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Des romans pour découvrir les villes : Berlin (2)

15 Jan

Après Londres, entrons dans Berlin au travers de la production romanesque. Afin de l’appréhender comme un univers, un labyrinthe, comme un espace construit ou déconstruit, avec le soutien d’une narration, de lieux et de personnages donnant corps à cette réalité complexe. Ville au vent underground et avant-gardiste Berlin cumule tous les avantages d’une capitale culturelle foisonnante sans en subir les inconvénients. Cette douceur de vivre attire les artistes du monde entier (dont certains écrivains français) et ne rebute pas ceux que l’histoire allemande pourrait encore tenir éloignés, comme en témoigne cet article du nouvel observateur (nouevlle fenêtre) . 

Voyons comment des auteurs d’hier et d’aujourd’hui se sont emparés de cette ville pour ( en fonction des époques ) pour en faire le théâtre du quotidien de leurs personnages.

Berlin, Germany skyline with Berlin TV Tower.

Les récits d’avant-guerre

Alfred Dödlin  dans Alexander Platz (nouvelle fenêtre) (ouvrage disponible en langue originale).  À travers la vie de Franz Biberkopf qui sort de prison, l’auteur nous offre un roman où les voix se croisent, s’interpellent. Chacun crie, gémit, rit, boit, aime ou déteste. Berlin (Est) est en fond de tableau avec sa métamorphose, ses travaux, le métro, le tram, les laissés pour compte de la ville de lumière. C’est un roman dur, poignant, difficile, qui n’est pas sans rappeler Voyage au bout de la nuit de Céline. Quand le livre est publié en 1929 , la République de Weimar est encore en place, le nazisme monte, le communisme essaye de trouver sa place : il sera du reste brûlé lors des autodafés de 1933. C’est un fleuron du XXe siècle avec une écriture orale, caractérisée par de nombreux dialogues.

Une version cinématographique adaptée par R.W. Fassbinder(nouvelle fenêtre) est empruntable dans votre Médiathèque (elle se décline sous forme de série en 10 épisodes).

Eric LarsonDans le jardin de la bête (nouvelle fenêtre) : ce thriller politique et d’espionnage très actuel met à jour un jeu mortel réalisé durant l’accession au pouvoir d’Hitler entre 1933 et 1937, qui atteindra son apogée lors de la nuit des longs couteaux. Se basant sur cette réalité et très documenté, on peut considérer que ce récit est exceptionnel.

Berlin dans la guerre 39-45

Dans l’abondante production qui a eu pour sujet , voici quelques textes phares :

Une Femme à Berlin (nouvelle fenêtre) est un journal écrit par une anonyme consignant  la vie quotidienne dans un Berlin dévasté, et la survie dans la peur, le froid et la faim au moment où la ville est assiégée par les Russes. C’est un témoignage poignant.

Hans Fallada, Seul dans Berlin  (nouvelle fenêtre)  : qualifié d’un des plus beaux livres sur » la résistance allemande antinazie » par Primo Lévi. Aucun roman n’a jamais décrit d’aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Anne Wiazemsky, Mon enfant de Berlin (nouvelle fenêtre)  : cet ouvrage paru en 2013 retrace la vie de Claire, engagée à la Croix Rouge. Elle nous fait l’état des lieux de Berlin au sortir de la guerre. Elle fournit beaucoup d’informations sur les difficultés de ravitaillement, les tensions entre les différentes populations : vainqueurs et vaincus de la guerre, les épidémies, les famines… Cadencé de lettres qu’elle écrit à sa mère, l’ouvrage est lentement rythmé et agréable à lire. Pris dans ce texte entre roman familial et récit autobiographique, le lecteur assiste à l’éclosion d’une jeune fille en femme, à l’engagement éthique, à un coup de foudre amoureux, à une solidarité sans faille. L’auteur restitue avec réalisme l’atmosphère de cette période terrible et l’espoir qui aidait à la traverser.

