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Envie de se faire une expo photo en janvier ?

25 Jan

Vous aimez la photo ? Cela tombe bien, nous aussi. L’exposition Les Nadar, une légende photographique est présentée du 16 octobre 2018 au 3 février 2019 à la BNF (nouvelle fenêtre)

La Bibliothèque nationale de France propose la première grande exposition consacrée aux trois Nadar. Félix Tournachon dit Gaspard Félix Nadar (1820-1910) (nouvelle fenêtre), son frère Adrien Tournachon (1825-1903) (nouvelle fenêtre) et son fils Paul Nadar (1856-1939) (nouvelle fenêtre) furent tout à la fois photographes, peintres, dessinateurs et inventeurs.

La photographie est à la portée du premier des imbéciles, elle s’apprend en une heure. Ce qui ne s’apprend pas, c’est le sentiment de la lumière et encore moins l’intelligence morale de votre sujet, et la ressemblance intime. Félix Nadar

Félix Nadar (1820-1910) est un artiste visionnaire, à la fois écrivain, caricaturiste, journaliste, passionné par l’aérostation (nouvelle fenêtre) et bien sûr photographe. Pratiquement toutes les personnes célèbres de son époque ont posé pour lui dans son atelier de la rue Saint-Lazare à Paris. D’Alexandre Dumas à Charles Baudelaire, en passant par Sarah Bernhardt, Eugène Delacroix, et bien d’autres.

Pour allez plus loin :

Nadar à La Médiathèque (nouvelle fenêtre)

 

Moins connu que Félix Nadar, Adrien Tournachon (1825-1903) dit Nadar jeune pour le différencier de son frère est son demi-frère. Il est également photographe et est surtout connu pour une série de portraits « têtes d’expression » du mime Charles Debureau (1929-1873) (nouvelle fenêtre) du théâtre des Funambules. Cette série sera exposée à l’Exposition universelle de 1855.

L’écrivain Théophile Gautier dira de lui en 1858 dans le journal Le Moniteur universel :

Deburau est jeune, mince, élégant ; ses traits sont délicats et distincts, ses yeux expressifs — et sa bouche petite, qu’il sait étendre pour avaler les plus grosses bouchées, possède une sorte de dédain moqueur, un mépris anglais, qui est très piquant.

Paul Nadar (1856-1939), est le fils de Félix Nadar et le moins connu des trois. Il réalise néanmoins une série de photographies lors de son voyage à travers l’Europe Centrale et l’Asie en 1890.

Si vous ne pouvez pas vous déplacer à la BNF, leur site propose une exposition virtuelle extrêmement intéressante et complète (nouvelle fenêtre)

Le catalogue de l’exposition Les Nadar- une légende photographique sera bientôt disponible à La Médiathèque.

Festival de Bande Dessinée d’Angoulême, édition 2018

26 Jan

La 45e édition du Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) ouvre ses portes  à Angoulême du 25 au 28 janvier 2018. Créé en 1974, le festival d’Angoulême est depuis devenu le plus important des festivals consacré au 9e art en Europe et rassemble des membres de la profession issus du monde entier.

Festival d'Angoulême de Bande dessinée 2018 (nouvelle fenêtre)

Crédit photo : FIBD

Au programme de cette édition, comme chaque année, des rencontres avec quelques 2000 auteurs, et près de 400 évènements parmi lesquels expositions, master class, conférences, et diverses performances des auteurs dont des concerts dessinés.

L’attention des médias se concentre sur les 9 prix (appelés Fauves) qui seront remis lors du festival : le Fauve d’Or (Prix du Meilleur Album), les Fauves d’Angoulême (Prix Spécial du Jury, Prix de la Série, Prix Révélation, Prix du public Cultura, Prix Jeunesse, Prix du Patrimoine, Prix de la Bande Dessinée Alternative), et le Fauve Polar SNCF.

