Le coin de La Médiathèque de décembre se prépare pour les fêtes

23 Déc

À quelques jours des fêtes, le coin de La Médiathèque effectue ses derniers préparatifs avec des recettes de douceurs, du bricolage déco ainsi que de belles histoires pour comprendre ce que représente la fête de Noël dans le monde entier.

Gâteaux de Noël : du sablé à la bûche : toutes les techniques en pas à pas (catalogue de La Médiathèque- nouvelle fenêtre) Gâteaux de Noël : du sablé à la bûche : toutes les techniques en pas à pas (nouvelle fenêtre) pour se régaler de Marie-Laure Tombini / Éditions Mango

Pour les fêtes, difficile de passer à côté de ces desserts qui font partie de la tradition de Noël ! Mais hélas vous ne vous sentez pas un talent de pâtissier …

N’ayez plus de craintes : ce livre de recettes est fait pour vous.  En le  feuilletant, vous n’aurez qu’une envie : faire vous-même vos bûches, vos truffes, vos mignardises, vos petits sablés et pourquoi pas,  une magnifique maison de pain d’épices !

Côté technique, aucun souci : toutes les recettes sont illustrées par des photographies montrant chacune des étapes, de quoi suivre la recette pas à pas, sans oublier un petit conseil destiné à chacune d’elles.

Tout y est : pétrissage, montage, nappage, glaçage, façonnage pour un apprentissage sans ratage !

Déco de Noël en couture créative (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre) Déco de Noël en couture créative (nouvelle fenêtre) de Petra Hassler-Mattes / Éditions de saxe

Noël arrive à grand pas. Pourquoi ne pas réaliser soi-même cadeaux et décorations pour les fêtes ?

Avec quelques chutes de tissus aux couleurs de Noël, boutons, perles et paillettes et un peu d’imagination, ce livre vous permettra de fabriquer différents objets à coudre à la machine ou à la main. Grâce aux explications claires et détaillées, vous pourrez réaliser d’adorables lutins barbus, un sapin de noël en étoiles ou bien encore un calendrier de l’Avent aux couleurs vives. Une liste de fournitures, des gabarits et des astuces facilitent la réalisation de chaque objet. Cadeaux, décorations de table, tous les projets sont inspirants et vous permettront de créer un Noël joyeux, ludique et créatif !

Olivia prépare Noël (catalogue de La mMédiathèque - nouvelle fenêtre) Olivia prépare Noël (nouvelle fenêtre) de Ian Falconer / Éditions  Seuil Jeunesse

C’est la veille de Noël, et il reste encore tant de choses à préparer ! Heureusement Olivia, l’adorable petite cochonne de Ian Falconer, est là… et elle aide aux préparatifs, pleine d’entrain et maladroite : décorer le sapin, dresser la table, faire les courses et attendre le passage du père Noël pour ouvrir enfin les cadeaux.

L’album nous plonge avec Olivia, la malicieuse, dans l’attente et l’effervescence de Noël : on s’enthousiasme, on trépigne avec elle, et on s’amuse des réactions de ses parents,  tantôt indulgentes ou désemparées face aux bêtises de notre héroïne.

Les illustrations, en noir et blanc, très épurées, et rehaussées de touches colorées, les photomontages insérés çà et là, et les rabats participent à rendre cet album plein de peps et de bonne humeur.

Drôle et tendre à la fois, Olivia prépare Noël est une histoire de famille, de complicité, d’attente et bien sûr de magie de Noël…

Noel de Stéphanie Ledu (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Noël (nouvelle fenêtre) de Stéphanie Ledu /  Éditions  Milan

Fêter Noël est une tradition dans de nombreux pays : après un bref rappel historique, ce documentaire explique les différents préparatifs qui accompagnent Noël ainsi que les légendes et les coutumes qui l’entourent. Quelle est l’origine de cette fête, qui a eu l’idée du calendrier de l’Avent, que symbolise la bûche glacée…?

