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La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2019, mission accomplie

10 Avr

Depuis plusieurs mois vous avez suivi leurs aventures, mais aussi leurs passions et leurs hésitations afin de déterminer qui des 8 auteurs sélectionnés pour le Prix des lecteurs de Levallois serait le lauréat de l’année. Dimanche 31 mars 2019, le nom de celui-ci a été dévoilé devant une salle comble : Paul Greveillac pour son roman Maitres et esclaves, publié chez Gallimard ! Mais avant de revenir sur ce moment historique où le cœur de huit auteurs a été mis sous pression, retournons quelques heures auparavant à la dernière réunion de nos jurés, celle qui a permis d’élire le gagnant de l’année.

Aucun d’eux n’aurait voulu manquer cette soirée intense et essentielle. Aussi à 19 heures précises, tous nos jurés sont là. À peine installés, ils étalent consciencieusement livres, notes manuscrites et documents sur la table.

Dernier tour de table

Ils échangent des regards, plaisantent, rient mais chacun garde le silence sur son vote à venir. Car tous ont en tête « leur » lauréat : reste à savoir si cela va correspondre à la tendance générale. Quand sont ensuite rappelées les règles du scrutin, les bras se croisent, les mines se font très attentives et un silence presque solennel s’installe.

Juste avant de passer devant l’urne, tous les romans sont repassés en revue. Mais ce soir, comme il s’agit de voter pour un livre (et non contre), on va affuter ses arguments en énonçant uniquement qualités et points forts de chaque titre. Un seul mot d’ordre : du positif !

Aussitôt, de façon synthétique, bon enfant et presque ludique, chacun lance une phrase, un mot ou une impression liée à cette lecture. Si pour certains livres, l’éloge coule de source, pour d’autres, on peine un peu plus… Mais l’ambiance est légère, presque festive et en tous les cas, bienveillante. Voici en vrac certains qualificatifs entendus parfois plusieurs fois :

original, rythmé, fin, poétique, réaliste, ultra contemporain, facile à lire, fantastique, passionné, féministe, documenté, moderne, vibrant, solaire, explosif, coloré, parfumé, explicite et historique bien sûr !

Mais il est temps de voter. Rires et chuchotements résonnent au moment de la distribution des bulletins puis le silence se fait quand chacun glisse le petit papier portant son titre-coup de cœur dans l’urne.

Un scrutin très surveillé

Sur un grand tableau blanc, les bâtons s’alignent au fur et à mesure du dépouillement, exécuté et vérifié par trois personnes. Après un moment où tout semble possible, deux titres se détachent du peloton  : ceux qui iront au deuxième tour.

C’est là que le débat change de ton. Car à présent, il ne s’agit plus uniquement de citer les qualités d’un titre mais de convaincre de sa place de meilleur candidat au Prix ! Après quelques débats sur le fond et la forme, s’affrontent les partisans du savoir, de l’œuvre littéraire, de la densité et de la réflexion et ceux qui pensent plaisir de lecture avant connaissance et style. On s’interroge : « doit-on laisser parler notre feeling avant ? » « Qu’attend-on d’un livre et d’un roman historique en particulier ? » Suit une question plus existentielle :

Mais qui est-on  ? Un jury littéraire ou un jury de lecteurs ?

En réponse à cette question, tous revendiquent unanimement leur identité de lecteur. Mais comme les deux camps ne semblent toujours pas trouver d’accord sur le futur lauréat, certains tentent des manœuvres alternatives en invoquant le nécessaire coup de pouce à donner à l’auteur ou le plaisir du public qui va lire le livre lauréat.

Qu’est-ce qui va faire qu’avec ce prix on va aider quelqu’un à choisir un livre ?

Après cette question sur laquelle tout le monde s’échauffe et parle en même temps, un jurée qu’on a peu entendue ce soir prend la parole et résume le problème à sa substantifique moelle : « deux livres incomparables, deux univers… »

Voilà qui n’arrange pas les affaires de nos jurés  🙂 parce que maintenant il s’agit vraiment de faire un choix. Mais si l’on peut trembler pour eux en lisant ces lignes, nos jurés, eux, n’hésitent pas. Quand les voix s’inscrivent en face des deux candidats, le scrutin est serré. Les visages sont sérieux. Après un moment de suspense où le challenger remonte, Maitres et esclaves l’emporte…

Les sourires reviennent, les hochements de tête entendus, les ça-me-parait-logique ou les j’en-étais-sûr. Ainsi, même si certains auraient préféré que soit élu le challenger (ou un autre), personne ne semble surpris de la victoire du livre de Paul Gréveillac car tout le monde s’accorde sur sa grande qualité littéraire.

