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Les livres cultes de Paul Gréveillac

21 Fév

Livres de chevets, objets tutélaires, miroirs et/ou formateurs, ceux que l’on écorne, relit ou souhaite relire, ceux que l’on emmènerait sur cette fameuse île déserte où l’on aurait plein de temps pour lire… tout lecteur a en tête un ou plusieurs romans qui l’ont accompagné, enthousiasmé, ému, transformé. Et comme les écrivains sont des lecteurs comme les autres, ils ont eux aussi leurs livres préférés !  Ainsi, après les livres cultes de Yasmina Khadra puis de Jean-François Roseau, voici ceux de Paul Gréveillac, l’auteur lauréat du Prix des lecteurs de Levallois 2019 pour son roman Maîtres et esclaves : quinze titres qui ont marqué sa vie, son œuvre et peut-être fait naître son désir d’écrire.

À notre invitation à partager ses lectures dans le cadre de notre rubrique Les livres d’un écrivain, Paul Gréveillac a tout de suite accepté de se plier à l’exercice et nous l’en remercions.

Si vous ne connaissez pas encore Paul Gréveillac

Il n’a même pas 40 ans et déjà trois romans publiés dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard :

Primé à Levallois au printemps 2019, son roman Maîtres et esclaves (nouvelle fenêtre) était passé à deux doigts du Goncourt automnal avant de recevoir le prix Jean-Giono en décembre (voir l’article du 5/12/2018 par Mohammed Assaouï sur Lefigaro.fr -nouvelle fenêtre). Au-delà de thématiques passionnantes où expérience communiste et processus artistique s’entrecroisent avec brio, c’est par un style d’apparence très « classique » que Paul Gréveillac étonne et accroche son lecteur.

Mais ne vous y trompez pas, vous ne lirez pas ici un Flaubert réchauffé, ni même un Michon ou un Bergounioux, mais un travail du style qu’on qualifie avec facilité de « classique », en réalité profondément modernes, bien qu’on y retrouve une structure et des procédés communs aux œuvres dites classique. Les premières phrases sont caractéristiques de ce style « Greveillac » : « Le brouillard faisait au monde une page blanche. Laiteuse. Opaque. ». Un travail poussé du rythme, de la métaphore, de la symétrie brouillard/opaque excentrée par des jeux de matière autour de la couleur blanche/laiteuse. (extrait de l‘article « Paul Gréveillac : La plume et le pinceau » par Marc-Antoine Faure sur Zone critique publié le 2/2/2019- nouvelle fenêtre)

Ces livres qui l’ont marqué et qui l’accompagnent toujours

Tous les livres de chevet de Paul Gréveillac sont disponibles dans toute bonne médiathèque, librairie ou bibliothèque personnelle. La plupart sont à La Médiathèque de Levallois, excepté trois que nous avons trouvé dans des bibliothèques voisines (pour les Parisiens)

N’hésitez pas à vous inspirer des lectures de Paul Gréveillac pour enrichir ou compléter les vôtres et bonne lecture !

Une rencontre avec Paul Gréveillac à ne pas manquer

Paul Gréveillac sera à La Médiathèque le jeudi 12 mars 2020 pour Carte blanche à un auteur, le rendez-vous spécial de Cin’Eiffel (nouvelle fenêtre) où un romancier présente et commente son film préféré : il a choisi pour nous Taxi Blues de Pavel Lounguine.

D’ici là, bonnes lectures !

Les romans d’amour des bibliothécaires

14 Fév

L’amour se chante, se danse, se peint, se joue, s’écrit, se filme, se scénarise, se met en scène, se sculpte, se dit, se raconte et se lit ! Après Romans d’amour les classiques puis Si on parlait de romans d’amour, voici les romans d’amour qui ont marqué les bibliothécaires, qui sont aussi de grands lecteurs. Et comme ils sont nombreux, la liste est longue mais passionnante !

Pour commencer, citons Georges Sand (dans Histoire de ma vie) :

Je ne vois pas où est le catéchisme de l’amour et pourtant l’amour, sous toutes les formes, domine notre vie entière : amour filial, amour fraternel, amour conjugal, amour paternel ou maternel, amitié, bienfaisance, charité, philanthropie, l’amour est partout, il est notre vie même.

Les valeurs sûres du roman d’amour, entre souffrance et rédemption

Auteur des Hauts de Hurlevent, Emily Brontë livre un texte où passion et mort se tressent à une furieuse envie de liberté. Salué par G. Bataille comme « le plus grand roman d’amour de tous les temps », Lydie Salvayre et Christine Jordis évoquent Heathcliff, Catherine et leurs amours scandaleuses. (présentation de Emily et les Hauts de Hurlevent, épisode 2/4 de l’émission Les sœurs Bronté dans l’émission La compagnie des auteurs à écouter sur France culture – nouvelle fenêtre)

Singulier au sein du cycle auquel il appartient, La Faute de l’abbé Mouret aura eu le mérite d’essayer un style nouveau, moins cru et plus lyrique. Zola y rappelle qu’il est un écrivain tout autant capable de faire le portrait des âmes que de se lancer dans des brûlots sociétaux (extrait de l’article de Loic Blavier sur Tortillapolis.com- nouvelle fenêtre)

Publié en 1774, ce roman épistolaire, influencé par La Nouvelle Héloïse de Rousseau, est l’œuvre d’un étudiant en droit de 25 ans, remarqué pour ses premiers poèmes. Lors d’un séjour à la campagne, le jeune Goethe fait la rencontre d’une ravissante jeune fille, Charlotte Buff, dont il tombe amoureux. Mais celle-ci est déjà fiancée et bientôt mariée… Extrait de la présentation de l‘émission « Ça peut pas faire de mal, une heure de lecture par Guillaume Gallienne » diffusée le 18 février 2012 à réécouter sur sur France inter – nouvelle fenêtre)

Un classique à lire en écoutant Joy Division ou Nirvana selon nous !