Le Grand Prix de l’édition 2018, récompensant un artiste pour l’ensemble de sa carrière et attribué par un jury de personnalités, est l’Américain Richard Corben (nouvelle fenêtre). Il était en lice avec deux autres auteurs de bande dessinée choisis par plus de 1000 de leurs consœurs et confrères : le Français, Emmanuel Guibert (nouvelle fenêtre), et l’Américain Chris Ware (nouvelle fenêtre).

Le lauréat du Grand Prix 2017, Cosey (nouvelle fenêtre), se voit, comme le veut la tradition, consacrer une exposition, à l’Hôtel Saint-Simon du pendant la durée du festival.

Par ailleurs, le musée municipal présentera du 25 janvier au 11 mars la première rétrospective européenne consacrée à celui qui est considéré comme le père du manga moderne : Osamu Tezuka (nouvelle fenêtre).

Le musée de la bande dessinée, au cœur de la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image (nouvelle fenêtre), propose, quant à lui, du 25 janvier au 13 mai une exposition dédiée à Jacques Martin (nouvelle fenêtre), figure historique de la bande dessinée franco-belge avec des séries comme « Alix » ou « Lefranc ».

Enfin l’Alpha – Médiathèque de GrandAngoulême, exposera Marion Montaigne, auteur notamment du blog Tu mourras moins bête (nouvelle fenêtre), depuis édité en papier (4 tomes disponibles à La Médiathèque-nouvelle fenêtre) et adapté en animation sur Arte. Elle est par ailleurs en lice dans la sélection officielle avec Dans la combi de Thomas Pesquet (nouvelle fenêtre).

Pour retrouver tout le détail de la programmation et des nominations, consultez le site officiel de la manifestation (nouvelle fenêtre).

Ainsi que la sélection officielle (pdf-nouvelle fenêtre).

Jacques-Erick P.

Rodin, l’exposition du centenaire au Grand Palais

31 Mai

On croit tout savoir de Rodin : immense sculpteur français du XIXe, barbu célèbre pour ses liaisons tumultueuses et créateur d’une œuvre colossale dont le célèbre Penseur qui orne la plupart des manuels de philosophie. Tout cela est vrai… mais Rodin. L’exposition du centenaire qui se tient à Paris au Grand Palais jusqu’au 31 juillet 2017 propose un éclairage original en insistant sur le côté avant-gardiste, précurseur et résolument moderne de l’œuvre d’Auguste Rodin.

Une formation décisive

Refusé à la prestigieuse et académique École des Beaux-Arts, Rodin entrera aux Arts Décoratifs, que l’on appelle alors la petite* école (*sur l’échelle du prestige). Ces études, destinées à former des décorateurs ou des ornemanistes, lui apprendront la technique (et Rodin n’en manque pas) mais aussi un mode de travail et d’organisation, notamment la reproduction/réutilisation d’un même motif. Ainsi, outre son immense capacité de travail, c’est grâce à une certaine conception et organisation de sa création qu’il a pu produire autant d’œuvres en une seule vie.  Car chez Rodin, rien ne se perd… D’ailleurs, il garde tous ses plâtres (esquisses et travaux plus aboutis qui servent ensuite à la réalisation de ses œuvres en marbre ou en bronze) dont on peut voir des exemples à l’étage de l’exposition parisienne. Tout pourra être réemployé plus tard, dans un sens ou dans un autre.

On est en plein XIXe mais on pourrait déjà parler d’efficience pour qualifier le travail de Rodin.

Article Une leçon d’expressionnisme par Rodin sur le site du Grand-Palais (nouvelle fenêtre)

© Musée Rodin (photo Christian Baraja)

À cette technique particulière de réemploi, qui devient presque une marque de fabrique, l’artiste associe la nouveauté des sujets : la vieillesse, les petites gens avec une focalisation sur l’expression, d’où une première partie de l’exposition appelée Rodin expressionniste. Il faut absolument regarder les visages et les attitudes des célèbres Bourgeois de Calais  : chacun d’eux exprime un sentiment, peur, colère, acceptation, désespoir… soit les diverses réactions de ces notables du 14e siècle en train de livrer leur ville aux Anglais à l’issue d’un siège affamant. Les mains sont elles aussi remarquables, non seulement par leur taille, avec une disproportion volontaire, mais aussi par la réutilisation d’une même main sur plusieurs des personnages.

