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La littérature en deuil

1 Mar

L’année 2016 débute et déjà le monde de la culture ne cesse d’être en deuil. En ce qui concerne les romanciers, je vous propose une pensée pour :

  • Umberto Eco 1932- 2016                                           

Au nom de la rose - Catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre)Le grand écrivain Umberto Eco est mort le 19 février 2016, à l’âge de 84 ans. Il s’était fait connaître du monde entier dans les années 80 avec la parution de son premier roman Le nom de la Rose, traduit dans plus de quarante langues et adapté au cinéma. Six romans ont suivi parmi lesquels Le pendule de Foucault et L’ile du jour d’avant. Intellectuel reconnu, pionnier de la sémiotique, romancier qui nous a fait redécouvrir l’histoire du moyen âge, c’était un personnage facétieux aussi, érudit et très engagé.

  • Harper Lee 1926-2016

Harper LeeNelle Lee, dite Harper Lee, est née dans l’Alabama, elle a longtemps été associée a un seul livre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1961, qui s’est vendu en anglais à quelque 30 millions d’exemplaires, et a été traduit en 40 langues (et adapté au cinéma par Robert Mulligan, avec Gregory Peck). Aux Etats-Unis, il est le roman le plus étudié dans les lycées, et le plus cité, avec la Bible, parmi les ouvrages susceptibles de changer une vie… Ce texte explore la question des rapports de classes et de races, celle du courage, de la transmission et de l’éveil à l’injustice.

L’an dernier, les éditions Harper et Collins ont fait paraitre un livre inédit présenté comme une suite au précédent, et le 7 octobre 2015 paraissait chez Grasset  Va et poste une sentinelle, un « inédit perturbant » selon Le Monde des livres du 17/07/2015.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre)  Va et poste une sentinelle - Catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre).
  •  Juliette Benzoni 1921-2016                              

Juliette-Benzoni Si vous êtes passionnés de roman historique, il faut lire l’œuvre conséquente de Juliette Benzoni, décédée à l’âge de 95 ans. Elle commence sa carrière en 1964. Après avoir travaillé en tant que journaliste et rédactrice d’articles d’histoire, elle est contactée par une agence de presse réputée pour écrire un roman historique. Parmi ses nombreux succès, succombez à ses nombreuses sagas. En s’appuyant sur une documentation rigoureuse, l’auteure nous fait vivre de véritables reconstitutions historiques à travers les yeux de ses personnages.

  • Michel Tournier 1924-2016

Vendredi ou les limbes du pacifique- Catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre) Vendredi ou la vie sauvage - Catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre)Venu tardivement à l’écriture Michel Tournier avait 42 ans lors de la parution de son premier roman. Il laisse derrière lui une œuvre saluée, dès ses prémices, pour son importance, sa capacité à mêler les mythes et l’histoire, le prosaïque et la transcendance, mais numériquement peu importante, au regard de sa longévité – neuf romans pour adultes et enfants, une poignée de recueils de contes et nouvelles et quelques essais. Parmi les 5 livres indispensables de cet auteur selon Le Figaro du 19/1/2016, citons : Vendredi ou les limbes du Pacifique (1967), le premier roman de sa production qu’il ait estimé digne d’être présenté à un éditeur. Le succès, public et critique, est immédiat, pour cette relecture rousseauiste du mythe de Robinson, qui obtient le Grand Prix de l’Académie française. En 1971, il réécrit pour les enfants ce premier roman, sous la forme de Vendredi ou la vie sauvage. Etudié dans les classes. Trois ans plus tard, c’est Le roi des aulnes qui vaut à son auteur le prix Goncourt, puis les Météores achèveront de prouver son attachement aux mythes… L’auteur s’est éteint en ce début d’année à l’âge de 91 ans.

  • Edmonde Charles-Roux 1920-2016

Journaliste et romancière française, ambulancière pendant la guerre et décorée de la Croix de Guerre, elle devient courriériste à France-Soir, le journal de Pierre Lazareff puis à Elle. Elle gagne ses galons de journaliste, se hisse au niveau des grandes «baronnes» de la presse : Hélène Lazareff et Françoise Giroud. Bientôt ce sera le magazine Vogue qu’elle dirigera pendant seize ans. Elle connaîtra le « Tout-Paris ». Elle sera en couple avec Maurice Druon. En 1966, elle obtient le Prix Goncourt pour son roman Oublier Palerme. Elle devient écrivain : Elle, Adrienne paraît en 1971. En 1983, elle est élue membre de l’Académie Goncourt, puis en 2002 présidente, jusqu’en 2014, où elle cède son poste à Bernard Pivot. Découvrez la personnalité hors du commun de cette dame avec Wikipédia.

