de Levallois et de l’écrivain Yasmina Khadra. Le premier insiste sur la place privilégiée faite au livres et aux auteurs à Levallois parce que « c’est sur le travail que font tous les auteurs que se façonnent l’esprit et la réflexion, bases de la démocratie ».  Le président de cette 6eme édition du salon ironise sur la fonction et le caractère parfois inamovible de la fonction présidentielle mais il redevient sérieux quand il évoque  « cette grande communauté de lecteurs et d’écrivains, la plus belle des familles ».

À la question, un prix de lecteurs, c’est important, l’écrivain répond :

On aime un livre parce qu’il nous touche un peu plus qu’un autre et je trouve que le lecteur est toujours sincère, il va vers ce qui est beau et juste. Et c’est ce qui l’honore.

Puis l’écrivain s’avance vers les livres, sa main plane un moment au-dessus des neuf ouvrages sélectionnés, tenant le public en haleine.

– Où est-ce qu’il est d’abord ce livre ? Il n’est pas là, plaisante-t-il, jouant sur la tension de ce moment de pré-révélation…

Quelques cœurs sont en suspens avant qu’il finisse par saisir le lauréat (l’ouvrage pas l’homme !:-) en le tendant à bout de bras :

– Le voici, et je m’excuse pour les autres,

Jean-François Roseau avec son roman La Chute d'Icare Prix des lecteurs de Levallois 2017Jean-François Roseau remonte alors sur scène, accompagné d’applaudissements. Il serre la main des officiels, il sourit, il remercie avant de se voir récompensé d’un chèque de 2000 euros, dotation offerte par le partenaire du salon, la société So Ouest.

Il semble ému, « merci infiniment », il évoque la sincérité des lecteurs, avant de parler de son prochain roman, celui auquel il travaille déjà.La chute d'Icare de Jean-François Roseau (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Après de nouveaux applaudissements, la salle se vide. Jean-François Roseau va aller signer des dédicaces sur des livres désormais auréolés d’un bandeau jaune Prix des lecteurs de Levallois 2017.

La fin d’une aventure collective

Les jurés se séparent, la plupart vont aller à la rencontre des auteurs qu’ils ont lu et de tous ceux qu’ils veulent découvrir, nul doute qu’ils sauront parler de leur plaisir de lecteurs à chacun des auteurs de la sélection et sous le sceau du secret, peut-être leur confieront-ils :

Vous étiez mon préféré…

Nous voici donc parvenus au terme de cette fascinante aventure dont les héros, 12 jurés et 9 romans ont, le temps d’une saison, mis le roman historique à l’honneur. Merci à ce jury 2017, qui, comme ceux des précédentes années, nous a émerveillé par sa qualité d’écoute, de dialogue, d’analyse, mais aussi par sa générosité, sa complicité, sa sincérité et sa totale implication en littérature. Toutes nos félicitations et notre admiration vont évidemment à Jean-François Roseau ainsi qu’aux huits autres romanciers sélectionnés : grâce à eux tous, nous avons vécu des moments historiques et mémorables avec le jury 2017.

Comme le veut la tradition de cette saga du Prix des lecteurs de Levallois, le mot de la fin revient aux jurés. Voici ce qu’ils avaient dit, il y a quelques mois,  du roman primé :

Une très belle surprise

Nul doute que cette expression s’applique à chacun des neufs romans de la sélection 2017  !

Liseur remercie tout particulièrement les 12 jurés 2017 pour leur participation active à la réalisation et à la production de la saison 3* de la saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois  : inspiration, mise en scène, dialogues, décors et costumes 🙂

* Saisons précédentes  en 2015 et 2016.

La philosophie du numérique par Milad Doueihi

4 Mar

Samedi 11 mars 2017, Milad Doueihi donnera à La Médiathèque de Levallois une conférence intitulée  Peut-on concevoir un humanisme numérique ? Logique aboutissement de la programmation des Rencontres de Liseur 2017 (nouvelle fenêtre) qui, cette année, interroge le rapport entre l’homme et son environnement numérique, nous avons invité, pour cette dernière rencontre de cette saison, le philosophe Milad Doueihi.

