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Vacances de rêve tout en lectures

5 Juil

Après ce long confinement/déconfinement qui les a privés d’école, de camarades de jeux et de petits secrets, les enfants ont largement mérité des vacances de rêve. Le blog Cin ‘Eiffel leur a concocté un article intitulé Rêves de vacances au cinéma (nouvelle fenêtre). Et sur Liseur, nous leur offrons des vacances de rêve tout en lectures !

Pour les plus jeunes

Les vacances idéales (nouvelle fenêtre) de F Magnan
Pablo le lapin quitte sa vie ennuyeuse pour partir à la plage.
Drôles de vacances (nouvelle fenêtre) de G Soffer
Les vacances de Canard au bord de la mer perturbées par des aventures dont il n’a pas choisi d’être le héros : celles de son livre !
Vacances au camp (nouvelle fenêtre) de D Nielandt
Premières vacances sans ses parents pour le petit écureuil.
Rita et Machin partent en vacances (nouvelle fenêtre) de JP Arrou-Vignod
Des vacances amusantes et bien remplies avec nos deux amis !

Pour les jeunes lecteurs

Chère Bertille et la Lune en gruyère (nouvelle fenêtre) de C Mélou
Quand toute une ville aide une petite souris à réaliser son rêve : partir sur la Lune pour les grandes vacances !
Emma et Loustic : Vacances à la mer (nouvelle fenêtre) de F Blanchut
Emma, en vacances au Touquet, permet à un petit garçon en fauteuil roulant de réaliser son rêve : danser !
Contes de vacances, de voyages et d’aventures (nouvelle fenêtre)
Dix-neuf contes et leurs illustrations pour voyager dans l’imaginaire.
Le poney de Sophie (nouvelle fenêtre) de Dick Kink-Smith
Les aventures en Écosse d’une petite fille qui rêve de devenir fermière

Pour les plus grands

Enfant de la jungle (nouvelle fenêtre) de M Morpurgo
En Indonésie, une éléphante fait d’un petit garçon un enfant de la jungle.
Mon amie Flicka (nouvelle fenêtre) de Mary O’Hara
Un grand classique de la littérature jeunesse avec l’histoire de Flicka, une pouliche indomptable, donc condamnée. Ken, à force d’amour et de ténacité, parviendra-t-il à l’apprivoiser et à la sauver ?
Emballez la baleine (nouvelle fenêtre) de Marie et Joseph
Une enquête policière pleine de rebondissements dans le Causse, sur le plateau du Larzac.
Les cousins Karlsson-T.08 Pièges et Contrefaçons (nouvelle fenêtre)  de K Mazetti
Que de mystères à éclaircir pour les cousins en vacances en Suède sur une île paradisiaque !

Pour les adolescents

Lili Chantilly, T15 Petit Complot à Rome (nouvelle fenêtre) de C Ubac
Lili profite de ses vacances de rêve à Rome pour tenter de rapprocher ses parents.
Le triangle des Bermudes (nouvelle fenêtre) de A Journo-Durey
Énigmes, mystères et disparitions aux Bermudes !
Filles au pair, T 01 Un été pour tout changer (nouvelle fenêtre)  de M De La Cruz
L’été inoubliable de trois adolescentes embauchées comme filles au pair dans une chic station balnéaire de New-York.
L’Amour au Subjonctif (nouvelle fenêtre) de P Ruter
En voyage scolaire à Rome, tout peut arriver ! Un roman moderne sur l’amour et l’amitié adolescents.

Et maintenant, bonnes lectures  !

Pour compléter cet article  Un petit tour à Berlin 

Pour les parents : Vacances à l’horizon, l’occasion de faire la liste des livres que l’on emportera ou que l’on téléchargera pour cet été,

Tourisme de proximité, l’art de s’évader près de chez toi.

Et n’oubliez pas notre rubrique Lectures de voyages pour voyager sans quitter votre canapé avec par exemple Des romans coréens à lire en ligne sur le site de La Médiathèque pour découvrir un pays sous toutes ses facettes grâce à sa littérature !

Merci à Fabienne N pour la conception et la rédaction de cet article.

Un petit tour à Berlin ?

