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Les Rencontres de Liseur (5) : Désobéir : des policiers et des gendarmes sous l’Occupation (1940-1944)

9 Mai

Dans le cadre des Rencontres de Liseur 2018-2019 (nouvelle fenêtre), La Médiathèque de Levallois vous convie à la conférence donnée par l’historienne Limore Yagil autour de son dernier ouvrage le samedi 18 mai 2019 à 16h.

Enseignante à l’université de Haifa et de Tel-Aviv en Israël, Limore Yagil est actuellement professeure et directrice de recherches d’histoire contemporaine à l’Université de la Sorbonne. Spécialiste de l’histoire culturelle et politique de la France sous l’Occupation, elle a publié une dizaine d’ouvrages portant principalement sur cette période et sur les modalités du sauvetage des Juifs, parmi lesquels Au nom de l’art 1933-1945 : exils, solidarités et engagements (nouvelle fenêtre) (Fayard, 2015) et Désobéir : des policiers et des gendarmes sous l’Occupation (nouvelle fenêtre) (Nouveau monde, 2018).

Le contexte : police et gendarmerie françaises pendant l’Occupation

À la suite de l’armistice du 22 juin 1940 et plus encore après l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler (24 octobre 1940), le régime de Vichy met en place une collaboration d’État avec l’occupant nazi. Dans le but incertain d’obtenir des compensations de la part des vainqueurs, c’est tout l’appareil administratif français qui se met au service des allemands, anticipant même parfois leurs souhaits.

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Affiche de propagande pour le recrutement de la Police nationale dans le cadre de la Révolution nationale du régime de Vichy, fin 1941 – début 1942 © Wikipedia

La police (qui dépend du Ministère de l’Intérieur) et la gendarmerie (organe militaire) ne dérogent pas à la règle et des milliers de fonctionnaires ou militaires alors en poste sont tenus d’exécuter les ordres. Lutte contre la Résistance, répression, maintien de l’ordre, rafles de juifs ou travail de police plus habituel s’inscrivent alors dans cette perspective, qui peuvent à l’occasion mêler des français et des allemands lors de certaines opérations. Les 16 et 17 juillet 1942, 9000 policiers et gendarmes participeront ainsi à la tristement célèbre rafle du Vél d’Hiv aux côtés des autorités allemandes. [Lire à ce sujet sur Géo.fr l’article synthétique de intitulé « Occupation : la police française, précieuse alliée du IIIe Reich » (nouvelle fenêtre)]

L’essai de Limore Yagil

Désobéir : des policiers et des gendarmes sous l'Occupation (1940-1944) / Limore Yagil (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre)

Par cette  fresque sans concession ni-faux semblant, basée sur de nombreux documents d’archives, L. Yagil vient enrichir l’historiographie de la Seconde Guerre Mondiale en examinant de façon très précise un aspect peu étudié, celui de la désobéissance aux ordres du gouvernement de Vichy de membres de deux corps d’État emblématiques. Ce faisant, elle révèle une autre histoire, celle de gendarmes et de policiers qui ont risqué leur vie pour secourir Juifs, résistants et autres fugitifs parmi lesquels certains furent reconnus comme « Justes parmi les nations » et dont elle n’omet pas de dresser la liste en fin d’ouvrage.

Dans une interview donnée à La Tribune juive du 29 mars 2019 (nouvelle fenêtre), L. Yagil s’explique sur les raisons de ce choix et l’objectif de son étude :

« Notre ouvrage concernant les policiers et les gendarmes propose au lecteur de changer de perspective. Au lieu de se concentrer sur la phase « négative » de cette période, de chercher les coupables, il s’agit de démontrer pour la première fois, les nombreux policiers et gendarmes, qui ne sont pas entré en Résistance, mais ont désobéi pour sauver des vies humaines, des Juifs, des aviateurs alliés, des résistants, des réfractaires aux STO [Service du Travail Obligatoire] etc. Il ne s’agit pas d’exonérer Vichy mais d’introduire plus de nuance, de variété, de complexité dans l’analyse d’un passé tragique. »

