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Goncourt d’avant, que sont-ils devenus ? (1)

30 Oct

Une semaine avant l’annonce du lauréat du prix Goncourt 2017 (nouvelle fenêtre), quelques valeureux Goncourables sont encore en lice et les pronostics vont bon train pour savoir qui sera l’heureux Goncourt 2017. Nous nous réjouissons par avance pour celui/celle qui sera l’Élu de l’année et lui souhaitons succès durable et longue vie littéraire. En pensant à son avenir, nous nous nous sommes interrogés sur la destinée littéraire, ses aléas et la trace qu’un romancier et son œuvre laissent dans le temps. Très vite, une question s’est imposée  : en 2017, qui connait encore le nom et l’œuvre des illustres prédécesseurs* du futur Goncourt de l’année ?

Que les choses soient claires :  il ne s’agit pas de déprimer le futur lauréat mais bien au contraire de l’éclairer sur les mirages potentiels de la gloire afin de le prévenir que dans 100 ans, peut-être seuls sa descendance, les archivistes du Goncourt et ce blog  – s’il devient centenaire :-)-, se souviendront de son nom et de son roman.

Pourtant que le lauréat 2017 ne s’inquiète pas :  nul ne peut tirer une leçon de la postérité puisque la littérature, comme la vie,  est riche en oublis, absences cruelles mais aussi redécouvertes et surprises, voire phénomènes de mode qui font renaître un auteur de ses cendres. Car, s’il est très vite une assurance de reconnaissance immédiate et une manne substantielle pour un auteur, le Goncourt peut aussi être aussi un phénix.

  • Note à l’attention des lecteurs qui sont allés jusque-là : afin de ne pas vous faire ici une thèse de 250 volumes sur l’histoire du Goncourt depuis sa création en 1903, nous avons choisi de nous intéresser aux auteurs lauréats du Goncourt des années finissant par 7. Voici aujourd’hui les 4 premiers.

1907  : Emile Moselly pour Terres lorraines et Jean des brebis ou le livre de la misère. Plon

À priori, peu de lecteurs de 2017 connaissent l’œuvre d’Émile Chenin (nom de plume Moselly), à part les amateurs de romans régionalistes rustiques et quelques Lorrains. Pourtant, cet auteur a eu une courte vie (1870-1918) dont la naissance et la disparition sont dignes d’un personnage de roman : né dans la BNF (son père y était gardien) et mort d’un arrêt du cœur dans le train Quimper-Paris en revenant de vacances …  Professeur agrégé de lettres classiques, il eut pour élève Maurice Genevoix à Orléans, pour  ami et soutien de son œuvre, Charles Péguy, et il écrivit une petite dizaine de romans. Mais son nom reste gravé dans les mémoires grâce au prix littéraire qui porte son nom  : le Prix Moselly (nouvelle fenêtre) qui récompense depuis 1949 une nouvelle « d’inspiration lorraine » publiée dans Études Touloises, le magazine du pays de Toul  organe de communication du Cercle d’Études Locales du Toulois (CELT).

1917  : Henri Malherbe pour La flamme au poing. Albin Michel

Critique littéraire, journaliste, directeur de la Revue des Vivants, brièvement directeur de l’Opéra comique, Henri Malherbe (1886-1958),  lieutenant blessé au combat durant la Grande guerre, fut président de l’Association des écrivains combattants : il est lui aussi à l’origine d’une distinction littéraire le Prix Henry-Malherbe (nouvelle fenêtre) : créé en 1953 et réservé à un essai. Outre le Goncourt de 17, Malherbe reçut le Grand Prix SGDL de littérature 1956 (nouvelle fenêtre) pour l’ensemble de son œuvre.

Patriotique et ardent, La flamme au poing est un roman de guerre qui fait revivre les combats à partir de l’expérience de l’auteur. Ce texte contraste avec Le feu d’Henry Barbusse, couronné par le Goncourt l’année précédente. En effet, en 1917,  il s’agit de remobiliser, de ne plus douter de la cause et de motiver les troupes quitte à noircir l’allure de l’ennemi et à mythifier  « les soldats habillés d’un bleu clair, zébré de boue blonde,  (qui) sont le ciel et le sol de France en action ».