La soirée se termine autour d’un verre où d’un petit groupe à l’autre, on entend parler de lectures, de livres et d’histoires de jurés !

La cérémonie de remise du Prix

Mais la tâche de nos 12 valeureux n’est pas terminée car 36 heures plus tard, les voici au Salon du Roman Historique de Levallois, prêt à voir couronner en direct l’auteur qu’ils ont élu. Si nos douze complices connaissent le nom du lauréat, celui-ci, ni aucun des autres auteurs sélectionnés, n’en a été informé. Ainsi, au risque de voir l’heureux élu s’évanouir sur scène, le secret et la surprise sont gardés jusqu’à la dernière seconde…

Mais chacun sait qu’écrire est une prise de risques et la littérature, un art dangereux 🙂

Toujours est-il qu’à 16h45, le stress monte sérieusement pour les auteurs sélectionnés. Lors des deux rencontres précédentes animées par Karine Papillaud, journaliste au Point, chacun d’entre eux a pu parler sereinement son livre, de ses motivations et de ses projets en cours. Mais à présent, sagement assis sur deux bancs au pied de la scène, tous semblent légèrement nerveux.

La cérémonie de remise du prix est alors ouverte par Stéphane Decreps, adjoint au Maire délégué à la culture, qui évoque le renouveau du roman historique, « particulièrement symbolique en notre époque de transmission », ainsi que la place de plus en plus importante de cette littérature, qui a beaucoup évolué depuis les romans d’Alexandre Dumas. Le président du salon 2019, Dany Laferrière, prend bien soin de préserver le suspense. En bon écrivain, il joue des mots et maitrisant l’art de faire monter la tension, nécessaire dans un roman mais presque cruelle pour nos auteurs, il annonce en riant :

Un piège au début, des fausses pistes puis de la lenteur jusqu’au présent, l’anxiété de huit auteurs qui n’ont qu’une chose en tête : savoir qui a gagné !

Montent alors sur scène Sophie Perrusson, directeur du Pôle Savoirs et Patrimoine accompagnée de la porte-parole des jurés, « désignée volontaire » rit-elle. Avec humour et sincérité, cette dernière raconte alors l’aventure de ce jury, « un honneur » pour elle et la rencontre de grands lecteurs passionnés, « qui ont su exprimer au mieux ce qu’ils ont aimé ou moins ». De cette expérience, elle retiendra les débats animés, la « confrontation de perceptions et de principes » et l’importance de « ce prix considéré avec beaucoup de sérieux par tous les jurés ».

Mais choisir c’est renoncer et ce n’est pas toujours facile …

L’annonce du lauréat

Reprenant le micro après cette conclusion, Dany Laferrière fait encore languir les auteurs impatients, qui commencent à trépigner sur leur bancs. Au moment de révéler le nom du lauréat, il s’amuse, prend son temps et accroit le suspense en prétendant ne pas connaître le nom du lauréat. Après une fausse piste, et certainement un coup au cœur pour chacun des huit romanciers sous tension, il balaie l’assemblée du regard :

Alors si quelqu’un s’appelle Paul Gréveillac dans la salle, c’est lui !

Un peu chancelant, l’auteur se lève et s’avance, applaudi avec fair-play par les autres sélectionnés. Sur scène, il semble assez ému :

C’est bizarre et émouvant de trouver son public. Je suis content si j’ai pu traduire l’âme chinoise dans notre langue.

Il sourit, rit, remercie et conclut son discours improvisé par ces mots :

Que la vie continue et que l’on lise beaucoup ! Je vous souhaite de belles lectures !

Stéphane Decreps, Paul Gréveillac et Dany Laferrière

Dany Laferrière le félicite, mais félicite aussi le public venu aussi nombreux au salon et « qui ne s’est pas laissé impressionner par le soleil » de cette belle journée du mois de mars. Le lauréat reçoit ensuite des mains de Stéphane Decreps un énorme chèque, symbole de la dotation offerte par So Ouest, partenaire du salon.