1 Juil

En ce début du mois de juillet, les frontières s’ouvrent petit à petit, laissant espérer pour ces vacances d’été 2020 des voyages vers des horizons proches. Berlin, à environ 1000 km de Paris, est une capitale assez proche pour partir en voiture, suffisamment exotique pour changer d’air. Elle permet d’associer plaisir du farniente au bord de l’eau ou dans les bois, du vélo, de la vie underground, du shopping et  de la culture. Chargée d’histoire et de jeunesse, cette ville est le cadre privilégié de romans policiers, historiques ou contemporains qui nous la font découvrir, au passé comme au présent.

Pour vous mettre dans l’ambiance, prendre tout d’abord le temps de passer un peu de temps en compagnie de quatre écrivains – Christoph Hein, Wladimir Kaminer, Bernhard Schlink et Emine Sevgi Özdamar -qui vont échanger leurs points de vue sur l’identité de l’Allemagne dans  :  L’Europe des écrivains – Allemagne (nouvelle fenêtre). L’œuvre de chacun d’entre eux s’est ancrée dans les multiples dimensions historiques d’un pays transfiguré en quarante-cinq ans par la fin du nazisme, la séparation traumatique en deux camps et les soubresauts d’une réunification soudaine.

Puis profiter d’une terrasse ensoleillée pour se plonger dans la lecture de romans.

Souvent les polars laissent la part belle à l’histoire d’avant-guerre et ses ramifications dans la vie actuelle. Bienvenue dans la ville du péché avec Babylon Berlin de Volker Kutscher. La Médiathèque vous propose une adaptation en BD de ce bestseller par Arne Jysh (nouvelle fenêtre)

1920, alors que l’Allemagne connait de graves difficultés économiques et politiques, la naissance de la République de Weimar se fait au rythme de la corruption, du trafic et du scandale.  L’inspecteur Gereon Roth se heurte à une enquête criminelle liée aux cercles de la nuit. En fréquentant la vie nocturne berlinoise, Roth va vite se rendre compte qu’ici, on ne peut faire confiance à personne. Pas même la police. Un univers que le grand public a pu découvrir dans la série TV éponyme diffusée sur Netflix. Une virée dans la trépidante et nocturne Berlin des « années dorées », sur fonds de turbulence politique.

Toujours dans la veine historique et policière, La Mort muette de Volker Kutscher (nouvelle fenêtre) vous conduit dans le milieu du cinéma qui, en 1930 est en train d’opérer sa mutation du muet vers le parlant .

Pendant un tournage dans les studios de la UFA à Babelsberg, une actrice meurt. Accident ? Assassinat ? Le commissaire Rath, chargé de l’enquête tient une piste et s’y accroche : un individu inquiétant et instable, ardent défenseur du cinéma muet veut rendre les vedettes du parlant « immortelles » en les tuant.

Dans Seul dans Berlin (nouvelle fenêtre), Hans Fallada raconte le quotidien d’un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. Primo Levi disait dans Conversations avec Ferdinando Camon, que ce roman était « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ». Aucun roman n’a jamais décrit d’aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité (extrait de la présentation de l’éditeur Gallimard – nouvelle fenêtre)

À défaut de lire ce roman, il est toujours possible de regarder son adaptation pour le cinéma réalisée par Vincent Perez (disponible en VOD sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre)

Dans Germania d’Harrald Gilbers (nouvelle fenêtre), les descriptions de la ville et des conditions de vie en cette fin de guerre sont saisissantes.

Été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer…

Enfin l’après-guerre et la reconstruction difficile sont de mise dans Les cendres de Berlin de Luke Mc Callin (nouvelle fenêtre).

En 1947, l’ex-capitaine Gregor Reinhardt a retrouvé un poste d’inspecteur à la police criminelle de la ville. Dévastée par les combats, éventrée par les bombardements, Berlin est aussi divisée entre des puissances victorieuses qui veulent chacune préserver ou accroitre leur influence.

Dans L’affaire Collini de Ferdinand von Schirach (nouvelle fenêtre) un jeune avocat Caspar Leinen est commis d’office pour assurer la défense d’un assassin présumé, un certain Fabrizio Collini. Quand il commence ses recherches pour défendre son client, il ne se doute pas qu’elles le mèneront au cœur d’un chapitre particulièrement sombre de l’histoire allemande, dont l’affaire Collini constitue simplement l’épilogue…

Pour en venir l’époque « contemporaine », voici Trois jours à Berlin de Christine Mazière (nouvelle fenêtre), disponible également en roman à télécharger sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre,

Trente ans après la chute du mur, elle nous rappelle, ces trois journées pendant lesquelles l’histoire a basculé, les si belles espérances qu’elles ont soulevées.