Une question de points de vue

Ce réemploi de « morceaux » est à la fois un gain de temps et un focus sur la « 3D » de toute sculpture. Car Rodin joue sur ce qui fait l’essence d’une ronde bosse  : le fait que le spectateur doive tourner autour pour en appréhender toute la richesse. Chez Rodin, plusieurs points de vue sont nécessaires pour comprendre le tout. On pourrait comparer cette façon de concevoir une œuvre à celle des romanciers qui travaillent eux aussi sur le point de vue, n’hésitant pas à en donner plusieurs versions via différents personnages. Mais on peut évidemment aussi penser au cinéma, qui utilise plusieurs caméras pour filmer une même action.

Toute sa vie, Rodin travaillera avec des « résidus » de ses œuvres, soit des morceaux de précédentes sculptures qu’il appelait ses « abattis » , soit des figures entières qu’il assemblait, modifiait, positionnait et recollait dans des positions différentes au gré de ses envies créatives.

Tout au long de l’exposition, plusieurs cas de réutilisation sont visibles, plus ou moins perceptibles au premier coup d’œil. L’exemple le plus frappant est celui des Trois ombres : car les trois éphèbes sont en réalité le même, mais présenté sous d’autres angles. Un des défis du spectateur pourrait être de repérer dans l’œuvre exposée en 2017 toutes les figures dupliquées, car l’ingénieux Rodin joue, non seulement sur l’orientation de ses figures, mais aussi sur leurs proportions.

Libres associations de formes et matières

Amateur d’antiques, il n’hésitera pas non plus à associer des vestiges du passé à son propre travail. Familier des associations et du réemploi, il travaille en même temps sur les rapports de proportion, ce dont l’art des siècles suivants s’inspirera.

Ainsi Rodin comprendra très vite l’importance du socle. La petite histoire raconte qu’il  en a expérimenté la nécessité dès L’homme au nez cassé, un portrait connu pour être la première œuvre officielle de Rodin. Sa première version se verra refusée au Salon, donc ne pourra faire l’objet d’une commande d’un marbre ou d’un bronze, ce qui était l’objectif d’une validation par le Salon. Rodin transforme alors son portrait d’un des forts des Halles (nouvelle fenêtre) en buste antique en le dotant d’un arrière de crâne et d’un buste découpé à la romaine.

© Musée Rodin

Ainsi, d’un échec, il fera une réussite… Plusieurs fois au cours de sa carrière, Rodin, qui fut en son temps aussi admiré que critiqué, sut utiliser les reproches faits à ses œuvres pour en faire une véritable signature. Ainsi sa sculpture l’Âge d’airain provoqua un véritable scandale. Car son éphèbe alangui aux proportions réelles était si fidèle à la réalité qu’on accusa Rodin d’avoir effectué un moulage sur le corps de son modèle pour que le résultat soit aussi conforme à la nature ! Paradoxalement, ceci était à la fois un compliment extraordinaire mais aussi l’insulte suprême pour un sculpteur. Mais Rodin en tirera aussitôt des leçons  : à partir de là, ses œuvres monumentales seront désormais d’une taille plus grande (presque 1.5 X la taille humaine).

Mais si Rodin écoute la critique, il ne se renie pas pour autant : il suffit de voir son merveilleux Balzac, qui fut honni et ne sera finalement pas celui installé avenue de Friedland où se dresse un Balzac inconsistant dont l’auteur (Alexandre Falguière) n’est pas resté dans les mémoires. Celui de Rodin étonne au contraire par sa stature, son ample vêtement, son cou de taureau et son visage presque brutal : incarnation magistrale de  la force de travail du grand écrivain français.