L’après-guerre à Berlin

Plutôt lié dans l’imaginaire collectif à l’espionnage et aux opérations clandestines, cette période a donné lieu à une kyrielle d’écrits sur le sujet. Parmi ceux-ci, citons 3 auteurs incontournables qui répondent à ces codes :

Philip Kerr, La trilogie Berlinoise ( L’été de cristal, La pale figure, un requiem Allemand) (nouvelle fenêtre)

Il s’agit des aventures de Bernie Gunther, un privé qui se débat dans l’Allemagne nazie. C’est un enquêteur brillant et cynique. Les trois intrigues sont des enquêtes plutôt classiques mais très prenantes et bien construites. La reconstitution historique très crédible participe évidemment au charme du livre tant cette époque inquiétante et fascinante à la fois. Nazisme, propagande, endoctrinement, antisémitisme, racisme, discriminations, cruauté, bêtise, ultra-violence, manipulations constituent son quotidien. mais l’enquêteur s’efforce malgré tout de faire correctement son métier de détective privé, et surtout de garder son esprit critique et sa liberté, le tout servi par une écriture fluide et dynamique.

John Le Carré, L’espion qui venait du froid (nouvelle fenêtre) : l‘auteur est un spécialiste des romans d’espionnage. La « guerre froide », le mur de Berlin, le bloc Est-Ouest, tout cela fait partie d’un monde, où il se meut comme un poisson dans l’eau. Il n’y est pas question directement de la « grande Histoire » mais de celle de quelques individus mêlés aux événements. Ainsi un ex-agent secret nous plonge au cœur d’un récit palpitant, au plus proche des espions et des complots au sein de la RDA et du parti communiste.

Joseph Kanon, Berlin 49 (nouvelle fenêtre)  : la ville écrasée et ruinée se reconstruit peu à peu, mais reste divisée en plusieurs zones, dont une américaine et une soviétique. C’est le début de la Guerre froide. Les Soviétiques ont imposé un blocus isolant Berlin du reste du monde. Aussitôt, un immense pont aérien a été mis en place par les Américains pour ravitailler l’ancienne capitale du Reich, devenue un terrain de jeu pour les officines d’espionnage.

La chute du mur (le 9 novembre 1989) et la réunification (le 3 octobre 1990)

Ces deux évènements historiques ont donné lieu à un genre littéraire nouveau : le roman du « tournant » qui rend compte des bouleversements provoqués par la fin de la RDA.

Edgar Hilsenrath, Terminus Berlin (nouvelle fenêtre) : une plume acérée pour ce roman des plus poignants sur le retour désenchanté du narrateur en Allemagne près de 30 ans après la guerre qui l’en a chassé. Avec dérision, l’auteur raconte le destin de son alter ego littéraire : Lesche, traumatisé par le ghetto, qui peine à trouver sa place dans Berlin marqué par le consumérisme et la chute du mur.

Christine de Maziere; Trois jours à Berlin (nouvelle fenêtre) (bientôt disponible à La Médiathèque)  : un roman actuel qui retrace les événements sans précédent qui se sont déroulés, trente ans après la chute du mur, en incarnant au plus juste les acteurs de ces trois journées pendant lesquelles l’Histoire a basculé, et les si belles espérances qu’elles ont soulevées.

Gunter Grass, Toute une histoire (nouvelle fenêtre : à  travers le dialogue de deux protagonistes à Berlin entre 1989 et 1991, ce livre nous fait voyager dans l’histoire Allemande.  Il propose une piste de réflexion qui nous conduit de la chute du mur et à ses conséquences.