Tous les temps forts que va rencontrer l’enfant pendant cette période sont présents : catalogues de jouets, lettre au Père Noël, marchés de Noël, chants, sapin, réveillon… On y voit aussi le Père Noël ainsi que ses variantes dans d’autres pays.

Assorties de textes courts, les illustrations vivantes et colorées mettent en scène avec beaucoup de pédagogie à la fois l’aspect religieux, culturel, festif et familial de l’évènement.

Un livre pour les enfants de 3 à 6 ans pour connaitre et comprendre la fête de Noël dans le monde entier.

Des romans pour découvrir les villes : Londres (1)

19 Déc

Londres est une ville incertaine, passablement labyrinthique. Vous ne savez jamais vraiment où vous êtes… C’est peut-être pourquoi la capitale britannique fascine les écrivains : sous son capuchon de brume poisseuse, elle est suffisamment fantomatique pour les pousser à traquer ses multiples mystères, pour les inviter à la rêverie et à la déambulation onirique. On peut, grâce à eux, s’y promener et parfois s’y perdre, il est vrai que l’image d’une ville tient non seulement à son histoire mais aussi aux transpositions littéraires qu’en font les auteurs. En voici une petite sélection éclectique et subjective.

Virginia Woolf et  Mrs Dalloway (nouvelle fenêtre) : paru en 1925 Mrs Dalloway manqua de s’appeler Les heures. Y est décrite une journée de printemps dans la vie de Clarissa Dalloway. Une élégante femme de la bonne société qui se promène dans un Londres rythmé par la tour et l’horloge de Big Ben. Clarissa va acheter des fleurs pour la soirée qu’elle organise en laissant voguer son esprit. Avec une grande acuité, l’auteur détaille les motifs psychologiques et fait preuve d’une grande sensibilité qui nous touche encore aujourd’hui. Ce roman aborde avec justesse le thème de l’angoisse, le vertige du suicide. Un classique de la littérature anglaise.

Charles Dickens et Les aventures d’Oliver Twist (nouvelle fenêtre). Publié en 32 feuilletons entre février 1837 et avril 1939 dans la revue Bentley’s Micellany, c’est un sommet du roman anglais. Il s’agit de l’histoire d’un orphelin maltraité qui s’enfuit de Londres et qui est recueilli par une bande  de petits voleurs travaillant pour le compte du vieux Fagin, voici un jeune héros inoubliable. S’inspirant de son expérience personnelle, Charles Dickens est reconnu pour être un grand maître de la satire sociale. Ses romans sont d’un grand réalisme quelquefois à caractère humoristique, ses personnages glorieux sont gravés dans la mémoire collective de l’humanité et ce fut un homme qui se battit toute sa vie durant pour l’égalité, la justice et la paix.

On retrouve cette ambiance très britannique dans les romans d’Agatha Christie. J’ai envie de dire qu’il faut tous les lire mais puisque le challenge de cet article est que l’action se déroule à Londres, citons par exemple, Un, deux, trois Poirot résout trois énigmes  (nouvelle fenêtre) ou Les pendules (nouvelle fenêtre) etc…

Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray (nouvelle fenêtre)  : un incontournable ! Dorian Gray est un dandy émerveillé par sa jeunesse et sa beauté, qui mène une vie dissolue. Il fait alors le vœu de rester éternellement jeune. Seul son portrait sera marqué par le passage du temps, les vices, les crimes, jusqu’au drame final. Conte fantastique, ce roman est aussi captivant par l’écriture de l’auteur qui sait créer un univers intrigant. C’est un roman sur le bien et le mal mais c’est aussi une satire sociale, acide, cruelle, caricaturale, de la bonne société victorienne, hypocrite et orgueilleuse.