Père de la sculpture moderne

En parallèle d’une œuvre conforme à la demande de son temps, Rodin poursuit tout au long de sa vie ses recherches sur formes et matières avec un travail moins consensuel  et … beaucoup moins XIXe  : contraste, déformation, dépouillement, assemblage de fragments, découpage particulier et recadrage, jeu sur les pleins, les vides et la lumière.

Bref tout ce qui constituera l’essence formelle de l’art du XXe est déjà en germe dans l’œuvre de l’artiste du XIXe.

Rodin et Baselitz en regard

L’exposition du Grand-Palais consacre ainsi toute sa dernière partie à la « descendance » de Rodin : tendance actuelle de la scénographie des expositions, le dialogue art du passé/art contemporain est ici justifié et éloquent : dès la première salle, le spectateur a pu voir un magnifique face à face Rodin/Baselitz.

Il est amusant de savoir que l’artiste contemporain n’avait pas prévu de rendre hommage à Rodin mais qu’une fois sa pièce terminée, il s’est aperçu combien elle ressemblait au fameux Penseur ! Dans cette dernière partie, arrêtez-vous absolument devant l’homme qui marche, parallèle Giacometti/Rodin, ou encore devant l’œuvre du sculpteur gallois Barry Flanagan (1941-2009)  dont les trois lièvres dansant rendent hommage au Trois ombres de Rodin.

En conclusion, une expo à ne pas manquer pour comprendre la modernité du travail de Rodin et  la voie que ce grand sculpteur a ouvert pour les artistes des siècles suivants.

Pour préparer ou compléter votre visite :

Un Américain à Paris : rétrospective Cy Twombly à Beaubourg

19 Avr

Il était temps ! Un des plus grands artistes américains, Cy Twombly est exposé depuis janvier au Centre Pompidou à Paris : cet artiste immense reste relativement peu connu en France, et le musée parisien nous offre cette année une magnifique rétrospective de plus de 60 ans de travail. Cy Twombly est pourtant l’un des artistes américains majeurs de la 2ème moitié du XXe. Vous avez  jusqu’au 24 avril 2017 pour le (re)découvrir.

Quels que soient les avatars de la peinture, quels que soient le support et le cadre, c’est toujours la même question : qu’est-ce qui se passe là ? […] Roland Barthes *.

Mort en 2011, Cy Twombly a traversé le siècle précédent avec une singularité et une originalité constantes, navigant entre et avec les courants artistiques majeurs : expressionnisme abstrait, Action painting, minimalisme, conceptualisme, Pop art et abstraction pure… Il est aussi l’un des plus européens des Américains (il a vécu en Europe la plus grande partie de sa vie), ce qui lui a valu quelques critiques outre-Atlantique. Son œuvre étonne (et rebute parfois) par son apparent hermétisme, par la scripturalité de ses œuvres et par ses formats monumentaux.  Mais on retiendra de ce grand artiste sa recherche permanente sur le sens profond de son œuvre : sa volonté d’écrire/décrire et de faire voir les choses.

Vidéo teaser de l'exposition Cy Twombly du 30 novembre 2016 au 24 avril 2017 (nouvelle fenêtre)

© Centre Pompidou 2016 / Cy Twombly Foundation

Peintre lettré et pétri de culture classique, il se choisit pour prénom Cy, un surnom très populaire aux États-Unis, rendant ainsi hommage à son père et au célèbre joueur de baseball du début XXe, Cy Young. Très jeune, il se passionne pour le dessin et la peinture, mais aussi pour la mythologie, la littérature, notamment gréco-romaine (son père est lui-même féru de grec et de latin) et la poésie (Mallarmé, Rilke, Keats). Son éducation artistique se fera dans le Sud des États-Unis dont il est originaire, puis à Boston, avant qu’il n’intègre la célèbre Art Students League of New York.