  • Le Meunier d’Angibault de George Sand

Une merveilleuse histoire d’amour qui met en scène des personnages qui veulent vivre et s’aimer sans considération d’argent ni de classe sociale….  En toile de fond, le Berry profond du XIXème, bien sûr, comme dans toute l’œuvre de George Sand, où évoluent  paysans enrichis,  aristocrates arrogants et gens simples au coeur du monde campagnard. Un roman d’amour mais aussi un roman social qui dénonce la hiérarchie sociale fondée sur l’argent. Un classique à découvrir. (avis de Patricia P)

Ce qui m’a plu dans ce roman… Tout ! Pour commencer, le contexte historique est riche d’enseignements parce qu’il a engendré beaucoup de changements qui finalement, ne sont pas si vieux que ça. Et pourtant, quand on lit ce roman, on a un peu l’impression que l’histoire est vieille en raison des différentes traditions: l’esclavage, mais aussi le fait qu’une femme enceinte devait cacher son état, que l’on se mariait par obligation et/ou devoir et non pas par amour, qu’une fille était qualifiée de vieille fille à 25 ans à peine ou encore qu’une femme ne devait pas travailler. (Extrait de l’aricle de Gwen sur le blog Les mots de Gwen – nouvelle fenêtre)

Véritable jeu d’orgueil et fierté, ce roman résume un siècle de privilège, de codes et de traditions… il me en exergue la pression pesant sur les femmes de l’époque de prendre un mari, et la pression sociale du jeu des rangs et des mésalliances. Mais la force des « premières impressions », le refus que l’on a à s’en éloigner, demeure un thème éternel, que Jane Austen traite avec humour et talent. Elle promène son personnage, Elisabeth, d’un extrême à un autre, dans un siècle de convenances et de contradictions (extrait de l’article « Un peu de littérature à l’anglaise, « Orgueil et préjugés » de Jane Austen » par Madame du B sur le blog Mediapart- nouvelle fenêtre)

Les fascinants et les tourmentés

Anna Karénine, voilà un titre bien trompeur. On présente souvent le livre de Tolstoï comme le roman de l’adultère, en le mettant en parallèle avec Emma Bovary de Flaubert. Bien plus qu’un roman sur l’infidélité d’Anna Karénine, le lecteur voit s’étaler devant lui une véritable fresque dôtée d’un souffle romanesque admirable. (extrait de l’article de Nadège sur le blog Les mots de la fin.fr – nouvelle fenêtre)

  • NNadja de Breton (catalogue de La Médiathèque- nouvelle fenêtre)adja (nouvelle fenêtre) de Breton

Le récit de cette aventure amoureuse a fasciné des décennies de lecteurs. Nadja est «celui des ouvrages de Breton qui a sans nul doute provoqué et provoque encore chez le lecteur l’ébranlement le plus profond, où se mêlent l’admiration et une émotion complexe pouvant aller jusqu’au malaise».  Frédérique Roussel dans son article « Nadja, Breton à la folie » part à la recherche de cette « star de l’ombre » dont la  « brève aventure avec l’auteur surréaliste a bouleversé l’existence d’une jeune femme, qui rêvait de tenter sa chance à Paris » (extrait de l’article publié sur Next Libération le 9 août 2019- nouvelle fenêtre)

La qualité la plus importante du livre est la lecture d’un triangle œdipien entre le maître, sa femme et le disciple. La passion est là. Comme une lave sous-jacente. Confus, les sentiments s’entremêlent… (extrait de l’article de Patrick Ottaviani sur le site Encres vagabondes – nouvelle fenêtre)

 

Ce n’est d’ailleurs pas le moindre des mérites d’Alain-Fournier d’avoir su conférer aux pages d’un roman grave de toutes les interrogations humaines, la fraîcheur, le mystère et la grâce des aventures enfantines. Cette capacité du Grand Meaulnes à ranimer en chacun le souvenir des livres aimés dans l’enfance, de David Copperfield à Tom et le jardin de minuit de l’écrivain anglais Phillipa Pearce, publié chez Fernand… en passant par Le Cirque Piccolo de Marguerite du Genestoux, Hachette, 1934 ou La Belle au bois dormant, n’est sans doute pas étrangère à la fascination qu’il exerce sur des générations de lecteurs (extrait de l’article très complet « Lecture et écriture dans Le Grand Meaulnes » écrit par Sylvie Sauvage dans la Revue d’histoire littéraire de France, ) retrouver en ligne sur Cairn Info – nouvelle fenêtre)

  • Victoria de Knut Hamsun

Décidément, je dois vraiment aimer Knut Hamsun. Car il y a, dans ce roman, toutes les ficelles et les ingrédients de l’intrigue amoureuse romantique comme on en a écrit à la pelle au XIXº siècle et qui, d’habitude, me font bailler d’ennui. Tous les clichés y sont, il faut avouer : amour d’enfance qui perdure à vie, barrière sociale, rivalité d’un pauvre et d’un riche soupirants, fierté mal placée, quiproquo, on se rate d’un cheveux, et au moment où tout est possible, on meurt… Bref, tout y est, en vrac : des bouts de Hauts de Hurlevent, Niels Lyhne, Werther, la Nouvelle Héloïse, même la tuberculose est au rendez-vous  ! Et pourtant il n’y a rien de niais chez Hamsun, déjà parce que l’amour, chez lui, est à cent lieues des suavités fadasses de l’amour chaste entre deux ingénus rougissant. Extrait de l‘avis de Sandrine sur le blog Vita nova – nouvelle fenêtre)