BONUS : une sélection de documents à La Médiathèque

Sélection de documents sur le site de La Médiathèque - nouvelle fenêtre

Prenez de la hauteur, et venez penser le monde d’aujourd’hui avec les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE : rendez-vous le samedi  18 mai 2019 à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean Jaurès-Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

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Les Rencontres de Liseur (4) : La saga Maeght

15 Mar

Dans le cadre des conférences des Rencontres de Liseur 2018-2019,  vous êtes tous invités le samedi 23 mars 2019 à 16h à La Médiathèque pour rencontrer, écouter et dialoguer avec Yoyo Maeght, petite fille du célèbre collectionneur et galeriste Aimé Maeght : une rencontre exceptionnelle autour de son livre La saga Maeght et une plongée dans le microcosme du monde de l’art en France ainsi que dans l’intimité d’une famille élargie aux artistes.

© Yoyo Maeght

Descendante d’Aimé, le fondateur, Yoyo Maeght est tout à la fois, éditrice, galeriste, commissaire d’expositions, magistrate et enseignante ; elle est l’auteure de plusieurs ouvrages parmi lesquels Maeght : l’aventure de l’art vivant (nouvelle fenêtre), La Fondation Marguerite et Aimé Maeght : l’art et la vie (Gallimard, 2010) et La Saga Maeght (nouvelle fenêtre) (Robert Laffont, 2014).

La Saga Maeght de Yoyo Maeght (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

 

Samedi, lors de cette rencontre, Yoyo Maeght vous présentera son grand-père, Aimé Maeght. Orphelin de guerre déplacé, jeune graveur lithographe, il devient l’ami des plus grands artistes du XXe siècle, à commencer par Pierre Bonnard, Henri Matisse et Georges Braque avant de devenir l’un des plus importants marchands d’art.

Les rencontres, sa passion pour l’art, son discernement, feront de lui une référence au rôle déterminant.

Je cherche la garantie de l’authenticité de l’œuvre dans l’homme.

Aimé Maeght (« Radioscopie » par Jacques Chancel, 25 juin 1969, France Inter/ ARCHIVE INA)

© Yoyo Maeght

 

Visionnaire, il créera avec son épouse, non seulement un écrin mais encore une fondation à Saint-Paul-de-Vence (nouvelle fenêtre) qu’il laisse à la postérité.

Pour en savoir plus sur la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, consultez notre Zoom sur…  (nouvelle fenêtre) qui y est consacré sur le site de La Médiathèque.

Yoyo Maeght vous fera entrer dans l’intimité des artistes, en décrivant l’épopée Maeght, de 1930 à aujourd’hui, avec les rencontres, les artistes, les audaces, les drames, les projets et les réalisations, photos d’archives à l’appui.

Patchwork Yoyo Maeght

© Yoyo Maeght

Prenez de la hauteur, venez penser le monde d’aujourd’hui avec Les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE : rendez-vous le samedi 23 mars 2019  à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean-Jaurès- Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

BONUS : Retrouvez notre sélection de documents autour de « La saga Maeght : les artistes exposés à la Fondation » sur le site de votre Médiathèque (nouvelle fenêtre)

Les Rencontres de Liseur (3) : la littérature peut-elle améliorer nos vies ?

1 Fév

Dans le cadre des Rencontres de Liseur 2018-2019 (nouvelle fenêtre), La Médiathèque de Levallois reçoit le samedi 9 février 2019 à 16h Alexandre Gefen, auteur de « Réparer le monde : la littérature française face au XXIe siècle » (nouvelle fenêtre), publié aux éditions José Corti dans la collection « Les Essais ». Directeur de recherche au CNRS, spécialiste des théories littéraires contemporaines et critique littéraire avisé, Alexandre Gefen estime que « réparer le monde » est la lourde tâche que s’assignent de nombreux écrivains français actuels.

