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Le Goncourt 2018 de la biographie a été attribué à …

2 Juil

Né en 1980, le premier Goncourt de la biographie fut décerné à Jean Lacouture pour son ouvrage sur François Mauriac édité au Seuil. Le 5 juin 2018, le nom du lauréat du Prix Goncourt de la biographie – qui s’appelle depuis peu le prix Goncourt de la Biographie Edmonde Charles-Roux-, a été dévoilé :  il s’agit de Denis Demonpion pour son livre Salinger intime : enquête sur l’auteur de L’Attrape-cœurs (nouvelle fenêtre) édité chez Robert Laffont.

Salinger intime : Enquête sur l'auteur de L'attrape-coeurs de Denis Demonpion (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Parmi les prix littéraires et particulièrement parmi les descendants du Goncourt, celui-là est presque un jeunot. Il vient d’ailleurs de se voir rebaptiser Prix Goncourt de la Biographie Edmonde Charles-Roux. Il est traditionnellement attribué par les académiciens lors de leur dernière séance avant l’été et remis à Nancy lors de la manifestation littéraire annuelle Le livre sur la place, soulignant ainsi les liens de cœur entre la famille Goncourt et la ville lorraine (lieu de naissance d’Edmond Goncourt).  Le choix de ce lieu témoigne aussi des liens de mémoire entre l’actuelle Académie Goncourt et la ville de Nancy, puisque celle-ci héberge depuis 1988 les archives de la vie de l’académie ainsi que des documents ayant appartenu aux frères Goncourt.

Les tendances d’un prix presque quarantenaire

Si l’on se penche attentivement sur les sujets des ouvrages récompensés depuis près de 40 ans, on peut y déceler un certain esprit de famille : littéraire et cultivé 🙂

Ce prix étant une sorte d’arrière-petit-cousin de l’illustre Goncourt né en 1903, on trouve dans les livres lauréats une majorité de biographies de romanciers et personnalités littéraires (27 livres / 37 ouvrages récompensés). Parmi ces hommes de lettres figurent tout de même quelques artistes, musiciens, cinéastes, collectionneurs ou mécènes. On y trouve quelques outsiders comme une célèbre femme de mode, un militaire jeune héros de la guerre de 1870 et de la Commune ou encore un personnage aussi mythique que biblique : Moïse. Malgré ces deux derniers exemples, les héros des livres lauréats appartiennent généralement au XXe siècle.

Il est amusant de constater que parmi les personnalités choisies comme thèmes de ces sommes de savoir, la parité n’est pas véritablement de mise puisque seules 11 femmes sont au centre de ces biographies. Pour en tirer de potentielles conclusions sur la représentation de la femme en biographie goncourable, il faudrait analyser tous les titres sélectionnés, mais là n’est pas l’objet de cet article !  Néanmoins, on peut imaginer que le nom actuel du Prix qui rend hommage à une femme pourrait faire infléchir cette courbe à tendance sujet masculin, même si évidemment chacun sait que le prix est attribué sur des critères de qualité et non de genre du sujet étudié 🙂

Pour l’anecdote : en 2006, un éclair coquin et licencieux a peut-être fait sourire les jurés ce jour où le prix fut attribué à une œuvre racontant la vie d’une certaine Dominique Aury. Celle-ci était plus connue sous son pseudonyme Pauline Réage, auteur du sulfureux Histoire d’Ô.

Pour finir ce rapide et très subjectif survol des ouvrages primés, l’année 2017 fut une première puisque c’est une œuvre à 4 mains (celles de Claude et Marianne Schopp) qui reçut le prix avec un ouvrage au titre très psychanalytique : Dumas fils ou l’Anti-Œdipe (paru chez Phébus).

Le lauréat 2018 : une bio de Salinger

Comme nous le savons depuis quelques semaines, c’est un livre sur le grand écrivain Salinger qui l’emporte cette année : énigmatique, discret et retiré volontairement du monde, ce dernier était l’auteur du livre culte L’attrape-cœur (nouvelle fenêtre)L’ouvrage du journaliste et biographe Denis Demonpion apporte un nouvel éclairage sur la vie de cet écrivain énigmatique et retiré volontairement du monde.

