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Romans d’anticipation : quand la fiction s’inspire de l’avenir

27 Mai

Tout écrivain, secrètement, perçoit ou croit percevoir la réalité des choses, que les autres ne peuvent discerner ; l’artiste ou l’auteur est maître des destins et rend compte de ses perceptions dans son œuvre. Il écrit le futur : celui de l’instant, du lendemain ou du siècle à venir.

L’intuition est la capacité prédictive du romancier

Pour l’écrivain, le roman n’est pas seulement un exercice littéraire, mais l’élaboration d’une vision. Celle-ci prend place dans l’espace d’un roman ;  l’artiste ou l’auteur, en rendant sa perception de la vérité dans son œuvre,  s’approche sans fin d’une vérité absolue, la sienne. Et parfois celle ci se vérifie…

À l’instar de Jules Verne , visionnaire de génie du XIXe siècle qui a écrit de nombreuses œuvres d’anticipation qui révèlent des technologies qui existent aujourd’hui : l’énergie solaire, les missiles guidés, les sous-marins électriques. Cet auteur a apporté à la littérature deux premiers grands romans astronomiques  : cent ans avant la conquête de la lune,  De la terre à la lune (nouvelle fenêtre) paru en 1865 raconte quasiment comment Columbia  » un boulet capsule » tiré par un canon situé en Floride atteint la lune en 73 heures 13 minutes. On peut se demander sur quoi il avait fondé son calcul puisque ce roman semble plutôt relater le voyage d’Apollo 11, cent ans plus tard qui durera 73 heures 10 minutes. Dans Autour de la lune« (nouvelle fenêtre) paru en  1870, c’est la dimension scientifique prime même si les scientifiques en démontrent les faiblesses. Alors, intuition géniale, vision parfaite de la chronologie inévitable, ou simple imagination d’un auteur créatif ?

Trois récits semblent spectaculairement prémonitoires chez Franz Kafka  :

Dans la colonie pénitentiaire (nouvelle fenêtre)  : dans les premiers mois de la guerre mondiale, Kafka décrit l’horreur des camps de concentration et d’extermination, comme un prophète de mauvaise augure. Il décrit même les essais médicaux sur les humains dignes du Docteur Carl Clauberg. La dimension troublante de ces écrits vient du fait qu’elles sont rédigées à la façon de mémoires.
Le procès (nouvelle fenêtre) et Le château (nouvelle fenêtre) décrivent la bureaucratie aussi absurde qu’implacable des régimes totalitaires qui vont asservir l’Europe des années 30. Ces livres ont été publiés, pour le premier en 1919, les deux autres à titre posthumes, l’auteur étant mort en 1924. On pourrait peut-être dire de Kafka qu’il est une sorte d’interprète et d’amplificateur de tendances, à travers le constat de la montée du totalitarisme en Allemagne.

N’oublions pas Victor Hugo qui dans Notre Dame de Paris (nouvelle fenêtre), publié en 1932 décrit l’incendie du célèbre monument. Dans son livre III, il imagine un terrible incendie qui détruit une partie de la cathédrale, ce qui fait désormais tristement écho à l’actualité.

Deux auteurs ont prédit des années à l’avance le naufrage du Titanic en 1912 : l’Américain Morgan Robertson avec Le naufrage du Titan (nouvelle fenêtre) et le journaliste anglais William Thomas Stead.

Quand la science-fiction préfigure la réalité

Par nature, la science-fiction  est un genre littéraire qui invente des sociétés, des mondes, des êtres situés dans des espaces-temps fictifs ou futurs. Cela implique dans la plupart des cas, des technologies, des sciences, et des situations radicalement différentes, éloignées de nos quotidiens. Elle ne s’appuie donc pas nécessairement sur des observations de  la société, et ne s’inspire pas systématiquement des technologies établies mais de la pure imagination des hommes. En prenant des postulats tangibles préexistants, ces auteurs les font évoluer et les transforment dans le temps, je n’en citerais que quelques-uns qui peuvent s’inscrire aussi dans cette tendance que certains diront « prédictive ».