Helene Hanff et 84 Charing cross road (nouvelle fenêtre) une authentique et délicieuse correspondance, entretenue pendant vingt ans (1949/1969) entre Hélene Hanff, scénariste new yorkaise passionnée de livres et principalement Franck Doel à la librairie Mark and Co à Londres et qui est chargé d’assouvir l’insatiable soif de lecture de sa cliente américaine. Son dévouement, sa délicatesse et sa réserve toute britannique, touchent la New Yorkaise qui se rapproche ainsi virtuellement de Londres. D’autres membres du personnel de la librairie, intrigués, participent bientôt à ces échanges. Une véritable amitié par correspondance s’établit. Une lecture pour un petit clin d’œil à nos libraires dont le métier s’essouffle mais pas la passion… (lire à ce sujet notre article Libraires et librairies dans les romans)

Anne Perry et Un traître à Kensingtonplace (nouvelle fenêtre)  : une enquête policière dans le quartier londonien de Kensington en 1899 et une immersion dans la société victorienne, ce roman met en scène l’inspecteur Thomas Pitt. L’auteur dépeint les conventions et les barrières sociales, les premières réflexions féministes sur le droit de vote des femmes, la rigueur purement de façade des mœurs, sur fond de politique internationale où une seconde guerre des Boers se profile.

Sarah Waters et Du bout des doigts (nouvelle fenêtre) Londres, 1862. À la veille de ses dix huit ans, Sue Trinder, orpheline , se voit proposer par un certain gentleman d’escroquer une riche héritière, elle aussi orpheline, élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre particulier. Entre mystères et complots, Sue va devenir une légende dans le cercle de la bibliophilie érotique. On a dit de ce roman qu’il tenait du Dickens mais aussi de Sapho ou des Libertins. Voilà qui pique notre curiosité n’est-ce pas ?

 Maggie O’Farrel : Cette main qui a pris la mienne (nouvelle fenêtre)  un roman bouleversant qui nous raconte le pouvoir destructeur des non-dits , les relations maternelles, la force des liens du sang. Lexie a accompli son rêve, devenir journaliste à Londres. Mère célibataire, elle s’épanouit dans son travail, jusqu’au jour où le destin se rappelle à elle. Quarante ans plus tard, on rencontre une jeune femme, Elina qui vient de mettre au monde son premier enfant et a bien failli en mourir. Depuis cette naissance , son mari se comporte étrangement, comme si son inconscient  se réveillait d’un profond sommeil. Il finit par mettre à jour un terrible secret qui unit Lexie et Elina…

Graham Swift : La lumière du jour (nouvelle fenêtre). George Webb est un détective privé, ancien policier, blasé. Un jeudi sur deux, il quitte son bureau pour voir une femme. Une filature qui va déboucher sur une révélation. Polar psychologique bien mené, ce roman nous entraîne autour de la petite église de Wimbledon.

Même si le dernier livre de Graham Swift ne se déroule pas entièrement à Londres, je vous invite à le découvrir, il s’agit De l’Angleterre et des Anglais (nouvelle fenêtre). Ce sont des nouvelles au plus près de la vérité humaine, indispensables pour saisir l’âme d’un pays et de ses habitants. Des vies arrachées à une rue de Blackheath au fossé de Somerset-  ses portraits sont scrutés sous les loupes grossissantes et ironiques de leur auteur. La prose sobre et délicate de l’auteur anglais offre une vision vivante du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens à l’enfance ou de la perte.

Jonathan Coe : Testament à l’anglaise (nouvelle fenêtre). Satire des années Thatcher, passionnante comme un polar et teintée d’un humour très british, ce roman met en scène une vielle dame qui a quelque peu perdu l’esprit. Épaisseur des personnages et rebondissements… tout est prêt pour passer un bon moment

Rachel CuskArlington Park (nouvelle fenêtre). L’action se situe dans la banlieue résidentielle de Londres à Arlington Park, et l’auteur y dynamite les clichés sur la famille, le couple, la maternité, avec une lucidité dévastatrice. C’est un champ de bataille que Rachel Cusk nous montre, un monde cruel. La plume de l’auteur est aiguisée, à souhait elle transcende l’histoire et les personnages avec beaucoup d’agilité dans la description de leurs états d’âme, une pointe d’humour et la capacité à décrire l’immense solitude des héroïnes. Un parfait équilibre entre description et narration, ainsi qu’un sens rare du dialogue.