Le Berlin d’aujourd’hui

Pour clore ce tour littéraire de Berlin, voici des parutions plus actuelles qui traitent de problèmes de société rencontrés, posent ainsi la question de l’identité de l’Allemagne actuelle, interrogent son passé douloureux et font le bilan spirituel et émotionnel d’une réunification qui continue à hanter tout un peuple avec le regard de deux auteurs actuels qui ne sont pas natifs d’Allemagne :

Sasa Ilic, La fenêtre Berlinoise (nouvelle fenêtre) : ce roman est fait de rencontres (puisqu’un représentant d’une ONG Serbe recherche un soldat, dont il ne sait rien) où Berlin tient un rôle central. L’auteur déploie les différentes facettes de cette ville multiple en  laissant entrevoir tout ce qu’elle porte de passé, placé sous le signe de la séparation des êtres. C’est un témoignage attachant construit avec du rythme.

Je souhaite conclure avec un ouvrage de Cécile Wajsbrot, Berliner ensemble (titre en référence au grand auteur de théâtre Bertolt Brecht) qui rassemble 22 textes courts sur Berlin entre 2007 et 2014, portraits sensibles et passionnants d’une ville en mutation, textes qui parcourent la période du chute du mur à l’époque actuelle de gentrification de la ville.

Bonne lecture !

Des romans pour découvrir les villes : Londres (1)

19 Déc

Londres est une ville incertaine, passablement labyrinthique. Vous ne savez jamais vraiment où vous êtes… C’est peut-être pourquoi la capitale britannique fascine les écrivains : sous son capuchon de brume poisseuse, elle est suffisamment fantomatique pour les pousser à traquer ses multiples mystères, pour les inviter à la rêverie et à la déambulation onirique. On peut, grâce à eux, s’y promener et parfois s’y perdre, il est vrai que l’image d’une ville tient non seulement à son histoire mais aussi aux transpositions littéraires qu’en font les auteurs. En voici une petite sélection éclectique et subjective.

Virginia Woolf et  Mrs Dalloway (nouvelle fenêtre) : paru en 1925 Mrs Dalloway manqua de s’appeler Les heures. Y est décrite une journée de printemps dans la vie de Clarissa Dalloway. Une élégante femme de la bonne société qui se promène dans un Londres rythmé par la tour et l’horloge de Big Ben. Clarissa va acheter des fleurs pour la soirée qu’elle organise en laissant voguer son esprit. Avec une grande acuité, l’auteur détaille les motifs psychologiques et fait preuve d’une grande sensibilité qui nous touche encore aujourd’hui. Ce roman aborde avec justesse le thème de l’angoisse, le vertige du suicide. Un classique de la littérature anglaise.

Charles Dickens et Les aventures d’Oliver Twist (nouvelle fenêtre). Publié en 32 feuilletons entre février 1837 et avril 1939 dans la revue Bentley’s Micellany, c’est un sommet du roman anglais. Il s’agit de l’histoire d’un orphelin maltraité qui s’enfuit de Londres et qui est recueilli par une bande  de petits voleurs travaillant pour le compte du vieux Fagin, voici un jeune héros inoubliable. S’inspirant de son expérience personnelle, Charles Dickens est reconnu pour être un grand maître de la satire sociale. Ses romans sont d’un grand réalisme quelquefois à caractère humoristique, ses personnages glorieux sont gravés dans la mémoire collective de l’humanité et ce fut un homme qui se battit toute sa vie durant pour l’égalité, la justice et la paix.

On retrouve cette ambiance très britannique dans les romans d’Agatha Christie. J’ai envie de dire qu’il faut tous les lire mais puisque le challenge de cet article est que l’action se déroule à Londres, citons par exemple, Un, deux, trois Poirot résout trois énigmes  (nouvelle fenêtre) ou Les pendules (nouvelle fenêtre) etc…

Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray (nouvelle fenêtre)  : un incontournable ! Dorian Gray est un dandy émerveillé par sa jeunesse et sa beauté, qui mène une vie dissolue. Il fait alors le vœu de rester éternellement jeune. Seul son portrait sera marqué par le passage du temps, les vices, les crimes, jusqu’au drame final. Conte fantastique, ce roman est aussi captivant par l’écriture de l’auteur qui sait créer un univers intrigant. C’est un roman sur le bien et le mal mais c’est aussi une satire sociale, acide, cruelle, caricaturale, de la bonne société victorienne, hypocrite et orgueilleuse.