Arthur C. Clarke dans 2001 l’odyssée de l’espace (disponible dans l’adaptation cinématographique de Stanley Kubrick- nouvelle fenêtre), il est question d’un satellite de Jupiter , »Europe » qui possède un océan sous la glace grouillant de vie, comme le puits de chaleur des grands fonds marins. Telles les images envoyées par la sonde Galiléo, quinze ans plus tard…

Dans Farenheit 451, Ray Bradbury décrit dans un futur proche l’interdiction des livres, une pensée unique orientée comme un dogme dans un pays  unifié et standardisé. Réflexion sur le totalitarisme, référence à l’URSS à la Chine, ce texte garde toute son actualité, brouillage de l’information par une surinformation manipulée.

Deux livres très célèbres d’Aldous Huxley et de George Orwell sont des dystopies (voir notre article Vous avez dit dystopie, comme c’est bizarre ) qui nous invitent par la fiction à rester plus attentif que jamais au réel et aux débordements idéologiques, scientistes ou technologiques notamment. Deux partis-pris, deux fictions mais aussi deux prophéties pour un seul et même futur.

Dans Le meilleur des mondes (nouvelle fenêtre), Aldous Huxley dessine une contre-utopie parfaite. Mais plus que le fond, c’est le ton de l’auteur qui conduit à parler de contre-utopie plutôt que d’utopie parce que là encore, le monde peint par l’auteur repose sur l’organisation, la science, et la structuration de chaque chose afin que chaque individu trouve sa place dans un univers où tout est préétabli.

Avec 1984 (nouvelle fenêtre), George Orwell  interpelle forcément le lecteur du XXIeme car la question centrale concerne le pouvoir, la façon d’infliger au peuple une falsification systématique de l’information et la façon de modeler les consciences pour le faire accepter.

Deux livres de Michel Houellebecq  font écho à ces textes mythiques. Le premier, Les particules élémentaires (nouvelle fenêtre)  est une réflexion riche qui dénonce l’individualisme (selon l’auteur, le coupable n°1 du déclin de la société actuelle qui la ronge) et la grande dépression sociale et spirituelle de la fin du XXe siècle Comment trouver le bonheur sur cette terre lorsque l’on est humain ? ». Placé délibérément sous le signe d’Aldous Huxley et de son Meilleur des mondes, Houellebecq tente de trouver une issue à la « mélancolie de l’homme occidental  »  Le deuxième titre phare, tout aussi puissant est La possibilité d’un île (nouvelle fenêtre) qui explore le clonage et nous entraîne dans un futur où l’humanité est décimée. On peut considérer du reste que chaque ouvrage de Michel Houellebecq anticipe une situation plausible.

Les phénomènes épidémiologiques, terreau dramaturgique

Avec des œuvres qui font parfois étonnamment écho à la situation actuelle, de très nombreux auteurs ont été inspirés par les épidémies ou les virus, terreau dramaturgique de premier ordre où se révèlent les caractères et s’exacerbent les sentiments.

Dès l’antiquité, avec Œdipe roi (nouvelle fenêtre)  et Sophocle, on s’interroge : qui a provoqué la colère des Dieux en envoyant la peste sur la ville de Thèbes ? Cette question est le point de départ d’une série d’événements qui vont conduire Œdipe à réaliser son funeste destin, annoncé par l’oracle de Delphes : tuer son père, épouser sa mère. Déjà chez Sophocle, la peste provoque la tragédie autant qu’elle figure de manière métaphorique la violence des humains.

Dans Némésis (nouvelle fenêtre), Philippe Roth campe une épidémie de polio en 1944 à Newark, ville de près de 450 000 habitants. D’abord épargné, le quartier juif connait ses premiers malades, puis la propagation de l’épidémie. Bucky Cantor, 23 ans, vigoureux directeur du terrain de sports, continue à accueillir les enfants et fait face avec courage et sang-froid à l’apparition des premiers cas, des deuils et de la douleur des familles. Cantor veut « bien faire », être un bon garçon, accomplir son devoir, d’autant plus qu’il se sent coupable de ne pas être au front avec ses camarades engagés dans les combats en Europe

Dans En un monde parfait (nouvelle fenêtre)  Laura Kasischke raconte l’histoire de Jiselle, trentenaire célibataire qui croit avoir trouvé le prince charmant en la personne de Mark Dorn, un beau pilote, veuf et père de trois enfants. Elle accepte tête baissée d’abandonner son travail d’hôtesse de l’air et d’épouser Mark. Mais le conte de fée tourne au cauchemar quand Mark la laisse de plus en plus souvent seule avec ses enfants peu bienveillants et qu’une mystérieuse épidémie frappe les États-Unis.

