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Les bibliothécaires et bibliothèques, stars des romans

26 Juin

Après Libraires et librairies dans les romans, voici les bibliothécaires dans la littérature ! Du latin bibliothecarius, le bibliothécaire est par définition la personne chargée des livres dans une bibliothèque. Mais bibliothécaires et bibliothèques se retrouvent aussi à l’intérieur des livres… Personnages sévères, mystérieux, sauveurs ou passeurs, voici quelques figures littéraires de ces mythiques gardiens de livres au cœur de ces lieux dont ils ont la charge.

Les « Hommes-livres » dans Fahrenheit 451 (nouvelle fenêtre) de Ray Bradbury (1920-2012) publié en 1953

Montag est un pompier du futur d’un genre particulier : il brûle les livres. Jusqu’au jour où il se met à en lire, refuse le bonheur obligatoire et rêve d’un monde perdu où la littérature et l’imaginaire ne seraient pas bannis. Devenant du coup un dangereux criminel…
Résumé extrait de Babelio (nouvelle fenêtre)

Il n’y a pas besoin de brûler des livres pour détruire une culture. Juste de faire en sorte que les gens arrêtent de les lire. Ray Bradbury

Dans ce roman, pas de bibliothèques puisque elles sont brûlées. Les bibliothécaires sont des hommes- livres, et apprennent par cœur un ou plusieurs livres pour pouvoir les réciter lors de rencontres nocturnes dans la forêt.

Pour aller plus loin

Dans L’Homme sans qualité de Robert Musil (nouvelle fenêtre), roman fleuve inachevé de deux tomes, le bibliothécaire répond au Général Stumm concernant son métier :

Le secret de tout bon bibliothécaire est de ne jamais lire, de toute la littérature qui lui est confiée, que les titres et la table des matières. Celui qui met le nez dans le contenu est perdu pour la bibliothèque. Jamais il ne pourra avoir une vue d’ensemble ! 

Le mystère Henri Pick (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Le bibliothécaire « sauveur de manuscrits » dans Le mystère Henri Pick (nouvelle fenêtre) de David Foenkinos (2016)

En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’oeuvre, écrit par un certain Henri Pick. 

Contrairement à la citation du bibliothécaire dans l’Homme sans qualité, ce bibliothécaire lit les manuscrits. David Foenkinos s’est inspiré de l’écrivain et poète américain Richard Brautigan (1935-1984), qui disait de lui-même qu’il était « un poète inconnu » pour créer son personnage de bibliothécaire.
Sous forme d’enquête policière, il va au passage écorcher l’univers de l’édition qu’il connait d’ailleurs lui-même parfaitement. Un brin convenu et caricatural mais à découvrir.

  • L’avis de culture-tops.fr :  Limpide, drôle, sensible, avec un brin de suspense

Pour aller plus loin

L'ombre du vent de Zafon (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) La bibliothèque secrète dans un cimetière dans L’Ombre du vent (nouvelle fenêtre) de Carlos Ruiz Zafon (2001)

Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des prodiges » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon, Daniel Sempere, le narrateur, dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. 
Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets « enterrés dans l’âme de la ville » : L’Ombre du Vent.

Un mélange de Fahrenheit 451 dont les protagonistes sont des « sauveurs de livres », et du (Le) nom de la Rose pour la « bibliothèque secrète ».

  • L’avis de jmph sur le blog du journal Le Monde : Zafón est un formidable raconteur d’histoire… c’est un livre qu’on ne lâche pas, qu’il ne faut pas lâcher sous aucun prétexte pour ne pas en perdre le fil et pour en goûter tout le sel et l’humanité…Et c’est aussi, et surtout, un véritable hymne d’amour pour les livres… plus forts que la vie.
  • L’avis de Didier Sénécal dans le journal l’Express : Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de son roman, vous n’avez plus aucune chance de lui échapper… Une fois égaré dans les labyrinthes du quartier gothique de Barcelone, l’amateur de belles histoires n’a plus aucune envie d’en sortir. 
  • L’avis du journal Le Parisien :  Un récit digne d’Alexandre Dumas !