Cet universitaire pense avoir trouvé la caractéristique commune à la production littéraire en France depuis les années 1980 et l’approfondit dans son dernier ouvrage à travers la notion de « littérature réparatrice ». Rompant avec le formalisme et l’idéal propres au XIXe siècle d’une écriture autonome et esthétisante, la fiction actuelle chercherait, selon lui, à s’ouvrir davantage au réel avec pour objectif de le rendre plus acceptable. Adoucir les imperfections du monde, telle serait donc, à son sens, la démarche de nombreux romanciers contemporains, au risque – assumé – d’effacer les frontières entre la littérature et le journalisme, la thérapie, le développement personnel ou l’ingénierie sociale (nouvelle fenêtre).

Pour y parvenir, le chercheur a conçu une redoutable machine exploratoire de la littérature contemporaine afin d’en dégager de véritables lignes de force, entre les tentations directement thérapeutiques et les épanouissements du développement personnel, entre le documentaire retrouvant l’épaisseur par la fiction ou, à l’inverse, la fiction venant jouer un rôle documentaire, entre la politique du care (sollicitude) et le souci du collectif, entre la peine à apaiser et le mal à tenir à distance. Il enrichit sa théorie en citant de nombreux écrivains : Roland Barthes, Pierre Bergougnioux, Arno Bertina, Maurice Blanchot, François Bon, Eric Chevillard, Chloé Delaume, Serge Doubrovsky, Philippe Forest, Michel Foucault, Hervé Guibert, Camille Laurens, Laurent Mauvignier, Patrick Modiano, Georges Perec, Marcel Proust, Pascal Quignard et Paul Ricœur. 

Réparer le monde

Pour conclure, rappelons seulement qu’Alexandre Gefen assure que la littérature est loin d’être un simple divertissement et qu’il est de notre devoir d’en considérer les effets sociaux, thérapeutiques et émotionnels. Rendre la parole à des populations maltraitées ou massacrées, accompagner les morts, ne pas les laisser disparaître sans nom, voilà, entre autres, ce que cherche avant tout le romancier aujourd’hui : sachant que « la littérature est l’arme ultime de la liberté humaine » (voir l’article du Nouveau Magazine Littéraire du 19 janvier 2018) (nouvelle fenêtre), l’heure est désormais aux écrivains de terrain.

« La lecture, au rebours de la conversation, consiste, pour chacun de nous à recevoir communication d’une autre pensée, mais tout en restant seul. »

Marcel Proust (extrait de sa préface intitulée Sur la lecture in Sésame et les Lys, traduction de l’ouvrage de John Ruskin Sesame and Lilies, Mercure de France, 1906)

Prenez de la hauteur, venez penser le monde d’aujourd’hui avec Les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE  : rendez-vous le samedi 9 février à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean-Jaurès- Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

BONUS (1) : Retrouvez les ouvrages des auteurs cités par A. Gefen sur le site de votre Médiathèque (nouvelle fenêtre)

 

BONUS (2) : lisez aussi notre précédent article en lien avec ce sujet, « La Bibliothérapie : des livres sur ordonnance » (nouvelle fenêtre) !

Les Rencontres de Liseur (2) : Faut-il avoir peur des robots ?

20 Nov

Du rêve des scientifiques au quotidien d’aujourd’hui, quel futur imaginer pour les humains et les machines ? Habitants de Levallois ou d’ailleurs, adhérents de La Médiathèque ou non, dans le cadre des Rencontres de Liseur 2018-2019 (nouvelle fenêtre) , vous êtes tous invités le samedi 1er décembre à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel pour écouter et dialoguer avec Rodolphe Gelin, spécialiste du domaine.

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©SoftBank Robotics

Pourquoi faire appel à Rodolphe Gelin ?