Milad Doueihi © Institut National d’Histoire de l’Art (INHA)

Historien des religions et titulaire de la chaire d’Humanisme numérique de l’université Paris-Sorbonne, il s’est intéressé depuis plusieurs années à l’évolution de la société avec le numérique.

Dans La grande conversion numérique, voir l’article de Pierre Mounier du 7 avril 2008 sur le site Homo numericus – (nouvelle fenêtre), il se définit comme « un numéricien par accident, un simple utilisateur d’ordinateur qui a suivi les changements de l’environnement numérique au cours des vingt dernières années ». Dans son ouvrage, il perçoit l’émergence du numérique dans la société comme une conversion, au même titre qu’une religion.

quest-ce-que-le-numerique-milad-doueihi (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Quelques années plus tard, dans son livre Qu’est-ce que le numérique ? (nouvelle fenêtre) édité aux PUF en 2013, Milad Doueihi revient sur les raisons qui l’ont conduit à choisir le numérique comme objet d’étude :

 […] le numérique nous invite à nous interroger sur ces questions touchant à la fois aux individus et au collectif, mais également sur d’autres aspects globaux car il est devenu indissociable de presque toutes les activités humaines, du moins dans les sociétés occidentales.

Milad Doueihi questionne l’humain en regard de l’automatisation des objets informatiques mais aussi au regard de la façon dont nous faisons société aujourd’hui en invoquant les aspects liés à la sociabilité numérique. De son point de vue, dans la mesure où il provoque un retour vers l’humain, le numérique remet en cause les théories post et transhumanistes (voir à ce sujet la définition de ces théories données par le département Recherche/Éthique Biomédicale du Collège des Bernardins dans  l’article Humanisme, transhumanisme et posthumanisme sur leur site).

Il s’attache à démontrer qu’il constitue un véritable changement civilisationnel qui bouleverse le sens même de l’humain, et qu’il donne donc lieu à un nouvel humanisme.

pour-un-humanisme-numerique-milad-doueihi (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)C’est tout l’objet de son ouvrage paru en 2011 aux éditions du Seuil, Pour un humanisme numérique (nouvelle fenêtre) dans lequel il définit cet humanisme comme « le résultat d’une convergence entre notre héritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent ». Cette convergence avérée fait que le numérique constitue d’ores et déjà une culture en tant que telle, une civilisation, parce qu’il ne se contente pas d’être une facette de l’humain mais parce qu’il le façonne.

Infos pratiques : rencontre avec Milad Doueihi le samedi 11 mars 2017 (nouvelle fenêtre)  à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel.

Envie de creuser la question de notre humanité à l’ère numérique ?

Ces ouvrages, disponibles à La Médiathèque, vous y aideront :

avec Internet et les médias numériques une troisième révolution s’opère, dont les effets sont déjà observables dans le fonctionnement de l’intelligence et des sens, ainsi que dans la relation au savoir et les rapports sociaux.

 

On assiste désormais à une modification, perceptible à tous moments, dans tous les contextes, de ce qui constituait le cadre social de la condition humaine. Une condition numérique est née. Elle peut être décrite dans chacun des champs définissant un individu : identité, activité, connaissance, participation, relations, etc.

 

Tous les sujets sont traités : le terrorisme, les services d’espionnage, les innovations scientifiques, le lobbying des grandes firmes, l’avenir de la démocratie, le stockage des données informatiques et leur dispersion sur le web. Les réseaux sociaux en tout genre sont également passés au crible. Leur démonstration est étayée de nombreux exemples qui semblent évidents à la lecture et pourtant nous n’en avons pas forcément conscience.

Et si l’omniprésence du numérique signait non seulement une nouvelle ère, un changement culturel majeur mais aussi une rupture profonde, une transformation radicale de l’humanité ? Et si le numérique constituait, après l’invention de l’écriture et celle de l’imprimerie, la troisième grande révolution ? A ces questions, Michel Wieviorka en ajoute une autre : l’ère du numérique ne pourrait-elle pas susciter en France aussi le renouveau des sciences humaines et sociales (SHS) ?

BONUS !