Toujours dans les années 80, Oscar Coop-Phane signe le roman de sa génération avec Demain Berlin (à lire en ligne sur le site de La Médiathèque -nouvelle fenêtre).

Tobias, Armand, Franz, ont atterri à Berlin un peu par hasard en quête d’un nouveau départ. La ville va leur offrir une nouvelle normalité, presque une nouvelle famille. Un jour on quittera Berlin. Mais pas tout de suite, pas ce soir, demain…

Quand à l’auteur contemporain allemande Julie Zeh, dans Brandebourg (nouvelle fenêtre), également disponible en roman à télécharger (nouvelle fenêtre)  elle renouvelle et dynamite le roman de terroir en faisant découvrir l’idyllique Brandebourg, située à une heure de Berlin, dans une des contrées les plus pauvres de l’ex-Allemagne de l’Est.

En 2010, un projet de construction de parc éolien vient perturber une petite commune où des Berlinois romantiques qui ont effectué un “retour à la terre” côtoient des paysans du cru et leurs familles. Dans une impressionnante partie d’échecs pleine de suspense, les désirs des uns sont confrontés aux haines des autres. Cette grande fresque contemporaine nous offre du rire et de l’effroi  !

On termine cette balade au coeur de Berlin par un retour dans le temps avec Berlin finale de Heinz Rein (nouvelle fenêtre)

un témoignage historique absolument unique ou l’un des premiers best-sellers post-Seconde Guerre mondiale. Une œuvre passionnante, haletante, audacieuse, qui a su, alors que l’Europe se relevait à peine de la guerre, décrire dans toute sa complexité le rapport des Berlinois au nazisme. Jusqu’alors inédit en France, un roman-reportage brillant qui nous raconte, à travers les destins d’une poignée de résistants, les derniers jours de Berlin avant sa chute. Un texte majeur, un Vintage événement.

Enfin pour voyager avec des enfants, la lecture de Émile et les détective de Erick Kästner (nouvelle fenêtre) s’impose.  Cherchez avec eux les indices sur Berlin qui parsèment ce roman.

À compléter par Félix de Berlin par Anke Feuchter (nouvelle fenêtre), également disponible en livre numérique – nouvelle fenêtre)  de même que dans sa version originale en allemand ( à lire ou à écouter en ligne sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre)

Felix, un petit allemand de huit ans, nous invite dans sa ville et nous présente son petit monde de façon ludique et originale : sa maison, son quartier sa famille, ses copains, son école, la porte de Brandebourg et le parc du Tiergarten, les Currywurst, l’ours de Berlin… À la fin de l’album, apprenez quelques phrases et mots en allemand grâce au lexique bilingue de Felix !

Il ne vous reste plus qu’à consulter quelques guides touristiques et décider quel moyen de transport vous allez privilégier  avant de conclure en musique avec quelques mélodies de cabaret berlinois (nouvelle fenêtre)

Et maintenant, Gute reise 🙂

Bonus  : notre précédent article Des romans pour découvrir les villes : Berlin (2) où vous trouverez des références ne commun mais aussi d’autres titres et pour toutes vos envies de voyage Outre-Manche, Des romans pour découvrir les villes : Londres (1)

Le prix Andersen 2020

30 Mai

La littérature jeunesse, tout un monde ! Il arrive parfois que ce type de littérature, s’adressant à un public défini par son âge soit snobée. Pourtant, tout comme la littérature « adulte », elle est reconnue et plébiscitée par tous les enfants et ceux qui s’intéressent à eux. Elle offre tous les genres de lectures : romans, polars, poésie, BD, documentaires et se renouvelle sans cesse. Trophées nationaux et internationaux pour l’honorer sont nombreux pour la récompenser et le Prix Andersen est l’un des plus célèbres d’entre eux !  

Petite histoire du prix Andersen

Qui peut imaginer une enfance sans que Hans Christian Andersen fasse incursion d’une façon ou d’une autre dans sa vie ? En 1956, l’IBBY (International Board on Books for Young People) a créé un prix (nouvelle fenêtre) à son nom. Une reconnaissance internationale, qui, sous le patronage de Sa Majesté la Reine Margrethe II du Danemark récompense un auteur jeunesse pour sa « contribution durable à la littérature pour enfants »  Un prix prestigieux à la hauteur du Nobel ! Attribué tous les deux ans, il est même souvent surnommé « le petit prix Nobel » de la littérature.