Helene Hanff et 84 Charing cross road (nouvelle fenêtre) une authentique et délicieuse correspondance, entretenue pendant vingt ans (1949/1969) entre Hélene Hanff, scénariste new yorkaise passionnée de livres et principalement Franck Doel à la librairie Mark and Co à Londres et qui est chargé d’assouvir l’insatiable soif de lecture de sa cliente américaine. Son dévouement, sa délicatesse et sa réserve toute britannique, touchent la New Yorkaise qui se rapproche ainsi virtuellement de Londres. D’autres membres du personnel de la librairie, intrigués, participent bientôt à ces échanges. Une véritable amitié par correspondance s’établit. Une lecture pour un petit clin d’œil à nos libraires dont le métier s’essouffle mais pas la passion… (lire à ce sujet notre article Libraires et librairies dans les romans)

Anne Perry et Un traître à Kensingtonplace (nouvelle fenêtre)  : une enquête policière dans le quartier londonien de Kensington en 1899 et une immersion dans la société victorienne, ce roman met en scène l’inspecteur Thomas Pitt. L’auteur dépeint les conventions et les barrières sociales, les premières réflexions féministes sur le droit de vote des femmes, la rigueur purement de façade des mœurs, sur fond de politique internationale où une seconde guerre des Boers se profile.

Sarah Waters et Du bout des doigts (nouvelle fenêtre) Londres, 1862. À la veille de ses dix huit ans, Sue Trinder, orpheline , se voit proposer par un certain gentleman d’escroquer une riche héritière, elle aussi orpheline, élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre particulier. Entre mystères et complots, Sue va devenir une légende dans le cercle de la bibliophilie érotique. On a dit de ce roman qu’il tenait du Dickens mais aussi de Sapho ou des Libertins. Voilà qui pique notre curiosité n’est-ce pas ?

 Maggie O’Farrel : Cette main qui a pris la mienne (nouvelle fenêtre)  un roman bouleversant qui nous raconte le pouvoir destructeur des non-dits , les relations maternelles, la force des liens du sang. Lexie a accompli son rêve, devenir journaliste à Londres. Mère célibataire, elle s’épanouit dans son travail, jusqu’au jour où le destin se rappelle à elle. Quarante ans plus tard, on rencontre une jeune femme, Elina qui vient de mettre au monde son premier enfant et a bien failli en mourir. Depuis cette naissance , son mari se comporte étrangement, comme si son inconscient  se réveillait d’un profond sommeil. Il finit par mettre à jour un terrible secret qui unit Lexie et Elina…

Graham Swift : La lumière du jour (nouvelle fenêtre). George Webb est un détective privé, ancien policier, blasé. Un jeudi sur deux, il quitte son bureau pour voir une femme. Une filature qui va déboucher sur une révélation. Polar psychologique bien mené, ce roman nous entraîne autour de la petite église de Wimbledon.

Même si le dernier livre de Graham Swift ne se déroule pas entièrement à Londres, je vous invite à le découvrir, il s’agit De l’Angleterre et des Anglais (nouvelle fenêtre). Ce sont des nouvelles au plus près de la vérité humaine, indispensables pour saisir l’âme d’un pays et de ses habitants. Des vies arrachées à une rue de Blackheath au fossé de Somerset-  ses portraits sont scrutés sous les loupes grossissantes et ironiques de leur auteur. La prose sobre et délicate de l’auteur anglais offre une vision vivante du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens à l’enfance ou de la perte.