La bibliothécaire de Gudule (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

La bibliothécaire (nouvelle fenêtre) de Gudule (de son vraie nom Anne Liger-Belair 1945-2015) publié en 1995

C’est l’histoire d’un garçon prénommé Guillaume. Un jour, Guillaume s’endort sur sa table de cours et son professeur de français, Mr Pennac lui demande alors de raconter son rêve, seulement Guillaume raconte une histoire qu’il vit tous les soirs. Cette histoire, c’est celle d’une vieille femme écrivant très tard le soir puis éteignant sa lumière rose, puis une jeune fille sort de la résidence. Un soir Guillaume décide de la suivre jusque la bibliothèque, quelque temps après, ils se retrouvent tous deux sur un banc et la jeune fille lui explique qu’elle recherche un grimoire pour devenir écrivaine. C’est alors que Guillaume va chercher en vain le grimoire pour la jeune fille disparue. Va-t-il réussir à la sauver ?

Ce roman de littérature jeunesse, un « incontournable » nous plonge dans un récit fantastique où le personnage principal, va écrire la suite de l’histoire commencé par la vieille dame, ancienne bibliothécaire afin de faire réapparaître la jeune Idda. Mais comme il est mauvais en français, cela s’annonce cocasse ! Guillaume y croisera Alice au pays des merveilles, Poil de Carotte, et bien d’autres personnages de romans.

La bibliothèque est elle aussi un peu désuète 🙂

L’endroit est extraordinaire : des rayonnages couvrent les murs et s’alignent les uns derrière les autres, formant d’étroites allées. Combien y a-t-il de livres, ici ? Dix mille, cent mille, un million ? Une odeur de vieux papier, à la fois acre et doucereuse, émane du fantastique amas d’ouvrages, dont certains ont plus d’un siècle. Couvertures de cuir, de tissu, de carton, aux tranches dorées ; parchemins roulés ; éditions rares et volumes populaires pleins de naïves illustrations ; tout le savoir du monde semble rassemblé ici. La somme des connaissances humaines emplit cette salle, noyau lumineux au cœur de la bâtisse obscure. Et ce noyau, par le plus grand des hasards, Guillaume vient d’y avoir accès.

Ce livre est dédié aux bibliothécaires et aux documentalistes pour leur remarquable travail auprès des jeunes, dans l’approche du livre-plaisir.

Avec ces exemples, nous pouvons donc dire que la littérature en général a traité le sujet des bibliothèques et des bibliothécaires, et ce, plus ou moins bien. Alors oui, les bibliothèques sont bien vues comme un lieu de savoir, mais souvent calmes et un peu poussiéreuses. Quant aux bibliothécaires, elles sont souvent représentées comme étant majoritairement des femmes d’un certain âge, sévères et qui passent leur temps à lire !!! Mais ces « clichés » appartiennent à la fiction, n’est-ce pas ?

Rappelons que la bibliothèque est aussi un lieu ouvert à tous, où l’on peut lire, jouer, travailler, rêver, utiliser les ressources numériques, consulter Internet, emprunter des livres, des cds, des jeux vidéos, des magazines mais aussi échanger et participer à des animations organisées par les bibliothécaires elles-mêmes 🙂

Et pour finir ce petit tour d’horizon, La Médiathèque de Levallois et ses bibliothécaires en images !

Nous espérons vous voir très nombreux (ses) à La Médiathèque de Levallois !

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Un auteur à l’affiche : Annie Ernaux

1 Juin

Le 21 mai dernier à Londres, l’écrivain Annie Ernaux a manqué de peu la consécration finale du Man Booker Prize International 2019 (nouvelle fenêtre) pour son  titre-phare Les années (nouvelle fenêtre) évidemment traduit en anglais. Sélectionnée dans la shortlist du prestigieux prix littéraire, elle est considérée comme le chef de file du roman social.

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Le prix a été remis à Jokha Alharthi pour son livre Celestial bodies (voir l’article du Temps – nouvelle fenêtre) mais c’est l’occasion de revenir sur la vie et l’œuvre d’Annie Ernaux. Son nom d’origine est Duchesne, elle est née en 1940, à Lillebone en Normandie. Issue de parents épiciers, elle sera poussée par sa mère à faire des études, (très jeune elle prend conscience des écarts de milieux, ce qui vraisemblablement alimentera  l’origine de son inspiration littéraire).