Cette année, Albertine Zullo (nouvelle fenêtre), auteure francophone, reçoit cet hommage pour l’ensemble de son œuvre destinée à la jeunesse et souvent co-produite avec son époux Germano Zullo.

Albertine (site - nouvelle fenêtre) Humour, sensibilité, excentricité… Albertine dessine des personnages qui lui ressemblent. Ses albums, de joyeux joyaux, observent l’humanité sous toutes ses coutures. La cinquantaine de titres qu’elle a écrits sont principalement publiés par l’éditeur genevois La joie de lire et sont hélas souvent épuisés.

Quelques uns de ses meilleurs titres

La Médiathèque vous propose de découvrir son art à travers

  • Dans Dada (nouvelle fenêtre), cDada de Zullo (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) onfortablement assis dans leur salon au décor équestre, Roger Canasson et Dada savourent leurs nombreuses victoires. Champions de saut d’obstacles, ils sont devenus « les Invincibles » des concours hippiques. Jusqu’au jour de la fameuse épreuve internationale de Saint-Alor-sur-Fleur… Le duo jusque-là parfait, rate tous ses sauts. Très inquiet pour sa monture, Roger accompagne Dada chez le médecin, puis chez le psychologue. Mais aucun spécialiste ne détecte, que le cheval de course, est aussi myope qu’une taupe…
  • Les gratte ciel de Zullo (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre) Dans Les gratte-ciels (nouvelle fenêtre) deux hommes se livrent une bataille acharnée à travers l’apparence de leur construction, : qui aura la plus haute et luxueuse bâtisse, s’entourera des services de l’architecte le plus renommé, comptera le plus de convives à ses réceptions ? Pour asseoir leur prestige, les nantis ne reculent devant aucun excès…

 

En avant-go^t, voici un extrait en mouvements https://vimeo.com/28464222

Les gratte-ciel – Albertine, Germano Zullo – Joie de Lire from Acides Animés on Vimeo.

Enfin, en bonus, un extrait du court métrage Le Génie de la boîte de raviolis, adapté de l’album éponyme, prochainement disponible à La Médiathèque  :

Armand travaille tous les jours à l’usine de raviolis. Un soir, en ouvrant sa traditionnelle boîte de raviolis pour le dîner, surgit un génie. Celui-ci lui propose d’exhausser deux de ses vœux. Armand hésite, ce n’est pas trois d’habitude ? Non ! Avec le génie de la boîte de raviolis, c’est deux, ou rien du tout. Armand réfléchit et finit par accepter. Son rêve devient alors réalité ! (synopsys sur le site Benshi.fr – nouvelle fenêtre)

Ce court métrage a été primé au Festival international du film d’animation d’Annecy et a reçu le Prix Canal + en 2004. Un film qu’il est possible de voir et revoir par le biais d’un abonnement sur le site Benshi, un acteur du cinéma pour les parents et les enfants de 2 à 11 ans 100% indépendant !

Bonne lecture !

Romans d’anticipation : quand la fiction s’inspire de l’avenir

27 Mai

Tout écrivain, secrètement, perçoit ou croit percevoir la réalité des choses, que les autres ne peuvent discerner ; l’artiste ou l’auteur est maître des destins et rend compte de ses perceptions dans son œuvre. Il écrit le futur : celui de l’instant, du lendemain ou du siècle à venir.

L’intuition est la capacité prédictive du romancier

Pour l’écrivain, le roman n’est pas seulement un exercice littéraire, mais l’élaboration d’une vision. Celle-ci prend place dans l’espace d’un roman ;  l’artiste ou l’auteur, en rendant sa perception de la vérité dans son œuvre,  s’approche sans fin d’une vérité absolue, la sienne. Et parfois celle ci se vérifie…

À l’instar de Jules Verne , visionnaire de génie du XIXe siècle qui a écrit de nombreuses œuvres d’anticipation qui révèlent des technologies qui existent aujourd’hui : l’énergie solaire, les missiles guidés, les sous-marins électriques. Cet auteur a apporté à la littérature deux premiers grands romans astronomiques  : cent ans avant la conquête de la lune,  De la terre à la lune (nouvelle fenêtre) paru en 1865 raconte quasiment comment Columbia  » un boulet capsule » tiré par un canon situé en Floride atteint la lune en 73 heures 13 minutes. On peut se demander sur quoi il avait fondé son calcul puisque ce roman semble plutôt relater le voyage d’Apollo 11, cent ans plus tard qui durera 73 heures 10 minutes. Dans Autour de la lune« (nouvelle fenêtre) paru en  1870, c’est la dimension scientifique prime même si les scientifiques en démontrent les faiblesses. Alors, intuition géniale, vision parfaite de la chronologie inévitable, ou simple imagination d’un auteur créatif ?