 Il [Denis Demonpion] revient sur ses jeunes années à Vienne durant l’Anschluss, son engagement durant la Seconde guerre mondiale (Salinger a été parmi les soldats américains qui ont débarqué en Normandie pour libérer la France) mais aussi sur sa relation amoureuse avec la jeune Oona O’Neill […] . (extrait de l‘article publié sur Tv5 monde – nouvelle fenêtre)

Aux côtés de cet auteur qui marqua une époque et des générations de lycéens, les personnalités mises en lumière dans les autres livres sélectionnés en 2018 étaient  :

  • la femme d’un fabuleux écrivain mais homme de peu de bien :

♥ Madame Céline par David Alliot (Tallandier)

  • un auteur de policier inventeur du cyberpolar :

♥ Maurice G. Dantec : Prodiges & outrances par Hubert Artus (Séguier)

  • un dramaturge français à l’œuvre traduite et jouée dans le monde entier disparu dans les années sida

♥ Bernard-Marie Koltès par Arnaud Maïsetti (Minuit)

  • une essayiste américaine, militante, passionnée de politique et de photographie,

♥ Susan Sontag par Béatrice Mousli (Flammarion)

Les lauréats depuis 1980

Pour les amateurs de biographies, voici la liste des livres primés au fil des années.

2017 Claude et Marianne Schopp Dumas fils ou l’Anti-Oedipe Phébus
2016 Philippe Forest Aragon Gallimard
2015 Jean-Christophe Attias Moïse, fragile Alma
2014 Jean Lebrun Notre Chanel Editions Bleu autour
2013 Pascal Mérigeau Jean Renoir Flammarion
2012 David Haziot Le roman des Rouart Fayard
2011 Maurizio Serra Malaparte, vies et légendes Grasset
2010 Michel Vinock Madame de Stael Fayard
2009 Viviane Forrester Virginia Woolf Albin Michel
2008 Jennifer Lesieur Jack London Tallandier
2007 Patrice Locmant Huysmans, le forçat de la vie Bartillat
2006 Angie David Dominique Aury Léo Scheer
2005 Thibaut d’Antonay Jean Lorrain Fayard
2004 Claude Dufresne Appelez-moi George Sand Michel Lafon
2003 Pierre Billard Louis Malle Plon
2002 Jean-Paul Goujon Pierre Louÿs Fayard et Christian Bourgois
2001 Laure Murat La maison du docteur Blanche JC Lattès
2000 Dominique Bona Berthe Morizot Grasset
1999 Claude Pichois & Alain Brunet Colette de Fallois
1998 Christian Liger Le roman de Rossel Robert Laffont
1997 Jean-Claude Lamy Prévert, les frères Albin Michel
1996 Anka Muhlstein Astolphe de Custine Grasset
1995 Gidel Les deux Guitry Flammarion
1994 David Bellos Georges Perec Seuil
1993 Jean Bothorel Louise de Vilmorin Grasset
1992 Philippe Beaussant Lully Gallimard
1990 Pierre Citron Giono Seuil
1989 Joanna Richardson Judith Gautier Seghers
1988 Frédéric Vitoux La vie de Céline Gallimard
1987 Michel Surya Georges Bataille, la mort à l’œuvre Seghers
1986 M. Canavaggio Cervantes Mazarine
1985 Georges Poisson Laclos ou l’obstination Grasset
1984 Jeanne Champion Suzanne Valadon Fayard
1983 Ghislain de Diesbach Madame de Staël Perrin
1982 Pierre Sipriot René Depestre
1981 Hubert Juin Victor Hugo Christian Bourgois
1980 Jean Lacouture François Mauriac Seuil

Source  :  Académie Goncourt (nouvelle fenêtre)

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Retour sur la soirée littéraire de lectures des élèves de 1ère STMG

19 Juin

Vous avez raté un grand moment !

 

Jeudi 31 mai 2018, les élèves de la classe STMG 1 du lycée Léonard de Vinci clôturaient leur année de première et leur participation au Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle (nouvelle fenêtre). Comme nous vous l’avions annoncé dans notre Soirée littéraire à La Médiathèque, ils vous proposaient une soirée de lectures. Leur professeur était inquiet, ils doutaient d’eux-mêmes et, pourtant ils l’ont fait !

Loin des sentiers battus et du carcan scolaire, ils ont pris sur eux pour présenter leurs choix avec conviction et lire à voix haute des extraits de leurs textes favoris.