Les graves et malicieux

Ce roman nous rappelle que nos vies peuvent changer du jour au lendemain en fonction de nos choix, de nos convictions, mais malheureusement par des actions indépendantes de notre volonté. Comment continuer de vivre après la perte de ceux qu’on aime ? Peut-on vivre sans aimer ? Peut-on vivre sans être aimé ? Des questions qui nous viennent pendant la lecture de ce fabuleux roman » (avis de Cécile P. sur le site de La Médiathèque)

Un livre magnifique, surprenant et j’aime quand les auteurs arrivent à me surprendre. Quand le roman est bon et quand plus, il y a un petit truc en plus auquel vous ne vous attendiez pas, c’est juste merveilleux. Un beau coup de cœur qui a su énormément me toucher avec une héroïne solaire qui éblouit le roman. (Extrait de l’avis écrit par Beli sur le blog Livre sa vie– nouvelle fenêtre)

 

Une comédie musicale comme savent les faire les Américains ! Voilà à quoi ce livre m’a fait penser. Vous connaissez comme moi la recette : une histoire à l’eau de rose ; des personnages bien lissés et pétris de bons sentiments ; vous ajoutez des voix superbes ; de beaux costumes ; des décors à vous en mettre plein la vue ; une chorégraphie calée au poil ; des jeux de claquettes époustouflants ; une synchronisation parfaite. Au final, on se régale et on applaudit à tout rompre.Eh bien, c’est un peu ça, ce livre. Il y a tout au départ pour faire un navet, et Pete Fromm, je ne sais comment (son talent doit y être pour quelque chose), nous tient d’un bout à l’autre. La Vie en chantier pourrait tenir le haut de l’affiche à Broadway. (extrait de l’avis écrit par Jean-François Mézil sur La cause littéraire.fr – nouvelle fenêtre)

Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

La différence entre un roman anglo-saxon à l’eau de rose et la production de Katarina Mazetti réside dans une psychologie assez affûtée et une trivialité malicieuse que la traduction ne semble pas chercher à édulcorer. Les héroïnes, quand un homme leur fait de l’effet, ont «les ovaires» qui «frétillent». Leurs «tensions prémenstruelles» sont évoquées, sans parler d’informations d’ordre physiologique que la fiction américaine n’aime guère mettre en avant […] Nous ne sommes pas – du moins en apparence, car c’est pour mieux s’y envoler – dans les régions éthérées de l’espoir sentimental. Il en va du roman comme de la société : c’est le modèle suédois. (extraits de l’article « Katarina Mazetti ne tombe pas à côté du succès » par Claire Devarrieux sur le site de Next-Libération – nouvelle fenêtre)

Les romans d’amour et d’espoir

Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière (extrait de la présentation sur le site de l’éditeur Philippe Picquier – nouvelle fenêtre)

Pour en savoir plus sur l’auteur, lire l’article Ito Ogawa : la douceur du quotidien par Elisa sur Le journal du Japon.com (nouvelle fenêtre).

À relire ou à découvrir ! Sorti en 2006, le roman de Duong Thu Huong révèle les traumatismes de l’après-guerre au Vietnam, dans un triangle amoureux en huis-clos. […] Le traumatisme des vétérans n’est pas un thème original dans la littérature du XXème siècle. L’histoire pourrait être banale si elle n’était pas portée par la plume de Duong Thu Huong, magnifiquement traduite par Phan Huy Duong. (extraits de l’article de Marine Jeannin sur Asialyst.com- nouvelle fenêtre)

Comme d’habitude, Jeanne Benameur fouille, avec délicatesse, finesse et précision ce qui anime chacun, ce qui l’ancre ou au contraire contribue à l’émanciper pour lui permettre de (re)vivre. Elle explore ces voyages forcés ou voulus, contraints ou souhaités qui ont présidé aux destinées de l’humanité, depuis la nuit des temps et qui trouvent un écho si dramatique encore aujourd’hui. Elle tisse lentement les fils qui relient ceux de l’île à ceux d’en face et entraîne son lecteur dans une fresque foisonnante où les corps s’éveillent et les esprits se libèrent. Il est ici question de l’autre, de l’ailleurs et des multiples façons de les apprivoiser, de les comprendre, de les aimer (extrait de l’article de Nicole Grundlinger sur le blog Motspourmots.fr – nouvelle fenêtre)

« Rien ne nous est dû dans cette vie, pas même l’innocence d’un ciel bleu. » Parce qu’il est facile de voir la vie en noir, Christian Bobin nous tend la main et nous démontre que le bonheur est facile à trouver. Il est dans l’amour naturellement, mais aussi dans une parole, dans un geste, dans une séance de repassage, dans une abbaye, ou même parfois, dans la souffrance et dans la mort. La beauté également est partout. (extrait de l‘article de Florinette et Caroline sur le blog Lilly et ses livres – nouvelle fenêtre)

  • Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil d'Haruki Murakami (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre) Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil d’Haruki Murakami

« Un livre beau et émouvant. Un amour impossible magnifiquement écrit qui ne laissera personne indifférent. »(article du blog Les mondes imaginaires-nouvelle fenêtre)

Un titre tiré d’une chanson de Nat King Cole à écouter en boucle !