1927  : Maurice Bedel pour Jérôme, 60° latitude nord. Gallimard

Romancier, voyageur, essayiste et docteur en médecine versé dans la psychiatrie et les obsessions, Maurice Bedel publia d’abord de la poésie sous le pseudo de Gabriel Senlis. S’il fait partie de cette génération d’écrivains marquée par les tranchées, il entamera sa carrière de romancier avec un roman sentimental. Ce roman, Jérôme 60 ° latitude nord, reçut le Goncourt l’année de sa sortie contre l’avis de Léon Daudet alors membre de l’Académie Goncourt qui lui préférait L’imposture de Georges Bernanos. Malgré son prestigieux prix, le roman de Bedel fut assez critiqué à sa sortie : on lui reprochait de plagier Morand ou Giraudoux mais surtout de porter atteinte à la réputation des jeunes filles de Norvège, pays où se situe l’intrigue amoureuse.

Quelques années plus tard, une fois les discussions et les polémiques apaisées,  Maurice Bedel devient président de la SGDL en 1948, prouvant ainsi que le monde (y compris le littéraire) est petit. Si son roman est peu lu aujourd’hui, Bedel reste dans les mémoires du XXIe siècle pour Son journal de guerre, tenu pendant les 4 ans du conflit et resté inédit jusqu’alors : il a été publié presque 100 ans plus tard et fait preuve d’une finesse d’observation et d’une lucidité étonnantes. Commencé le 1er août 1914 dans l’ivresse patriotique, il se termine sur ces mots :

Les temps sont noirs. L’horizon est barré. Il ne faudra pas que l’on croie dans cent ans que c’était gai, la Victoire.

(Saint-Avold, 31 décembre 1918).

Faux passeport d'Emile Plisnier (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) 1937  : Charles Plisnier pour Faux-passeports. Corréa

Poète, militant politique, avocat, journaliste, Charles Plisnier (1896-1952) fut le premier écrivain belge à obtenir le plus prestigieux prix français. À ce titre, il semble avoir mieux franchi les décennies que ses confrères de fortune littéraire. Plisnier fut d’abord poète, puis novelliste et romancier et reçut le Goncourt pour Faux passeports, un recueil de nouvelles, en lice avec un roman de Georges Simenon. L’histoire du Goncourt ne s’étend pas trop sur le fait qu’en raison de sa nationalité, on avait refusé à Plisnier le prix  l’année précédente (1936) alors que son roman Mariages était salué par la critique comme l’œuvre d’un nouveau Balzac.

Mais en 37, les académiciens Goncourt se rattrapèrent en primant Faux passeports ainsi que Mariages. Le sous-titre de Faux Passeports, Les Mémoires d’un agitateur, avait peut-être plus de sens qu’on n’avait voulu le voir puisqu’il a ainsi  réussi à bouleverser les frontières géographiques du Goncourt.

Grâce à ce succès, Plisnier devint membre de l’Académie de langue et de littérature françaises (nouvelle fenêtre) , l’équivalent belge de notre Académie française avec des particularités locales  : 40 membres, écrivains et philologues, des membres féminins dès 1920 et des étrangers acceptés. Une fois lauréat, Plisnier abandonna le barreau pour se consacrer au Meurtres, une saga de 5 volumes. Cette série fut adaptée en 1949 au cinéma avec un casting insolite réunissant Jeanne Moreau et Fernandel.

S’il était écrivain à part entière, Plisnier était aussi un homme engagé. Investi dès 1945 dans le fédéralisme wallon, il présida l’Union fédéraliste des minorités et régions européennes et s’avéra un défenseur précoce de l’Europe.

Comme ses confrères goncourés de 1907, 17 et 27, Charles Plisnier a donné son nom à un prix littéraire, le prix Charles Plisnier,  institué en 1959, qui fusionnera en 1963 avec le «prix hainuyer de littérature française», et c’est, depuis, le «prix hainuyer de littérature française Charles Plisnier» qui est annuellement décerné dans la province du Hainaut mais aussi à d’autres prix dont Le Prix triennal Sciences humaines et Folklore décerné par l’Association Charles Plisnier (nouvelle fenêtre) créée à la mort de l’écrivain avec pour mission de « promouvoir la francophonie, langue et cultures ».