Grâce à sa formation, l’artiste maitrise parfaitement les techniques du dessin et de la peinture, mais aussitôt après les avoir acquis, il cherchera à s’en détacher et à désapprendre pour en quelque sorte se construire un nouveau langage artistique. À ce sujet, une anecdote raconte, que parmi ses multiples recherches pour y parvenir, il s’entrainait à peindre dans le noir, ou de la main gauche ou les yeux bandés…

Au début de sa carrière, ses peintures, déjà de grand format, sont dans un premier temps très sombres,  avant de prendre une couleur blanchâtre. D’aspect crème un peu pâteux et émaillée de signes, dessins, ratures et gribouillis, la toile semble alors recouverte d’un apprêt nacré sous lequel on devine une autre couche de vie picturale, comme un sous-texte mystérieux. À la surface, de ci de là des mots apparaissent, la plupart indéchiffrables, accompagnés de mini-dessins ou figures symboliques, posés sur la toile comme des notes en coin de page ou des listes de signes codés.

Twombly est à la recherche d’un nouveau vocabulaire pictural, quelque chose d’inédit mais aussi d’une nouvelle graphie. Taches, griffures, coulures, jetés, lettres, nom propres, vide, narration, titre et cycle en seront l’alphabet toute sa vie.

À propos de la personne : vidéo « Cy Twombly, parcours d’exposition » par Jonas Storsve. WildBox Productions (Réalisateur). © Centre Pompidou 2016.

Un artiste en recherche d’un nouveau langage

Aujourd’hui encore, les œuvres de la première salle de l’exposition pourront surprendre le visiteur. Pourtant, nous avons vu Basquiat et ses successeurs plus ou moins novateurs, et le graffiti a pris ses lettres de noblesse avant d’entrer victorieusement au musée. Mais si en 2017, on entend encore des commentaires moqueurs, on imagine sans mal combien les œuvres de Twombly ont pu déplaire en 1950… Ainsi, à l’aube d’un pop art d’apparence plus accessible que les peintures/écritures de Twombly, les critiques des années 50 ont été virulentes.

Malgré l’incompréhension du public et les refus des galeries, le jeune Twombly n’abandonne pas son objectif, creusant et fouillant sa manière de faire jusqu’à trouver son identité artistique propre. Mais peut-être la mauvaise réception de ses premiers travaux explique-t-elle les divers « fuck »  que l’on peut lire sur les toiles de cette époque 🙂

Quand on pense à la culture classique de Twombly, on ne peut s’empêcher de rapprocher les peintures de cette époque des graffitis et petits dessins plus ou moins grivois sur les forums romains et les murs de Pompéi.

D’autant plus qu’à cette époque, Twombly commence à voyager, ce qu’il fera toute sa vie. Grâce à une bourse, il découvre le vieux continent et fait son tour d’Europe dans la plus pure tradition des artistes de la Renaissance. Ses premiers voyages se feront en compagnie de Robert Rauschenberg, dont les photos rendent compte de certains travaux disparus de Twombly.

Curieux et talentueux, Twombly pratique lui aussi à la photographie, et ses photos s’organisent en composition, jeux d’espace et de lumière extrêmement construits.

Une exposition chronologique par séries

Première rétrospective de Cy Twombly en France (seuls des dessins avaient été montrés en 2004 : 50 années de dessins Cy Twombly sur le site du Centre Pompidou-nouvelle fenêtre), l’exposition de 2017 rassemble plus de 140 œuvres et s’articule de façon chronologique autour de ses grandes séries ou cycles de peintures, une façon de peindre que l’artiste a utilisée toute sa vie. Une salle a même été aménagée spécialement pour la série Fifty Days at Iliam (Philadelphia Muséum of Art, site en anglais – nouvelle fenêtre), déplacée de façon exceptionnelle à Paris. Entre les peintures, la scénographie conçue par les commissaires de l’expo intercale judicieusement photographies, travaux de recherche et sculptures. Ces dernières ont été regroupées sur un podium en longueur d’où le visiteur peut les embrasser d’un seul regard avec en toile de fond les toits de Paris.

Il est intéressant de voir que Twombly peint, avec la manière qui lui est propre, en cycles et séquences, se rapprochant ainsi de la réflexion de ses contemporains du Pop art qui, au même moment, creusent les notions de série et de reproduction issus de la société de consommation en plein essor, quand lui va chercher sa source dans  l’intemporalité et l’universalité des mythes antiques.