Elle étudie ensuite à l’université de Rouen, première étape vers l’autonomie. Elle obtient le CAPES, et devient agrégée en lettres modernes. Lorsque paraît La place (nouvelle fenêtre) elle obtient le prix Renaudot, ce qui la fait connaître. Mêlant l’expérience personnelle à la grande Histoire, ses ouvrages abordent l’ascension sociale de ses parents  La Honte (nouvelle fenêtre), son mariage La Femme gelée (nouvelle fenêtre), sa sexualité et ses relations amoureuses Passion simple (nouvelle fenêtre), Se perdre (nouvelle fenêtre), son environnement La Vie extérieure (nouvelle fenêtre), son avortement L’Événement (nouvelle fenêtre), la mort de sa mère dans Une femme, construisant ainsi une œuvre importante, d’influence sociologique. Sa référence en la matière sera Pierre Bourdieu, qu’elle admire.

Elle délaissera très vite la fiction pour tenter de montrer le monde tel qu’il est en s’appuyant sur sa propre histoire. Peu à peu, elle invente une écriture singulière qui utilise un matériel autobiographique comme terrain de questionnement. Elle épure de plus en plus son style et le singularise. Elle publie souvent des journaux qui complètent certains de ses textes avec un autre angle de vue. Elle interroge sans cesse son écriture soit avec un allié, soit seule dans son ouvrage, L’atelier noir (disponible en version numérique- nouvelle fenêtre ) où elle analyse avec une grande précision sa recherche pour parvenir à un ouvrage essentiel : Les années (nouvelle fenêtre).  

les années Annie Ernaux (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) En ce moment, Annie Ernaux est à l’honneur dans la pièce L’autre fille, tirée d’un de ses livres (paru en 2011), à l’affiche au Studio Hebertot (nouvelle fenêtre) où j’ai eu la chance de me rendre pour cette adaptation sobre et brillante, mise en scène par Nadia Remita. Dans un décor épuré, la comédienne Laurence Mongeaud livre avec brio un texte socio-biographique, très fort, interprété magistralement et au ton juste sur un secret familial absolu. Jamais un mot de la bouche de ses parents sur cette sœur inconnue, morte deux ans avant sa naissance… Annie Ernaux s’interroge. Creuser l’absence pour faire jaillir la présence, écrire à une morte pour s’adresser aux vivants… un texte tendre et abrupt pour un spectacle intense et bouleversant. qui se caractérise par des phrases courtes, où chaque mot est pesé, choisi.

James Baldwin : un homme révolté

15 Avr

L’œuvre de l’auteur américain James Baldwin a été remise à l’honneur en France  à l’occasion de la sortie du film I’m not your negro (nouvelle fenêtre) réalisé par Raoul Peck en 2017. Ce documentaire sera projeté à La Médiathèque le jeudi 18 avril 2019 dans le cadre de Cin’Eiffel, pour aller plus loin (nouvelle fenêtre) : s’appuyant sur les écrits de Baldwin, le scénariste y brosse une chronique très personnelle des années sanglantes de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Retour sur un grand écrivain et une œuvre essentielle.

Né à Harlem dans une famille pauvre et pieuse, il est l’aîné de 9 enfants. Fils illégitime, il sera élevé par son beau-père pasteur très strict et violent. Il choisira un temps de se tourner vers la religion et deviendra prédicateur en 1938, activité qu’il abandonnera en 1942 pour se consacrer à la littérature.

Dès l’adolescence, il prend conscience de son homosexualité. En 1948, fuyant la ségrégation raciale de New York et l’homophobie, il s’exile à Paris. Il y devient une figure emblématique de la communauté Afro-américaine en exil avec ses amis Joséphine Baker, Maya Angelou ou Richard Wright.