  • Christine Arnothy 1930-2016

Christine ArnothyLa romancière d’origine hongroise Christine Arnothy, prix Interallié en 1980, est morte à l’âge de 84 ans. Femme de plume et d’esprit, auteur de 48 romans, elle a été la compagne du journaliste Claude Bellanger, l’un des fondateurs à la Libération du journal Le Parisien libéré.

Née à Budapest en novembre 1930, Christine Arnothy s’était fait connaître au milieu des années 1950 avec son autobiographie J’ai 15 ans et je ne veux pas mourir où elle racontait son quotidien pendant la seconde guerre mondiale. Le livre reçu le Prix Vérité en 1954. Elle s’installa en France après avoir quitté la Hongrie,  alors sous domination soviétique, en passant la frontière à pied avec ses parents. Un roman désormais devenu un classique et qui connut une suite intitulée Il n’est pas si facile de vivre. On lui doit aussi Toutes les chances plus une récompensé du prix Interallié en 1980 ou encore plus récemment Les Années cannibales ou Une valse de Vienne faisant encore suite à son premier texte de jeunesse. Elle a également écrit pour le théâtre, la radio, la télévision.

Où David Bowie puisait-il son inspiration ?

22 Jan

La presse rend un hommage unanime à la disparition d’un artiste total,  une légende, ce 11 janvier 2016 : David Bowie, de son vrai nom David Robert Jones, né le 8 janvier 1947 dans un quartier populaire du sud de Londres. Gilles Verlant, un de ses biographes, disait de lui « Bowie est un mythe. » Musicien, peintre, acteur, chanteur, etc… et grand lecteur : j’aimerais évoquer ici la passion pour la lecture de cet artiste protéiforme.

Qui était Bowie ?

Vingt-huit albums, presque autant de personnages inventés. Tantôt femme, tantôt surhomme, plus souvent mutant, il a emprunté à tous les styles, pop, rock, folk, jazz, soul et même opéra… Il s’est imposé comme précurseur de l’électro ou de la new Wave. Il a tourné trente-huit films, prêté sa voix pour plusieurs dessins animés, a été peintre, producteur… dont deux productions historiques : Ray Power des Stooges et  Transformer pour Lou Reed.

Son dernier disque Black star  (chroniqué dans la Chanson du lundi sur le blog Déclic Musique) est sorti le jour de ses 69 ans. Sa dernière apparition fut dans la comédie musicale Lazarus (où il incarne le personnage de  Lazare, ressuscité par Jésus-Christ dans la Bible) tel un hommage rendu à son public, et où il semble avoir scénarisé sa mort …

Un artiste aux multiples talents

L’icône pop britannique, la star de Ziggy Stardust et Major Tom a été aussi influencé par les arts plastiques, notamment l’expressionnisme allemand  du début jusqu’à la fin de sa vie.

C’est en partie pour cette raison qu’il s’est installé à Berlin, de 1976 à 1978, où il réalisa trois de ses albums parmi les plus intéressants : Low, Heroes et Lodger. Il était aussi adepte du chef d’œuvre Metropolis de Fritz Lang et à beaucoup fréquenté les musées berlinois.

Il a été très proche du peintre Andy Warhol qui le fascinait, au point de l’incarner dans le film Basquiat de Julien Schnabel en 1996.  Il lui avait du reste déjà consacré une chanson, « Andy Warhol » dans l’album Honky Dory en 1971.

En 2015, l’exposition qui lui a été consacrée « David Bowie is… » a fait le tour du monde. Elle a été notamment accueillie du 3 mars au 31 mai 2015  par la Philharmonie de Paris, qui lui rend hommage en écrivant « David Bowie is not… any more  » (avec une vidéo best of de l’expo). Plus de trois cents objets étaient rassemblés pour retracer le parcours artistique d’un David Bowie touche à tout.