Dans l’aveuglement de José  Saramago, un homme perd soudainement la vue, suivi par d’autres cas inexpliqués. C’est le début d’une pandémie qui n’épargne personne. Mise en quarantaine, cette population privée de repères tente de survivre…

 

Pour Albert Camus dans La peste (nouvelle fenêtre), la maladie est davantage une métaphore de « la peste brune « , à savoir le nazisme plutôt qu’une épidémie

 

Terminons avec un dernier livre, malheureusement rattrapé par la réalité, qui prédit une épidémie mondiale de coronovirus… Paru en 2017, le roman policier de Don Meyer L’année du lion (livre à télécharger- nouvelle fenêtre) campe une situation  étonnamment prémonitoire. Ce pourrait être un récit post-apocalyptique de plus, sauf que l’écrivain sud-africain cherche toujours son inspiration dans la réalité de son pays natal déchiré par les tensions raciale avec des récits sombres de flics corrompus.

Des romans coréens contemporains à lire en ligne à La Médiathèque

20 Mai

Nous voici tous limités dans nos déplacements pour encore quelque temps mais ce n’est pas une raison pour ne pas voyager et sortir de nos murs et frontières grâce à nos lectures ! Alors aujourd’hui, c’est en Corée que Liseur vous emmène. Installez-vous, bouclez vos ceintures et hop, vous voilà transportés au Pays du matin calme par la magie des mots, des intrigues et des styles. Bon voyage !

Au cœur de l’enfance de l’auteure brille le sourire de Bongsun. Maltraitée et affamée, Bongsun s’est réfugiée chez eux il y a des années. Pour autant, elle n’occupe pas une place égale à celle des autres enfants de la famille, elle reste une subalterne, une petite bonne. Mais pour Jjang-a, c’est sa très chère grande sœur, qui dort dans sa chambre, la porte sur son dos partout où elle va…

L’avis de Denis sur le blog Interlignes (nouvelle fenêtre) :

Encore un détour par la Corée pour découvrir ce joli roman plein d’amour et de tendresse qui rappelle qu’on oublie souvent les plus humbles qui ont été pourtant des êtres nécessaires dans notre construction personnelle et dans la personnalité sociale que nous sommes devenus.

Kyena est une jeune femme indépendante, qui désire simplement trouver un équilibre et être heureuse. Mais impossible pour elle de se couler dans le moule trop étroit de l’ordre social coréen, où être femme et d’origine modeste est un double handicap. Aussi a-t-elle décidé d’émigrer en Australie. Mais tout ne se déroule pas exactement comme elle l’avait prévu ?

L’avis de Clothilde sur Korea Coffee break (nouvelle fenêtre)  :

J’ai réellement pris plaisir à lire le roman de Chang Kang-myoung. Le style de narration me donne l’impression de converser avec une amie. C’est comme si j’étais en face de Kyena, l’héroïne du roman, représentative de la génération « Hell », en train de me raconter son histoire….

Gros-Yeux a quatorze ans lorsqu’il arrive avec sa mère dans l’immense décharge à ciel ouvert de Séoul. Là vivent pas moins de deux mille foyers, dans des cahutes accrochées au flanc de la montagne d’ordures, en une société fortement hiérarchisée dont le moindre aspect – travail, vêtements, nourriture, logement- , provient des rebuts du monde extérieur…

L’avis d’Elsa sur 9ème art (nouvelle fenêtre) :

La langue est belle, l’histoire est belle. C’est une histoire dure, et une violente critique de la société coréenne, mais il émane aussi de ce roman à part une lumière, une douceur, une gentillesse, qui font beaucoup de bien. Comme une déclaration d’amour à l’humanité mise à nue, un récit qui s’infiltre profondément en nous, nous sert les tripes et nous rappelle de ne jamais oublier de vivre, intensément.