En 1953, publication de son premier roman La conversion, récit largement autobiographique, qui raconte l’examen de conscience de John, le jour de ses 14 ans, en attente d’une révélation mystique. En 1955, parait son premier recueil d’essais Chroniques d’un pays natal ainsi que La Prochaine Fois, le feu, deux livres qui explorent les non-dits et les tensions sous-jacentes autour des distinctions raciales, sexuelles et sociales dans l’Amérique du milieu du XXe siècle.

En 1956, La chambre de Giovanni, son second roman, fait état de la recherche d’identité sexuelle. En 1957, l’auteur fait sa première apparition à la télévision dans l’émission Lecture pour tous :  il y répond aux questions de Pierre Desgraupes à propos de son livre Les élus du seigneur, qui traite de façon poignante de la croyance des jeunes noirs de l’époque liée à l’histoire américaine.

De retour aux États-Unis, il s’implique dans le mouvement naissant des droits civiques, aux côtés des leaders noirs Medgar Evers, Malcolm X et surtout Martin Luther King. En 1962, paraît Un autre Pays  (nouvelle fenêtre) qui débute par le suicide de Rufus Scott : c’est une œuvre émouvante et violente où l’auteur s’affirme une fois encore comme le brillant porte-parole de la minorité noire aux États-Unis.

À partir des années 70, James Baldwin s’installe définitivement à Saint-Paul de Vence où il écrit des pièces de théâtre, des essais, de la poésie. En 1974, parait le roman Si Beale Street pouvait parler (nouvelle fenêtre) qui  retrace la vie de Tish et Fonny qui s’aiment et envisagent de se marier. Mais alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le futur marié, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Traité avec force et intensité, ce livre a été adapté au cinéma par Barry Jenkins en 2018.

En 1975, il est convié à une série d’entretiens avec Eric Laurent sur France Culture.

En 1987, son œuvre s’achève brutalement car il meurt précocement à l’âge de 64 ans à Saint-Paul de Vence.

En France, on (re) découvre son œuvre à l’occasion de la sortie du film I’m not your negro (nouvelle fenêtre) réalisé par Raoul Peck en 2017. Le réalisateur haïtien est interviewé dans l’émission La Grande librairie :

Partant du livre inachevé de l’auteur, Raoul Peck a reconstitué la pensée de Baldwin en s’aidant des notes prises par l’écrivain, ses discours et ses lettres. Il en a fait un documentaire salué dans le monde entier et sélectionné aux Oscars,– aujourd’hui devenu un livre, formidable introduction à l’œuvre de James Baldwin. Un voyage kaléidoscopique qui révèle sa vision tragique, profonde et pleine d’humanité de l’histoire des Noirs aux États-Unis et de l’aveuglement de l’Occident.

Pour aller plus loin :  l’article « Documentaire. “I am not your negro”, les mots de la colère de James Baldwin » publié dans Courrier international du 21 avril 2017 (nouvelle fenêtre) 

Retrouvez quelques textes de James Baldwin, ce grand humaniste dans votre Médiathèque, ainsi que plusieurs écrits d’autres grands défenseurs de la cause noire.

Je vous renvoie également au texte d’Alain Mabanckou  Lettre à Jimmy (nouvelle fenêtre) où, à travers l’œuvre de Baldwin, il aborde ces questions toujours d’actualité.

Pour clore cet article, méditons sur cette citation du grand auteur :

L’Histoire n’est pas le passé, c’est le présent.

 

Remerciements tout particuliers à Ariane C. qui a participé à l’élaboration de cet article.

L’image d’en-tête de cet article provient de Wikipedia : par Gvsfhp — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=53219750.

Enid Blyton, une vieille dame populaire et contestée de la littérature jeunesse

28 Nov

Il y a tout juste 50 ans, le 28 novembre 1968, la prolifique auteur britannique Enid Blyton s’est endormie paisiblement dans son lit. Après avoir débuté en publiant de la poésie Child Whispers (Murmures d’enfants), cette célèbre écrivain pour la jeunesse a écrit plus de 700 livres pour la plupart publiés sous forme de série dont les plus connus sont Noddy (Oui oui en français), The famous five (Le club des cinq), Brer Rabbit Retold (Jojo lapin) ou encore The secret seven (Le clan des sept)… Auteur à succès, elle conquit des millions de jeunes lecteurs mais dans les années 80, avec l’essor d’une nouvelle littérature jeunesse, elle tomba un peu en désuétude, tout en restant parmi les 4 auteurs les plus traduits, donc les plus vendus, au monde. Retour sur une grande auteur aussi populaire que controversée, qui grâce à une utilisation presque visionnaire du principe de la série, a fait lire des générations entières de lecteurs avec des romans qui continuent à être plébiscités au XXIe. 