Merci à Cécile P, Valérie N, Fanélie B, Gaëlle M , Fabienne N, Céline L, Nadia C, Marc V, Dorothée I, Patricia D, Sylvie Z, Marie-Odile S, Françoise M, Ariane C, Sophie P, Florence B ainsi qu’à tous les bibliothécaires, journalistes, blogueurs et amateurs de romans d’amour du monde entier (et à qui nous avons empruntés quelques unes de leurs lignes pour parler avec amour de ces livres  🙂

BONUS spécial Saint Valentin 2020  :  l’amour se décline sous toutes ses formes sur les autres blogs de La Médiathèque !

En attendant le Salon du Roman Historique de Levallois : une sélection de romans historiques !

6 Fév

Pour vous faire voyager dans le temps, et avant de rencontrer les romanciers présents pour l’édition 2020 du Salon du Roman Historique de Levallois (nouvelle fenêtre), voici pour tous les amateurs de romans historiques une  sélection faite pour vous. Dans chacun des romans présentés ici, vous retrouverez le même personnage aux multiples visages : l’Histoire. Du Moyen Âge au siècle dernier, elle sait s’y prendre pour obtenir le premier rôle, qu’elle interprète toujours avec brio !

Le temps des cathédrales

Le Moyen Âge semble être une source inépuisable d’inspiration. Après avoir engendré des classiques, à l’image de la légende du roi Arthur, (nouvelle fenêtre) il continue d’inspirer nos auteurs les plus contemporains. Avec Les piliers de la Terre (nouvelle fenêtre), le romancier Ken Follett s’est taillé à coups d’épées un nouveau succès, qui prend place dans l’Angleterre du XIIe siècle.

Par ailleurs, en historiens confirmés ou simplement passionnés, les auteurs de livres aux décors médiévaux s’intéressent beaucoup à la question religieuse : ainsi Frédéric Gros en narrant le cas du curé Grandier soupçonné d’abuser de ses fidèles dans les Possédées (nouvelle fenêtre) et Aline Kiner en s’interrogeant sur le rôle qu’une chrétienté féroce réserve aux femmes dans La nuit des béguines (nouvelle fenêtre).

Mais le Moyen Âge n’est pas qu’une époque entièrement sombre, traversée par les luttes pour le pouvoir et le maintien de la chrétienté. Citons encore deux bons livres, un plutôt sensuel, qui nous transmet un peu de la magie médiévale : Le Bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin qui est chargé des mille odeurs décrites avec finesse qui accompagnent le pèlerinage d’un pêcheur de carpes dans l’empire du Japon, tandis que Jean-Christophe Rufin nous charme avec un texte précis et vertigineux sur Jacques Cœur et son génie mercantile : Le grand Coeur (nouvelle fenêtre)

 

La Renaissance 

Le roman historique réussit à Ken Follett, et il aurait tort de se limiter au temps des cathédrales !  Une colonne de feu (nouvelle fenêtre) déploie ainsi le talent du romancier sur fond de guerres de religion, dans une intrigue située quatre siècles après Les Piliers de la terre. Ce sont ces mêmes guerres et l’obscurantisme qu’elles charrient que critique Zénon, héros humaniste de Marguerite Yourcenar  dans L’œuvre au Noir (nouvelle fenêtre). Cet humaniste incarne un esprit libre et éclairé dans une époque de basculement, pivot entre le Moyen Âge et les Temps Modernes, qui verront aussi le monde s’étendre au-delà de l’Atlantique, jusqu’au Mexique raconté par Alexis Jenni dans La conquête des îles de la terre ferme (nouvelle fenêtre)

Du côté du vieux continent, le protestantisme fera son chemin. Dans sa version puritaine, il Inspirera pour son premier roman Jessie Burton, par le biais d’une maison de poupée amsterdamoise décrite dans Miniaturiste  (nouvelle fenêtre) qui restitue avec précision le « Siècle d’or néerlandais », les riches marchands qui l’ont bâti et qui ne sont pas à l’abri de lourds secrets…

Le siècle des Lumières

En 1715, la monarchie ne s’essouffle pas encore mais l’homme sous la couronne voit apparaître la mort. Ève de Castro imagine ainsi dans Nous, Louis Roi (nouvelle fenêtre) le regard que porterait le Roi Soleil sur son règne en cet instant crucial. Les rois succèdent aux rois, c’est donc un jeune Louis XV endeuillé que l’on retrouvera dans L’échange des  princesses (nouvelle fenêtre)  Son régent Philippe d’Orléans complote pour conserver l’exercice du pouvoir par le biais d’un accord avec l’Espagne : un fait historique véridique et un prétexte parfait, utilisé par Chantal Thomas pour nous dévoiler les coulisses de la vie à la cour… Le commissaire aux affaires extraordinaires de Louis XVI, Nicolas Le Floch célèbre personnage de l’écrivain Jean-François Parot, se retrouve dans Le Prince de Cochinchine (nouvelle fenêtre) victime d’un attentat dont il réchappe bien heureusement. À la veille de la Révolution française, les tensions sont palpables dans le Paris de Le Floch. L’enquêteur doit faire preuve d’une grande détermination pour démêler les fils tendus des deux enquêtes dans lequelles il est embarqué : un meurtre lié à Olympe de Gouges et un complot d’État.
Le siècle des Lumières porte en lui le germe de la Révolution et de l’exécution de la famille royale, à laquelle échappera seule la fille, Marie-Thérèse, surnommée par sa mère : Mousseline la sérieuse (nouvelle fenêtre) une histoire contée par Sylvie Yvert.