Le couteau, c’est le sabre ; celui du général Yamada Otôzo qui commande au Mandchoukouo l’armée d’occupation japonaise en 1944, face à l’armée russe. La langue, c’est le goût de la cuisine porté à son paroxysme comme une œuvre d’art par Chen, cuisinier chinois génial dont le champ de bataille est un simple billot de bois sur lequel il est né…

L’avis de Dominique sur Encres vagabondes (nouvelle fenêtre) :

Ce texte choral dense et foisonnant dont les fils se dénouent lentement s’articule autour des récits faits à la première personne par chaque élément du trio. Outre les informations sur l’avancée de l’armée russe à la frontière qui jalonnent le roman, celui-ci est rythmé par les rocambolesques péripéties des personnages qui font progresser l’intrigue. Mais quittant le réalisme brut, l’écrivain atténue la violence de ses inventions narratives par une lente dérive vers l’invraisemblable donnant par moment des airs de conte à son roman.

Yujeong a le cœur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant…

L’avis de Camille sur Place des libraires (nouvelle fenêtre) 

Best-seller depuis sa parution coréenne en 2005, ce très beau roman est une histoire de pardon et de rédemption, ainsi qu’un plaidoyer contre la peine de mort, toujours légale en Corée. Au fur et à mesure que les chapitres se déroulent, alternant entre l’existence de Yujeong et le récit de vie de Yunsu, la frontière entre bon et mauvais se fait plus ténue et l’auteure invite son lecteur avec une certaine douceur et beaucoup d’émotion à une réflexion sur la vie, la mort, l’amour et la justice.

Au soir de sa vie, un homme riche et comblé se demande s’il n’est pas passé à côté de l’essentiel. Park Minwoo, directeur d’une grande agence d’architecture, a la satisfaction d’avoir réussi sa vie et contribué efficacement à la modernisation et à l’urbanisation de son pays…

L’avis de ACPP sur Korea Press Production (nouvelle fenêtre) pour annoncer que « Hwang Sok-yong, l’un des écrivains les plus célèbres de Corée du Sud, a reçu le Prix Émile Guimet pour la littérature asiatique en 2018 pour ce roman » :

Ainsi, par le biais de deux histoires, c’est tout un pan de la société coréenne qui est décortiqué, marquant le fait que la population a dû s’adapter très vite à un mode de vie en pleine mutation, symbolisé par la modification profonde du paysage urbain. Forcément, un changement rapide entraîne toujours des laissers pour compte, et les cicatrices de l’âme ont du mal à se refermer.

Enfant abandonné des hommes, né dans les toilettes d’une gare, Jeï découvre très tôt qu’il est doué de la même capacité que ces appareils créés par l’homme qu’on appelle des capteurs, sauf que lui possède le don de capter, de sentir la souffrance des autres, objets, animaux ou humains. A quinze ans, vagabond dans les rues de Séoul, il s’invente un mode de vie proche de l’ascèse, se nourrissant de riz cru, lisant des livres trouvés parmi les ordures, et devient le leader d’une bande de motards.

L’avis de Zofia sur Revoirunprintemps (nouvelle fenêtre) :

J’entends ta voix est un roman très intense, que je ne regrette pas d’avoir choisi, il m’a permis de découvrir une autre littérature, une autre culture, une autre réalité. J’ai peut-être parfois eu un peu de mal à entrer dans ce monde si différent du mien et à suivre les pérégrinations de Jeï, mais l’écriture de KIM Young-ha m’a totalement emballé !

Dix ans plus tard, frère Jean se remémore l’année qui a bouleversé sa vie. A cette époque-là, il avait vingt-huit ans et vivait dans une abbaye bénédictine en Corée du Sud, décidé à consacrer son existence à Dieu. Mais tout va être remis en question?: il va connaître les vertiges et les tourments de l’amour humain, la mort atroce de deux frères, la révélation d’un tragique secret de famille…

L’avis de Yeong-Hee Lim, directrice de la collection Corée aux éditions Philippe Picquier dans l’émission D’ici et d’ailleurs sur France Inter le 20 mai 2016 (nouvelle fenêtre)  :

De Séoul, enfer où l’on s’amuse à Paris, paradis où l’on s’ennuie…

Voici une comédie brillante qui est aussi une histoire d’amour résolument non conformiste. Quand un fan du Real Madrid plutôt conventionnel tombe éperdument amoureux d’une fan du FC Barcelone opposée à toute relation exclusive et monogame… il va devoir réviser toutes ses idées sur les relations de couple, inventer des solutions, comprendre l’autre, accepter de changer…

L’avis de Denis sur le blog Mes impressions de lecture (nouvelle fenêtre)

Rien n’est simple en amour, les sentiments ne se guident pas, alors pourquoi les contraindre ? Les trois héros essaient de répondre à cette question bien complexe, chacun avec ses arguments, avec pour seule passion commune le football, principalement le Barça et le Réal et la rivalité qui les oppose.