Voici ce qu’ils ont choisi regroupés par thèmes :

Quand la littérature exprime le lien familial

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Quand la littérature dit l’amitié

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Quand la littérature dit l’aventure

Extrait lu par Débora

Quand la littérature exprime la force

Extrait lu par Ousmane

Quand la littérature dit la guerre

Extrait lu par Maximilien

Quand la littérature exprime les sentiments

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Quand la littérature exprime la liberté

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Quand la littérature amuse

Extrait lu par Manel

Quand la littérature est témoignage

Extrait lu par Emma

Quand la littérature dénonce

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Quand la littérature dit la vie

Le livre de la vie est le livre suprême. Qu’on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ; le passage attachant ne s’y lit pas deux fois. Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ; on voudrait revenir à la page où l’on aime. Et la page où l’on meurt est déjà sous vos doigts.

(Poème d’Alphonse Lamartine lu par Yassine)

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Une sélection rafraichissante et diversifiée, à l’image de certains tempéraments affirmés, issue de la littérature jeunesse, classique ou contemporaine. Des extraits entre fiction et documentaire qui reflètent leurs états d’esprit et fait souffler un vent d’idéal.

Ils ont travaillé, avec Jean-Marc Haloche, metteur en scène de la Cie Ici Londres, la posture, l’articulation, le souffle, la respiration, la mise en scène et …. les silences qui en disent souvent plus long que bien des mots.

Oui, une soirée qui vaut bien celle des Molières (nouvelle fenêtre), où l’émotion était palpable !

Peut-être participeront-ils à la 3ème Nuit de la lecture (nouvelle fenêtre)  le 19 janvier 2019 ?

Il ne nous reste plus qu’à les féliciter, leur souhaiter de réussir dans leurs études et de croire en leur potentiel.

Des nouvelles de Léonard 2018

18 Mai

À l’occasion de la 7éme édition du concours de nouvelles organisé par le Lycée Léonard de Vinci de Levallois, les bibliothécaires  de La Médiathèque, qui faisaient partie du jury, ont été conviés à la remise du prix 2018. Le comité de lecture était également composé de Madame la proviseure, de professeurs et  de documentalistes du lycée. L’annonce des lauréats a eu lieu le 3 mai dernier au CDI.

Les dix premières nouvelles sélectionnées parmi les écrits des classes de seconde qui participent à cette aventure ont la chance d’être édités. Et comme chaque année, le recueil intitulé Éclat(s) (nouvelle fenêtre) intègre les rayons de La Médiathèque.

prix nouvelle lyceen 2018

Le thème imposé cette année était « éclat » et même si il a un petit peu dérouté les élèves, ces derniers nous ont vraiment étonnés par leur imagination et leur sensibilité.

Ainsi après Transitions (nouvelle fenêtre) en 2016 et Héritages (nouvelle fenêtre) en 2017, nous vous invitons à votre tour à venir découvrir les textes de ces jeunes auteurs 2018 dans le recueil Éclat(s) (nouvelle fenêtre).

BONUS : en 2016 et 2017, nous avions aussi assisté à la remise des prix. Retrouvez ces moments forts dans nos articles : Des nouvelles de Léonard 2016  et Des nouvelles de Léonard 2017.

Soirée littéraire à La Médiathèque par les élèves de 1ère SMTG du Lycée Léonard de Vinci

2 Mai

Demandez le programme de lectures ! Rendez-vous le 31 mai 2018 à La Médiathèque pour conclure une année riche en découvertes. Et découvrez l’aventure, entre plaisir et contrainte, d’une classe de 1ère du Lycée Léonard de Vinci à Levallois et de son professeur de français : leur participation au Prix littéraire des lycéens, des apprentis et de la formation professionnelle 2018.

Lire ou ne pas lire ?

Déjà dans les années 90, les sociologues  Francois de Singly, auteur de Lire à 12 ans. Une enquête sur les lectures des adolescents (nouvelle fenêtre) et Christian Baudelot, auteur de Et pourtant ils lisent (nouvelle fenêtre) s’interrogeaient sur la lecture des adolescents. Et chaque année, c’est le même leitmotiv. Les jeunes ne lisent pas, dit-on. Vrai ou faux ? Comme le montre cette infographie du blog Allez vous faire lire (nouvelle fenêtre) Il se pourrait bien pourtant que les jeunes lisent plus que leurs ainés … Voici le défi d’un professeur de français du Lycée Léonard de Vinci à  Levallois : Monsieur Fournier, sceptique, joueur ou ambitieux… Il applique à la lettre le premier précepte du droit des lecteurs défini par Daniel Pennac dans son célèbre Comme un roman (nouvelle fenêtre) et que l’auteur explicitait à nouveau dans Télérama (nouvelle fenêtre) en janvier 2018  :

Si tu veux qu’ils lisent un jour, ne te moque jamais de ceux qui ne lisent pas. Mais, laisse plutôt trainer un chef d’œuvre à leur portée…

Mais entre programme scolaire et échéance du bac de français, comment motiver ces adolescents ? Peu d’impératif et beaucoup de participatif !