Un lecteur éclectique

Parmi tout ce bouillonnement artistique, n’oublions que le musicien était un lecteur vorace, friand de littérature anglo-saxonne, d’essais ou de romans-cultes. Voici quelques uns de ses livres préférés, que vous pourrez  retrouver à La Médiathèque  et qui ont fait partie de ses sources d’ inspiration… La liste complète (100 livres) publiée par l’artiste sur sa page Facebook en 2013 a été reprise par la New York Public Library sous le titre : « in memoriam, David Bowie’s top 100 favorites books »

La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao de Junot Diaz (2007)

Du bout des doigts de Sarah Waters (2002)

Bruit de fond de Don DeLillo (1984)

Une histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn (1980

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole (1980)

Dans le château de Barbe-Bleue: notes pour une redéfinition de la culture de George Steiner (1971)

Le Maître et Marguerite de Mikhail Bulgakov (1967)

Dernière Sortie pour Brooklyn de Hubert Selby Jr (1966)

De sang froid de Truman Capote (1965)

Herzog de Saul Bellow (1964)

Le marin rejeté par la mer de Yukio Mishima (1963)

Orange Mécanique de Anthony Burgess (1962)

Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943) de George Orwell (1962)

Le Guépard de Giuseppe di Lampedusa (1958)

Sur la route de Jack Kerouac (1957)

Lolita de Vladimir Nabokov (1955)

1984 de George Orwell (1949)

Ténèbres à midi (ou Le Zéro et l’Infini) de Arthur Koestler (1945)

La Révolution russe : 1891-1924 : La tragédie d’ Orlando Figes

Autant d’auteurs qui ont été, source d’inspiration pour le grand artiste. Les changements de genres et de personnages ont formé son identité à part entière.

Pour conclure, je vous renvoie à la citation d’Oscar Wilde :

Ces masques sont souvent plus authentiques que le « moi » véritable, qu’on ne saurait jamais atteindre. Cela reviendrait à pouvoir répondre à une question impossible: qui sommes-nous vraiment ?

 

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 Et pour en savoir plus sur Bowie :

David Bowie is de Geoffrey Marsh et Victoria  Broackes ou David Bowie l’avant garde pop de Matthieu  Thibault…

A Ystad, Kurt Wallander est orphelin

7 Oct
Depuis le 5 octobre 2015, la littérature policière est en deuil : Henning  Mankell, l’écrivain suédois, auteur de plus de 42 ouvrages et créateur du personnage de Kurt Wallander, est décédé. Finies les enquêtes mélancoliques d’un Wallander solitaire dans une société suédoise confrontée à la fin de l’état providence, contexte privilégié des romans policiers de l’auteur suédois. Dramaturge, auteur et homme engagé, amoureux de l’Afrique, défenseur des libertés, luttant contre le racisme et les discriminations, Henning Mankell, plusieurs fois auréolé de  prix littéraires en Suède et de par le monde, s’est fait connaitre par les états d’âme de ce célèbre policier de la ville de Ystad, près de Malmö en Suède. Le 5 octobre, Ystad a perdu son héros.

Le Monde du  5 octobre 2015 nous rappelle la genèse de Wallander : « Je voulais écrire sur les émigrants, la xénophobie, (avait-il [Henning Mankell] confié au Monde des livres en 2010). Je me suis dit que le racisme était un peu comme une attitude criminelle, et que le roman policier était le décor idéal pour en parler. Mais pour cela, j’avais besoin d’un détective. » Sa première apparition a lieu dans Meurtriers sans visage (1991, paru en France chez Bourgois en 1994), distingué par les prix du meilleur roman policier suédois et scandinave ».

Wallander pour Season One incarné par Krister Henriksson

Wallander pour Season One incarné par Krister Henriksson

Wallander à la BBC incarné par Kenneth Branagh

Wallander à la BBC incarné par Kenneth Branagh

 

 

 

 

 

L’Afrique et la lutte contre le racisme étaient sous sa plume des thèmes récurrents, confirme Anne-Françoise Hivert pour Libération dans son article Henning Mankell, Nord magnétique du 5 octobre 2015.

Mais son commissaire Wallander est d’abord remarquable par la qualité de ses états d’âme et de distanciation, écrit Philippe Lefait dans son article Henning Mankell 1948-2015 : un romancier et un « homme inquiet », c’est peu dire, des dérives du modèle social démocrate pour FranceTVInfo.

« La solidarité avec les faibles et les opprimés traverse son œuvre comme un fil rouge », écrit sa maison d’édition Leopard, qu’il avait lui-même fondée en 2001 avec l’éditeur Dan Israel, rapporte ICI Radio Canada en informant de la disparition de l’auteur.

Que les puristes se rassurent : Wallander ne sera pas « réutilisé » .