Trois récits semblent spectaculairement prémonitoires chez Franz Kafka  :

Dans la colonie pénitentiaire (nouvelle fenêtre)  : dans les premiers mois de la guerre mondiale, Kafka décrit l’horreur des camps de concentration et d’extermination, comme un prophète de mauvaise augure. Il décrit même les essais médicaux sur les humains dignes du Docteur Carl Clauberg. La dimension troublante de ces écrits vient du fait qu’elles sont rédigées à la façon de mémoires.
Le procès (nouvelle fenêtre) et Le château (nouvelle fenêtre) décrivent la bureaucratie aussi absurde qu’implacable des régimes totalitaires qui vont asservir l’Europe des années 30. Ces livres ont été publiés, pour le premier en 1919, les deux autres à titre posthumes, l’auteur étant mort en 1924. On pourrait peut-être dire de Kafka qu’il est une sorte d’interprète et d’amplificateur de tendances, à travers le constat de la montée du totalitarisme en Allemagne.

N’oublions pas Victor Hugo qui dans Notre Dame de Paris (nouvelle fenêtre), publié en 1932 décrit l’incendie du célèbre monument. Dans son livre III, il imagine un terrible incendie qui détruit une partie de la cathédrale, ce qui fait désormais tristement écho à l’actualité.

Deux auteurs ont prédit des années à l’avance le naufrage du Titanic en 1912 : l’Américain Morgan Robertson avec Le naufrage du Titan (nouvelle fenêtre) et le journaliste anglais William Thomas Stead.

Quand la science-fiction préfigure la réalité

Par nature, la science-fiction  est un genre littéraire qui invente des sociétés, des mondes, des êtres situés dans des espaces-temps fictifs ou futurs. Cela implique dans la plupart des cas, des technologies, des sciences, et des situations radicalement différentes, éloignées de nos quotidiens. Elle ne s’appuie donc pas nécessairement sur des observations de  la société, et ne s’inspire pas systématiquement des technologies établies mais de la pure imagination des hommes. En prenant des postulats tangibles préexistants, ces auteurs les font évoluer et les transforment dans le temps, je n’en citerais que quelques-uns qui peuvent s’inscrire aussi dans cette tendance que certains diront « prédictive ».

Arthur C. Clarke dans 2001 l’odyssée de l’espace (disponible dans l’adaptation cinématographique de Stanley Kubrick- nouvelle fenêtre), il est question d’un satellite de Jupiter , »Europe » qui possède un océan sous la glace grouillant de vie, comme le puits de chaleur des grands fonds marins. Telles les images envoyées par la sonde Galiléo, quinze ans plus tard…

Dans Farenheit 451, Ray Bradbury décrit dans un futur proche l’interdiction des livres, une pensée unique orientée comme un dogme dans un pays  unifié et standardisé. Réflexion sur le totalitarisme, référence à l’URSS à la Chine, ce texte garde toute son actualité, brouillage de l’information par une surinformation manipulée.

Deux livres très célèbres d’Aldous Huxley et de George Orwell sont des dystopies (voir notre article Vous avez dit dystopie, comme c’est bizarre ) qui nous invitent par la fiction à rester plus attentif que jamais au réel et aux débordements idéologiques, scientistes ou technologiques notamment. Deux partis-pris, deux fictions mais aussi deux prophéties pour un seul et même futur.

Dans Le meilleur des mondes (nouvelle fenêtre), Aldous Huxley dessine une contre-utopie parfaite. Mais plus que le fond, c’est le ton de l’auteur qui conduit à parler de contre-utopie plutôt que d’utopie parce que là encore, le monde peint par l’auteur repose sur l’organisation, la science, et la structuration de chaque chose afin que chaque individu trouve sa place dans un univers où tout est préétabli.

Avec 1984 (nouvelle fenêtre), George Orwell  interpelle forcément le lecteur du XXIeme car la question centrale concerne le pouvoir, la façon d’infliger au peuple une falsification systématique de l’information et la façon de modeler les consciences pour le faire accepter.