Yunyeong est prête à tout pour conquérir une vie meilleure : elle doit porter à bout de bras un bébé, un compagnon bon à rien, une sour poursuivie par ses créanciers, un frère accro aux jeux d’argent ainsi qu’une mère étouffante…

L’avis de Manou sur le blog Dans la bulle de Manou (nouvelle fenêtre)  :

C’est une lecture dure mais édifiante qui nous fait voir la société coréenne sous un jour sombre mais réaliste, en nous décrivant la classe sociale la plus pauvre et défavorisée et les conditions de vie des femmes dans ce pays. En accédant à la modernité et à la technologie, c’est toute une société qui a perdu ses repères.

Un jeune couple d’intellectuels est brutalement interné dans un camp de détenus politiques dans une vallée reculée de Corée du Nord. Année après année, les persécutions viennent à bout de leur dignité jusqu’à les précipiter dans un enfer moral où la volonté désespérée de survivre justifie tous les moyens.U

L’avis de Clothilde sur Korean Coffee break (nouvelle fenêtre )

J’ai été vraiment marquée par ce roman. Bien sûr, quand on entend parler de la Corée du Nord et du communisme, on s’attend forcément à l’existence de ces fameux camps de prisonniers ainsi qu’aux conditions effroyables dont ils sont victimes. Pourtant, « le camp de l’humiliation » nous prend aux tripes. Nous sommes spectateurs impuissants du parcours dramatique des personnages. Nous nous sentons directement concernés par leur sort, car nous sommes liés à eux par l’expression de leurs émotions.

Un homme, poussé au désespoir par des malheurs successifs, se jette dans un lac avec son fils Gon. Le père meurt, mais l’enfant survit, grâce aux branchies que son corps développe dans un instinct de survie extraordinaire…

La critique de Claire Devarrieux dans la rubrique livres de Next/ Libération (nouvelle fenêtre) :

L’humour de l’auteur s’exerce sous cape et uniquement dans l’évocation des rapports de classe. Gu Byeong-mo, née en 1976 à Séoul, écrit à la fois pour les adultes et la jeunesse (Picquier a publié un roman pour adolescents il y a deux ans, les Petits pains de la pleine lune). Elle aime de toute évidence mêler les univers, mettre des notes de cruauté économique dans le conte, et, à l’inverse, prouver à ses grands lecteurs qu’on peut encore leur raconter des histoires, fussent-elles piquetées de blogs, mails et autres SMS.

Le narrateur, un esthète du crime, explore avec talent et cynisme l’art de détruire autrui. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est révéler leur pulsion de mort à ses victimes,  » jusqu’au stade où la personne devient digne d’être mon client « . Et force est au lecteur d’admettre que ses  » clients  » trouveront écoute et consolation auprès de cet étrange bourreau égocentrique qui s’immisce dans leur vie, dans leur esprit, leur prodigue conseils bienveillants et compréhension. (résumé de l’éditeur)

L’avis de Thomas Gillan dans Keulmadang, littérature coréenne (pdf- nouvelle fenêtre)

« La mort à demi‐mots » reste récit puissant et violent, riche d’interprétation, soutenu par une écriture sémillante. Le livre a rencontré un accueil enthousiaste chez les critiques et le jeune public, et a obtenu le prix meilleur jeune écrivain de l’année (2009) décerné par l’éditeur Munhakdongne.