C’est un Paris encore pré-révolutionnaire et insouciant qu’examine le roman Deux hommes de bien (nouvelle fenêtre) Arturo Perez Reverte à travers les yeux de voyageurs espagnols : une ville peuplée d’esprits éclairés et encensée par l’art de la conversation. Le contraste est saisissant avec le Paris de d’Isabelle Duquesnoy dans l’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor (nouvelle fenêtre) : la Révolution y a éclaté et le héros de cette histoire, embaumeur apprenti, se démène pour mener comme il peut une vie mal engagée.

Le XIXe siècle aux quatre coins du monde

Le XIXe siècle sera aux femmes ou ne sera pas, du moins dans les romans qui le racontent. On peut ainsi se prendre d’admiration pour la jeune femme qui incarne la noblesse russe et l’aristocratie qui donne son titre à Anna Karénine, (nouvelle fenêtre) de Léon Tolstoï, mais qui se consacre à la lutte révolutionnaire après avoir fait la rencontre d’un anarchiste en Italie. On peut applaudir les trois héroïnes de La part des flammes (nouvelle fenêtre) de Gaelle Nohant qui gardent la tête haute dans l’incendie qui ravage une vente de charité et se libèrent du regard que porte sur elles une société corsetée. Rebelles, les sœurs américaines de La vengeance des mères (nouvelle fenêtre) de Jim Fergus le sont également, qui prennent le parti du peuple indien après sa tentative d’extermination par les États-Unis.
Et les hommes ?  Camille Pascal relate avec L’été des quatre rois (nouvelle fenêtre) les journées de juillet 1830 qui resteront dans l’Histoire comme « Les trois glorieuses ». On s’y laisse porter par le rythme ! On voit monter en puissance la colère du peuple, soulevée par les ordonnances, l’atteinte à la liberté de la presse, la réduction du rôle du Parlement.

Les temps agités

Le siècle dernier a été traversé par les drames que l’on sait et la production romanesque qui nous intéresse ici se partage assez naturellement entre les récits de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
Pour aborder la première, citons Le chagrin des vivants (nouvelle fenêtre) d’Anna Hope. Ce roman décrit les traumatismes causés par la Grande Guerre dans l’Angleterre de 1920, alors que le pays s’apprête à accueillir le Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Mais les blessures des Anglais ne seront pas encore pansées que s’annonceront les souffrances de la Seconde Guerre mondiale.
Les manœuvres d’Hitler pour annexer l’Autriche dans L’ordre du jour, (nouvelle fenêtre) d‘Eric Vuillard, l’horreur des camps à travers l’histoire de deux sœurs jumelles soumises aux expériences du professeur Mengele dans Mischling (nouvelle fenêtre) d’Affinity K. ou encore la bataille de Stalingrad vue par un officier allemand dans Éclairs lointains : percée à Stalingrad de Heinrich Gerlach. Toutes ces heures sombres font l’objet de récits très documentés qui pourront nous aider à regarder avec intelligence notre passé récent.

Pour compléter cette liste, et si vous êtes à court d’idées pour vos lectures, vous pouvez reprendre les titres sélectionnés et élus pour les Prix des Lecteurs de Levallois (nouvelle fenêtre) décernés lors des précédents Salons du Roman Historique de Levallois. Pour la sélection 2020, suivez notre Saga du Prix des Lecteurs de Levallois 2020 qui raconte les coulisses du Prix 2020, des premiers débats à l’annonce du lauréat !

Des romans pour découvrir les villes : Berlin (2)

15 Jan

Après Londres, entrons dans Berlin au travers de la production romanesque. Afin de l’appréhender comme un univers, un labyrinthe, comme un espace construit ou déconstruit, avec le soutien d’une narration, de lieux et de personnages donnant corps à cette réalité complexe. Ville au vent underground et avant-gardiste Berlin cumule tous les avantages d’une capitale culturelle foisonnante sans en subir les inconvénients. Cette douceur de vivre attire les artistes du monde entier (dont certains écrivains français) et ne rebute pas ceux que l’histoire allemande pourrait encore tenir éloignés, comme en témoigne cet article du nouvel observateur (nouevlle fenêtre) . 

Voyons comment des auteurs d’hier et d’aujourd’hui se sont emparés de cette ville pour ( en fonction des époques ) pour en faire le théâtre du quotidien de leurs personnages.

Berlin, Germany skyline with Berlin TV Tower.

Les récits d’avant-guerre

Alfred Dödlin  dans Alexander Platz (nouvelle fenêtre) (ouvrage disponible en langue originale).  À travers la vie de Franz Biberkopf qui sort de prison, l’auteur nous offre un roman où les voix se croisent, s’interpellent. Chacun crie, gémit, rit, boit, aime ou déteste. Berlin (Est) est en fond de tableau avec sa métamorphose, ses travaux, le métro, le tram, les laissés pour compte de la ville de lumière. C’est un roman dur, poignant, difficile, qui n’est pas sans rappeler Voyage au bout de la nuit de Céline. Quand le livre est publié en 1929 , la République de Weimar est encore en place, le nazisme monte, le communisme essaye de trouver sa place : il sera du reste brûlé lors des autodafés de 1933. C’est un fleuron du XXe siècle avec une écriture orale, caractérisée par de nombreux dialogues.

