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Citation de fin d’année : les Étrennes selon Rimbaud

31 Déc

La citation du vendredi clôture son année un samedi  (!) soit le 31 décembre et vous offre un peu de Rimbaud pour passer les dernières 24 heures de 2016. Bonne fin d’année à à tous et que les Étrennes vous soient favorables 🙂

La chambre est pleine d’ombre ; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…
– Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux ;
Leur aile s’engourdit sous le ton gris des cieux ;
Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,
Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse,
Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…

[…]

C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant :
– Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher…
On entrait !… Puis alors les souhaits… en chemise,
Les baisers répétés, et la gaîté permise !

Extrait de Les Étrennes des orphelins de Arthur Rimbaud

(Œuvres complètes de Rimbaud disponibles à La Médiathèque)

 

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La citation du vendredi d’avant Noël

23 Déc

Décorations, préparatifs et fêtes sont à l’honneur en ce vendredi : livres et ambiance Noël, voici une citation du vendredi pour vous mettre en appétit… avant, pendant et après le 25 décembre !

Cette année-là à Noël, nous eûmes tous les jours des petits matins de plomb et de givre. La ville baignait dans une pénombre bleutée, et l’haleine des passants emmitouflés jusqu’aux oreilles dessinait des trainées de vapeur dans le froid. Ils étaient bien peu, ceux qui s’arrêtaient pour regarder la vitrine de Sempere & Fils, et moins nombreux encore ceux qui s’aventuraient à l’intérieur pour demander le livre perdu qu’ils avaient cherché toute leur vie et dont la vente aurait contribué à renflouer les finances précaires de la librairie.

– Je crois qu’aujourd’hui sera le bon jour. Aujourd’hui notre sort va changer ! proclamai-je après le premier café de la journée, rendu optimiste au seul goût du liquide.

Mon père, qui depuis huit heures du matin, bataillait avec le livre de comptes à coups de crayon et de gomme, leva les yeux de la caisse et observa le défilé des clients manqués qui se perdaient dans la rue.

– Le ciel t’entende Daniel, parce qu’à cette allure, si nous ratons la saison de Noël, en janvier nous n’aurons pas de quoi payer la quittance d’électricité. Il faut trouver quelque chose.

-Hier Fermin a eu une idée, aventurai-je. D’après lui, il s’agit d’un plan magistral pour sauver la librairie d’une banqueroute imminente.

-Mon Dieu, ayons pitié de nous !

Je citai textuellement :

-« Si on me mettait en caleçon dans la vitrine en manière de décoration, nous obtiendrons que quelque représentante de la gent féminine, avide de littérature et d’émotions fortes, entre faire des achats car les connaisseurs assurent que l’avenir de la littérature dépend des femmes et croyez-moi, elle n’est pas encore née, celle qui sera capable de résister au charme bucolique de ce corps robuste ».

J’entendis derrière moi le crayon de mon père tomber par terre et je me retournai.

-Fermin dixit, précisai-je.

Je pensais que mon père allait rire de cette boutade de Fermin mais constatant qu’il ne sortait pas de son silence, je le regardai du coin de l’œil. Non seulement Sempere sénior ne semblait pas amusé par une telle ineptie, mais il arborait une expression méditative, comme s’il la prenait très au sérieux.

-Sais-tu que Fermin a peut-être trouvé la solution ? murmura-t-il.

Je l’observai incrédule en me demandant si la disette commerciale dont nous avions été victimes ces dernières semaines n’avait pas affecté le bon sens de mon géniteur.

-Tu ne vas tout de même pas lui permettre de se promener dans la librairie en petite tenue ?

– Non, ce n’est pas ça. Il ne s’agit pas de son histoire de vitrine. Pourtant tu m’as donné une idée… Nous sommes peut-être encore en mesure de sauver Noël […]

La suite de ce Noël particulier est à lire dans Le prisonnier du ciel de Carlos Ruiz Zafon.

Pour patienter avant d’emprunter ce roman (disponible à La Médiathèque), pourquoi pas un peu de lecture en ligne avec Les cantiques de Noël de C. Dickens, Les femmes de Noël de Liz Curtis Higgs, ou Le premier Noël de Férima de Miche Tanon-Lora  ? Ou encore pour les récalcitrants et les hostiles aux fêtes : Pourquoi je déteste Noël de Robert Benchley 🙂

Toute l’équipe du blog Liseur vous souhaite de joyeuses fêtes ! Et de très belles lectures 🙂

En passant

Poésie du samedi

6 Fév

La culture

Dans la friche on sème des mots

on y sème aussi des phonèmes

des morphèmes des sémantèmes

roses roseaux au bord de l’eau

bruns grains fichés dans les labours

verts coquelicots des prairies

noirs lys au fond des forets

dans la friche on sème des mots

pour qu’ils repoussent bien plus beaux

courir les rues raymond queneau - catalogue de La Médiathèque (nouvelle fenêtre)Extrait de Courir les rues, battre la campagne fendre les flots de Raymond Queneau. Gallimard

En passant

Impatience de Noël par Alphonse Daudet

24 Déc
Par une nuit de Noel de l’an de grâce mil six cent et tant, sur les flancs du mont Ventoux, dans le village de Trinquelage :

-Deux dindes truffées, Garrigou ?…

-Oui mon révérend, deux dindes magnifiques bourrées de truffes. J’en sais quelque chose puisque c’est moi qui ai aidé à les remplir. On aurait dit que leur peau allait claquer en rôtissant tellement elle était tendue…

-Jésus Maria! moi qui aime tant les truffes !… Donne moi vite mon surplis Garrigou… et avec les dindes, qu’est-ce que tu as encore aperçu à la cuisine ?

-Oh ! toutes sortes de bonnes choses… Depuis midi nous n’avons fait que plumer des faisans, des huppes, des gelinottes, des coqs de bruyère. La plume en volait partout… Puis de l’étang, on a apporté des anguilles, des carpes dorées, des truites des…

-Grosses comment les truites, Garrigou ?

-Grosses comme ça, mon révérend…Enormes !…

-Oh! Dieu! il me semble que je les vois… As-tu mis le vin dans les burettes ? […]

Allons, allons, mon enfant. Gardons nous du péché de gourmandise, surtout la nuit de la Nativité…

Lettres du moulin alphonse daudetCette citation du vendredi, avancée au jeudi en raison de Noël, est extraite des Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet et s’intitule Les trois messes basses.

Un livre numérique disponible 24/24 à La Médiathèque

Toute l’équipe de Liseur vous souhaite de bonnes fêtes,  en espérant que vous trouviez au pied du sapin de quoi satisfaire vos appétits de gourmandises et de lectures 🙂

 

 

Pour commencer la semaine en douceur, voici un peu de poésie

23 Nov

 

Trouver des mots à l’échelle du vent

Trouver des mots qui pratiquent des brèches

Dans le sommeil comme un soleil levant

Des mots qui soient à nos soifs une eau fraîche

 

Trouver des mots forts comme la folie

Trouver des mots couleur de tous les jours

Trouver des mots que personne n’oublie

Feux pour l’aveugle et tonnerres au sourd (…)

 

 Extrait de Je ne connais pas cet homme de Louis Aragon.

La Diane française. Seghers, 1946

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