Mode d’emploi d’un prix très sérieux

Pour la 7ème année, la Région Île-de-France (nouvelle fenêtre)  organise, avec la Maison des écrivains et de la littérature (nouvelle fenêtre) , le Prix littéraire des lycéens, des apprentis et de la formation professionnelle (nouvelle fenêtre).

Il s’agit d’un prix aux multiples atouts :

  • Il pousse les jeunes à constater la richesse des lieux de proximité (Médiathèques, librairies) permettant de s’approvisionner en lectures, d’y découvrir des professionnels et de bénéficier de leurs conseils avisés.
  • Il incite toutes les classes de la Région Île de France impliquées à découvrir la littérature contemporaine française dans toute sa diversité : correspondance, poésie, roman graphique, BD, polar etc… avec une large sélection (nouvelle fenêtre) spécifique à chaque département.

Comme les années précédentes (voir nos articles Clôture du Prix des lycéens à La Médiathèque (2014),  et Passez votre soirée du 3 juin à La Médiathèque (2015), les bibliothécaires de La Médiathèque ont participé à cette opération en accompagnant les élèves et leur professeur dans leur projet. Ainsi, lors de plusieurs rendez-vous à La Médiathèque, les élèves ont découvert la médiathèque Albert-Camus et la médiathèque Gustave-Eiffel et surtout La Médiathèque en ligne. Ils ont participé à des ateliers d’écriture et préparé une surprise pour cette fin de mois de mai.

C’est ainsi que -le croirez-vous ?-, en plus des programmes scolaires obligatoires, les élèves de la classe de STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) du lycée de Levallois ont lu :

D’un cœur léger : carnets retrouvé du Dormeur du Val (nouvelle fenêtre) de Loïc Demey

Un paquebot dans les arbres  (nouvelle fenêtre) de Valentine Goby

Les cosmonautes ne font que passer (nouvelle fenêtre) de Elitza Gueorguieva

Pas trop saignant  (nouvelle fenêtre) de Guillaume Siaudeau

Pereira prétend  (nouvelle fenêtre) de Pierre-Henry Gomont

Sur les 3 heures hebdomadaires de cours de français, non seulement les élèves ont lu ces ouvrages, mais ils ont aussi rencontré leurs auteurs, pris le temps de débattre entre eux, rédigé des avis de lecture et élu leur titre favori.

Car le 16 mars 2018, tous les jeunes d’Île de France participant à ce projet se sont retrouvés au Salon du Livre de Paris pour remettre le prix à l’élu de leur choix.

Impressionnant !

Mais pour qui ont-ils voté ? L’auteur de la BD ? Que nenni, ils ne sont pas laissés tromper par la fausse facilité. Et l’heureux élu est :

Guillaume Siaudeau

© Coline Sentenac

Guillaume Siaudeau pour Pas trop saignant, son troisième roman.

Pour certains, fuir se résume à entrer dans un beau rêve. Pour d’autres les choses ont besoin d’être plus concrètes. Joe est de cette trempe. Il veut se sentir bien. Vivant. Pour de vrai. Voilà pourquoi, émergeant d’un demi-sommeil existentiel, il passe à l’action.

L’aventure va-t-elle s’arrêter là ?

Non ! L’aventure de cette classe continue : coachée par Jean-Marc Haloche de la Compagnie Ici Londres (nouvelle fenêtre), toute la classe a travaillé à la mise en voix de leurs textes préférés pour vous proposer une soirée littéraire le jeudi 31 mai 2018.

Pour les écouter, rendez-vous à l’auditorium de la médiathèque Gustave-Eiffel !

Lire sera alors devenu un acte presque familier, un moment de partage où il ne manquera que vous pour construire une vraie relation.

Venez nombreux pour apprécier toute la formidable énergie et ce feu d’artifice d’énergies mises au service de la lecture.