Ian Mc Ewan  : Samedi (nouvelle fenêtre). C’est dans un contexte imprévisible qu’un grain de sable va enrayer le quotidien bien huilé de Henry Perowne. 24 heures dans la vie d’un homme, racontées en 350 pages, c’est dire que tout est décortiqué, analysé, et à ce titre la description clinique de la recette de la matelote, de l’intervention chirurgicale subie par Rosalind, celle de l’exérèse d’une tumeur de l’hypophyse, au cours de laquelle Henry est tombé amoureux de sa future femme, de la partie de squash passée sous un microscope électronique, sont des morceaux d’anthologie littéraire.

William Boyd : Orages ordinaires (livre cd- nouvelle fenêtre). À Londres, Adam Kindred, jeune climatologue fraîchement revenu des États Unis, voit sa vie basculer alors que tout semblait « sous contrôle » Encore un très bon roman sur la forme et sur le fond, le tissu social anglais est abordé dans toute sa complexité, au travers de personnages bien travaillés. Intelligent et prenant, c’est un livre captivant et plein d’ironie. Existe aussi en version anglaise : Ordinary Thunderstorms (nouvelle fenêtre)

Zadie Smith : Sourires de loups (nouvelle fenêtre).  Dans la banlieue nord,  l’auteur dépeint le Londres métissé et multiculturel d’aujourd’hui, entre amertume et loufoquerie. Son zoom, elle le pose sur le quartier des immigrés où elle a grandi : Willesden, kaléidoscope bariolé où se mêlent saris et tresses afro, funkies et zoulous, reggae et sitars indiens, Big Mac et chiches-kebabs sous les regards croisés de Shiva et d’Allah. Résultat : une fresque explosive, une rhapsodie de voix discordantes où se télescopent l’Orient et l’Afrique, tandis que s’amorce une intrigue mettant en scène deux familles au gré des amours et des exils. l’auteur se fait géographe flamboyant avec ses personnages souvent déboussolés.

Si vous souhaitez vous perdre davantage dans les rues de Londres, lisez le dossier Spécial Londres dans Lire de Mai 2019 (nouvelle fenêtre)

Prochainement : Des livres pour découvrir des villes : Berlin (2)

L’artiste, matière romanesque et littéraire (1)

11 Déc

Réel ou de pure fiction, l’artiste occupe une place de choix dans le roman classique ou contemporain. Ainsi art, peintre et création artistique sont l’occasion pour les romanciers de décortiquer l’alchimie particulière du processus créatif et pour les lecteurs, se transforment en un moment privilégié permettant de partager la vie et l’intimité d’un artiste. Du récit à la fiction, voici une petite sélection de livres qui illustrent le rapport particulier qu’entretiennent l’art et la littérature. 

L'oeuvre de Zola (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) S’il s’inspire souvent d’un personnage existant, les artistes qui ont pu servir de modèle ne l’apprécient pas toujours. Ainsi Paul Cézanne, grand ami d’Émile Zola, se brouilla avec l’écrivain après la parution de L’œuvre (nouvelle fenêtre)  : trop de ressemblances avec Claude Lantier, le peintre maudit du roman ainsi qu’une peinture à charge des excès du monde de l’art et des artistes ne plurent pas du tout au peintre qui, peut-être vexé que son image ait été écornée en littérature, ferma la porte de son atelier au père des Rougon-Macquart.

Mais en général, encore de ce monde ou pas, les artistes à l’honneur en littérature ne semblent pas avoir de réactions aussi virulentes.

L’artiste et l’écrivain, une complicité créative

Zao de Texier (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Les livres qui leur sont consacrés sont en effet des portraits intimes et très émouvants comme celui que fait Richard Texier dans Zao (nouvelle fenêtre), en s’appuyant sur une complicité rare et une amitié de plusieurs années avec le peintre Zao Wouki. D’après le journaliste Jérome Bléglé dans son article « En mai fais ce qu »il te plait » publié le 11 mai 2018 sur LePoint.fr (nouvelle fenêtre), le romancier a particulièrement réussi son texte :

Les écrivains peinent à donner du relief aux ouvrages consacrés aux peintres. Il manque souvent une couleur, une image, un ton, une profondeur pour rendre compte de la complexité de l’œuvre et de la vie de ces artistes. Texier rend à son modèle toutes ses dimensions, sa richesse, sa tendresse, sa générosité et son infinie simplicité dans un livre qui navigue entre la biographie, l’exercice d’admiration et le carnet de croquis.