Une version cinématographique adaptée par R.W. Fassbinder(nouvelle fenêtre) est empruntable dans votre Médiathèque (elle se décline sous forme de série en 10 épisodes).

Eric LarsonDans le jardin de la bête (nouvelle fenêtre) : ce thriller politique et d’espionnage très actuel met à jour un jeu mortel réalisé durant l’accession au pouvoir d’Hitler entre 1933 et 1937, qui atteindra son apogée lors de la nuit des longs couteaux. Se basant sur cette réalité et très documenté, on peut considérer que ce récit est exceptionnel.

Berlin dans la guerre 39-45

Dans l’abondante production qui a eu pour sujet , voici quelques textes phares :

Une Femme à Berlin (nouvelle fenêtre) est un journal écrit par une anonyme consignant  la vie quotidienne dans un Berlin dévasté, et la survie dans la peur, le froid et la faim au moment où la ville est assiégée par les Russes. C’est un témoignage poignant.

Hans Fallada, Seul dans Berlin  (nouvelle fenêtre)  : qualifié d’un des plus beaux livres sur » la résistance allemande antinazie » par Primo Lévi. Aucun roman n’a jamais décrit d’aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Anne Wiazemsky, Mon enfant de Berlin (nouvelle fenêtre)  : cet ouvrage paru en 2013 retrace la vie de Claire, engagée à la Croix Rouge. Elle nous fait l’état des lieux de Berlin au sortir de la guerre. Elle fournit beaucoup d’informations sur les difficultés de ravitaillement, les tensions entre les différentes populations : vainqueurs et vaincus de la guerre, les épidémies, les famines… Cadencé de lettres qu’elle écrit à sa mère, l’ouvrage est lentement rythmé et agréable à lire. Pris dans ce texte entre roman familial et récit autobiographique, le lecteur assiste à l’éclosion d’une jeune fille en femme, à l’engagement éthique, à un coup de foudre amoureux, à une solidarité sans faille. L’auteur restitue avec réalisme l’atmosphère de cette période terrible et l’espoir qui aidait à la traverser.

L’après-guerre à Berlin

Plutôt lié dans l’imaginaire collectif à l’espionnage et aux opérations clandestines, cette période a donné lieu à une kyrielle d’écrits sur le sujet. Parmi ceux-ci, citons 3 auteurs incontournables qui répondent à ces codes :

Philip Kerr, La trilogie Berlinoise ( L’été de cristal, La pale figure, un requiem Allemand) (nouvelle fenêtre)

Il s’agit des aventures de Bernie Gunther, un privé qui se débat dans l’Allemagne nazie. C’est un enquêteur brillant et cynique. Les trois intrigues sont des enquêtes plutôt classiques mais très prenantes et bien construites. La reconstitution historique très crédible participe évidemment au charme du livre tant cette époque inquiétante et fascinante à la fois. Nazisme, propagande, endoctrinement, antisémitisme, racisme, discriminations, cruauté, bêtise, ultra-violence, manipulations constituent son quotidien. mais l’enquêteur s’efforce malgré tout de faire correctement son métier de détective privé, et surtout de garder son esprit critique et sa liberté, le tout servi par une écriture fluide et dynamique.

John Le Carré, L’espion qui venait du froid (nouvelle fenêtre) : l‘auteur est un spécialiste des romans d’espionnage. La « guerre froide », le mur de Berlin, le bloc Est-Ouest, tout cela fait partie d’un monde, où il se meut comme un poisson dans l’eau. Il n’y est pas question directement de la « grande Histoire » mais de celle de quelques individus mêlés aux événements. Ainsi un ex-agent secret nous plonge au cœur d’un récit palpitant, au plus proche des espions et des complots au sein de la RDA et du parti communiste.

Joseph Kanon, Berlin 49 (nouvelle fenêtre)  : la ville écrasée et ruinée se reconstruit peu à peu, mais reste divisée en plusieurs zones, dont une américaine et une soviétique. C’est le début de la Guerre froide. Les Soviétiques ont imposé un blocus isolant Berlin du reste du monde. Aussitôt, un immense pont aérien a été mis en place par les Américains pour ravitailler l’ancienne capitale du Reich, devenue un terrain de jeu pour les officines d’espionnage.

La chute du mur (le 9 novembre 1989) et la réunification (le 3 octobre 1990)

Ces deux évènements historiques ont donné lieu à un genre littéraire nouveau : le roman du « tournant » qui rend compte des bouleversements provoqués par la fin de la RDA.

Edgar Hilsenrath, Terminus Berlin (nouvelle fenêtre) : une plume acérée pour ce roman des plus poignants sur le retour désenchanté du narrateur en Allemagne près de 30 ans après la guerre qui l’en a chassé. Avec dérision, l’auteur raconte le destin de son alter ego littéraire : Lesche, traumatisé par le ghetto, qui peine à trouver sa place dans Berlin marqué par le consumérisme et la chute du mur.

Christine de Maziere; Trois jours à Berlin (nouvelle fenêtre) (bientôt disponible à La Médiathèque)  : un roman actuel qui retrace les événements sans précédent qui se sont déroulés, trente ans après la chute du mur, en incarnant au plus juste les acteurs de ces trois journées pendant lesquelles l’Histoire a basculé, et les si belles espérances qu’elles ont soulevées.

Gunter Grass, Toute une histoire (nouvelle fenêtre : à  travers le dialogue de deux protagonistes à Berlin entre 1989 et 1991, ce livre nous fait voyager dans l’histoire Allemande.  Il propose une piste de réflexion qui nous conduit de la chute du mur et à ses conséquences.