Deux livres de Michel Houellebecq  font écho à ces textes mythiques. Le premier, Les particules élémentaires (nouvelle fenêtre)  est une réflexion riche qui dénonce l’individualisme (selon l’auteur, le coupable n°1 du déclin de la société actuelle qui la ronge) et la grande dépression sociale et spirituelle de la fin du XXe siècle Comment trouver le bonheur sur cette terre lorsque l’on est humain ? ». Placé délibérément sous le signe d’Aldous Huxley et de son Meilleur des mondes, Houellebecq tente de trouver une issue à la « mélancolie de l’homme occidental  »  Le deuxième titre phare, tout aussi puissant est La possibilité d’un île (nouvelle fenêtre) qui explore le clonage et nous entraîne dans un futur où l’humanité est décimée. On peut considérer du reste que chaque ouvrage de Michel Houellebecq anticipe une situation plausible.

Les phénomènes épidémiologiques, terreau dramaturgique

Avec des œuvres qui font parfois étonnamment écho à la situation actuelle, de très nombreux auteurs ont été inspirés par les épidémies ou les virus, terreau dramaturgique de premier ordre où se révèlent les caractères et s’exacerbent les sentiments.

Dès l’antiquité, avec Œdipe roi (nouvelle fenêtre)  et Sophocle, on s’interroge : qui a provoqué la colère des Dieux en envoyant la peste sur la ville de Thèbes ? Cette question est le point de départ d’une série d’événements qui vont conduire Œdipe à réaliser son funeste destin, annoncé par l’oracle de Delphes : tuer son père, épouser sa mère. Déjà chez Sophocle, la peste provoque la tragédie autant qu’elle figure de manière métaphorique la violence des humains.

Dans Némésis (nouvelle fenêtre), Philippe Roth campe une épidémie de polio en 1944 à Newark, ville de près de 450 000 habitants. D’abord épargné, le quartier juif connait ses premiers malades, puis la propagation de l’épidémie. Bucky Cantor, 23 ans, vigoureux directeur du terrain de sports, continue à accueillir les enfants et fait face avec courage et sang-froid à l’apparition des premiers cas, des deuils et de la douleur des familles. Cantor veut « bien faire », être un bon garçon, accomplir son devoir, d’autant plus qu’il se sent coupable de ne pas être au front avec ses camarades engagés dans les combats en Europe

Dans En un monde parfait (nouvelle fenêtre)  Laura Kasischke raconte l’histoire de Jiselle, trentenaire célibataire qui croit avoir trouvé le prince charmant en la personne de Mark Dorn, un beau pilote, veuf et père de trois enfants. Elle accepte tête baissée d’abandonner son travail d’hôtesse de l’air et d’épouser Mark. Mais le conte de fée tourne au cauchemar quand Mark la laisse de plus en plus souvent seule avec ses enfants peu bienveillants et qu’une mystérieuse épidémie frappe les États-Unis.

Dans l’aveuglement de José  Saramago, un homme perd soudainement la vue, suivi par d’autres cas inexpliqués. C’est le début d’une pandémie qui n’épargne personne. Mise en quarantaine, cette population privée de repères tente de survivre…

 

Pour Albert Camus dans La peste (nouvelle fenêtre), la maladie est davantage une métaphore de « la peste brune « , à savoir le nazisme plutôt qu’une épidémie

 

Terminons avec un dernier livre, malheureusement rattrapé par la réalité, qui prédit une épidémie mondiale de coronovirus… Paru en 2017, le roman policier de Don Meyer L’année du lion (livre à télécharger- nouvelle fenêtre) campe une situation  étonnamment prémonitoire. Ce pourrait être un récit post-apocalyptique de plus, sauf que l’écrivain sud-africain cherche toujours son inspiration dans la réalité de son pays natal déchiré par les tensions raciale avec des récits sombres de flics corrompus.

Pas de pont des 1er/ 8 mai cette année, mais l’évasion et l’ailleurs sont au rendez-vous dans les romans

8 Mai

Puisque les circonstances nous empêchent de bouger, pourquoi ne pas s’évader ce week-end avec des romans qui se déroulent ailleurs, dans des décors naturels ou urbains des époques ou des façons de vivre différentes qui dépaysent… Tous sont récents et téléchargeables sur le site de la Médiathèque de Levallois (nouvelle fenêtre).