De ces quatre Goncourts d’avant-guerre, Plisnier fut le seul à être proposé pour le Nobel de littérature en 1952. Hélas pour lui, c’est un Français, François Mauriac, qui reçut cette reconnaissance internationale.

Outre sa qualité littéraire, c’est peut-être une des raisons qui font que son œuvre continue à être éditée en 2017, lue et disponible, notamment en livre numérique (nouvelle fenêtre) sur le site de votre médiathèque préférée.

Sources utilisées pour cet article :

Bihr Alain, « Bedel M., Journal de guerre 1914-1918 », dans revue  Interrogations , N°17. L’approche biographique, janvier 2014 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Bedel-M-Journal-de-guerre-1914 (nouvelle fenêtre)

Site de l’ Académie Goncourt (nouvelle fenêtre)

Site de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (nouvelle fenêtre)

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The Man International Booker Prize 2017 pour David Grossmann

19 Juin

Le 14 juin, l’auteur israélien David Grossman a reçu le fameux Man Booker International Prize pour son roman Un cheval entre dans un bar (A horse walks into a bar). Ce prix britannique, petit frère du Man Booker Prize, récompense depuis 2005 un auteur pour une œuvre de fiction traduite en anglais et publiée au Royaume-Uni.

Commençons par un petit rappel des origines de ce célèbre prix, né outre-Manche et inspiré par le succès du Goncourt. Car on finit par s’emmêler un peu les pinceaux avec les différents Booker Prizes…

Tout commence avec le Booker Prize for Fiction

Le Booker Prize for Fiction est né en 1968 quand Booker McConnell Ltd, « une entreprise de commerce de sucre , rhum, machines minières et James Bond  » * offrit un prix de 5000 livres pour récompenser un roman écrit par un Britannique, un citoyen du Commonwealth, d’Irlande ou d’Afrique du Sud.  Le 1er jury était composé de 5 juges, appartenant au monde de l’écrit (journaliste, libraire écrivain, bibliothécaire …) selon un principe de diversité toujours en vigueur.

* Booker Brothers Mc Connell and co Ltd avait racheté à Ian Flemming (auteur et créateur du personnage de James Bond)  51 % des parts sa société, Glidrose production, devenant ainsi actionnaire majoritaire.

Le premier lauréat fut PH Newby pour son roman Something to Answer For, dont l’œuvre littéraire reste assez méconnue à ce jour 🙂

Même si, comme pour la plupart des prix littéraires, certains lauréats sont tombés dans les oubliettes du roman, au fil des ans, beaucoup d’auteurs importants en littérature furent récompensés comme Iris Murdoch, Salman Rushdie, AS Byatt, JM Coetzee, William Golding après un combat épique contre Anthony Burgess, John Banville…

Et tous gagnèrent beaucoup d’argent, d’autant plus quand la cérémonie fut télévisée… Des reproches commencèrent alors à s’amonceler sur le prix, l’accusant d’être devenu trop commercial : en 1994, un journaliste le décrit comme un « iceberg significatif et dangereux sur l’océan de la culture britannique » et le prix est accusé de privilégier la lecture facile à la qualité, soit d’être « too readable » (trop facile à lire) et de ne pas mettre en valeur les meilleurs auteurs de langue anglaise.

Fragilisé par les critiques et les contestations, le Booker Prize se mit à battre de l’aile.