Entre biographie et fiction

À l’opposé de cette intimité réelle, se trouve Hockney (nouvelle fenêtre) de Catherine Cusset qui dit dans sa préface s’être beaucoup documentée mais n’avoir jamais rencontré ni interviewé l’artiste.

Vie de david Hockney de C Cusset (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre) Ce roman, à cheval entre fiction et biographie, permet de comprendre le parcours artistique de cet artiste fabuleux dont la particularité sur 60 ans de carrière est de toujours se renouveler, tant en sujets qu’en techniques. Tout l’art de la romancière consiste alors à écrire entre les faits et à imaginer avec sa sensibilité ce qui échappe à la biographie pure et simple, donnant ainsi un portrait très personnel du peintre anglais.

Deux remords de Claude Monet de Michel Bernard (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Parmi les excellents romans qui flirtent avec la biographie, on citera évidemment Deux remords de Claude Monet (nouvelle fenêtre) de Michel Bernard, livre sélectionné pour le Prix des Lecteurs de Levallois 2017 et qui obtint le Prix Libraires en Seine de la même année : un roman qui plonge le lecteur dans l’intimité du célèbre peintre impressionniste avec une écriture qui retranscrit admirablement la touche, la lumière et la matière picturale.

 

Au delà de la biographie, certains thèmes fleurissent dans la littérature, comme celui de l’artiste torturé, cher aux romanciers.

L’artiste maudit

Toutes les couleurs du monde de Montanaro (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Dans Toutes les couleurs du monde (nouvelle fenêtre), Giovanni Montanaro construit une fiction sur quelques mois de la vie du célèbre peintre quand à 27 ans entre août 1879 et juin 1880, il disparaît sans écrire une seule lettre à son frère.  Ici, on le découvre parcourant la campagne flamande, au moment où il devient peintre, sans maître, à l’insu de tous. L’auteur imagine que l’artiste s’est arrêté à Geel,  petit bourg belge surnommé le « village des fous », car depuis le Moyen Age, ceux-ci vivent parmi la population en toute liberté. Un roman où la couleur et la lumière deviennent de véritables personnages.

On retrouve le thème central de la souffrance de l’artiste dans le roman de Ralph Dutli, Le dernier voyage de Soutine (nouvelle fenêtre) qui raconte aussi « la nécessité pour Soutine de se cacher sans cesse ».

Mais une seconde course-poursuite lui fait concurrence : celle du fourgon mortuaire qui transporte en urgence Soutine dans un état quasi cadavérique entre Chinon, où il s’est réfugié, et une clinique parisienne où il sera opéré et mourra. Le romancier imagine que pendant le voyage qui précède l’extinction finale, Soutine délire. Le texte épouse ses torsions et ses hallucinations, rythmées par le ballottage du véhicule. Le peintre en pensées «poursuit sa remontée à travers les quarante-neuf années de sa vie», et cette chronologie désordonnée est celle du livre, comme structuré par des plaques d’inquiétude qui se chevauchent. Le procédé nous imprègne de l’intranquillité de Soutine, et nous regardons Paris d’un œil neuf, de son œil à lui, entre les années 1910 et les années 1940.

Extrait de l‘article Chaim Soutine une palette de douleurs de Virginie Bloch-Lainé (nouvelle fenêtre) publié le 18 novembre 2016 dans Libération.