À la mort de son père, Yeongjun, cinéaste audacieux mais homme taciturne et sans attaches, revient dans sa ville natale qu’il a quittée il y a vingt-cinq ans. Il y rencontre son frère et apprend que sur son lit de mort, leur père les a chargés d’une étrange mission : vendre la maison de leur enfance…

L’avis de Philippe sur le blog Le vent sombre (nouvelle fenêtre) :

Secrets est une balade sur trois générations, plutôt une errance, car il n’y a pas de chronologie, de linéarité de la narration. Tout ceci est cependant très travaillé, très orchestré par Eun Hee-kyung, qui trace dans les portraits de ce père et de ses deux fils, une histoire coréenne. Pas celle de la guerre et du conflit idéologique qui fractionna le pays et les familles, mais celle de la sortie de la pauvreté, de l’accès rapide à un mode de vie citadin riche et désincarné dans lequel se dissolvent les sentiments, les alliances, le temps…

Et maintenant, c’est à vous : bonnes lectures !

Toqués de polars à télécharger (1)

17 Mai

Pendant que la manifestation Quai du polar 2020 fait le bilan de son édition virtuelle, je vous recommande un certain nombre de romans policiers, disponibles en téléchargement à La Médiathèque (nouvelle fenêtre). Que vous aimiez le thriller, le roman noir, le policier historique ou encore le scientifique, vous allez certainement trouver de quoi avoir quelques sueurs froides ou nuits blanches… 

Le thriller est un genre à forte tension narrative, avec suspense et violence (ce type de roman policier est d’ailleurs souvent adapté au cinéma à cause des nombreux rebondissements et coups de théâtre,) qui a par ailleurs fait la popularité des romans nordiques. Ils sont en première place pour donner des sueurs froides au lecteur. Leur récit est complexe, très structuré et met la victime en son centre. Certains auteurs de thriller ne comptent pas les morts dans leurs histoires. Leur but : créer une véritable tension chez le lecteur !

Le roman noir est plus difficile à déterminer : disons qu’il se manifeste par une certaine noirceur, un certain pessimisme et une atmosphère lourde. Beaucoup d’auteurs américains lui ont donné ses titres de noblesse, Raymond Chandler par exemple. Le roman noir est généralement situé dans des quartiers où la violence urbaine est quotidienne. La mafia et le crime organisé ne sont jamais loin. Le détective est souvent un solitaire confronté à des problèmes personnels, de violence ou d’alcool par exemple.

Tandis que le roman policier scientifique (souvent considéré comme un sous-genre du thriller) rencontre un réel succès dans le monde, l’intelligence de l’enquêteur y est la clé de voûte de l’enquête et pour faire avancer l’intrigue.  Parmi ces enquêteurs au fait des dernières innovations scientifiques ou médicales, on peut dire que Sherlock Holmes  était un précurseur. Aujourd’hui le roman policier scientifique a muté, puisque la science n’est plus seulement l’outil de l’enquêteur : elle est aussi l’arme du crime, comme dans certains romans de Frank Thilliez.

Il arrive que les dérives de la science soient aussi le point de départ des romans d’espionnage. dans ce domaine, où l’auteur John Le Carré, lui-même un ancien des services spéciaux, est un maître, il y est aussi question de mystère, mais avec un cadre où l’on ne cherche pas forcement le coupable avec des détectives quelque peu stéréotypés. Avec des intrigues souvent développées sur fond de politique internationale, on peut citer les auteurs Ian Fleming et son célèbre James Bond ou Tom Clancy, dans les incontournables.

Dans la comédie policière à la Frédéric Dard avec son célèbre héros San Antonio, on retrouve un mystère, un ou plusieurs enquêteurs, des suspects, un mobile, un coupable, une enquête à suivre… Mais le ton de l’enquête est bien différent et l’on y trouve de nombreux éléments comiques.

Pour le roman policier historique, l’intrigue se déroule dans le passé. Ce genre permet d’attirer des lecteurs qui ne sont pas forcement passionnés de roman policier mais qui se laissent tenter grâce au côté « carte postale du passé ». À noter les romans de Claude Izner dont la saga Les mystères parisiens se déroulent à la belle époque.

Le roman criminel est quant à lui assez français  : on le doit à Maurice Leblanc avec ses aventures d’ Arsène Lupin où le criminel est mis en scène. Cet excellent auteur a réussi à passionner des générations de lecteurs en racontant des histoires policières où l’on sait souvent d’avance qui est le coupable. Maurice Leblanc a par la suite été suivi par des auteurs de toutes nationalités.