Avec Delia Owens et Là où chantent les écrevisses (nouvelle fenêtre) , on se retrouve transporté en Caroline du nord dans le somptueux cadre d’une nature luxuriante hostile ou salvatrice, refuge impénétrable de toutes les misères humaines, milieu privilégié des opprimés et des exclus. Ce livre est aussi un hymne aux valeurs essentielles.

Avec Anita Nair et Dans les jardins de Malabar (nouvelle fenêtre) nous suivrons Idris, un jeune Somalien lancé dans un périple qui le conduira à Ceylan, dans cette Inde du XVIIe siècle le dépaysement est total, les descriptions des nuits étoilées et la traduction des odeurs tout nous transporte à des milliers d’années lumières d’ici.

Chez  Dermot Bolger dans Ensemble séparés (nouvelle fenêtre) , pas de paysages bucoliques mais plutôt le portrait d’un pays (en 2007) qui n’a plus rien à voir avec l’image traditionnelle de l’Irlande, enivrée par le capitalisme, au paroxysme de la bulle spéculative immobilière. Comme à son habitude, l’auteur conduit son roman de main de maître, avec un tempo plutôt lent dans sa première partie, qui s’accélère ensuite dans un rythme de thriller jusqu’à son étonnant dénouement. Outre ses protagonistes irlandais, le livre réussit aussi une évocation saisissante de l’émigration.

Avec Tom Cooper et Les maraudeurs (nouvelle fenêtre) , vous ne ferez pas non plus de tourisme dans cette Louisiane dévastée par le cyclone Katarina, mais vous rencontrerez de beaux personnages. Tout le talent de l’auteur qui est un virtuose réjouissant de noirceur au cynisme et à l’humour corrosif, est de réussir à rendre palpables la torpeur du bayou et le désarroi d’une communauté qui lutte tant bien que mal contre sa propre disparition.

Avec Richard Russo et  À malin malin et demi (nouvelle fenêtre) nous découvrons North Bath, ancienne ville industrielle du New Jersey. Avec ses descriptions méthodiques d’entomologiste ironique de son Amérique des loosers, des combinards et des seconds couteaux, le romancier n’est jamais cynique mais respecte ses personnages, il les regarde évoluer, se fourvoyer ou se défendre avec une sincère empathie.

Yannick Haenel dans Je cherche l’Italie (nouvelle fenêtre)   il parle du rôle de l’art et de la  politique en utilisant la forme de l’essai philosophique.   L’auteur a vécu 4 ans à Florence et à fait la découverte éblouie d’une ville d’art, entièrement tournée vers ses fresques, ses sculptures, ses églises. Choc, en même temps, de la « crise » qui frappe avec violence les Italiens, et dévaste leur culture.

Chez Julie Zeh  dans Brandebourg (nouvelle fenêtre)   tout commence dans un charmant village de l’ancienne Allemagne de l’Est, où cohabitent tant bien que mal des néoruraux venus de l’Ouest et les natifs du lieu. L’annonce de l’implantation d’un champ d’éoliennes dans ce paradis terrestre va faire exploser les faux semblants et révéler au grand jour les véritables personnalités dissimulées derrière une façade sociale où les jeux de rôle font la loi. Malgré la vraie dimension de fresque sociale de ce livre, l’auteur sait exprimer à merveille la nostalgie du passé et surtout le mystérieux pouvoir d’attraction de la forêt.

Emily Ruskovitch dans Idaho (nouvelle fenêtre)  nous offre un roman tragique et bouleversant planté dans un décor époustouflant âpre et grandiose, de magnifiques montagnes théâtre d’une vie qui bascule dans la tragédie, servi par l’écriture hypnotique de sa jeune autrice.

Anne Enright avec L’herbe maudite (nouvelle fenêtre) nous fait découvrir son Irlande, ses paysages, ses rochers de granit, un ciel parfois »plein de mauvais temps » « les îles endormies dans la baie et les nuages qui font courir leurs ombres sur l’eau ». Ces paysages accompagnent le lecteur comme pour mieux le disposer. D’Ardeevin à Toronto en passant par Ségou, New-York ou Dublin, de 1980 à 2005 nous sommes plongés au cœur d’une fresque familiale touchante qui explore, tout en délicatesse, les liens qui unissent, mais aussi désunissent.