Félicitations au lauréat et à tous les auteurs qui ont su séduire notre jury.

Car s’il y a un heureux lauréat, aucun des sept autres auteurs n’est oublié en ce moment de gloire. Sous les applaudissements, Dany Laferrière présente alors un par un les livres de la sélection. Ce qui permet d’assister à un moment plein d’humour et de connivence où le jeune auteur Paul Gréveillac souffle le titre de chaque livre à l’immortel Dany Laferrière, qui n’a pas ses lunettes.

La cérémonie se termine sur ce beau moment de complicité et de partage, où chacun des auteurs se voit applaudi par la salle et par ses pairs. En cette belle fin d’après-midi, bien sûr il n’y a qu’un lauréat du Prix 2019 mais resteront huit magnifiques romans gagnants, ceux qui ont tout au long de l’année stimulé, remis en question, séduit et fait dialoguer nos douze jurés.

Maitres et esclaves de Paul Gréveillac (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

À présent se termine cette Saga du Jury de Prix des Lecteurs de Levallois 2019 : félicitations à Paul Gréveillac, lauréat du Prix 2019 pour Maitres et esclaves (nouvelle fenêtre) mais aussi à Julien Blanc-Gras (Comme à la guerre – nouvelle fenêtre), Yves Bichet (Les enfants du tumulte –nouvelle fenêtre), Esther-Sarah Bulle (Là où les chiens aboient par la queue –nouvelle fenêtre) ), Stéphane Malandrin (Le mangeur de livres – nouvelle fenêtre), Diane Mazloum (L’âge d’or –nouvelle fenêtre), Jacques Pimpaneau (Le roman d’un saltimbanque – nouvelle fenêtre) et Abnousse Shalmani (Les exilés meurent aussi d’amour – nouvelle fenêtre) .

Et enfin, un immense merci à nos douze jurés pour leur investissement, leur énergie, leur passion, leur diplomatie, leur patience, leur curiosité, leur enthousiasme au cours des débats.  Et un grand bravo pour leur participation active à cette Saga 2019 pour les dialogues, les costumes et les décors !

Pour revoir tous les moments de cette belle journée du Salon 2019, 130 photos   :

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La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, passions et contrastes

28 Mar

Un soir pluvieux du mois de mars, douze vaillants jurés ont traversé la ville, bravant averses, vent et giboulées : sous leurs bras (et leurs parapluies ), deux nouveaux livres de la sélection. À l’image du temps orageux, les débats de la soirée ont été contrastés, tranchés, parfois extrêmes ou tempétueux, et comme toujours, passionnés.

De la passion

De passion, de souffle, d’émotion, d’intensité, il en vivement question dès le premier titre …  qui dès la couverture « attire l’œil ». La passion elle-même est au cœur de ce livre puisqu’il s’agit « du récit d’un passionné qui consacre son existence à entreprendre et poursuivre ce qu’il aime ». On entend ça et là qu’il y est question de quête de liberté, de famille, de prise de risque et des choses de la vie quotidienne…

Aurait-on trouvé la perle rare ? Pas si vite … car cette couverture alléchante « ne prépare en rien à la lecture ».

La première critique concerne la structure du roman : pourquoi ces premières pages avec un personnage qui introduit le récit avant de disparaître ? À quoi cela sert-il ? Si d’après cette lectrice, ce procédé inutile introduit une distance et essouffle le livre, d’autres parlent de « parenthèse de calme qui ouvre et ferme la narration », construite autour du cœur du texte, le récit d’une vie tumultueuse.  Cette technique pourrait même être une véritable mise en abime car au milieu du récit, le narrateur lui-même explique l’intérêt de ce procédé de narration, nous précise une jurée.

Une fois donnée cette potentielle justification du personnage prétexte, plusieurs jurés acquiescent, reconnaissant alors qu’ils étaient peut-être passés à côté de ce sous-texte et de l’intérêt de cette construction.

À cet instant, une caractéristique de ce jury 2019 se dessine nettement : ici, on aime comprendre, analyser, décortiquer la motivation de l’auteur, savoir ce que le livre veut dire et pourquoi il a été écrit. On cherche une dimension utilitariste : « c’est un livre pour faire passer un ensemble de connaissance », pour « faire découvrir un pays ». Ou encore « un parcours initiatique ». Quelle que soit sa fonction, divertir ou enseigner, très vite, on tombe tous d’accord : « ce roman est une œuvre très érudite ».