Retrouvez sur ce blog les précédents articles consacrés aux Rencontres de Liseur 2017 : Où va le travail à l’heure du numérique, une conférence de Pierre Lénel à La Médiathèque, un article de Nathalie F., La ville intelligente : enjeux et perspectives par Sarah Emmerich un article de Florence B., Société numérique, société du savoir partagé ?, un article de Soizic N. et Les usages numériques innovants décryptés par une psychologue par Sylvie Z.

En passant

Publics culturels, votre avis nous intéresse !

16 Fév
Vous aimez la culture, votre avis nous intéresse : exprimez-vous  ! Vous avez jusqu’au 5 mars 2017…
Que vous connaissiez les multiples services culturels offerts par la Ville de Levallois, que vous les utilisiez un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout  🙂 votre participation est souhaitée !

Exposition Sindbad le marin à La Médiathèque

13 Fév

Prêts à lever l’ancre, moussaillons ?

Du 21 février au 12 mars 2017, La Médiathèque accueille une exposition de 25 illustrations originales de Quentin Gréban (nouvelle fenêtre) issues de son album Sindbad le marin. Une véritable invitation au voyage où pirates, effrayant cyclope, oiseaux mythiques et dangereux anthropophages se côtoient ! Venez admirer le talent de Quentin Gréban et ses superbes dessins à l’aquarelle.

En préambule du 6ème Salon du Roman Historique de Levallois (nouvelle fenêtre) qui aura lieu dimanche 26 février 2017, Quentin Gréban proposera une visite commentée de l’exposition « Sindbad le marin » à la médiathèque Gustave-Eiffel le samedi 25 février à 10h30 et à 11h30.

Autres rendez-vous à ne pas manquer :

  • affiche-evenements jeunesse -Salon du Roman Historique Levallois 2017Vendredi 24 février à 16h : une rencontre animée par Raphaëlle Botte avec trois auteurs jeunesse (Aude Maurel, Quentin Gréban et Gilles Bachelet) ouverte à tous à la médiathèque Gustave-Eiffel.
  • Samedi 25 février à 15h30 : un goûter-lecture avec Quentin Gréban à l’Hôtel Ibis de Levallois, 24 rue de Trébois.
  • Dimanche 26 février :  histoires, contes, applis et spectacles pour tous les historiens en herbe à découvrir dans le programme du site du Salon du Roman Historique : Graines d’historiens (nouvelle fenêtre) 

N’hésitez pas à découvrir les autres albums de Quentin Gréban disponibles à La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Par ailleurs, si les explorateurs de la mer vous fascinent, vous avez jusqu’au 26 février 2017 pour vous rendre à l’exposition « Aventuriers des mers: de Sindbad à Marco Polo » à l’Institut du Monde Arabe de Paris (nouvelle fenêtre). À l’occasion de cette exposition, un remarquable boutre traditionnel d’Oman, bateau de commerce et de pêche entièrement construit en bois, est installé sur la parvis de l’IMA et illuminé la nuit.

Vous pouvez également découvrir l’exposition avec vos oreilles grâce à cette balade radiophonique proposée par La Fabrique de l’Histoire sur le site de France Culture (nouvelle fenêtre).

Enfin,  les amateurs d’océan, de mer et d’eau sous toutes ses  formes se plongeront dans cet article Jetez vous à l’eau :Lisez un livre ! du blog Liseur pour y découvrir des romans sur le thème de l’eau ! Les adeptes de vidéo ne sont pas oubliés avec cette sélection de voyages maritimes (films en VOD proposés sur le site de La Médiathèque- nouvelle fenêtre).

PRATIQUE  : Exposition à la médiathèque Gustave-Eiffel du 21 février au 12 mars 2017 (aux horaires d’ouverture habituels).

Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, dernières lectures

31 Jan

Un soir de janvier, douze intrépides lecteurs de romans historiques ont bravé le froid et la nuit  pour participer à la troisième réunion du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017.  Au programme de cette soirée animée : cinq romans décortiqués, des coups de coeur, des passions mais aussi des déceptions, des frustrations et une ébauche de palmarès…

Tout d’abord, rendez-vous bien compte du challenge que représente la mission de nos jurés : depuis leur dernier rendez-vous en décembre, ils ont, entre la dinde, le sapin et les étrennes, dévoré plus de 2100 pages… Futurs candidats au jury des années à venir, soyez donc conscients que la lecture de romans historiques n’est pas une activité de tout repos et que la pression est forte… Nos jurés 2017 mesurent d’autant plus l’importance de leur tâche que l’échéance fatidique approche : le vote final ! Celui par lequel ils vont devoir déterminer en leur âme et conscience quel est le meilleur roman historique de la sélection et quel sera l’auteur qui, grâce à leur lecture attentive, recevra le prix 2017.