Puis vient le Man Booker Prize suivi du Man Booker International Prize

Site du Man Booker Prize (nouvelle fenêtre)

À l’aube du XXIe siècle,  le groupe Man vient à la rescousse du célèbre prix qui devient alors le Man Booker Prize et apporte un nouvel essor au prix avec des choix judicieux qui vont petit à petit restaurer une image littéraire un peu écornée…

L’arrivée, et les subsides, de ce nouveau sponsor permirent de donner naissance en 2005 au Man Booker International Prize, créé pour récompenser tous les 2 ans l’œuvre d’un « auteur vivant contribuant de façon significative à la littérature mondiale », ce dernier pouvant être de toute nationalité du moment que son livre est traduit en anglais et publié au Royaume Uni. Le premier gagnant fut l’écrivain albanais Ismaël Kadaré, face à des nominés prestigieux dont  Margaret Atwood, Saul Bellow, Gabriel García Márquez, Günter Grass, Milan Kundera, Stanisław Lem, Doris Lessing, Ian McEwan, Naguib Mahfouz, Tomás Eloy Martínez, Kenzaburō Ōe, Cynthia Ozick, Philip Roth, Muriel Spark, Antonio Tabucchi, John Updike, A.B. Yehoshua (source Wikipedia-nouvelle fenêtre) .

Évidemment, quelques petits couacs ont valu au nouveau prix des reproches, comme John le Carré demandant à être retiré de la liste des nominés ou le président de la Fondation du Booker Prize, si fier de son prix qu’il affirma être le meilleur prix littéraire international au monde, et bien supérieur au Nobel.

Aucune source n’indique un rapport de cause à effet entre l’immodestie de cette déclaration et la transformation en 2016 du Man Booker International Prize en une récompense annuelle qui prime désormais un livre et non plus l’ensemble d’une œuvre.

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, le Man Booker prize et le Man Booker International Prize font partie des incontournables quand on parle de prix littéraires.

And the winner 2017 is… David Grossmann, écrivain israélien


Comme le veut la tradition du prix depuis l’origine,  le site du Man Booker Prize publie les listes (long list et short list) des nominés du prix 2017 (en anglais sur le site-nouvelle fenêtre) parmi lesquels figurait cette année (cocorico !) un Français, Mathias Enard. Il est toujours intéressant de voir que la plupart des auteurs sélectionnés sont aussi ceux que l’on retrouve dans les librairies et médiathèques françaises. Ainsi selon l’humeur, les optimistes y verront un gage de qualité de la sélection, et les pessimistes, l’effet d’un cadrage un peu trop limité aux mêmes auteurs surmédiatisés…

Quoiqu’il en soit, le prix 2017, choisi entre 126 autres romans, été décerné à l’écrivain israélien, David Grossmann. Auteur de fiction, d’essais et de livres pour enfant, Grossmann n’avait rien publié depuis presque une dizaine d’années. Son œuvre riche d’une dizaine de romans a été traduite en 36 langues et l’auteur a déjà reçu de nombreux prix internationaux.

Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovalé G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle, un homme qu’il a convié à son one man show ? ils se sont connus à l’école ? Le juge Avishaï Lazar, écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste.

Mais peu à peu le discours part en vrille et se délite sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovalé met à nu la déchirure de son existence. La scène devient alors le théâtre de la vraie vie… (lire la suite du résumé sur le site de son éditeur français, Le Seuil-nouvelle fenêtre) 

Un roman déchirant du deuil et de l’inconsolable*Un cheval entre dans un bar de david Grossmann (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

D’après toutes les critiques, c’est un livre remarquable parce que « ce n’est pas juste un livre à propos d’Israël mais c’est un livre qui parle des hommes et des sociétés qui dysfonctionnent terriblement », et c’est aussi une « méditation hypnotisante sur les forces opposées qui façonnent nos vies […] et sur comment, dans les périodes les plus sombres, nous parvenons à trouver la force de continuer… » (source article « Israeli author David Grossman wins Man Booker International prize » du Guardian du 14/6/2017-nouvelle fenêtre).

Lors de sa parution en France en 2015 , on pouvait lire dans Le Monde du 19/08/2015 « David Grossman met l’être à nu. Avec Un cheval entre dans un bar, l’écrivain israélien signe un * déchirant roman du deuil et de l’inconsolable…(la suite à lire sur le site du Monde des livres- nouvelle fenêtre). 

Un livre à retrouver à La Médiathèque ainsi que tous les autres romans de David Grossmann dont Une femme fuyant l’annonce (nouvelle fenêtre) qui avait reçu le prix Médicis étranger en  2015.