Il est parfait, il n’y a rien à dire.

Des émotions

Photo extraite du film « 12 homme en colère » de Sidney Lumet. Prod DB © United Artists / DR

Parfait, mais… Car vous vous en doutez, il y a un « mais ». Cette fois l’opposition est à chercher du côté de l’émotion. Car si tous les jurés sont à peu près d’accord pour dire que la qualité littéraire est là, que le livre se lit facilement, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. « C’est plat, plan plan, un peu scolaire même ». Les raisons de cette platitude sont à chercher du côté du style, du rythme peu accidenté et du ton toujours égal. Malgré les nombreuses remises en cause et nouveaux départs du héros, le livre manque de souffle de relief, d’épaisseur (au propre comme au figuré) et de vie. Et finalement, on reproche au héros de ne pas en être un, « on le cherche », dit même une jurée. Aux dires de certains, il resterait même un peu trop zen face aux évènements  : « rien ne l’empêche de dormir »… entend-on, calme olympien qui semble avoir déteint sur certains jurés que cette lecture n’a pas chamboulés.

Après ce petit détour par le caractère du héros, le débat s’égare alors du côté du fond : le théâtre, l’opéra, les choix d’existence des uns et des autres, l’amour, la vie comme elle va… Pour revenir au point de départ  : un livre positif qui se lit agréablement mais qui laisse froid.

Il est plat et manque de chair.

Gestes véhéments à l’appui, certains s’insurgent :

– Mais il y a des scènes hyper intenses ! dit cette lectrice qui confie être passée outre la platitude que d’autres ont vue dans le style, même si elle admet ensuite que c’est « l’histoire d’un aventurier tranquille en charentaises ».

Quant au ressenti une fois le livre fermé, il est très disparate : on va de l’indifférence à l’admiration ! « Une belle mare d’eau mais sans reflet ». On entend aussi les termes d’œuvre mineure, anodine, est-ce bien un roman d’ailleurs, s’interroge-t-on. Sur le fait qu’il soit historique, aucune unanimité. Pour certains, il n’y a aucune référence historique précise et cela aurait pu se passer n’importe où et n’importe quand alors que pour d’autres, le contexte justement est très précis : une bourgeoisie cultivée à une certaine époque, au moment où nait une certaine forme de théâtre et d’opéra. Pour d’autres encore, seule la fin du livre permet d’ancrer dans le temps ce que d’autres trouvent trop imprécis.

J’ai trouvé ça très moderne, pas de violence pas de haine, un récit très apaisé.

Malgré ces éloges, pour la majorité des jurés, le plaisir de lecture n’est pas là : il existe mais « sur le mode mineur ». Quant à savoir si ce roman pourrait être le lauréat du prix 2019, on s’accorde pour dire qu’il répond à certains des critères mais… « peut-être aurait-il dû être le double en nombres de pages ».

Des confrontations

Sur ces bons conseils à l’auteur, on passe au roman suivant qui déchaîne immédiatement des réactions intenses, voire épidermiques chez nos jurés : « ce n’est pas un roman et encore moins un roman historique ». C’est peut-être une chronique, un état d’âme, ou le récit d’une admiration mais ça n’en fait pas un roman. « Il y a un vague contexte mais ce n’est pas creusé ». « C’est de l’actualité ». Cette dernière remarque touche ici un des points épineux de la définition du roman historique : où s’arrête l’Histoire ? Où commence le roman historique ? Un contexte suffit-il à faire un roman historique ? L’Histoire très récente peut-elle être le cadre d’un tel roman ? Est-ce qu’à partir du moment où c’est « timé », on peut dire que c’est un roman historique ? Vaste sujet de discussion qui débouche sur cette question essentielle  :

Où met-on le curseur pour remettre le prix ?

Pourtant ce soir, le débat porte davantage sur la forme du texte que sur sa datation dans l’Histoire quoique le fait que ce soit de l’Histoire contemporaine, donc une période que tous autour de cette table ont vécu de près ou de loin, modifie les données, et en annihilant le recul, supprime cette mise en perspective que l’on attend d’un roman historique. Du coup, on plonge tête la première dans le contenu : comment réagir à une situation de crise, comment réussit-on à fonder une famille…

Photo extraite du film 1é hommes en colère de Sidney Lumet. Prod DB © United Artists / DR

Car ce roman, construit sur la juxtaposition d’un passé très récent et de souvenirs et témoignages anciens, divise la tablée par son sujet : certains s’irritent de voir comparés deux moments de l’Histoire incomparables en termes de drame humain ou d’importance, d’autres ont justement apprécié le parallèle avec une autre époque :

– C’est une confrontation, pas une comparaison.