Comment devient-on Enid Blyton ?

Réponse : en écrivant … beaucoup ! Née dans le Kent, passionnée d’histoire, de biologie, de nature et de mythologie, Enid Blyton est surtout une femme dotée d’une opiniâtreté à toute épreuve, d’une curiosité insatiable et certainement d’une capacité de travail assez conséquente. Remarquée très jeune par ses professeurs pour sa plume et son imagination, elle n’est pourtant pas encouragée par sa famille qui la veut concertiste. A la place, elle choisit d’être institutrice, métier qu’elle abandonnera  dès qu’elle pourra vivre de ses livres.

By Phyllis Chase (c.1897- c.1977)

Après avoir participé à des concours dans des revues, elle fait ses débuts en littérature avec de la poésie, du théâtre puis avec des ouvrages sur l’éducation. En 1924, est publié The Enid Blyton Book of Fairies, son premier recueil de nouvelles. Elle commence à écrire pour des journaux dont le Morning post puis dans Teachers’ World, où elle fait notamment paraître une interview de AA Mine, le célèbre auteur de Winnie the poo (Winnie l’ourson), ce qui contribute indirectement à sa propre reconnaissance en tant qu’auteur.

Écriture en séries

En 1926, elle participe au magazine Sunny Stories dont elle devient rédactrice en chef et tient une chronique hebdomadaire dans Teachers’ World. Commencée en 1929, cette chronique très appréciée sur l’air du temps et la vie comme elle va est écrite sous la forme de lettres envoyées par son fox-terrier Bobs  : cette forme géniale et humoristique devient vite très populaire jusqu’à être rassemblée et publiée sous forme de recueils : en 1933, Letters from Bobs s’est vendu à 10 000 exemplaires dès la première semaine.

À partir de 1938, elle écrit de plus en plus souvent au format série, avec des héros récurrents auxquels on s’attache, s’identifie et prend plaisir à retrouver et à voir évoluer. Le cliffhanger n’est pas encore de la partie mais elle a dû y penser puisqu’elle savait susciter l’impatience de ses lecteurs à la fin de chaque nouvel épisode.

Tout au long de sa carrière, il semble qu’elle ait eu ainsi un certain nombre d’intuitions dont fait partie l’écriture en series (qui n’était pas nouvelle en soi mais n’avait jamais été utilisée avec tant d’ampleur et de facilité pour la jeunesse) ainsi qu’un don inné pour le marketing et la promotion de son œuvre  : en 1937, Sunny Stories devient Enid Blyton’s Sunny Stories, et sert de tremplin à la publication en série des livres de l’auteur. Dès 1952, elle met en place son fan club le Famous Five Club — le club du Club des cinq —  qui comptera « deux cent vingt mille membres en 1974 et croît à la vitesse de six mille nouveaux membres par an » (source Wikipedia). De la même facon l’Enid Blyton magazine participera à créer des communautés de lecteurs autour de son oeuvre. Nul doute qu’aujourd hui, Enid Blyton aurait eu un Instagram, un twitter et une page Facebook !

Mais revenons à son histoire. En 1941, elle édite son premier calendrier Sunny Stories Calendar pour l’année 1942, année durant laquelle elle ne publie pas moins de 22 titres… dont le premier du Club des cinq intitulé Five and the tresury island inaugurant ainsi une série de 21 titres. L’année suivante, elle entame une autre série The Mystery of the Burnt Cottage ainsi qu’une adaptation de la Bible pour les enfants. 1944 sera aussi un année prolifique avec 24 titres mais c’est  presque une sorte de « mise en jambes » pour la romancière, qui va ensuite quasiment doubler sa cadence de production.