Prix littéraires radio 2017 : après le Grand Prix RTL-Lire de Tanguy Viel, Le Prix du Livre Inter pour Jean-Baptiste Del Amo

12 Juin

Comme chaque année depuis 43 ans … le jury du Prix du Livre Inter, composé de 24 auditrices et auditeurs de France Inter et présidé cette année par Elisabeth Badinter, vient de couronner son lauréat. Ainsi le 5 juin 2017, Jean-Baptiste Del Amo a été récompensé pour son roman Le règne animal. Ce prix littéraire, décerné par la chaîne de radio, fait suite à celui, vieux déjà d’il y a quelques mois, du Grand Prix RTL-Lire décerné en mars 2017 à Tanguy Viel pour Article 353 du code pénal. 

Régne animal de Jean-Baptiste Del Amo (livre numérique à télécharger sur le catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)  Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)   Régne animal de Jean-Baptiste Del Amo (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Article 353 du code Pénal de tangy Viel (livre numérique à télécharger sur le catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Si l’on s’amuse à pousser un peu plus loin le rapprochement entre ces deux prix littéraires radiophoniques, une question vient à l’esprit  : peut-on distinguer une tendance commune entre deux romans primés par une communauté d’auditeurs aimant lire ? Aussi, sans nous lancer dans une étude des mérites comparés des œuvres récompensées sur les dix dernières années,  essayons simplement de nous prêter au petit jeu des ressemblances entre les deux lauréats 2017.

Du côté des auteurs :

Avec une proportion de 3/10 et  de 2/10 auteur(e)s femme dans les sélections finales des deux prix, les deux lauréats appartiennent au genre « écrivain masculin barbu, plus ou moins quarantenaire, né ou habitant la province ».

Ils ont tous deux  commencé à publier très jeunes et ont reçus des prix destinés à récompenser de nouveaux talents (Prix littéraire de la vocation 2002 pour Viel et Goncourt du 1er roman 2009 pour Del Amo) ainsi que le Prix Fénéon des Universités* : pour Viel en 2002 avec L’absolue perfection du crime et pour Del Amo en 2008 avec Une éducation libertine.

Ces deux auteurs ont tous les deux goûté aux bonheurs de la Dolce vita, ayant fréquenté la villa Médicis à Rome entre 2003 et 2004 pour Viel et 2010-2011 pour Del Amo.

Depuis leurs débuts, ils sont tous deux édités par de prestigieux éditeurs affectionnant le blanc pour leurs couvertures : crème élégant pour la célèbre Blanche de Gallimard de l’un et historique petit format blanc résistant pour les Éditions de Minuit de l’autre.

Enfin, pour l’anecdote , l’un est végétalien (devinez lequel 🙂 , l’autre on ne sait pas…

* Pour ceux qui s’interrogent : le Prix Fénéon est un prix littéraire et artistique créé en 1949. Il récompense tous les ans « un jeune écrivain et un jeune peintre ou sculpteur âgés de 35 ans au plus et dans une situation modeste », afin de les aider à poursuivre leur formation littéraire ou artistique (définition extraite de Wikipédia)

Du côté des thématiques :

Les deux romans ont des caractéristiques communes :  un ancrage réaliste au cœur des provinces françaises, des histoires de famille, des questions de transmission, des rivalités, du pouvoir, du sang, des meurtres 🙂

Pour vous mettre en appétit, voici le pitch de chacun des deux romans en quelques lignes :

  • Règne animal  : « du début à la fin du vingtième siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l’omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d’une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle… »
  • Article 353 du code pénal : « pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là… »

Du côté du style :

Dès la première phrase, chaque auteur installe une atmosphère, un lieu, un point de vue et des personnages. Point commun des deux incipits romanesques à lire ci-dessous : des images fortes, des matières, des sensations, où l’on distingue tout de suite un penchant pour la sobriété ou la foisonnance. Dans les deux cas, l’écriture est visuelle, dense, attentive aux détails et utilise un cadrage resserré avec contre-jour ou contre-plongée…