L’artiste amoureux

Célèbre pour ses amours tumultueuses avec le peintre Diego Rivera, l’artiste mexicaine Frida Kahlo semble inspirer particulièrement  les romanciers : Le Clézio avec son célèbre Frida et Diego mais aussi Gérard de Cortanze qui lui consacre deux romans, Frida Kahlo, la beauté terrible (nouvelle fenêtre), qui raconte la vie et l’œuvre de l’artiste puis Les amants de Coyoacan (nouvelle fenêtre), centré sur la période où le couple Kahlo/Riviera reçoit à Mexico un certain Trotski, réfugié d’URSS, qui tombe fou amoureux de la belle peintre… Plus récemment, à la rentrée littéraire de septembre dernier (2019), Claire Berest s’intéresse à la relation amoureuse mouvementée de l’artiste dans son roman Rien n’est noir (nouvelle fenêtre).

C’est aussi une très belle histoire d’amour que celle de Léonora (nouvelle fenêtre) d’Elena Poniatiwska.

Ce gros roman raconte la vie de Léonora Carrington, peintre, romancière et dramaturge de sa naissance dans le Lancashire au Mexique où elle s’installera, en passant par le Paris bohème des années 1930 où elle fréquente les surréalistes. Plongés dans l’atmosphère intellectuelle cosmopolite et avant-gardiste de l’internationale artistique et surréaliste des années, on suit la vie de celle qui vécut une histoire d’amour passionnée avec l’artiste Max Ernst.

Cet « amour fou » avait déjà été raconté dans Max et Léonora par Juliette Roche qui s’était concentrée sur les années 1937 à 1940, date où le peintre fut arrêté et qui conduisait Leonora dans une fuite éperdue aux limites de la folie.

Dans Leonora, l’auteur, qui a elle-même connu Léonora Carrington, retrace la totalité du parcours de l’artiste et dresse le portrait d’un personnage « incandescent, viscéralement libre et passionnée, surréaliste par nature » (extrait de la présentation de l’éditeur, Actes Sud).

Un personnage essentiel, la femme

Muses, rivales, complices ou castratrices, les femmes ou compagnes d’artistes sont de fabuleux personnages pour le roman : dans L’indolente (nouvelle fenêtre), Francoise Cloraec dresse le portrait de Marthe Bonnard, un personnage réel mystérieux à l’histoire complexe, mais hélas, le livre laisse un peu le lecteur amateur de Bonnard sur sa faim.

Il est ainsi question de sentiments amoureux dans La veuve Basquiat : une histoire d’amour (nouvelle fenêtre) de Jennifer Clément qui raconte la relation agitée qui unit le peintre le plus trash des années 80 à New York à une femme, amante et muse.

Dans les romans sur ces femmes inspirantes, on citera aussi La vie rêvée de Gabrielle : Muse des Renoir (nouvelle fenêtre) de Lyliane Mosca.

La vie de Gabrielle Renard est un roman. Un roman vrai et en couleurs qui commence en 1894, quand, toute jeune, elle quitte sa Champagne natale pour devenir bonne à Paris chez les Renoir. Sa beauté simple mais rayonnante lui vaut de poser bientôt pour le célèbre peintre. Egalement nourrice du petit Jean, le futur cinéaste, elle contribue grandement à son éducation. (extrait de la présentation par l’éditeur)

Si les romans cités dans cet article évoquent la vie de peintres réels, de nombreux auteurs recomposent le personnage d’artiste, créant de toutes pièces (ou pas…) des artistes et des vies de fictions (à suivre prochainement sur Liseur ). 

 

Connaissez-vous le tourisme littéraire ?

3 Déc

Le tourisme littéraire constitue une forme de tourisme culturel qui a le vent en poupe, et qui fait référence à la visite de lieux fréquentés par un auteur ou encore à ceux dont il est fait mention dans ses livres. Ces «pèlerinages» servent à rendre hommage à l’écrivain ou à retrouver l’ambiance particulière d’un moment spécifique, d’un livre donné, ou mettre ses pas dans ceux d’un auteur inspirant.

Quelques exemples marquants

En France ( à Paris ) la saga à succès Vernon Subutex (nouvelle fenêtre) de Virginie Despentes a inspiré une flopée d’articles sur « les incontournables du 19e arrondissement de Vernon » permettant aux personnes qui ont aimés le livre de s’imprégner du personnage.
Au Japon ( à Tokyo), il est organisé une balade sur les traces d’Haruki Murakami retraçant par exemple une partie du parcours des protagonistes du roman  les amants du Spoutnik (nouvelle fenêtre), précisément à l’université Waseda ou dans le parc Inokashira.