Et maintenant, quel que soit le genre de polar que vous appréciez, en voici une sélection, plus ou moins connus mais à découvrir au plus vite !

Romans noirs

Les oubliés de Londres (nouvelle fenêtre) d’Eva Dolan affiche les codes du roman noir avec deux formidables portraits de femmes. Une vraie étude sociologique et politique d’une ville dans son époque, c’est déjà alléchant mais il y a aussi et surtout une construction romanesque diabolique et complètement addictive…

Tromperie (nouvelle fenêtre) Anne Schenkel livre ici un délicieux roman policier à l’ancienne. On pourrait croire ce livre écrit par Simenon tant la psychologie et le caractère des personnages, hauts en couleur ou totalement effacés, priment sur l’action. Toute l’intrigue se déroule ainsi sans coup d’éclat ou retournement de situation à l’ultime minute mais au contraire avec une analyse très fine de la vie sociale dans une petite ville avec ses caractéristiques propres à la culture allemande.

Profil perdu (nouvelle fenêtre) d’Yves Pagan On y retrouve Schneider, flic désabusé, hanté par la mort de sa femme. Alternant crudité et lyrisme, élégance classique et gouaille de la rue, l’écriture virtuose d’Yves Pagan et son rythme de  musique blues s’insinuent jusque dans les tripes du lecteur et nous parle de l’essentiel : le tragique de la condition humaine.

Temps noirs (nouvelle fenêtre) de Thomas Mullen. À Atlanta en 1950  les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris celle de la sœur de l’officier Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs. Flics et ex-détenus corrompus, chemises noires nazies et voyous du Klan vont devoir s’affronter…

L’Affaire Collini (nouvelle fenêtre) de Ferdinand Von Schirach. Pour sa première affaire en tant qu’avocat, Casper Leinen tombe sur un os : il doit défendre Fabrizio Collini, un italien immigré en Allemagne, apparemment sans histoire mais qui a pourtant avoué avoir tué Hans Meyer. Deuxième difficulté, la victime est le grand-père de son ami d’enfance…

Le meurtrier sans visage (nouvelle fenêtre) de Hennings Mankell. Il s’agit de la première enquête de Kurt Wallander (voir notre article À Ystadt, Kurt Wallander est orphelin). Comme souvent chez Mankell , le livre sert de base à une profonde réflexion sur la mutation de la société suédoise, dans une paisible campagne loin de Stockholm. Ici, le thème de l’immigration est abordé.

Exhumation (nouvelle fenêtre) deJonathan Kellerman. À San Francisco, Un jeune coroner, Clay Edison, enquête sur la mort suspecte d’un excentrique professeur de Berkeley. Ce décès en apparence naturel va obliger Clay à déterrer le passé, car ce mort en cache un autre, bien plus ancien, et bien plus sordide.

Romans d’espionnage

Les pièges de l’exil (nouvelle fenêtre) de Philip Kerr. Dans ce livre, l’auteur met en scène, outre Somerset Maugham, qui fut agent secret pour le MI6, la guerre entre services de renseignements anglais, la supposée présence d’agents doubles dans chacun de ces services et le jeu de dupe pratiqué par les services soviétiques qui n’hésitent pas à sacrifier une de leurs taupes pour en protéger une autre…

Le secret D’Igor Koliazine (nouvelle fenêtre) de Romain Slocombe. Ralph Exeter, journaliste dont le modèle est George Slocombe le propre grand-père de l’auteur, nous entraîne dans une aventure trépidante avec des espions britanniques, une belle espionne soviétique et des agents nazis.

Réquiem pour une révolution (nouvelle fenêtre) de Robert Littell. Ici l’auteur choisit d’insérer dans l’histoire russe deux New-Yorkais qui rêvaient de révolution : un juif ayant fuit les pogroms de l’ancienne Russie et un aventurier mêlé aux luttes ouvrières du début de siècle. En imaginant que Trotski les ramène avec lui en Russie après la première révolution de février, il les immerge dans la grande histoire jusqu’à ce mois de mars 53 qui marqua la mort de Staline

(Attention ce livre est à lire en ligne et non à télécharger)

En pays conquis (nouvelle fenêtre) de Thomas Bronnec. Un président de gauche est réélu de justesse car la candidate de droite Hélène Cassard est arrivée troisième au premier tour des présidentielles, devancée de 35 000 voix par la candidate du rassemblement national. Les élections législatives ne dégagent aucune majorité absolue. Malgré tout arrivée en tête, Hélène Cassard file vers Matignon mais pour gouverner, elle va devoir composer avec le rassemblement national. Commence alors un jeu de manipulations en tous genres où se distingue un homme de l’ombre, un conseiller, François Balmont, qui peut faire penser à un conseiller très proche de Nicolas Sarkozy.