Jonathan Coe : Testament à l’anglaise (nouvelle fenêtre). Satire des années Thatcher, passionnante comme un polar et teintée d’un humour très british, ce roman met en scène une vielle dame qui a quelque peu perdu l’esprit. Épaisseur des personnages et rebondissements… tout est prêt pour passer un bon moment

Rachel CuskArlington Park (nouvelle fenêtre). L’action se situe dans la banlieue résidentielle de Londres à Arlington Park, et l’auteur y dynamite les clichés sur la famille, le couple, la maternité, avec une lucidité dévastatrice. C’est un champ de bataille que Rachel Cusk nous montre, un monde cruel. La plume de l’auteur est aiguisée, à souhait elle transcende l’histoire et les personnages avec beaucoup d’agilité dans la description de leurs états d’âme, une pointe d’humour et la capacité à décrire l’immense solitude des héroïnes. Un parfait équilibre entre description et narration, ainsi qu’un sens rare du dialogue.

Ian Mc Ewan  : Samedi (nouvelle fenêtre). C’est dans un contexte imprévisible qu’un grain de sable va enrayer le quotidien bien huilé de Henry Perowne. 24 heures dans la vie d’un homme, racontées en 350 pages, c’est dire que tout est décortiqué, analysé, et à ce titre la description clinique de la recette de la matelote, de l’intervention chirurgicale subie par Rosalind, celle de l’exérèse d’une tumeur de l’hypophyse, au cours de laquelle Henry est tombé amoureux de sa future femme, de la partie de squash passée sous un microscope électronique, sont des morceaux d’anthologie littéraire.

William Boyd : Orages ordinaires (livre cd- nouvelle fenêtre). À Londres, Adam Kindred, jeune climatologue fraîchement revenu des États Unis, voit sa vie basculer alors que tout semblait « sous contrôle » Encore un très bon roman sur la forme et sur le fond, le tissu social anglais est abordé dans toute sa complexité, au travers de personnages bien travaillés. Intelligent et prenant, c’est un livre captivant et plein d’ironie. Existe aussi en version anglaise : Ordinary Thunderstorms (nouvelle fenêtre)

Zadie Smith : Sourires de loups (nouvelle fenêtre).  Dans la banlieue nord,  l’auteur dépeint le Londres métissé et multiculturel d’aujourd’hui, entre amertume et loufoquerie. Son zoom, elle le pose sur le quartier des immigrés où elle a grandi : Willesden, kaléidoscope bariolé où se mêlent saris et tresses afro, funkies et zoulous, reggae et sitars indiens, Big Mac et chiches-kebabs sous les regards croisés de Shiva et d’Allah. Résultat : une fresque explosive, une rhapsodie de voix discordantes où se télescopent l’Orient et l’Afrique, tandis que s’amorce une intrigue mettant en scène deux familles au gré des amours et des exils. l’auteur se fait géographe flamboyant avec ses personnages souvent déboussolés.

Si vous souhaitez vous perdre davantage dans les rues de Londres, lisez le dossier Spécial Londres dans Lire de Mai 2019 (nouvelle fenêtre)

Prochainement : Des livres pour découvrir des villes : Berlin (2)

Connaissez-vous le tourisme littéraire ?

3 Déc

Le tourisme littéraire constitue une forme de tourisme culturel qui a le vent en poupe, et qui fait référence à la visite de lieux fréquentés par un auteur ou encore à ceux dont il est fait mention dans ses livres. Ces «pèlerinages» servent à rendre hommage à l’écrivain ou à retrouver l’ambiance particulière d’un moment spécifique, d’un livre donné, ou mettre ses pas dans ceux d’un auteur inspirant.

Quelques exemples marquants

En France ( à Paris ) la saga à succès Vernon Subutex (nouvelle fenêtre) de Virginie Despentes a inspiré une flopée d’articles sur « les incontournables du 19e arrondissement de Vernon » permettant aux personnes qui ont aimés le livre de s’imprégner du personnage.
Au Japon ( à Tokyo), il est organisé une balade sur les traces d’Haruki Murakami retraçant par exemple une partie du parcours des protagonistes du roman  les amants du Spoutnik (nouvelle fenêtre), précisément à l’université Waseda ou dans le parc Inokashira.