Parce que ce scientifique est, d’un point de vue technique, l’homme de la situation. Ingénieur des Ponts et Chaussées, titulaire d’un DEA en Intelligence Artificielle, il est chercheur en robotique chez SoftBank Robotics (nouvelle fenêtre) (ex-Aldebaran, LA société française spécialiste des robots humanoïdes) et membre de l’équipe de direction en charge de l’Innovation…

Ce connaisseur ne doute pas de la présence, incontournable et indispensable, auprès des humains de robots, plus précisément de robots humanoïdes/androïdes. Mais, n’est-ce pas une évidence pour un membre clef d’une entreprise florissante qui a créé les robots androïdes NAO, Pepper et Romeo ?

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Auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels Robot, ami ou ennemi ? (Le Pommier, 2015) et Le robot est-il l’avenir de l’homme ? (La Documentation Française, 2016) [nouvelle fenêtre], régulièrement interviewé pour des magazines comme Robot-magazine.fr (nouvelle fenêtre) et des émissions de radio dont France Culture (nouvelle fenêtre), Rodolphe Gelin viendra-t-il accompagné de quelques spécimens pour mieux vous convaincre ?

Entre l’automate, aux gestes répétés inlassablement, et le robot «superordinateur logé dans un corps mobile, capable de fonder ses actions de manière raisonnée sur ce qu’il perçoit du monde extérieur» selon le journaliste spécialisé Daniel Ichbiah in Robots : genèse d’un peuple artificiel  (Minerva, 2005) [voir l’article « Supercalculateur » sur Futura Tech (nouvelle fenêtre)], il y a un gouffre. Et chaque jour les possibilités des superordinateurs croissent. Du simple algorithme au deep learning , comment suivre le mouvement de cette accélération ? Merci à David Louapre et son blog « science étonnante» (nouvelle fenêtre) et pour son explication limpide en vidéo qui permet de se mettre à la page :

Néanmoins, où donner de la tête ? Il y a de quoi se perdre  !

De l’utopie des imaginations fertiles à la réalité du quotidien

Loin du Golem, des premiers automates [voir à ce sujet la vidéo sur Kugel et ses automates, extraite de l’émission Visites privées du 21/10/2016 (nouvelle fenêtre)] et des utopies en littérature – voir notre sélection sur les robots dans la littérature (nouvelle fenêtre)– ou sur les robots au cinéma (nouvelle fenêtre), il semble qu’en réalité le seul véritable robot domestique, en 2013, ait été un aspirateur de la marque Roomba dixit Raja Chatila , directeur de recherches CNRS à l’ISIR (Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique). Voici sa position, qu’il explicite dans l’article issu de la Paris innovation revue, intitulé « Les robots du quotidien » (nouvelle fenêtre) :

D’un point de vue culturel, que dit le succès de Roomba ? Que les humains, après mûre réflexion, acceptent volontiers d’être délestés d’une besogne qui fait mal au dos. Que sur le plan de la vie de famille, ils n’ont pas grand-chose à craindre d’un robot-aspirateur. Que l’engin semble revenir au plus près de l’étymologie slave du mot : en tchèque, « robota » signifie corvée. Mais de l’aspirateur au compagnon humanoïde capable de vous apprendre une langue, il y a un monde. Et plus le robot domestique s’éloigne de sa fonction première d’esclave, plus son acceptation est difficile… Pourtant, en tant que « domestique assistant » les fonctions espérées par les roboticiens actuels laissent rêveurs : aux robots domestiques capables d’aspirer ou de tondre, il faut ajouter les robots compassionnels (robots compagnons), les robots d’assistance aux personnes en perte d’autonomie, les robots éducatifs, les robots ludiques ou les robots domestiques de surveillance.

Depuis lors, les robots ménagers se sont multipliés : robots culinaires, tondeuses, etc., comme le détaille l’article du Figaro du 04/01/2016, intitulé Des robots domestiques bientôt dans les maisons  (nouvelle fenêtre)

Inutile de se voiler la face, ces machines améliorent notre quotidien. Elles pallient nos faiblesses, font gagner du temps et de l’argent, que ce soit dans la sphère privée, publique, dans l’industrie et de nombreux autres domaines. Mais la vraie question est : jusqu’à quel point ? Démonstration filmée de la « robot-mania » par Nétyscom, business solution au Pays du Soleil Levant car, si les Français sont les champions de l’innovation en matière de robotisation, ce sont les japonais les plus robotisés :

Et demain ?