Le Berlin d’aujourd’hui

Pour clore ce tour littéraire de Berlin, voici des parutions plus actuelles qui traitent de problèmes de société rencontrés, posent ainsi la question de l’identité de l’Allemagne actuelle, interrogent son passé douloureux et font le bilan spirituel et émotionnel d’une réunification qui continue à hanter tout un peuple avec le regard de deux auteurs actuels qui ne sont pas natifs d’Allemagne :

Sasa Ilic, La fenêtre Berlinoise (nouvelle fenêtre) : ce roman est fait de rencontres (puisqu’un représentant d’une ONG Serbe recherche un soldat, dont il ne sait rien) où Berlin tient un rôle central. L’auteur déploie les différentes facettes de cette ville multiple en  laissant entrevoir tout ce qu’elle porte de passé, placé sous le signe de la séparation des êtres. C’est un témoignage attachant construit avec du rythme.

Je souhaite conclure avec un ouvrage de Cécile Wajsbrot, Berliner ensemble (titre en référence au grand auteur de théâtre Bertolt Brecht) qui rassemble 22 textes courts sur Berlin entre 2007 et 2014, portraits sensibles et passionnants d’une ville en mutation, textes qui parcourent la période du chute du mur à l’époque actuelle de gentrification de la ville.

Bonne lecture !

Des romans pour découvrir les villes : Londres (1)

19 Déc

Londres est une ville incertaine, passablement labyrinthique. Vous ne savez jamais vraiment où vous êtes… C’est peut-être pourquoi la capitale britannique fascine les écrivains : sous son capuchon de brume poisseuse, elle est suffisamment fantomatique pour les pousser à traquer ses multiples mystères, pour les inviter à la rêverie et à la déambulation onirique. On peut, grâce à eux, s’y promener et parfois s’y perdre, il est vrai que l’image d’une ville tient non seulement à son histoire mais aussi aux transpositions littéraires qu’en font les auteurs. En voici une petite sélection éclectique et subjective.

Virginia Woolf et  Mrs Dalloway (nouvelle fenêtre) : paru en 1925 Mrs Dalloway manqua de s’appeler Les heures. Y est décrite une journée de printemps dans la vie de Clarissa Dalloway. Une élégante femme de la bonne société qui se promène dans un Londres rythmé par la tour et l’horloge de Big Ben. Clarissa va acheter des fleurs pour la soirée qu’elle organise en laissant voguer son esprit. Avec une grande acuité, l’auteur détaille les motifs psychologiques et fait preuve d’une grande sensibilité qui nous touche encore aujourd’hui. Ce roman aborde avec justesse le thème de l’angoisse, le vertige du suicide. Un classique de la littérature anglaise.

Charles Dickens et Les aventures d’Oliver Twist (nouvelle fenêtre). Publié en 32 feuilletons entre février 1837 et avril 1939 dans la revue Bentley’s Micellany, c’est un sommet du roman anglais. Il s’agit de l’histoire d’un orphelin maltraité qui s’enfuit de Londres et qui est recueilli par une bande  de petits voleurs travaillant pour le compte du vieux Fagin, voici un jeune héros inoubliable. S’inspirant de son expérience personnelle, Charles Dickens est reconnu pour être un grand maître de la satire sociale. Ses romans sont d’un grand réalisme quelquefois à caractère humoristique, ses personnages glorieux sont gravés dans la mémoire collective de l’humanité et ce fut un homme qui se battit toute sa vie durant pour l’égalité, la justice et la paix.

On retrouve cette ambiance très britannique dans les romans d’Agatha Christie. J’ai envie de dire qu’il faut tous les lire mais puisque le challenge de cet article est que l’action se déroule à Londres, citons par exemple, Un, deux, trois Poirot résout trois énigmes  (nouvelle fenêtre) ou Les pendules (nouvelle fenêtre) etc…

Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray (nouvelle fenêtre)  : un incontournable ! Dorian Gray est un dandy émerveillé par sa jeunesse et sa beauté, qui mène une vie dissolue. Il fait alors le vœu de rester éternellement jeune. Seul son portrait sera marqué par le passage du temps, les vices, les crimes, jusqu’au drame final. Conte fantastique, ce roman est aussi captivant par l’écriture de l’auteur qui sait créer un univers intrigant. C’est un roman sur le bien et le mal mais c’est aussi une satire sociale, acide, cruelle, caricaturale, de la bonne société victorienne, hypocrite et orgueilleuse.

Helene Hanff et 84 Charing cross road (nouvelle fenêtre) une authentique et délicieuse correspondance, entretenue pendant vingt ans (1949/1969) entre Hélene Hanff, scénariste new yorkaise passionnée de livres et principalement Franck Doel à la librairie Mark and Co à Londres et qui est chargé d’assouvir l’insatiable soif de lecture de sa cliente américaine. Son dévouement, sa délicatesse et sa réserve toute britannique, touchent la New Yorkaise qui se rapproche ainsi virtuellement de Londres. D’autres membres du personnel de la librairie, intrigués, participent bientôt à ces échanges. Une véritable amitié par correspondance s’établit. Une lecture pour un petit clin d’œil à nos libraires dont le métier s’essouffle mais pas la passion… (lire à ce sujet notre article Libraires et librairies dans les romans)

Anne Perry et Un traître à Kensingtonplace (nouvelle fenêtre)  : une enquête policière dans le quartier londonien de Kensington en 1899 et une immersion dans la société victorienne, ce roman met en scène l’inspecteur Thomas Pitt. L’auteur dépeint les conventions et les barrières sociales, les premières réflexions féministes sur le droit de vote des femmes, la rigueur purement de façade des mœurs, sur fond de politique internationale où une seconde guerre des Boers se profile.