Mais n’anticipons pas…

Des romans en deux temps

Dès le premier titre évoqué, la dualité semble être un des maitres mots des discussions de ce soir. On la repère au niveau de certains personnages qualifiés d’ambivalents, ambigus ou à deux identités, ou au niveau de l’intrigue avec deux trames qui se rejoignent à la fin, ou encore dans la composition même du roman : avant-après, aujourd’hui-hier, ici-ailleurs, vison d’enfant-regard d’adulte ou encore effet miroir à 100 ans d’intervalle. Le sujet même peut être scindé en deux : « info ou intox ? » nous dit-on pour un des titres qui mêle rumeur historique et grande Histoire.

« La première partie ajoute du sens à la partie historique ». « On a l’impression qu’il y a deux romans en un » – et c’est un compliment- mais il y a « une trop grande césure, on s’attache aux personnages et après on est déçu de pas les retrouver », explique une jurée.

Ainsi attention, le résultat n’est pas toujours à la hauteur de l’effet attendu. Et ce, même quand l’écriture suit ce tempo en se différenciant d’une partie à l’autre comme pour ce roman où un juré nous dit :

Un style dense dans la première, mais une espèce de rédaction poussive dans la deuxième…

Écoutez plutôt les commentaires sur ces constructions d’intrigue en deux parties dont le rythme, hélas, ne fonctionne pas toujours à la lecture.

Cela n’a pas du tout résonné en moi. Je n’ai pas fait le lien entre les deux histoires. Il m’a manqué la transition.

Cela peut même s’avérer déstabilisant pour certains jurés :

Ça m’a laissé un pied en l’air…

Ce que reformule une autre jurée de façon moins dansante :  » le mélange ne marche pas ».

Mais comme on pouvait s’y attendre, tout ceci est une question de sensibilité personnelle et d’équilibre, car si pour l’une tel roman est « un fouillis inextricable » dans lequel elle s’est perdue et, selon ses termes, a « pataugé », l’autre trouve que « passer du coq à l’âne tend la lecture »… Alors comment trancher ?

L’histoire qui est dans nos gênes

On s’attache alors à l’essence même du roman historique. Et les débats prennent des accents macbethiens :  to be roman historique ou not to be ?

Si l’un des titres « répond aux critères » et est tout de suite adoubé roman historique par la majorité des jurés, un autre ouvrage aura bien du mal à franchir le cap : « On dirait un roman policier dont on a pas les dernières pages ». Aie, ça commence mal… car le même se voit traité de « jolie histoire d’amour dans un cadre et un contexte historique ». Mais hélas, même pour cette jurée qui s’avoue très romantique, ce roman « ne serait pas à priori classé dans les romans historiques ».

Parce que « l’insertion dans l’histoire, on n’en parle jamais ! Il n’y a aucun contexte et ce n’est peut-être même pas un roman », renchérit un autre.

Ouh là là, mais qu’est-ce donc alors ?

C’est un ouvrage documenté documentaire. Et la dernière partie ne sert peut-être qu’à pouvoir dire « c’est un roman historique ».

On vous avait prévenu ! Nos jurés sont impitoyables. Mais ils sont aussi très courageux, prêts à relever tous les défis « quand j’ai vu la taille, je ne l’ai pas laché ». Et incorruptibles  : vous l’apprendrez à vos dépens si vous essayez de leur faire dire qui est le lauréat avant le 26 février prochain.

Mais quand ils apprécient, quel enthousiasme !

Historique à 400 %. Génial parce que révélateur d’un pan d’histoire inconnue.

Ainsi, parmi les constantes qui se dégagent des discussions, il semble que plus le lecteur de romans historiques apprend, plus il est content.