Et dans ces deux débuts, notez qu’il est question de banc 🙂

  • Article 353 du code pénal 
 Sur aucune mer du monde, même aussi près de la côte, aucun homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé, – la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand aussi bien l’instant d’avant le même homme bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, les litres d’eau salée, le froid qui engourdit  et jusqu’au poids de vêtements qui empêche de nager.
  • Règne animal
Des premiers soirs du printemps aux veillées de l’automne, il s’assied sur le petit banc de bois clouté et vermoulu, à l’assise ployée, sous la fenêtre dont le cadre détache dans la nuit et sur la façade de pierre un théâtre d’ombres. À l’intérieur, sur la table en chêne massif une lampe à huile  halète et l’éternel cheminée projette sur les murs couverts de salpêtre la silhouette affairée de l’épouse, l’élance brusquement sur les solives ou la brise sur un angle, et cette lumière jaune, hésitante, gonfle la grande pièce puis crève l’obscurité de la cour, laissant le père contourné, immobile et sombre dans un semblant de contre-jour.

Du côté de La Médiathèque 🙂

Au vu des points précédents, nous en arrivons donc à la conclusion suivante : des similitudes existent entre ces deux romans… Et la dernière n’en est pas moins la plus troublante 🙂  : dans votre médiathèque préférée, Article 353 du Code Pénal et Règne animal sont disponibles en version papier à emprunter ET en livre numérique à télécharger … (sans oublier de vous connecter sur votre compte).

Et maintenant, à vous de vous faire votre propre opinion ! Et si vous trouvez d’autres ressemblances notables, infimes ou saugrenues entre le Grand Prix RTL Lire et le Prix Livre-Inter 2017, n’hésitez pas à nous en faire part  🙂

Enfin, pour ceux qui voudraient pousser l’analyse un peu plus loin et/ou pour ceux qui cherchent d’autres idées de lecture, vous pouvez lire les 18 autres romans sélectionnés (disponibles à La Médiathèque en livre papier ou à télécharger) pour le Grand Prix RTL Lire et pour le Prix du Livre Inter 2017.

Les 10 finalistes du Prix du Livre Inter

Les 10 finalistes du Prix RTL Lire

Bonne lecture 🙂

L’auteur jeunesse Wolf Erlbruch reçoit le prix ALMA 2017

9 Mai

Le prix ALMA (Astrid Lindgren Mémorial Award ou Prix commémoratif Astrid Lindgren) est la plus haute récompense destinée à un auteur jeunesse vivant : cette année, Wolf Erlbruch a été honoré par cette distinction majeure. Malgré un parti pris pour la difficulté tant par le choix des sujets que par leur traitement, Wolf Erlbruch est reconnu par les critiques et apprécié du jeune public. Ses ouvrages, écrits seul ou en partenariat avec d’autres, sont une invitation permanente à la découverte, certains parlent même «d’état d’âme » à la Erlbruch

© Wolf Erlbruch / Peter Hammer Verlag

Wolf Erlbruch met les questions essentielles de la vie à la portée des lecteurs de tous âges. Son oeuvre profondément ancrée dans une vision fondamentalement humaniste dépeint avec humour et chaleur les petites choses qui forment le grand Tout. Maîtrisant parfaitement son art, il s’appuie sur une longue tradition graphique, tout en ouvrant de nouvelles perspectives créatives. Wolf Erlbruch est un visionnaire appliqué.*

* Extrait de la plaquette de présentation du site du Prix Alma (en anglais-nouvelle fenêtre).

Plusieurs générations d’enfants du monde entier connaissent le titre emblématique racontant l’histoire De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête … (nouvelle fenêtre)

Avec ce succès mondial, Wolf Erlbruch, est dès le début de sa carrière, nominé et couronné par des prix nationaux et internationaux.

Ces récompenses vous indifférent ? Venez découvrir son atelier  :

Site de Wolf Erlbruch (nouvelle fenêtre)

Wolf Erlbruch a collaboré avec des auteurs contemporains marquants plutôt germanophones comme : Rafik Schami (nouvelle fenêtre),  Jürg Schubiger (nouvelle fenêtre), Lavie Oren (nouvelle fenêtre), ou encore Dolf Verroen (nouvelle fenêtre).  