Sarah Waters et Du bout des doigts (nouvelle fenêtre) Londres, 1862. À la veille de ses dix huit ans, Sue Trinder, orpheline , se voit proposer par un certain gentleman d’escroquer une riche héritière, elle aussi orpheline, élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre particulier. Entre mystères et complots, Sue va devenir une légende dans le cercle de la bibliophilie érotique. On a dit de ce roman qu’il tenait du Dickens mais aussi de Sapho ou des Libertins. Voilà qui pique notre curiosité n’est-ce pas ?

 Maggie O’Farrel : Cette main qui a pris la mienne (nouvelle fenêtre)  un roman bouleversant qui nous raconte le pouvoir destructeur des non-dits , les relations maternelles, la force des liens du sang. Lexie a accompli son rêve, devenir journaliste à Londres. Mère célibataire, elle s’épanouit dans son travail, jusqu’au jour où le destin se rappelle à elle. Quarante ans plus tard, on rencontre une jeune femme, Elina qui vient de mettre au monde son premier enfant et a bien failli en mourir. Depuis cette naissance , son mari se comporte étrangement, comme si son inconscient  se réveillait d’un profond sommeil. Il finit par mettre à jour un terrible secret qui unit Lexie et Elina…

Graham Swift : La lumière du jour (nouvelle fenêtre). George Webb est un détective privé, ancien policier, blasé. Un jeudi sur deux, il quitte son bureau pour voir une femme. Une filature qui va déboucher sur une révélation. Polar psychologique bien mené, ce roman nous entraîne autour de la petite église de Wimbledon.

Même si le dernier livre de Graham Swift ne se déroule pas entièrement à Londres, je vous invite à le découvrir, il s’agit De l’Angleterre et des Anglais (nouvelle fenêtre). Ce sont des nouvelles au plus près de la vérité humaine, indispensables pour saisir l’âme d’un pays et de ses habitants. Des vies arrachées à une rue de Blackheath au fossé de Somerset-  ses portraits sont scrutés sous les loupes grossissantes et ironiques de leur auteur. La prose sobre et délicate de l’auteur anglais offre une vision vivante du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens à l’enfance ou de la perte.

Jonathan Coe : Testament à l’anglaise (nouvelle fenêtre). Satire des années Thatcher, passionnante comme un polar et teintée d’un humour très british, ce roman met en scène une vielle dame qui a quelque peu perdu l’esprit. Épaisseur des personnages et rebondissements… tout est prêt pour passer un bon moment

Rachel CuskArlington Park (nouvelle fenêtre). L’action se situe dans la banlieue résidentielle de Londres à Arlington Park, et l’auteur y dynamite les clichés sur la famille, le couple, la maternité, avec une lucidité dévastatrice. C’est un champ de bataille que Rachel Cusk nous montre, un monde cruel. La plume de l’auteur est aiguisée, à souhait elle transcende l’histoire et les personnages avec beaucoup d’agilité dans la description de leurs états d’âme, une pointe d’humour et la capacité à décrire l’immense solitude des héroïnes. Un parfait équilibre entre description et narration, ainsi qu’un sens rare du dialogue.

Ian Mc Ewan  : Samedi (nouvelle fenêtre). C’est dans un contexte imprévisible qu’un grain de sable va enrayer le quotidien bien huilé de Henry Perowne. 24 heures dans la vie d’un homme, racontées en 350 pages, c’est dire que tout est décortiqué, analysé, et à ce titre la description clinique de la recette de la matelote, de l’intervention chirurgicale subie par Rosalind, celle de l’exérèse d’une tumeur de l’hypophyse, au cours de laquelle Henry est tombé amoureux de sa future femme, de la partie de squash passée sous un microscope électronique, sont des morceaux d’anthologie littéraire.

William Boyd : Orages ordinaires (livre cd- nouvelle fenêtre). À Londres, Adam Kindred, jeune climatologue fraîchement revenu des États Unis, voit sa vie basculer alors que tout semblait « sous contrôle » Encore un très bon roman sur la forme et sur le fond, le tissu social anglais est abordé dans toute sa complexité, au travers de personnages bien travaillés. Intelligent et prenant, c’est un livre captivant et plein d’ironie. Existe aussi en version anglaise : Ordinary Thunderstorms (nouvelle fenêtre)

Zadie Smith : Sourires de loups (nouvelle fenêtre).  Dans la banlieue nord,  l’auteur dépeint le Londres métissé et multiculturel d’aujourd’hui, entre amertume et loufoquerie. Son zoom, elle le pose sur le quartier des immigrés où elle a grandi : Willesden, kaléidoscope bariolé où se mêlent saris et tresses afro, funkies et zoulous, reggae et sitars indiens, Big Mac et chiches-kebabs sous les regards croisés de Shiva et d’Allah. Résultat : une fresque explosive, une rhapsodie de voix discordantes où se télescopent l’Orient et l’Afrique, tandis que s’amorce une intrigue mettant en scène deux familles au gré des amours et des exils. l’auteur se fait géographe flamboyant avec ses personnages souvent déboussolés.

Si vous souhaitez vous perdre davantage dans les rues de Londres, lisez le dossier Spécial Londres dans Lire de Mai 2019 (nouvelle fenêtre)

Prochainement : Des livres pour découvrir des villes : Berlin (2)

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