– C’est une interrogation sur la transmission. La question est « qu’est ce qu’on fait des traces du passé ? »

– C’est une appréciation subjective de préoccupations actuelles.

Du côté du style, si certains y ont vu une « écriture de l’intime », d’autres l’ont trouvée « très basique », pas du tout académique. Mais très actuelle : « c’est comme ça qu’on écrit aujourd’hui ! » D’ailleurs, certains ont apprécié le style « très léger », qui se lit facilement, avec beaucoup d’humour : « je me suis identifiée », dit cette lectrice avec un sourire. Ou encore, « je me suis laissé porter ». « Ça m’a touchée », ajoute cette autre quand un juré a été intéressé par la mise en perpective de deux écritures d’époque différente. Dans la fougue des débats, on entend même des propos moins nuancés : « un style tiède », « une écriture de courrier du cœur »,  » de la revue hebdomadaire, pas de la littérature ». On va même jusqu’à affirmer que « ce n’est pas compliqué à écrire » et que « demain on peut tous écrire un livre comme ça » !

Vous l’aurez compris, la soirée a été mouvementée. Et après tant de passions et d’emportements dans un sens ou dans l’autre, on finit sur une question qui, à l’aube du vote et de la remise du Prix le dimanche 31 mars 2019, va devenir primordiale : comment choisir ?

Dans cette sélection, on a eu tellement de versions du roman historique  !

L’avenir proche dira comment les jurés ont résolu cette question 🙂

Précédemment dans Liseur : La saga du jury du Prix des Lecteurs de Premiers débats, Interrogations, Questionnements

La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, questionnements

11 Mar

Mi février, les douze jurés du jury du Prix des Lecteurs de Levallois se sont retrouvés à La Médiathèque pour une nouvelle réunion de jury : au menu de la soirée, deux nouveaux romans historiques… Cette fois encore, littérature, petite et grande Histoire sont sur la table et de nouveaux questionnements s’invitent dans les débats.

Ce soir, à la grande surprise des jurés, la réunion prend une nouvelle forme  : tous sont invités à parler de leurs impressions de lecture en suivant les différentes rubriques de la grille d’analyse (souvenez-vous :  celle qui leur a été remise lors de la première réunion, une sorte d’aide-mémoire, vademecum du parfait petit juré)

– Oh interrogation orale, sourient certains que cet exercice encadré ramène d’un saut quantique à leurs années lycée.

D’autres se justifieraient presque :

– C’est le seul sur lequel j’ai jeté l’éponge pour faire une fiche !

– Je n’ai pas eu le courage…

Aucune importance car, fiche de lecture ou pas, les échanges et les discussions démarrent sur les chapeaux de roue : un par un, tous les points de contrôle vont être abordés, de la place de l’Histoire à la densité des personnages ou l’intrigue, en passant par le style… Mais au fil des rubriques qui défilent, la majorité des jurés avouent être restés sur leur faim… ce qui compte-tenu du livre dont il est question s’avère presque un clin d’œil  🙂

Les ingrédients du roman historique

– Pourtant, c’est un roman qui a de nombreux ingrédients* pour faire un bon roman historique, entend-on.

* Notez le vocabulaire qui, ce soir, a décidément une petite connotation culinaire et gourmande qui ressurgira plusieurs fois au cours de la soirée.

D’après certains, le début du roman est bon. Happés par les premiers chapitres, ils l’ont dévoré, mais hélas, le livre leur est tombé des mains. Et à leur mine déconfite, on comprend que la chute a été rude…

Car « il aurait pu me plaire », regrette cette jurée qui précise qu’en dehors du fait que cela se passe à telle époque, elle n’a trouvé aucun éclairage historique particulier. Et même si d’autres ont tout de même aperçu une petite toile de fond historique, elle semble à tous trop légère. « Ça reste très superficiel », reproche que l’on entend aussi à propos de la densité des personnages : « rabelaisiens mais pas assez truculents… » « On a une grosse documentation sur l’art culinaire de l’époque mais rien sur ce qui constitue le sujet du livre ». Mais à propos, quel est-il ce fameux sujet ?