En Ecosse (à Edimbourg), le spoon café où la jeune J.K.Rowling a imaginé les aventures d’Harry Potter (nouvelle fenêtre) est pris d’assaut.
De même que Ian Rankin et son inspecteur Rebus (nouvelle fenêtre) dont les enquêtes se situent au cœur de la capitale écossaise, a inspiré un «Rebus Tour» dans la capitale, s’arrêtant devant l’appartement, le siège de la brigade criminelle ou les bars préférés du célèbre inspecteur écossais.  En vingt-cinq ans d’existence, Rebus a mené 17 enquêtes, traduites en 26 langues et ses investigations connaissent un grand succès. Retrouvons-le par exemple dans Cicatrices (nouvelle fenêtre) où une enquête des Affaires internes (l’équivalent de notre IGS) vise l’inspecteur Rebus…

En Italie (à Naples), la saga que tout le monde s’arrache L’amie prodigieuse (nouvelle fenêtre) d’Elena Ferrante a entrainé un regain d’intérêt pour la ville. Le livre étant une peinture de la société italienne moderne du XXe siècle, les voyageurs veulent voir par eux-mêmes l’adéquation entre les lieux, les couleurs et les odeurs perçus dans la saga.
Quant à  la Venise de Donna Leon, elle remporte depuis des années un vif succès grâce aux aventures du commissaire Brunetti, par exemple Brunetti en trois actes (nouvelle fenêtre) ce qui vient également de l’actualité dans laquelle les enquêtes s’inscrivent. L’auteur nous montre une Venise éloignée des touristes, une Venise réelle, enjeu de luttes de pouvoir administratif, financier et politique. Elle y décrit la corruption passive et active sous l’ère Berlusconi et jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Monti.
L’Islande, l’Irlande et la Croatie ont servi de théâtre pour la saga a succès de Game of Throne, inspirée du roman de George R.R. Martin : Le trône de fer (nouvelle fenêtre) où les tour-operators du monde entier proposent d’arpenter les lieux de tournage,
La Suède (Stockolm) a largement bénéficié de l’écriture de Stieg LARSSON et de sa promenade «  sur les traces de … » pour son Millenium (nouvelle fenêtre). La ville d’Ystadt a aussi son parcours de mémoire sur les traces de l’inspecteur Wallander d’Hennig Mankell.

Pour suivre sur la carte  les différents endroits inspirant les auteurs suivez la Google maps (nouvelle fenêtre)

 

 

 

Malgré son succès, cette approche littéraire du grand public reste considérée comme un peu suspecte par les acteurs culturels publics français qui revendiquent plutôt la conservation et la préservation à des fins mémorielles. Cette approche plus culturelle et plus frileuse contraste avec l’approche anglo-saxonne plus floue et qui exploite l’engouement pour les best-sellers portés par les adaptations cinématographiques à gros budgets.

Pour aller plus loin :  l’article très approfondi du numéro 117 de Mappemonde, la revue trimestrielle sur l’image géographique et les formes de territoire :  « Du roman policier au territoire touristique. Ystad, Stockholm: enquête sur les phénomènes Wallander et Millénium « (nouvelle fenêtre) qui s’interroge sur la façon de « faire d’un roman noir et par essence critique un outil de valorisation territoriale ».

À venir sur Liseur : Des destinations en quête d’auteurs.

Idées lectures, l’Asie à travers la littérature (1)

21 Mar

Le printemps est arrivé avec ses floraisons, ses parfums et ses premières belles journées, alors, préparer ses prochaines vacances met du baume au cœur et permet d’entamer la rêverie autour de ces paysages, décors urbains exotiques et populations attachantes. Projetez-vous grâce à ce billet : découvrez avec plaisir des lieux que vous parcourrez et faites surgir des odeurs, des atmosphères de cet ailleurs.