En Ecosse (à Edimbourg), le spoon café où la jeune J.K.Rowling a imaginé les aventures d’Harry Potter (nouvelle fenêtre) est pris d’assaut.
De même que Ian Rankin et son inspecteur Rebus (nouvelle fenêtre) dont les enquêtes se situent au cœur de la capitale écossaise, a inspiré un «Rebus Tour» dans la capitale, s’arrêtant devant l’appartement, le siège de la brigade criminelle ou les bars préférés du célèbre inspecteur écossais.  En vingt-cinq ans d’existence, Rebus a mené 17 enquêtes, traduites en 26 langues et ses investigations connaissent un grand succès. Retrouvons-le par exemple dans Cicatrices (nouvelle fenêtre) où une enquête des Affaires internes (l’équivalent de notre IGS) vise l’inspecteur Rebus…

En Italie (à Naples), la saga que tout le monde s’arrache L’amie prodigieuse (nouvelle fenêtre) d’Elena Ferrante a entrainé un regain d’intérêt pour la ville. Le livre étant une peinture de la société italienne moderne du XXe siècle, les voyageurs veulent voir par eux-mêmes l’adéquation entre les lieux, les couleurs et les odeurs perçus dans la saga.
Quant à  la Venise de Donna Leon, elle remporte depuis des années un vif succès grâce aux aventures du commissaire Brunetti, par exemple Brunetti en trois actes (nouvelle fenêtre) ce qui vient également de l’actualité dans laquelle les enquêtes s’inscrivent. L’auteur nous montre une Venise éloignée des touristes, une Venise réelle, enjeu de luttes de pouvoir administratif, financier et politique. Elle y décrit la corruption passive et active sous l’ère Berlusconi et jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Monti.
L’Islande, l’Irlande et la Croatie ont servi de théâtre pour la saga a succès de Game of Throne, inspirée du roman de George R.R. Martin : Le trône de fer (nouvelle fenêtre) où les tour-operators du monde entier proposent d’arpenter les lieux de tournage,
La Suède (Stockolm) a largement bénéficié de l’écriture de Stieg LARSSON et de sa promenade «  sur les traces de … » pour son Millenium (nouvelle fenêtre). La ville d’Ystadt a aussi son parcours de mémoire sur les traces de l’inspecteur Wallander d’Hennig Mankell.

Pour suivre sur la carte  les différents endroits inspirant les auteurs suivez la Google maps (nouvelle fenêtre)

 

 

 

Malgré son succès, cette approche littéraire du grand public reste considérée comme un peu suspecte par les acteurs culturels publics français qui revendiquent plutôt la conservation et la préservation à des fins mémorielles. Cette approche plus culturelle et plus frileuse contraste avec l’approche anglo-saxonne plus floue et qui exploite l’engouement pour les best-sellers portés par les adaptations cinématographiques à gros budgets.

Pour aller plus loin :  l’article très approfondi du numéro 117 de Mappemonde, la revue trimestrielle sur l’image géographique et les formes de territoire :  « Du roman policier au territoire touristique. Ystad, Stockholm: enquête sur les phénomènes Wallander et Millénium « (nouvelle fenêtre) qui s’interroge sur la façon de « faire d’un roman noir et par essence critique un outil de valorisation territoriale ».

À venir sur Liseur : Des destinations en quête d’auteurs.

Le coin de La Médiathèque de novembre s’interroge sur la démocratie

27 Nov

À l’occasion de la première des Rencontres de Liseur de la saison 2019-2020 qui aura lieu le samedi 30 novembre 2019 avec une conférence de Loic Blondiaux intitulée « La démocratie aujourd’hui, où en est-on ? », le coin de La Médiathèque de novembre se penche sur la démocratie avec un essai, un roman, un film et un album pour enfants.