Productivité intense et succès

Les années 50 sont extrêmement productives pour la romancière qui inaugure cette décénnie avec 32 romans publiés en 1949 suivis d’une bonne quarantaine chacune des année suivantes. On peut supposer que le fait que les quotas d’impression qui depuis la guerre limitaient l’activité éditoriale cessent précisément cette année-là lui permet enfin de laisser libre cours à sa prolixité.

Évidemment, une telle productivité est vite suspectée et on accuse la romancière de sous-traiter l’écriture de ses romans. Dès 1955, elle est obligée de démentir ces rumeurs de façon officielle mais elle continue de publier à rythme soutenu, ne cessant d’inventer de nouveaux personnages et de nouvelles séries. En 1949, elle crée le personnage de Noddy (Oui oui), qui est aussitôt  repéré par Kellogs qui en achète les droits !

Clairement, Enid Blyton se révèle aussi romancière que femme d’affaires bien entourée. En 1950, elle créée sa propre entreprise, Darrell Waters Ltd., pour gérer sa fortune. En parallèle, par le biais de ses clubs et fondations, elle finance un certain nombre d’associations caritatives, pour venir en aide aux animaux et aux enfants malades.

Le succès se décline en livres, suites et séries mais aussi en de multiples produits dérivés (jeux, puzzles, figurines et jouets depuis 1948). Dès 1950, son œuvre est adaptée d’abord pour la scène, puis pour la télévision et enfin le cinéma. Ainsi en 1955, Oui oui devient le héros d’une série télévisée qui obtiendra un grand succès.

Célèbre mais toujours contestée

Moqués par certains dès le début des années 50, les héros d’Enid Blyton suscitent de plus en plus de critiques, notamment de la part du journaliste politique Colin Welsh dans le magazine Encounter dont l’article ‘Dear Little Noddy » de janvier 1958 décrit Oui oui comme un « pantin anormalement pédant, moralisateur, simpliste et pleurnichard… »

Au début des années 60, Enid Blyton ne ralentit pas la cadence mais commence à clore certaines séries commencées des années plus tôt : Le clan des sept, Le club des cinq, Oui oui…  En 1965, pour des raisons de santé, elle cesse quasiment d’écrire, à part son journal intime et s’éteint à l’âge de 71 ans.

Assez critiquée dès ses débuts car considérée comme une auteur de « seconde zone », elle est à nouveau sous le feu des reproches dans les années 80 pour ses valeurs morales déclarées douteuses : outre la simplicité de ses intrigues, on l’accuse de véhiculer snobisme, sexisme, racisme et xénophobie. S’il est clair que ses livres ont vieilli, ils sont représentatifs du mode de pensée d’une époque, celle qui va des années 30 à 60 et Enid Blyton ne s’est jamais caché de vouloir diffuser des valeurs morales solides à ses jeunes lecteurs.

Osciller entre popularité et mise à l’index semble être une des particularités de la carrière et de l’œuvre d’Enid Blyton, qui, plus de dix ans après sa mort, se voit redevenir la bête noire des prescripteurs de littérature pour enfants avant de regagner quelques années plus tard les étagères des librairies et bibliothèques avec des rééditions et des remises au goût du jour.

La postérité d’Enid Blyton

Lue et traduite dans le monde entier, en 2018, son œuvre continue à être lue, et inspire même plusieurs romanciers désireux de poursuivre son œuvre, dont sa propre petite-fille qui en 2009 écrira un épisode de Oui oui. Avec des suites, des à la manière de et des spin off plus ou moins heureux, on trouve ainsi plus de 200 livres se réclamant de l’esprit et de la lettre blytonniens. Dans les pays anglo-saxons, des guides d’apprentissage divers et variés sont aussi réalisés à partir des aventures de ses héros.

Au XXIe siècle, son travail continue d’inspirer le cinéma puisqu’en 2009, on réalise en Allemagne une série de 3 films tirés de ses romans  : Hanni and Nanni, l’histoire de deux jumelles, montrant une nouvelle fois combien les aventures imaginées par Madame Blyton sont impérissables 🙂

La vie de l’auteur elle-même sera elle aussi portée à l’écran de nombreuses fois, sous forme de téléfilm pour la BBC et dans un format épisode.