Les bibliothécaires vous font partager leurs romans et bande-dessinées préférés sur la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge.

Le Myanmar

Voici la Birmanie, un pays qui sera différent de tous ceux que tu connais. Rudyard Kipling

La Birmanie a inspiré de nombreux auteurs occidentaux, y compris deux lauréats du Prix Nobel de Littérature. Cependant sa richesse littéraire est voie de disparition aujourd’hui…

Pour vous donner envie, voici deux chroniques extraites de la rubrique info du site d’Arte Birmanie : à lire et à voir (nouvelle fenêtre), du 9 octobre 2015.

Le Palais des miroirs de Amitav Ghosh (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Le Palais des miroirs (nouvelle fenêtre), Amitav Gosh, 2002

Une magistrale saga familiale qui s’ouvre sur l’exil des derniers souverains birmans vers l’Inde en 1885, raconte le sort des ouvriers agricoles indiens venus trimer dans les plantations de caoutchouc en Birmanie et se clôt sur un rassemblement autour de la maison d’Aung San Suu Kyi. Amitav Gosh est un célèbre écrivain indien, multi-primé pour sa vision critique et détaillée du système colonial en Asie.

Chroniques birmanes (nouvelle fenêtre), Guy Delisle, 2007Chroniques birmanes de Guy Delisle (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Le dessinateur québécois s’est fait connaître par les chroniques de sa vie d’expatrié dans plusieurs pays en développement, au gré des missions de sa femme Nadège, collaboratrice de Médecins sans frontières. Dans cet album sur la Birmanie où il a passé quatorze mois, il croque avec humour ses désillusions au quotidien, son rôle de père, l’absurdité du régime dictatorial, les rumeurs qui circulent, les scandales de drogue ou de corruption, son obsession pour la maison d’Aung San Suu Kyi où la figure de l’indépendance a été assignée à résidence pendant quinze ans.

À lire également le désormais classique de Joseph Kessel La vallée des rubis (nouvelle fenêtre).

La Thaïlande

La Thaïlande n’est pas seulement un pays de plages et de temples somptueux. Au-delà des clichés, une littérature fascinante ne demande qu’à se faire connaître, et une pléiade d’auteurs talentueux propose des œuvres de qualité.  Extrait d’un article d’ActuaLitté de Clément Solym du 18/04/2011 (nouvelle fenêtre) .

cafe-lovely de R. Lapcharoensap (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Café Lovely (nouvelle fenêtre), R. Lapcharoensap, 2005

Extrait des avis de La Médiathèque – Florence B.

Saviez-vous vous que les « farangs » ne sont intéressés comme le dit la mère de Luk que par « le cul et les éléphants » ? Le ton de ces nouvelles est donné dès le premier récit ! La Thaïlande souffre encore de cette image consumériste, mondialisée et du tourisme sexuel mais dans ces nouvelles pleines d’humour, de tendresse, d’émotion, de tristesse, le lecteur va découvrir une autre Thaïlande. L’originalité de ces nouvelles vaut surtout pour leur dimension sociologique. On y découvre dans Café Lovely, qui donne le titre à ce recueil,  les relations entre deux frères livrés à eux-mêmes, dans Tour au paradis, le voyage à Koh Lukmak d’une mère bientôt aveugle et de son fils, dans Priscilla la Cambodgienne, l’accueil fait par les Thaïs aux immigrés cambodgiens avec l’image frappante de Priscilla et de ses dents en or ou encore dans la dernière et certainement la plus aboutie de ses nouvelles : Combat de coqs, l’histoire d’un homme qui, par les défaites essuyées par ses coqs au combat, entraîne sa famille dans la déchéance.