Avec application, on liste alors les thématiques : la religion, l’obscurantisme, les superstitions, la misère , la soif de connaissance, l’enfance… Bigre, ce n’est pas rien ! Mais malgré cette richesse, la mayonnaise ne prend pas.

Je n’ai pas saisi le message si il y en avait un. Ça ne va nulle part.

Ce constat dépité amène la tablée à se poser des questions sur l’objectif et le sens du livre : est-ce une métaphore, un symbole, un hommage, une pâle imitation ? Et l’on en arrive à une interrogation primordiale : pourquoi l’écrire ?

Mais aussi, malgré un bon début, des thèmes porteurs et un vocabulaire original, qu’est-ce qui ne marche pas dans ce livre ? Pour filer la métaphore gastronomique, la réponse serait peut-être à chercher du côté du soufflé…

L’auteur démarre plein de choses et pouf ça tombe !

« Une super idée qui ne va pas jusqu’au bout, une intrigue qui se dégonfle comme le personnage… » Vous l’aurez compris, malgré une profusion de sujets, le roman « ne part jamais ». Certains jurés avaient même de gros espoirs avec ce livre : « j’attendais des infos », « j’aurais voulu la peinture d’une époque », ou encore « un lien avec le début », « un truc rationnel », « une autre fin ». Mais quelles qu’elles soient, toutes ces attentes ont été déçues…

On entend alors des conseils, voire des pistes d’amélioration pour l’auteur comme « couper la dernière partie redondante » ou « exploiter le cœur du roman ».

Un ovni littéraire

Soulignée par plusieurs jurés, il y a néanmoins une chose qui pourrait sauver ce livre : le style. Si certains l’ont trouvé excessif voire « répugnant », d’autres sont perplexes, incapables de savoir si cela leur a plu ou pas. On parle de vitesse, de rythme qui happe, de répétitions entrainantes, mais aussi de vocabulaire précis et d’une écriture très documentée. À cette jurée qui a « l’impression qu’il [l’auteur] écrit en courant », une autre répond que « c’est un livre fatigant » [pour le lecteur].

Une oreille attentive fait remarquer alors que recherches documentaires, restitution d’un vocabulaire spécifique au moyen-âge et finalement, création d’une atmosphère (fut-elle nauséeuse ou haletante…) pourraient être des signes encourageants pour ce qui nous occupe ce soir  : la recherche d’un véritable roman historique.

– Non, répond cette jurée.

Mais si ce livre ne possède pas tous les critères attendus pour un roman historique, il apparait tout de même comme une création singulière, un véritable « ovni littéraire ».

Je n’ai jamais lu quelque chose comme ça !

Ceci est un bel hommage, surtout lorsque l’on sait que ce livre est un premier roman. Après un petit débat où tout le monde parle en même temps, on en conclut que le livre a un énorme potentiel, mais que « le mélange est raté ». Si l’auteur lit ces lignes, qu’il ne désespère pas car :

– On est très critique, s’excuse presque une jurée. Parce qu’on lit ce livre dans le contexte du jury mais en dehors, j’aurais pu le choisir !

Un lauréat potentiel ?

Après cette généreuse conclusion, on se consacre au roman suivant : « une affaire de destins, des personnages contrastés dont on suit l’évolution, des portraits magnifiques, un récit qui se déroule de A à Z, et une immersion totale en Histoire ».

Tiens, tiens, aurions-nous ici un possible lauréat ?

Oui pour cette jurée qui voit ici réunis tous les éléments du roman historique : la vie quotidienne de l’époque, des évènements politiques, un personnage principal sincère et attachant, une évolution individuelle adossée à la transformation collective d’un pays, un cadre réaliste et un travail de recherche sous-jacent, une écriture à la fois classique et poétique, avec de très belles descriptions qualifiées de picturales…

Des cinq déjà lus, c’est le premier qui raconte l’histoire d’un pays au travers d’une vie.

Quant au style, la langue est « au service du texte avec un style que l’on ne lit plus tellement ». Début d’apothéose ? Pas encore… En cet instant de grâce, les dés ne sont pas jetés : ce roman ne fait pas l’unanimité ! Car si l’on admet à peu près qu’il constitue un roman historique au sens strict du terme, on regrette que la partie romanesque patine un peu…  Plus gênant encore, le plaisir de lecture n’y est pas : ça semble « laborieux, une écriture terne, un peu aride, lente ».