Initiée de son vivant par l’auteur elle-même, la flamme Enyd Blyton demeure entretenue dans ses nombreux clubs de fans. Et aujourd’hui encore avec un site Internet officiel dédié à l’auteur (nouvelle fenêtre), un prix « the Enid », des rencontres annuelles dont le Enid Blyton’s day, une page Facebook (nouvelle fenêtre) , des expositions au Royaume Uni à l’occasion du centenaire de sa naissance, un timbre à son effigie édité par la Royal mail…

Mais pour lui rendre hommage, laissons la parole à cette grande dame des débuts de la littérature jeunesse :

I am not really much interested in talking to adults, although I suppose practically every mother in the kingdom knows my name and my books. It’s their children I love.

Merci au site de l’Enidblytonsociety (nouvelle fenêtre) pour la mine de renseignements qu’on y trouve et pour les illustrations empruntées pour illustrer cet article.  Outre une biographie, la liste exhaustive de tous ses titres, vous y trouverez aussi des jeux, un journal, un quizz et des fans à rejoindre !Enyd Blyton society (site en anglais - nouvelle fenêtre)

Hommage à Mario Ramos

2 Nov

Mario Ramos, auteur devenu culte de la littérature jeunesse, aurait eu 60 ans le 7 novembre 2018. À cette occasion, sa maison d’édition l’École des loisirs a décidé de lui rendre hommage en lui dédiant cette journée. Dans les bibliothèques et les librairies, vous pourrez découvrir ou re-découvrir toutes les histoires de cet auteur prolifique.

Un bon livre c’est d’abord une bonne histoire.
Le texte et les dessins sont intimement liés, les deux racontent l’histoire. Sans oublier l’humour ( la politesse du désespoir ).
Je recherche la simplicité (qui demande parfois beaucoup de travail).
L’album pour enfants parle aussi aux adultes, d’où l’importance des différents niveaux de lecture. De toute façon, un enfant comprend toujours beaucoup plus que ce qu’on croit.

(extrait de la biographie du site web de Mario Ramos -nouvelle fenêtre)

 

Le plus malin Mario Ramos (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Dans pratiquement tous ses albums dont plusieurs ont été primés, Mario Ramos utilise les animaux pour parler des travers de l’être humain mais toujours avec beaucoup d’humour, il aime bien également faire des variantes à partir des contes traditionnels comme dans Le plus malin (nouvelle fenêtre) où le loup veut évidemment croquer le petit chaperon rouge, tout se passe bien jusqu’à ce qu’il enfile la chemise de nuit de la grand-mère…

Un autre thème que l’on retrouve dans l’œuvre de Ramos est la différence, sujet parfois cruel dans les cours d’école.

C’est moi le plus fort (nouvelle fenêtre), C’est moi le plus beau (nouvelle fenêtre), Le roi est occupé (nouvelle fenêtre), Nuno le petit roi (nouvelle fenêtre), Loup, loup, y es-tu ? (nouvelle fenêtre) et bien d’autres sont à découvrir à La Médiathèque de Levallois.

Le mercredi 7 novembre, la séance d’Acti-contes (nouvelle fenêtre) destinée au enfants à partir de 4 ans sera spécialement consacrée à cet auteur avec des histoires, des jeux et des activités  : rendez-vous à 15h à la médiathèque Gustave-Eiffel !

Pour en savoir plus sur Mario Ramos

La page qui lui est consacrée sur le site de son éditeur (nouvelle fenêtre) avec des vidéos et la liste de tous ses albums disponibles en tant qu’auteur-illustrateur ou simple illustrateur.

Un livret passionnant édité par l’École des Loisirs : Le monde de Ramos, textes d’après un entretien avec Lucie Cauwe (pdf-nouvelle fenêtre). 

Pour jouer avec ses personnages 

Des jeux (puzzle, memory ou taquin) sur son site Web personnel (nouvelle fenêtre)

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