Grâce à Abby Genni et Farallon island (nouvelle fenêtre), si vous aimez les romans de Laura Kasischke, vous apprécierez ce premier texte d’Abby Genni ! Une petite merveille de mécanique romanesque qui vous emporte avec un rythme haletant dans un enchaînement de situations de survie sur une féroce et magnifique île qui semble regorger de secrets. L’univers suggéré est étouffant, angoissant, et s’adresse autant aux amateurs de policiers qu’aux passionnés de romans naturalistes. Dans cet envoûtant huis clos, tendu à l’extrême, la psychologie d’une équipe de scientifiques est décortiquée et analysée avec une grande subtilité. Un roman, où la nature est le personnage central, qui nous hante longtemps après la lecture.

Hélène Frappat dans Le dernier fleuve (nouvelle fenêtre) nous fait faire la connaissance de deux petits garçons qui se retrouvent seuls en pleine nature. Leurs pas les ont guidés au bord d’un fleuve où ils s’installent. Ils y découvrent  le peuple de ce monde aquatique. On ne sait rien de ce qui les a amenés là ni pourquoi ils doivent apprendre à survivre. Pour vivre cette lecture comme une véritable échappée belle.

Anne-Marie Garat  avec Le Grand Nord Ouest (nouvelle fenêtre)  rend hommage aux peuples amérindiens du Grand Nord, à leurs coutumes, à leur vie en symbiose avec la nature dans ce roman, dépaysant, enthousiasmant souvent, intriguant aussi, avec cette vie très compliquée de la mère de Jessie. C’est un voyage chaotique plein d’enseignements qui  laisse admiratif devant l’érudition de l’auteur.

Miltom Hatoum avec La ville au milieu des eaux  (nouvelle fenêtre) propose de  courtes nouvelles qui ont pour cadre la Manaus cosmopolite qui constitue le terreau de l’œuvre de Milton Hatoum : une capitale amazonienne de la démesure qui toujours oscille entre magnificence et misère, exubérance et décadence.

 Anna Hope avec  La salle de bal (nouvelle fenêtre)  nous emmène dans le Yorshire en 1911. Même si le roman se déroule dans un espace clos ( l’asile de Sharston)  les scènes de jardin et de nature sont extrêmement prégnantes et laissent emporter l’imagination au delà des murs grâce au talent de l’auteur et aux personnages incarnés.

Sylvain Tesson offre différents ouvrages, où les grands espaces ont la place belle. Pour n’en citer que deux  La panthère des neiges (nouvelle fenêtre)  nous offre un très beau voyage au Tibet avec ses immensités sauvages. Ou S’abandonner à vivre (nouvelle fenêtre)  un recueil composé de dix-neuf nouvelles qui nous font voyager à travers le monde.

Yun Mia et  Les âmes des enfants endormis( nouvelle fenêtre)  nous fait entrer dans la Corée des années 60 par ce conte dépaysant, enchanteur, un joli roman tout en douceur, en couleurs, en odeurs et en poésie malgré les thématiques parfois douloureuses, avec lyrisme et poésie.

 Keith Mc Cafferty avec Les morts de Bear Creek (nouvelle fenêtre) a écrit un polar qui vous attend avec nature et grands espaces… C’est toujours aussi prenant, une vraie bouffée d’oxygène et d’humanisme dans un genre plutôt social et urbain !

Avec La vie en chantier (nouvelle fenêtre de Pete Fromm, attendez vous à être ému mais le magnifique décor rude du Montana vous transportera loin d’ici, particulièrement près d’une rivière où Marnie et Taz ont coulé des jours heureux avant le drame.

Julia Philips  avec Dégels (nouvelle fenêtre)  propose une dizaine de portraits féminins – jeunes filles, mères, épouses, blanches, autochtones – qui finissent par résonner les uns avec les autres comme une ronde sororale , jusqu’à ne plus former qu’un seule femme, inscrite dans la société russe du Kamchatka. C’est un singulier huis clos au cœur d’un décor grandiose,  un premier roman puissant, sous tension douce, nimbé de mystères, déployé dans un décor inédit.

Laurent Mauvignier avec Autour du monde (nouvelle fenêtre) part du tsunami qui ravagea les côtes japonaises en 2011 et  décline quatorze tranches de vies autour du monde plus ou moins reliées par l’événement.

Bonnes lectures !  Pour d’autres inspirations, faites un tour sur nos articles Des romans variés à télécharger : amour, famille noir ou historiques ?  Des bandes dessinées à télécharger sur le site de La Médiathèque et bientôt un spécial Toqués de polar à télécharger !

 

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