– Peut-être est-ce un parti-pris d’auteur, une lenteur au service du propos avec un temps pour poser les personnages et installer le décor ? s’interroge cette jurée. Ça pourrait être une sorte de métaphore !

Ainsi, l’écriture qui a séduit certains en a ennuyé d’autres :  « j’ai peiné sur le style mais j’ai aimé ».

Mais… Une conjonction de subordination, charnière entre deux affirmations, qui sera peut-être la caractéristique de cette sélection 2019, entre enthousiasme et critique, mais toujours à la recherche du roman parfait ! Retenons de cette séance une phrase prononcée d’un ton admiratif :

J’ai  l’impression que l’auteur avait vécu cette époque.

Quel plus beau compliment pour un roman historique !

Précédemment dans Liseur : La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, top départ ; Premiers débats et Interrogations.

La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois, premiers débats

14 Jan

Quelques semaines avant Noël, les 12 jurés du Prix des lecteurs de Levallois 2019 se sont réunis pour leur première véritable séance de jury. Si la première réunion avait permis au groupe de faire connaissance, cette soirée du mois de décembre a été l’occasion de passer deux premiers romans au crible des critiques, des éloges et des doutes ! Revivez en direct ces quelques heures…

À la recherche de l’Histoire

La muse Clio Legs (détail), fresque de Charles F. Comfort Bibliothèque et Archives Canada

Dès les premiers échanges,  une question va agiter la tablée : où est l’Histoire ? Prenant leur rôle très à cœur et ayant bien enregistré les consignes (à savoir que les romans sélectionnés fassent preuve d’une veine historique indéniable), les jurés semblent avoir concentré leur lecture et leur analyse sur cet aspect.

– Attention, on parle de roman « historique », objecte cette jurée à une autre qui avoue avoir été littéralement conquise par le romanesque d’une histoire qui l’a fait rêver.

– Mais justement rétorque la première, c’en est un vrai  ! Au-delà des destins individuels, on découvre l’histoire d’un pays mais aussi l’évolution des mentalités, la mutation d’une société avec l’exode rural, l’urbanisation, l’émigration…

Tous ceux qui ont bien vu la patte de l’Histoire dans ce roman acquiescent. Certains y voient même une combinaison assez réussie d’Histoire et d’évolution sociale. Petit bémol pour cet autre pour qui l’aspect historique arrive malgré tout très tard dans le roman. « Et c’est même un peu léger ». Avis aussitôt suivi par un troisième qui renchérit : « si peu explicite que ça en devient frustrant de pas savoir… »

– C’est une saga familiale avec une petite dimension historique.

La jurée qui vient de parler ne s’est même pas posée la question : pour elle, ce livre ne raconte pas d’évènements ni de faits donc il n’est pas historique. Petit brouhaha autour de la table…

– Mais non, ça part d’un phénomène historique, c’est de l’histoire actuelle, et finalement on apprend comment on vivait à cette époque !

Photo extraite du film « 12 hommes en colère » de Sidney Lumet

Ainsi pour certains, la description de l’évolution d’une société est un critère tout à fait suffisant pour donner le qualificatif d’historique à un roman. On assiste alors à un petit débat pour déterminer si oui ou non, l’évolution sociale fait partie de l’Histoire, chaque point de vue ayant ses détracteurs et contradicteurs.  Diplomate et rassembleur, un des jurés résume alors la « nature » du roman soumis à la question  :

– Un livre sociétal qui met en scène des personnages dans une période historique précise.

Alors historique ou pas ? Autour de cette table, on n’arrive pas à trancher… Selon cette autre jurée, il y a juste un contexte mais ce n’est définitivement pas historique. En riant, elle avoue alors qu’elle vient juste de terminer Les rois maudits, qui, en terme de période, de repères et d’évènements répertoriés dans les programmes d’histoire, répond davantage à sa définition du genre.

Notre juré diplomate reprend alors la parole :

– La question à se poser est de savoir si un roman est historique à partir du moment où l’Histoire est au centre de ce roman.

Silence perplexe autour de la table car à cet instant, tout le monde est d’accord pour dire que la famille est au cœur de ce roman.