Faut-il s’inquiéter des progrès exponentiels de la programmation ? Pourquoi les scientifiques donnent-ils une apparence humaine, voire des têtes d’enfants aux robots humanoïdes ? Cette invasion de machines est-elle vraiment une menace ? Jusqu’où iront-nous dans leur degré d’autonomie et leur liberté de décision ? Quels seront leurs droits et devoirs ? Cette interrogation est d’ailleurs au cœurs de la série télévisée de Lars Lundström « Real Humans » dans laquelle les hubots (pour human robots), une nouvelle génération de robots, tendent à répondre à tous les besoins de la société (assistance aux personnes âgées, aide aux devoirs, tâches domestiques) mais l’étrange présence de ces employés modèles, serviables et corvéables à merci  engendre des émotions contrastées parmi les humains… à regarder en VOD sur La Médiathèque en ligne (nouvelle fenêtre) pour en savoir plus !

Robots J'ai peur

©Pausecafein.fr

Alors, quels changements pour nos sociétés ? Le travail humain existera- t-il encore ? Quel sens aura-t-il ? Si les machines remplacent l’homme dans de nombreux métiers, quelles seront les conséquences sociales ?

L’émission du magazine Envoyé spécial du 11 janvier 2018 (nouvelle fenêtre) prévoit la suppression croissante d’emplois « mécanisables » et l’article de Benoît George du 07/09/17 sur LesEchos.fr s’interroge : « Le robot est-il l’avenir de l’homme ? » (nouvelle fenêtre), alors qu’une étude de l’université d’Oxford (nouvelle fenêtre) montre que, d’ici à vingt ans, les machines remplaceront l’homme dans presque la moitié des métiers.

Humain miroir robot

L’intelligence artificielle nous rendra-t-elle définitivement « obsolètes » ? La création artistique restera–t-elle l’apanage des humains ? Les robots deviendront ils artistes indépendants à leur tour ? C’est ce que laisse penser cette vidéo en lien avec l’exposition « Artistes et Robots » qui a eu lieu cette année au Grand Palais (nouvelle fenêtre).

Quid des « robots compagnons » et des relations entre humains dont le philosophe Marcel Gauchet dit déjà : « Nous sommes entrés dans un monde où les gens sont destinés à se supporter très mal les uns les autres. » (in La démocratie contre elle-même, Gallimard, 2002).

Résumons : Quels sont les enjeux éthiques, économiques et sociaux ? Faut-il confier nos vies aux robots ? Quelles libertés restera-t-il aux les humains ? L’émission Xenus diffusée sur Arte le 12 juillet 2018 (nouvelle fenêtre) nous donne quelques pistes… Au fond, les vraies questions ne sont-elles pas : Comment anticiper au mieux cette nouvelle ère de l’humanité ?  Quels sont les limites, les risques et les promesses ? Un avenir sans humains est-il plausible ? Le reportage de France 2 du 16/03/2018 (nouvelle fenêtre) donne un aperçu des dernières évolutions et soulève la question des limites à définir. Rodolphe Gelin nous aidera à réfléchir à toutes ces questions et à nous en poser d’autres… Bienvenue dans le meilleur des mondes !

Image robots rouge

© captaineconomics.fr

BONUS : une sélection de livres à La Médiathèque

Sélection de documents sur le thème faut-il avoir peur des robots (site de La Médiathèque nouvelle fenêtre)

Prenez de la hauteur, et venez penser le monde d’aujourd’hui avec les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE : rendez-vous le samedi 1er décembre 2018 à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean Jaurès-Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

Les Rencontres de Liseur (1) : Fake news : Internet, ennemi de la démocratie ?