« C’est le livre qui m’a le plus appris ». « Extrêmement documenté ». « Hyper informatif sur les schémas humains ». « On devrait le faire lire aux enfants » tellement c’est instructif mais « uniquement sa version expurgée alors ». Car  ce livre est « une jolie façon humaine de découvrir une horreur », précise un autre juré.

Comme lors de la précédente rencontre, il sera question de la « modernité de situations qui appartiennent au passé et qui se répètent ». Mais aussi de cette histoire que nous ne connaissons pas, de secrets ou de voiles soulevés sur certaines périodes. On parle aussi d’histoire familiale,  « c’est ma famille ! » crie une jurée,  de psychanalyse,  de « bouleversement et de désintégration », de « socle culturel », de filiation, de « vérités très dures mais bonnes à dire », de la « symbolique du 17 juin » et de « l’histoire qui est dans nos gênes et qui ressort »…

Bref de tout ce qui nous constitue notre histoire individuelle et notre mémoire collective et que les romanciers réussissent à entrelacer dans ces fictions sur fond d’Histoire.

L’attention à l’écriture

Plate, sobre, imagée, laborieuse ou épique, l’écriture ne laisse pas nos jurés indifférents. Elle provoque des passions :  « J’ai adoré sa manière d’écrire », « ce sont des mots fabuleux ». Elle déclenche des réactions épidermiques : « scotchant », abrupt », « rude »,  « violent » et « coup de poing ». Elle fait corner des pages et remonter le temps ou l’espace :   « écrit à l’ancienne »,  « plongée dans les  1001 nuits », « du Pagnol ! »

– Trop lyrique ! dit une jurée presque décue. J’ai décroché, il était si bien parti ! D’habitude je deviens le personnage. Mais là j’ai eu du mal à rentrer dedans…

– Trop de dialogues, pas assez de narration, confirme un autre. On dirait une rédaction d’un élève de première (avec tout le respect que nous devons aux futurs bacheliers 🙂

Si elle peut s’avérer décevante, l’écriture peut aussi transporter.  « Émouvante dans ses excès », il arrive même qu’elle bouscule, « percute »,  évolue et réussisse à tisser des liens intimes avec son lecteur. « J’ai beaucoup aimé la proximité, cette façon d’impliquer et d’interpeller celui qui lit ». « On a l’impression que le livre est en construction devant nous ».

Au style, certains jurés associent des atmosphères « on se croirait dans la cuisine de femmes orientales »,  des images  » les amoureux de Peynet » ou d’autres, des films, en remarquant  « une belle scène d’ouverture comme au cinéma » ou un roman qui pourrait être « Le coeur des  hommes revu et corrigé ». On établit des liens, des points communs, des oppositions d’un livre à l’autre « ce que j’ai apprécié, c’est l’éclairage d’un rebelle. Qui est l’opposé du héros du précédent (roman) ». Un début de classement pour le vote final peut-être ?

À la fin de la soirée et peut-être la faim aidant, malgré les apéricubes sur la table, le vocabulaire et les métaphores évoluent dans les discussions. Écoutez plutôt :

– J’ai été fascinée par toute cette nourriture historique.

– Elle (l’auteur) aurait dû en garder pour le deuxième ! Elle met tout dedans.

– C’est difficile à digérer.

– Le langage est cru.

– Je l’ai lu ligne par ligne, mot par mot, je me suis gavée de ce bouquin.

Intentions de vote

Avant de se séparer, un rapide tour de table donne la tendance : des romans ex æquo, des outsiders, des recalés. Mais chacun sait que sondages et intentions de vote ne sont pas toujours annonciateurs du résultat final et que l’on peut être surpris… Ainsi, tout peut encore évoluer d’ici la prochaine fois. Mais une chose est sûre, le livre gagnant sera :

Le meilleur. Un vrai roman historique avec l’Histoire avec un grand H.*

*Comme toujours, la dernière phrase de cet article est empruntée à un de nos jurés que nous remercions.

Retrouvez le précédent épisode de notre saga avec Le jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, premières lectures. La suite est à lire sur Liseur avec Vote final, les romans de la sélection présentés par des booktubers avant le dénouement le 26 février 2017 lors de la remise du Prix des Lecteurs de Levallois au lauréat !

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