Les démocraties sont-elles devenues ingouvernables ? Les citoyens se sentent toujours trahis par des dirigeants qu’ils ont élus et qui ne parviennent plus à les satisfaire. Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot voit dans la montée des populismes, des mouvements libertaires, des gilets jaunes, des communautarismes et dans la progression inexorable de l’abstention, corollaire du désintérêt pour la chose publique, la manifestation d’une triple déception : celle de la représentation, celle de l’impuissance et du déficit de sens de l’action publique.

En s’appuyant sur les nombreuses expériences de démocratie du monde moderne – la votation suisse, la démocratie Internet, la démocratie participative –, l’auteur enquête sur les moyens de sortir de la crise de la représentation, mais sans nous réveiller en régime autoritaire.

Dans ce traité d’art politique extrêmement documenté, il nous interpelle notamment sur ce qui fait « l’obéissance volontaire » et plaide pour des citoyens « adultes », qui assument les deux parties du mot démocratie : le peuple (démos) mais aussi le pouvoir (cratos). Un essai revigorant qui aiguisera à coup sûr votre esprit critique de citoyen du XXIème siècle…

Dans ce roman, l’auteur a voulu montrer combien la pensée de Socrate est moderne et actuelle. Né au Vème siècle à Athènes, Socrate est considéré comme l’un des premiers philosophes : il définit la place de la philosophie dans la cité en même temps que son rôle. La philosophie devient une façon de vivre sa vie. En découvrant la vie de Socrate, de ses premières années jusqu’à sa mort, nous apprenons une mine d’informations sur la vie à Athènes en 470 av. J.-C. et aussi sur la pensée de ce philosophe antique. Ce roman invite à réfléchir sur la démocratie. Comme il y a 2 500 ans, Socrate nous convie à interroger le monde, à poser des questions. Il rappelle que nous avons le devoir d’être libre en démocratie, libres de penser, de critiquer et de nous méfier des opinions toutes faites. Car comme l’écrit Christopher Bouix, « Socrate rêve d’une cité gouvernée non par des hommes de pouvoir mais par des hommes de pensée ». À lire à partir de 15 ans.

Un peuple et son roi est une grande chronique historique et humaine de la Révolution française, qui débute lors de la prise de la Bastille et s’achève le 21 janvier 1793 avec l’exécution de Louis XVI. Le film est à la fois une fiction passionnante et une véritable leçon d’histoire. Pierre Schoeller a rassemblé une énorme documentation sur l’époque afin de restituer l’esprit de 1789 et le rôle décisif des hommes du peuple (et peut-être surtout des femmes) dans l’instauration tumultueuse de la République. Le cinéaste reconnait être passionné par le fait politique : il s’est employé à faire revivre l’origine et les fondements de la démocratie afin de mieux cerner notre histoire et comprendre les crises insurrectionnelles actuelles.

Depuis dix ans, les éditions La ville brûle s’engagent « pour dire le monde et agir sur lui ». En éditant l’album On n’est pas des moutons, Claire Cantais et Yann Fastier répondent sans aucun doute à cet engagement. Tous deux utilisent des expressions françaises, impliquant des animaux pour revendiquer haut et fort le droit de comprendre, de penser, de réfléchir, de se révolter, de ne pas répondre aux dictats, sans pour autant être hors norme. Si toutefois, le message n’était pas bien saisi, en fin d’album, des portraits d’enfants  ne répondant pas tout à fait aux attentes des adultes illustrent avec beaucoup de justesse le propos : libres de s’affirmer, libres de contredire, libres d’aimer ou pas, libres de dire, libres de se démarquer en tant qu’individu…

La technique utilisée pour les illustrations, celle du papier (aux teintes vives) découpé puis collé, ajoute une touche d’originalité à cette histoire qui est en réalité l’histoire de chacun de nous.

Un ouvrage qui devrait aider les enfants dès 4 ans à avoir confiance et assumer leurs différences dans le respect des autres.

Merci à Céline L., Marie-Odile S., Marianne V. et Nathalie F. pour leur contribution à cet article.

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