22 Sep

Dans le cadre des Rencontres de Liseur 2018-2019, La Médiathèque de Levallois accueille François-Bernard Huyghe le samedi 6 octobre 2018 à 16h pour une conférence intitulée Fake news : Internet, ennemi de la démocratie ?

Expression marquante de l’année 2016, jamais peut-être aurons-nous autant entendu parler de « fake news » qu’en 2018, et il y a fort à parier que cela n’est pas prêt de s’arrêter… C’est pourquoi il nous a paru opportun de faire décrypter ce phénomène aux multiples échos par l’analyste des médias François-Bernard Huyghe.

Docteur d’État en sciences politiques, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et responsable de l’Observatoire Géostratégique de l’Information (nouvelle fenêtre) , il enseigne au CELSA Paris IV Sorbonne. Spécialiste de l’influence stratégique, il a écrit plusieurs ouvrages sur la question parmi lesquels Désinformation, les armes du faux (nouvelle fenêtre) publié chez Armand Colin en 2016 et, plus récemment, Fake news : la grande peur (nouvelle fenêtre) publié chez VA press en 2018.

De quoi la « fake news » est-elle le nom ?

Cette expression, popularisée lors de la dernière campagne présidentielle américaine, a immédiatement rencontré un tel engouement que l’on a finalement renoncé à la traduire en français.

Dans l’un des articles issu de son blog et intitulé « Fake news : une expression piégée » (nouvelle fenêtre), F.-B. Huyghe souligne d’ailleurs que le terme est confus et que, d’un point de vue étymologique, fake avait initialement plutôt le sens de « truqué », d’ « imité » plutôt que de « non-vrai ». Il revient sur les trois éléments que sous-tend une fake news :

  • Le mensonge, donc le fait que quelqu’un, au début de la chaîne, fabrique sciemment un faux événement, une fausse déclaration, en inventant complètement, en truquant une photo, en allégeant de témoignages inventés…

  • Une intention stratégique de produire un effet sur l’opinion.

  • Une dissimulation, résultant généralement du fait que l’information est présentée comme émanant d’un média authentique, d’une source sûre, propagée par d’honnêtes citoyens qui ne cherchent que la vérité, mise en page comme un document authentique ou un article de la presse classique, etc.

La diffusion de « fausses informations » peut s’expliquer par des motifs idéologiques (pour les personnes sensibles aux théories complotistes), politiques (pour déstabiliser un adversaire lors d’une campagne électorale) ou financiers (le trafic généré par ces nouvelles accrocheuses permet de générer des revenus grâce à la publicité présente sur ces sites). À la marge, ce terme désigne également des sites d’informations satiriques tels que le Gorafi (nouvelle fenêtre) en France ou Nordpresse (nouvelle fenêtre) en Belgique.

Selon la journaliste Anne Levade, la fake news

renvoie à une réalité qui a toujours existé mais qui a été considérablement renouvelée par le développement d’Internet et des réseaux sociaux. Dit autrement, il ne s’agit plus seulement de rumeurs ou de fausses nouvelles que le temps suffit à démentir ou faire cesser, mais de véritables entreprises de falsification d’informations, diffusées d’un clic à l’échelle planétaire, se parant des allures de la rigueur journalistique et dont on ne peut identifier l’origine.

« Les « fake news » contre la démocratie ? », l’Express, 11/01/18 (nouvelle fenêtre)

Divina Frau-Meigs, professeure à l’Institut du monde anglophone de la Sorbonne nouvelle (Paris 3) et membre du groupe d’expert de haut niveau de la Commission européenne sur les fake news (nouvelle fenêtre), lors d’une interview à Eurosorbonne (nouvelle fenêtre), envisage quant à elle les fake news comme un phénomène nouveau et lui préfère le terme de « malinformation », le distinguant des trois registres existants, qu’elle définit comme suit :

  • Le registre de l’idéal de vérité que les journalistes cherchent à atteindre et dont les fake news constituent l’exact opposé ;
  • le registre de la propagande de la part d’un pays étranger. Il s’agit de ce que l’OTAN appelle « des menaces hybrides » dont on ne peut pas clairement identifier la provenance et que l’on ne peut mettre sur le compte d’un État en particulier.
  • le registre de la responsabilité des donneurs d’ordre, qui pose aujourd’hui le problème des plateformes hébergeant des médias sociaux. Ceux-ci ne se réclament pas des médias alors qu’ils contribuent grandement à la diffusion et à la monétisation des fake news.