N’en déduisons pas pour autant qu’il vivait en marge de son temps, politique ou artistique. Il suffit de regarder sa série Nine Discourses on Commodus 1963 (appartenant au Musée Gugghenheim de Bilbao – nouvelle fenêtre) pour faire le parallèle avec la dramatique actualité des États-Unis fin 1963. Devant une des dernières toiles de cette série, on ne peut pas ne pas penser au tailleur rose éclaboussé de Jackie Kennedy et devant ces coulures et rouges empâtés, on pense à Francis Bacon et ses séries de papes ou son bœuf écorché…

Mais, en plein pop art et mimimalisme, cette série de Twombly a heurté dès sa 1ère présentation (1964) à New-York chez le galeriste Leo Castelli. Sa peinture, vue comme celle d’un dandy trop européen, a alors été très critiquée par le milieu artistique :

Double-page de l’article « Roman classic surprise  » de Valentine Lawford (Vogue US -1966) : Cy Twombly et sa femme dans leur palazzo romain.

On le dit trop chic, trop sophistiqué, en un mot, trop éloigné de l’idée que l’Amérique se fait d’un artiste américain.

écrit Jonas Storve, le commissaire de l’ exposition de Paris dans sa présentation (nouvelle fenêtre).

Aujourd’hui, on voit sur les photos un homme élégant, un peu nonchalant mais dont le regard vif traduit le bouillonnement intellectuel perpétuel. On sait en effet qu’il passait beaucoup de temps à réfléchir et concevoir ses œuvres, étant en ceci très conceptuel (bien qu’il n’ait jamais aimé être assimilé à tel ou tel mouvement). Il aurait lui-même confié que parfois l’exécution de ses oeuvres lui demandaient moins de temps que leur  maturation .

Précisons que Twombly, depuis la fin des années 50, s’était installé en Italie dans un authentique palais romain après avoir épousé l’ héritière d’une grande famille italienne, ce qui lui permettait de se consacrer pleinement à son art, mais aussi de donner libre cours à ses passions, notamment la collection d’antiques, la Méditerranée et les voyages.

Les dernières salles montrent les ultimes toiles de Twombly, de plus en plus gigantesques et colorées, avec un détour par des toiles presque japonisantes évoquant les recherches de Monet. La série Coronation of Sesostris (2000) frappe par sa lumière avec notamment cette barque de Pharaon traversant le Nil qui rappelle les couleurs de Turner.

Presque décoratives, les toutes dernières œuvres semblent finalement les plus accessibles, comme si Twombly avait trouvé son langage, unique, simple, détaché, paisible et universel, concluant ainsi avec majesté le travail d’une vie.

Pour compléter/anticiper la visite de l’exposition

Inauguré en mars 2010, le plafond de la salle des bronzes commandé par Le Louvre à l’artiste américain Cy Twombly. Maître d’œuvre : Wela productions.

  • Il faut absolument aller voir le plafond de la salle des bronzes grecs au Louvre, avec ce bleu très italien dont le très discret Twombly dira :

C’est vrai, j’ai peu utilisé le bleu, hormis ma dernière série exposée à Athènes. Pour moi, ce n’est pas le bleu de la Grèce, ni du ciel, ni de la mer. C’est le bleu de la peinture, le bleu de Giotto que j’ai recherché, un bleu simple et plein, entre cobalt et le lapis-lazuli…

propos confié à  Valérie Duponchelle le jour de l’inauguration et extrait de l’article L’été grec de Cy Twombly sur Le Figaro.Fr du 24/03/2010 (nouvelle fenêtre).

Et maintenant… c’est à vous

Si ce n’est déjà fait, bloquez une date dans votre agenda : il vous reste quelques jours pour voir cette expo unique. Tous les détails pratique sont sur la billetterie du site du centre Pompidou (nouvelle fenêtre).

*extrait de La sagesse de l’art de Roland Barthes, écrit pour le catalogue du Withney Museum (NY) en 1979.