Il travaille aussi seul, mais à chaque fois il choisit la difficulté. Soit par la forme picturale qui est très loin de l’imaginaire formaté Disney, ou encore par un texte délibérément poétique. Ainsi il n’hésite pas à s’emparer de Goethe…

Il ne cherche pas non plus la facilité dans les thèmes traités  : l’amour cannibale comme dans L’ogresse en pleurs (nouvelle fenêtre), le sens de l’existence dans La grande question (nouvelle fenêtre), la philosophie dans Le nouvel abécédaire, la différence dans Les cinq affreux (nouvelle fenêtre), la création du monde dans L’atelier des papillons ou encore l’autonomie et la liberté avec Remue ménage chez Madame K (nouvelle fenêtre).

Quelle que soit la difficulté, Professor Erlbruch reste « simple » et plein d’humour. Ce n’est pas Hans Bacher,  producteur designer dans l’industrie du film d’animation ( Dreamwolds ), camarade de promo de 1969 à 1974 qui dira le contraire . Sur son site One1more2time3’s Weblog (en anglais-nouvelle fenêtre) il retrace  30 ans de carrière  de Wolf Erlbruch :

Un auteur qui a su transformer en or tout ce qu’il a créé.

Des nouvelles de Léonard 2017

3 Mai

La sixième édition du concours d’écriture des élèves de seconde du lycée Léonard de Vinci de Levallois vient de se terminer avec l’annonce des lauréats le 20 avril dernier au CDI du lycée… Les nouvelles primées sont désormais réunies dans le recueil 2017, Héritages : nouvelles  qui réunit 10 des meilleurs textes. N’hésitez pas à les lire à La Médiathèque, au lycée ou en ligne !

Le concours Des nouvelles de Léonard est un projet organisé par le lycée qui, depuis quelques années, convie les bibliothécaires de La Médiathèque à être membres du jury. Ce comité de lecture composé aussi de professeurs et de documentalistes sélectionne 20 textes. Les 10 premiers lauréats sont publiés dans un recueil édité par le lycée : Héritages : nouvelles (nouvelle fenêtre) mais vous pouvez aussi les lire en ligne (nouvelle fenêtre).

Définition de la nouvelle :

la nouvelle est un récit court, écrit en prose. Cependant, plus que sa longueur, c’est bien davantage la concision et l’efficacité de son écriture qui la caractérisent. En règle générale, les personnages d’une nouvelle sont peu nombreux et brièvement décrits. Son action est assez simple mais construite de façon à ménager un effet de surprise au dénouement : c’est ce que l’on appelle la chute.

Cette année, comme les précédentes, nous, bibliothécaires, avons été éblouis par le sens de l’observation, l’imagination mais aussi les talents d’écriture des adolescents. Tous leurs textes nous ont captivés et émus. Nous leur adressons un grand bravo et remercions chacun des auteurs pour nous avoir offert ce plaisir de lecture. Le thème 2017 étant « Héritages », il nous est venu l’envie de citer une réflexion concernant l’idée de transmission :

L’enfant de personne ne devient personne. Il lui faut quelqu’un pour devenir quelqu’un. Un nouveau-né qui n’appartient pas est condamné à mourir ou à mal se développer. Mais un enfant qui appartient est condamné à se laisser façonner par ceux à qui il appartient.

Boris Cyrulnick, psychiatre et psychanalyste français.

Pour voir des photos de la remise des prix et découvrir le nom des lauréats 2017… précipitez-vous sur l’article Concours de nouvelles # 2, la remise des prix  (nouvelle fenêtre) publié sur le blog du CDI du lycée Léonard de Vinci.

Transistions, nouvelles Lycée léonard de Vinci (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) BONUS : en 2016, nous avions aussi assisté à la remise des prix  (Des nouvelles de Léonard 2016) et  le recueil des nouvelles intitulé Transitions : nouvelles (nouvelle fenêtre) est disponible à La Médiathèque.

Bonnes nouvelles 🙂

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