Désinformation 2.0 et démocratie

Sur la base de données Statista, l’article de Tristan Gaudiaut daté du 5 juillet 2018, « L’exposition au fake news dans le monde » (nouvelle fenêtre) reprend les conclusions du Reuters Institute Digital News Report (nouvelle fenêtre) dont la finalité est d’évaluer le degré de confiance et de désinformation dans la « consommation » de l’information à travers le monde : la France, comparée à d’autres pays, semble relativement épargnée avec seulement 16 % de répondants qui rapportent une exposition à de fausses informations.

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Toujours concernant la France, l’article de Cyrielle Maurice publié le 6 avril 2018 sur le Blog du modérateur (nouvelle fenêtre) – média édité par le groupe RegionsJob s’adressant aux travailleurs du web et aux professionnels connectés – rend compte du sondage réalisé par le cabinet BVA auprès des Français pour connaître leur perception des fake news et les moyens envisagés pour les réguler. Le sondage révèle qu’Internet constitue la source principale d’information pour les moins de 35 ans, qu’environ 30% des Français partagent une information dont la source n’est pas vérifiée et que 82 % d’entre eux désignent les réseaux sociaux comme principal vecteur de fausse information. Une bonne partie des Français considèrent que l’auto-régulation des acteurs du marché n’est pas une solution pour lutter contre les fake news : 53% s’orientent vers une contrainte des plateformes à développer des bonnes pratiques et 39% vers une démarche de prévention du public. Enfin, 76% des sondés sont favorables à la mise en place d’une autorité indépendante pour lutter contre les fausses informations.

Selon le communiqué de presse de la Commission européenne du 12 mars 2018 (nouvelle fenêtre) , le rapport du groupe d’experts de haut niveau sur les fausses informations et la désinformation en ligne préconise un code de principes que les plateformes en ligne et les réseaux sociaux devraient s’engager à respecter. Parmi les dix principes essentiels mis en exergue dans le rapport, les plateformes en ligne devraient, par exemple, garantir la transparence en expliquant comment les algorithmes sélectionnent les informations présentées. Elles sont également encouragées, en coopération avec les organismes d’information européens, à prendre des mesures efficaces pour accroître la visibilité des informations fiables et crédibles et faciliter l’accès des utilisateurs à ces informations.

La revue Courrier international, a consacré dans son N°1451 (23 au 29 août 2018)* un dossier aux fake news (« Fake News : l’ère de la désinformation »), dans lequel figure la traduction de l’article d’Aviv Ovadya, intitulé « Les remèdes contre l’infocalypse », précédemment paru dans The Washington Post du 22 février 2018. L’auteur y dénonce un effondrement catastrophique du marché des échanges des idées, détaille la situation actuelle des pays qui ont mis en place des mesures contre la désinformation et rappelle le rôle essentiel d’une« éducation » aux médias comme garant de la conservation d’un esprit ouvert et critique, et plus largement de la démocratie. [*Revue disponible à la médiathèque Gustave-Eiffel (nouvelle fenêtre), également consultable sur La Médiathèque en ligne (nouvelle fenêtre), à partir de la base Europress (rubrique « En ligne » , « Presse »), une fois connectés à votre compte.]