Goncourt d’avant, que sont-ils devenus ? (1)

30 Oct

Une semaine avant l’annonce du lauréat du prix Goncourt 2017 (nouvelle fenêtre), quelques valeureux Goncourables sont encore en lice et les pronostics vont bon train pour savoir qui sera l’heureux Goncourt 2017. Nous nous réjouissons par avance pour celui/celle qui sera l’Élu de l’année et lui souhaitons succès durable et longue vie littéraire. En pensant à son avenir, nous nous nous sommes interrogés sur la destinée littéraire, ses aléas et la trace qu’un romancier et son œuvre laissent dans le temps. Très vite, une question s’est imposée  : en 2017, qui connait encore le nom et l’œuvre des illustres prédécesseurs* du futur Goncourt de l’année ?

Que les choses soient claires :  il ne s’agit pas de déprimer le futur lauréat mais bien au contraire de l’éclairer sur les mirages potentiels de la gloire afin de le prévenir que dans 100 ans, peut-être seuls sa descendance, les archivistes du Goncourt et ce blog  – s’il devient centenaire :-)-, se souviendront de son nom et de son roman.

Pourtant que le lauréat 2017 ne s’inquiète pas :  nul ne peut tirer une leçon de la postérité puisque la littérature, comme la vie,  est riche en oublis, absences cruelles mais aussi redécouvertes et surprises, voire phénomènes de mode qui font renaître un auteur de ses cendres. Car, s’il est très vite une assurance de reconnaissance immédiate et une manne substantielle pour un auteur, le Goncourt peut aussi être aussi un phénix.

  • Note à l’attention des lecteurs qui sont allés jusque-là : afin de ne pas vous faire ici une thèse de 250 volumes sur l’histoire du Goncourt depuis sa création en 1903, nous avons choisi de nous intéresser aux auteurs lauréats du Goncourt des années finissant par 7. Voici aujourd’hui les 4 premiers.

1907  : Emile Moselly pour Terres lorraines et Jean des brebis ou le livre de la misère. Plon

À priori, peu de lecteurs de 2017 connaissent l’œuvre d’Émile Chenin (nom de plume Moselly), à part les amateurs de romans régionalistes rustiques et quelques Lorrains. Pourtant, cet auteur a eu une courte vie (1870-1918) dont la naissance et la disparition sont dignes d’un personnage de roman : né dans la BNF (son père y était gardien) et mort d’un arrêt du cœur dans le train Quimper-Paris en revenant de vacances …  Professeur agrégé de lettres classiques, il eut pour élève Maurice Genevoix à Orléans, pour  ami et soutien de son œuvre, Charles Péguy, et il écrivit une petite dizaine de romans. Mais son nom reste gravé dans les mémoires grâce au prix littéraire qui porte son nom  : le Prix Moselly (nouvelle fenêtre) qui récompense depuis 1949 une nouvelle « d’inspiration lorraine » publiée dans Études Touloises, le magazine du pays de Toul  organe de communication du Cercle d’Études Locales du Toulois (CELT).

1917  : Henri Malherbe pour La flamme au poing. Albin Michel

Critique littéraire, journaliste, directeur de la Revue des Vivants, brièvement directeur de l’Opéra comique, Henri Malherbe (1886-1958),  lieutenant blessé au combat durant la Grande guerre, fut président de l’Association des écrivains combattants : il est lui aussi à l’origine d’une distinction littéraire le Prix Henry-Malherbe (nouvelle fenêtre) : créé en 1953 et réservé à un essai. Outre le Goncourt de 17, Malherbe reçut le Grand Prix SGDL de littérature 1956 (nouvelle fenêtre) pour l’ensemble de son œuvre.

Patriotique et ardent, La flamme au poing est un roman de guerre qui fait revivre les combats à partir de l’expérience de l’auteur. Ce texte contraste avec Le feu d’Henry Barbusse, couronné par le Goncourt l’année précédente. En effet, en 1917,  il s’agit de remobiliser, de ne plus douter de la cause et de motiver les troupes quitte à noircir l’allure de l’ennemi et à mythifier  « les soldats habillés d’un bleu clair, zébré de boue blonde,  (qui) sont le ciel et le sol de France en action ».

1927  : Maurice Bedel pour Jérôme, 60° latitude nord. Gallimard

Romancier, voyageur, essayiste et docteur en médecine versé dans la psychiatrie et les obsessions, Maurice Bedel publia d’abord de la poésie sous le pseudo de Gabriel Senlis. S’il fait partie de cette génération d’écrivains marquée par les tranchées, il entamera sa carrière de romancier avec un roman sentimental. Ce roman, Jérôme 60 ° latitude nord, reçut le Goncourt l’année de sa sortie contre l’avis de Léon Daudet alors membre de l’Académie Goncourt qui lui préférait L’imposture de Georges Bernanos. Malgré son prestigieux prix, le roman de Bedel fut assez critiqué à sa sortie : on lui reprochait de plagier Morand ou Giraudoux mais surtout de porter atteinte à la réputation des jeunes filles de Norvège, pays où se situe l’intrigue amoureuse.