La maturité et la lucidité exprimée ici, par Rattawut Lapcharoensap, jeune auteur américain, ayant grandi à Bangkok, en font un recueil très précieux pour qui veut découvrir la Thaïlande sous un autre angle.

À lire également Bangkok 8 de John Burdett (nouvelle fenêtre), Les cafards de Jo Nesbo (nouvelle fenêtre), Les oiseaux de Bangkok de Manuel Vasquez Montalban.

Le Cambodge

Longtemps orale, la littérature cambodgienne peine à s’exporter aujourd’hui.

L’élimination (nouvelle fenêtre), Rithy Panh, 2012 L'élimination de Rithy Panh (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Extrait des avis de La Médiathèque – Isabelle D.

Récit et souvenirs au fil de l’interview du responsable de M13 puis de S21, centres de torture du régime de Pol Pot… Petit à petit, se dessine le portrait de Duch, bourreau et criminel de masse au service du régime totalitaire khmer, entre affirmations politisées, slogans, omissions et réécriture de l’Histoire. Sous la plume du narrateur, de plus en plus perturbé par ces entretiens, deux versions se confrontent, celle du survivant, Rithy Panh, enfant d’une famille d’intellectuels humanistes et celle de l’ancien tortionnaire, fier de l’organisation du processus de mort qu’il a mise en place puis améliorée sans relâche. Outre l’usage de tortures systématiques et arbitraires, outre l’élimination systématique d’une population à rééduquer, outre le génocide de plus de 1.7 millions de personnes, le plus troublant dans cette lecture, pour le lecteur autant que pour le narrateur, sont les mots même de Duch, reflet de cette parole qui fut l’outil privilégié du régime du Kampuchéa démocratique. L’invocation constante de l’idéologie de l’Angkar (l’Organisation révolutionnaire) le goût pour la méthode, la dialectique, l’abandon de toute sincérité pour une langue lisse  où tout devient équivalent, sans poids. 40 ans plus tard, les mots de Duch sont restés ceux d’une propagande. Ils font résonner l’inhumanité d’un régime dont Duch se dit « otage et acteur », illustrant à l’envers les propos de l’auteur qui souhaite « donner à voir par les mots », projet et œuvre d’une vie, celle d’un jeune garçon devenu cinéaste. Volonté de témoigner et de questionner, hommage à tous ceux qui sont morts… C’est en évoquant la force morale de ses parents, que Rithy Panh écrit cette terrible expression « la puissante banalité du bien ». À lire avant de regarder les films de ce grand cinéaste.

L’anniversaire du roi (nouvelle fenêtre), Marc Trillard, 2016 L'anniversaire du roi de Marc Trillard (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Extrait des avis de La Médiathèque – Florence B.

Victor-Vong, artiste franco-khmer mis au ban du Tout-paris débarque à Phnom Penh pour redorer son blason d’artiste. Il a un grand projet : réaliser 90 portraits pour célébrer l’anniversaire du roi du Cambodge Norodom Sihanouk qui sous peu soufflera ses 90 bougies. Pour ce faire, il réunit de jeunes étudiants cambodgiens qui seront chargés de prendre pour modèle la population cambodgienne. Beau projet mais en 2012, le retentissant procès des criminels khmers est en cours et remue profondément le pays. Un roman déroutant au départ par sa langue, entre humour et tragédie, qui raconte la grande Histoire au travers des tribulations de cet artiste médiocre mais attachant. Non seulement on revit le traumatisant épisode du génocide cambodgien, mais on ressent également l’atmosphère, on se régale des soupes, on vit au rythme du marché central. Marc trillard relève avec défi ce pari et fait de ce roman une véritable réflexion sur la nature humaine, sur le devoir de mémoire. Une très agréable lecture et une découverte du pays garantie !

Les bibliothécaires vous souhaitent de belles lectures, en attendant le prochain article !

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26 Fév

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Bonne lecture !

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