Le projet de loi française sur le sujet, a été il y a peu rejeté par le Sénat. À ce sujet, l’article de l’Express du 27/07/2018, « Le Sénat rejette les propositions de loi sur les « fake news » » (nouvelle fenêtre), mentionne que « selon le rapporteur de la commission des Lois, Christophe-André Frassa (LR), il n’y a « pas lieu de délibérer » sur le texte « en raison des doutes sur l’efficacité des dispositions proposées mais également en raison des risques d’une atteinte disproportionnée à la liberté de communication ». »

Fake newsF.-B. Huyghe semble du même avis lorsqu’il détaille, dans son dernier ouvrage Fake news : la grande peur (nouvelle fenêtre), les enjeux de ce phénomène qui voit s’affronter les défenseurs du « vrai » et les adversaires du système, clivage dû au fait que chacun choisit la version de la réalité qui conforte ses propres opinions et préjugés idéologiques. Différents pays ont légiféré afin de « réguler » ces fake news en exigeant des opérateurs techniques un contrôle systématique des informations qu’elles publient. L’auteur s’interroge sur le bien-fondé d’une telle démarche, propre selon lui à servir d’alibi aux régimes autoritaires… Est-ce à l’État de déterminer ce qu’est la vérité ? Par ailleurs les fake news, en partie grâce au à la vérification de l’information – ou fact-checking, ont une durée de vie très brève. La question centrale reste donc bien pour lui celle de la responsabilité du citoyen face à l’information.

Il n’en reste pas moins vrai que distinguer le vrai du faux et identifier les fake news est un exercice parfois complexe. Aussi certains grands quotidiens d’information français ont-ils créé des sites de vérification de l’information, qui rencontrent d’ailleurs un certain succès : Le Monde avec Les Décodeurs (nouvelle fenêtre) et le moteur de recherche Décodex (nouvelle fenêtre) qui permet de connaître les sites d’information fiables, Libération avec Désintox (nouvelle fenêtre) ou encore Le Figaro avec Le Scan (nouvelle fenêtre), qui se décline par domaine (politique, économie, sport…)

Chloé Morin, directrice de projets internationaux chez Ipsos, dans un article du 6/09/2018 paru dans L’Obs intitulé « Pourquoi le fact-checking ne suffira pas à gagner la guerre contre la désinformation » (nouvelle fenêtre), donnent les raisons pour lesquelles les fake news sont susceptibles d’affaiblir notre démocratie : la « crise des élites » qui touche la plupart des démocraties aujourd’hui, en d’autres termes la défiance des citoyens envers le pouvoir politique ; les nouvelles technologies qui favorisent leur propagation ; la crise du modèle économique des médias ; le contexte géopolitique dans lequel le contrôle de l’information est au cœur des luttes d’influence ; enfin, la crise de l’idéologie du progrès dans les démocraties occidentales. Elle souligne le paradoxe actuel que constitue notre vulnérabilité « face aux manipulations de quelques charlatans » alors même que nous vivons dans une société suréduquée. Si le fact-checking s’avère nécessaire, il reste insuffisant car il s’agit, de son point de vue, d’une problématique aux causes profondes que les citoyens n’ont pas encore réellement identifiées.

La question d’une « menace » démocratique que ferait peser le phénomène des fake news sur la démocratie a d’ailleurs fait l’objet en mars 2018 d’un débat co-organisé par la revue Esprit et l’Institut d’Études Avancées (IEA) de Paris intitulé « Défiance, désinformation : la démocratie en péril ? » (nouvelle fenêtre),  en présence de Sylvie Kauffmann, journaliste, directrice éditoriale au journal Le Monde ;  Pierre Haski, cofondateur de « Rue 89 », président de Reporters sans frontières ; Romain Badouard, de l’Université de Cergy-Pontoise et Anne-Lorraine Bujon, rédactrice en chef de la revue Esprit.

BONUS : une sélection de livres à La Médiathèque

Sélection de livres (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre)

Prenez de la hauteur, et venez penser le monde d’aujourd’hui avec les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE : rendez-vous le samedi 6 octobre 2018 à 16h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean Jaurès-Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

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