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Envie de se faire une expo photo ?

5 Avr

Vous aimez la photo ? Cela tombe bien, nous aussi. Voici une liste non exhaustive des expositions de 2017 consacrées au huitième art à Paris :

L’exposition Eli Lotar (1905-1969) du 14 février 2017 au 28 mai 2017 au Jeu de Paume (nouvelle fenêtre)

Éli Lotar, Eliazar Lotar Teodorescu de son nom d’état-civil, est un photographe français d’origine roumaine, né le 30 janvier 1905 dans le 18e arrondissement de Paris, ville où il est mort le 10 mai 1969. En 1926, il rencontre la photographe allemande Germaine Krull (nouvelle fenêtre) dont il deviendra l’assistant puis le compagnon pendant trois ans et qui lui apprendra la technique photographique. Avec elle, il publiera dans des revues prestigieuses telle que Vue, Jazz, Arts et Métiers Graphiques. L’œuvre d’Eli Lotar se rapproche des dadaïstes, des surréalistes. De ce point de vue, il applique le procédé de la « Nouvelle Vision », courant photographique qui au sujet cadré, centré, lui préfère la plongée, la contre-plongée, le jeux des angles etc. Il sera d’ailleurs chef-opérateur de Luis Bunuel, mais s’inscrit également dans la tradition du reportage documentaire, notamment avec la réalisation d’une série de photos aux Abattoirs d’Aubervilliers. Eli Lotar est également connu pour une série de portraits, notamment celui du sculpteur Giacometti.

Le catalogue de l’exposition, Eli Lotar de Damarice Amao, Clément Chéroux, Pia Viewing, une coédition Jeu de paume/Libella/Centre Pompidou sera bientôt disponible à La Médiathèque.

L’exposition Autophoto, du 20 avril 2017 au 24 septembre 2017, à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain (nouvelle fenêtre).

Cette exposition rassemble plus de 400 photographies consacrée à la relation entre la photographie et l’automobile. Comment la voiture a transformé le paysage urbain ? Comment la voiture a influencé les photographes ? Avec notamment Jacques-Henri Lartigues, Ed Ruscha, Lee Friedlander, Jacqueline Hassink et bien d’autres.

Le catalogue de l’exposition, Autophoto de Simon Baker, Clément Chéroux, Marc Desportes, une coédition Fondation Cartier pour l’Art contemporain/Xavier Barral sera bientôt disponible à La Médiathèque.

L’exposition Walker Evans (1903-1975) au Centre Pompidou (nouvelle fenêtre) du 26 avril 2017 au 14 août 2017

Un itinéraire singulier que celui de Walker Evans, photographe américain qui se destinait à être écrivain, et qui prit des cours de littérature française à La Sorbonne en 1926.
Walker Evans s’est surtout fait connaître pour ses photos de la Grande Dépression (nouvelle fenêtre) prises dans le cadre de la mission de la Farm Security Administration (nouvelle fenêtre), entre 1935 et 1937. Il s’agit de l’un des programmes du New Deal mis en place par Roosevelt, sous forme de subventions pour aider les paysans. Les photographes sont donc là pour rendre compte de la réalité de leurs vies. Comme le signale Anne Bertrand dans la revue Vacarme du 14 octobre 2007, consacré à l’histoire de la photographie américaine (nouvelle fenêtre) :

Chacun pourra trouver chez Evans ce qu’il cherche. Lui seul a réuni, dans l’histoire de la photographie américaine, un corpus d’une telle ampleur et d’une telle diversité.

Pour en savoir plus sur Walker Evans, Liseur vous invite  à consulter un extrait de Une intervention récalcitrante. Les pages de Walker Evans de David Campany, dans la revue Etudes Photographiques, du 27 mai 2011 (nouvelle fenêtre).

Quelques photos ci-dessous de ce grand photographe.

Le catalogue de l’exposition, Walker Evans de Clément Chéroux édité par la BPI du Centre Pompidou sera bientôt disponible à La Médiathèque.

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