Le grand jeu (nouvelle fenêtre de Percy Kemp. Dans ce récit uchronique,  l’auteur ouvre la mappemonde et nous offre un remarquable exemple de géostratégie en faisant un état des lieux du monde subjuguant, puisque crédible. Il suffit de prendre pour exemple la transhumance de ces innombrables migrants cherchant la terre promise qui ne sera pas celle de tous car les frontières sont fermées. Voici ainsi un roman d’espionnage de haute volée dans lequel  Percy Kemp se plaît à mettre en place une partie d’échecs complexe dans laquelle chacun – y compris vis-à-vis de son propre camp – cherche à dissimuler ses véritables intentions.

Je vous propose de retrouver très prochainement la suite de cet article dans Toqués de polars  à télécharger (2)

Des romans variés à télécharger : sud-africains, irlandais, danois ou israéliens ?

13 Mai

De nombreux romans sont à télécharger sur le site de La Médiathèque. Outre l’encart « Nouveautés à télécharger » sur la page d’accueil du site, d’autres romans récents peuvent être téléchargés, vous avez droit à 12 titres en simultané par mois, toutes les infos sont ici (nouvelle fenêtre)Après Des romans à télécharger  : amour, amitié, noir ou historique ? , nous vous proposons un petit tour géographique des auteurs dont les romans sont disponibles en version téléchargeable.

Des auteurs sud-africains

Des auteurs irlandais

Des auteurs danois

Des auteurs israéliens

N’oubliez pas notre sélection de Bandes dessinées à télécharger sur le site de La Médiathèque  ainsi que notre sélection de livres qui ne prennent pas la tête pendant le confinement (nouvelle fenêtre).

Et encore bien d’autres sélections à retrouver directement sur le site de la Médiathèque (nouvelle fenêtre).

S’évader en écoutant des livres

10 Mai

Pour compléter le panorama proposé dans notre article De la  littérature à écouter en podcasts, voici aujourd’hui une liste de sites sur lesquels des livres audio de textes (pour la plupart tombés dans le domaine public) peuvent être écoutés en streaming ou téléchargés au format Mp3 gratuitement. 

En attendant sa réouverture, votre Médiathèque préférée vous propose sur son site des textes lus, pour enfants ou pour adultes, grâce à son offre de ressources numériques accessibles  :

*Piste pour trouver d’autres titres à écouter : prendre l’un  de ceux cités dans cet article et cliquer sur « artistes similaires », vous irez ensuite de découverte en découverte !

  • Destiné à l’origine à un public de mal ou non voyants, le catalogue dAudiocite.net (nouvelle fenêtre) propose un large choix de textes de tout genre lus par des bénévoles : avec une possibilité de classement par thèmes, par durée ou par succès du moment, leur offre (gratuite et légale) comprend des romans, des policiers, de la science fiction, des classiques, mais aussi de la philosophie, de la cuisine, de l’histoire et des biographies. Quelques exemples : Les trois mousquetaires de Dumas, La guerre des mondes de Wells, Les passions de l’âme de Descartes ou encore une biographie de La princesse Pauline !

Extraite de leur site, la vidéo ci-dessous explique comment procéder  :

 

 

Enfin, le site californien Learnoutloud propose, outre des livres, des vidéos et des podcasts de tout genre un certain nombre de contenus audio gratuits (nouvelle fenêtre) en anglais uniquement. Et le site Audible, spécialiste du commerce de livres à écouter, fait actuellement une offre d’écoute promotionnelle (nouvelle fenêtre)  avec en particulier l’écoute gratuite du premier tome de Harry Potter, Harry Potter à l’Ecole des sorciers de J. K. Rowling lu par Bernard Giraudeau.

Et maintenant vous n’avez plus qu’à ouvrir grand vos oreilles ! 

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