Quelques années plus tard, une fois les discussions et les polémiques apaisées,  Maurice Bedel devient président de la SGDL en 1948, prouvant ainsi que le monde (y compris le littéraire) est petit. Si son roman est peu lu aujourd’hui, Bedel reste dans les mémoires du XXIe siècle pour Son journal de guerre, tenu pendant les 4 ans du conflit et resté inédit jusqu’alors : il a été publié presque 100 ans plus tard et fait preuve d’une finesse d’observation et d’une lucidité étonnantes. Commencé le 1er août 1914 dans l’ivresse patriotique, il se termine sur ces mots :

Les temps sont noirs. L’horizon est barré. Il ne faudra pas que l’on croie dans cent ans que c’était gai, la Victoire.

(Saint-Avold, 31 décembre 1918).

Faux passeport d'Emile Plisnier (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) 1937  : Charles Plisnier pour Faux-passeports. Corréa

Poète, militant politique, avocat, journaliste, Charles Plisnier (1896-1952) fut le premier écrivain belge à obtenir le plus prestigieux prix français. À ce titre, il semble avoir mieux franchi les décennies que ses confrères de fortune littéraire. Plisnier fut d’abord poète, puis novelliste et romancier et reçut le Goncourt pour Faux passeports, un recueil de nouvelles, en lice avec un roman de Georges Simenon. L’histoire du Goncourt ne s’étend pas trop sur le fait qu’en raison de sa nationalité, on avait refusé à Plisnier le prix  l’année précédente (1936) alors que son roman Mariages était salué par la critique comme l’œuvre d’un nouveau Balzac.

Mais en 37, les académiciens Goncourt se rattrapèrent en primant Faux passeports ainsi que Mariages. Le sous-titre de Faux Passeports, Les Mémoires d’un agitateur, avait peut-être plus de sens qu’on n’avait voulu le voir puisqu’il a ainsi  réussi à bouleverser les frontières géographiques du Goncourt.

Grâce à ce succès, Plisnier devint membre de l’Académie de langue et de littérature françaises (nouvelle fenêtre) , l’équivalent belge de notre Académie française avec des particularités locales  : 40 membres, écrivains et philologues, des membres féminins dès 1920 et des étrangers acceptés. Une fois lauréat, Plisnier abandonna le barreau pour se consacrer au Meurtres, une saga de 5 volumes. Cette série fut adaptée en 1949 au cinéma avec un casting insolite réunissant Jeanne Moreau et Fernandel.

S’il était écrivain à part entière, Plisnier était aussi un homme engagé. Investi dès 1945 dans le fédéralisme wallon, il présida l’Union fédéraliste des minorités et régions européennes et s’avéra un défenseur précoce de l’Europe.

Comme ses confrères goncourés de 1907, 17 et 27, Charles Plisnier a donné son nom à un prix littéraire, le prix Charles Plisnier,  institué en 1959, qui fusionnera en 1963 avec le «prix hainuyer de littérature française», et c’est, depuis, le «prix hainuyer de littérature française Charles Plisnier» qui est annuellement décerné dans la province du Hainaut mais aussi à d’autres prix dont Le Prix triennal Sciences humaines et Folklore décerné par l’Association Charles Plisnier (nouvelle fenêtre) créée à la mort de l’écrivain avec pour mission de « promouvoir la francophonie, langue et cultures ».

De ces quatre Goncourts d’avant-guerre, Plisnier fut le seul à être proposé pour le Nobel de littérature en 1952. Hélas pour lui, c’est un Français, François Mauriac, qui reçut cette reconnaissance internationale.

Outre sa qualité littéraire, c’est peut-être une des raisons qui font que son œuvre continue à être éditée en 2017, lue et disponible, notamment en livre numérique (nouvelle fenêtre) sur le site de votre médiathèque préférée.

Sources utilisées pour cet article :

Bihr Alain, « Bedel M., Journal de guerre 1914-1918 », dans revue  Interrogations , N°17. L’approche biographique, janvier 2014 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Bedel-M-Journal-de-guerre-1914 (nouvelle fenêtre)

Site de l’ Académie Goncourt (nouvelle fenêtre)

Site de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (nouvelle fenêtre)

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