Son éditeur (cité par Le devoir, Canada, source : Agence France Presse) assure qu’il s’opposera ainsi à toute résurrection des personnages inventés par Mankell sous la plume d’autres auteurs, prenant ainsi le contre-pied de ce qui s’est passé avec les héros de la série de polars Millénium [ …]

Malgré sa disparition, nul doute que Henning Mankell restera dans les mémoires et que la ville de Ystad sera à nouveau arpentée par les visiteurs venus rendre hommage à l’auteur et à son héros le plus renommé. Nostalgiques et passionnés, tous se mettront dans les pas de Wallander (site en anglais), cherchant les traces de l’écrivain dans les pensées de ce héros très attachant.

Pour finir cet hommage, une interview de l’auteur en 2011 pour Lousiana Channel (en anglais) à propos de son engagement et de son métier d’écrivain : My responsability to react. 

L’œuvre d’Henning Mankell est disponible à La Médiathèque : au-delà des enquêtes de Kurt Wallander, d’autres policiers, mais aussi de la littérature jeunesse, du théâtre et des romans dont le dernier, Sables mouvants, un récit plus intimiste, une « réflexion sur ce que c’est que vivre », y écrivait Mankell.

Un certain goût pour la mort : disparition de P.D. James

5 Déc
La plupart des lecteurs amateurs d’enquêtes et de littérature policière anglaise connaissent et apprécient P.D. James, mais savent-ils qu’il s’agit d’une femme qui répondait au nom de Phyllis Dorothy James ? Cette « reine du crime » est morte ce jeudi 27 novembre 2014, à l’âge de 94 ans, laissant derrière elle une œuvre inscrite dans la tradition du roman à l’anglaise, mettant l’accent sur la psychologie des personnages et sur l’humour … « so » british
Life of crime … PD James.

Wicked twinkle … PD James. Photograph: Linda Nylind for the Guardian

Tout au long de sa vie, PD James s’est opposée à l’idée selon laquelle le roman policier serait un genre mineur. Son écriture est élégante et raffinée, et ses intrigues implacables sont particulièrement documentées. Elle porte un soin tout particulier à camper ses personnages, et leur environnement dans un climat qui revêt une importance dramatique.

Le lieu pouvant influencer ses héros, ainsi, dans Par action et par omission, il s’agit d’une centrale nucléaire. Dans Un certain goût de mort c’était la sacristie d’une église londonienneDans La Mort s’invite à Pemberley  la romancière anglaise fait un clin d’œil à un autre monument de la littérature britannique, Jane Austen, imaginant une version policière chez les héros d’Orgueil et préjugés.

Elle laisse à la postérité une œuvre riche de plus de vingt romans, ainsi que le personnage d’Adam Dalgliesh, fameux inspecteur de Scotland Yard, qui tient un rôle majeur dans son œuvre.

Ses romans ont été salués par les plus prestigieux critiques, qui lui ont attribué de nombreux prix (notamment le Grand prix de littérature policière en 1988 et plusieurs daggers* remis par la célèbre Crime Writers’ Association) chaque nouvelle parution tournant à l’événement médiatique et littéraire outre-manche.  Elle a longtemps travaillé au Home Office pour la brigade criminelle, peut-être était-ce une de ses sources d’inspiration pour ses intrigues diaboliques ?

Une auteure prolifique et talentueuse à (re)découvrir à la Médiathèque.

* Daggers : littéralement poignard, est le nom des récompenses de diamant, d’or ou d’argent décernées par la Crime Writer’s Association

En passant

Arles en deuil, mort de Lucien Clergue

16 Nov
Fondateur des rencontres d’Arles en 1969, ami de Picasso et du guitariste Manitas del Plata,  le grand photographe arlésien, Lucien Clergue, a posé définitivement son appareil hier, samedi 15 novembre 2014.

Plus de soixante ans de carrière pour cet artiste autodidacte, passionné et militant de la photo, exposé dès 1961 par Edward Steichen au Moma avec une série de photographies prises à New-York et réunies sous le titre « d’Hommage à Matisse ».  Il faut noter que le Moma présente en ce moment une exposition sur Matisse : clin d’oeil du hasard à ces deux grands artistes, tous deux consacrés par le Moma.

 

Chaque fois que je photographie une femme, j’ai l’impression de faire reculer les frontières de la mort. Lucien Clergue.

Des photographies à voir et à revoir : au musée Réattu d’Arles, à la galerie Trigano ou à la Médiathèque :

Lucien Clergue ses rencontres photographies

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