– Mais le livre raconte comment les évènements de cette époque l’ont affectée, modifiée, transformée et fait passer d’un univers à un autre.

Alors pour ce juré c’est clair, ce roman possède sa part indéniable d’Histoire, et ce, même si l’auteur a fait le choix d’un focus sur une famille évoluant dans une période historique. Autour de la table, tous ne sont pas convaincus.

Ils le seront encore moins quant au deuxième roman analysé car dans celui-là, « l’histoire est vraiment en filigrane »; Mais là aussi, les avis sont aussi contrastés que sur le premier livre.

-On est d’accord ou on a un blocage, résume à nouveau notre sage juré.

-Est-ce qu’à chaque fois ce débat revient ? demande un autre.

D’après notre expérience, la réponse est oui et c’est bon signe, cela veut dire que chaque année, nos jurés se posent les bonnes questions et butent sur les mêmes difficultés : qu’est-ce qu’un roman historique ? Le livre que j’ai en mains en est-il bien un ?

Mais le risque de toute discussion au sujet d’un livre est aussi de se perdre dans son sujet et de finir par débattre du fond et non de la forme. Si l’on entend bien ce soir quelques discussions quant au bien fondé du choix de tel personnage, au manque de solidarité dans la famille, au difficile rapport colons/colonisés, ou encore quant au fait que « dans la vraie vie cela ne peut pas être comme ça », les jurés n’oublient pas ce qui constitue l’essence d’un livre (et donc ce qui doit aussi être pris en compte pour leur remettre un prix)  : sa construction, sa « voix » personnelle, son style…

Style, construction, points de vue

On se penche alors sur la forme, évoquant la construction chorale, l’histoire à plusieurs voix , le « même moment vu par différents personnages », l’imbrication de chapitres plus petits qui coupent le récit principal, les contes et poèmes orientaux enchevêtrés dans le récit, l’alternance de points de vue, le choix de raconter selon la vision d’une petite fille, ce qui permet de poser les « vraies questions ».

Puis on parle écriture et les passions se déchainent : « un style foisonnant, flamboyant, un livre qui se déguste, très coloré qui se goute, se respire… »

C’est la force du texte : aucune faiblesse, pas de chute de style, la langue est belle…

Bien sûr face à ces louanges, d’autres sont plus critiques : le foisonnement devient fouillis… Ces avis opposés deviennent encore plus marqués quand la richesse de l’écriture qui a séduit les uns semble excessive aux autres : « ça part dans tous les sens, c’est confus, on décroche ».

– Trop c’est trop, dit cette jurée.

À ceux qui parlent de « catalogue de personnages », de « style vulgaire » ou « d’écriture qui se perd dans les clichés et les répétitions », une autre jurée oppose que le style est justement parfaitement adapté au contenu : « l’écriture est faite pour accompagner et montrer ce qu’elle [l’auteur] a vécu ! » Et notre jurée de souligner l’humour et l’ironie de l’auteur quand l’auteur décrit l’atmosphère familiale, la nostalgie de l’exil ou le poids de la tradition…

Comme vous pouvez le constater, les avis sont multiples, parfois diamétralement opposés, mais rassurez-vous, toujours courtois ! Cette divergence de points de vue et d’appréciations se retrouve dans le bref petit vote à main levée qui a lieu à la fin de la séance et qui, bien évidemment, ne préjuge en rien de l’avenir mais a le mérite de pouvoir commencer à hiérarchiser les lectures dans l’esprit de chacun en vue du vote final du mois de mars.

Quand la séance se termine, chacun repart, sourire aux lèvres, avec deux nouveaux livres à lire pour la rentrée. Espérons qu’à la prochaine réunion, nous pourrons à nouveau entendre comme cela a été dit ce soir par une des jurées (fidèle à la tradition de cette saga depuis 2014, le mot de la fin revient toujours à l’un des jurés)  :

Ces lectures se dégustent 🙂

Ce qui est certain, c’est qu’elles seront l’objet de beaucoup d’attention, d’implication et de débats passionnés

Précédemment dans Liseur : La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2019, top départ.

La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2019, top départ

4 Déc

Mardi 13 novembre dernier, ce n’est pas une course qui a eu lieu à La Médiathèque mais le lancement officiel d’un véritable travail d’équipe dont le but est de déterminer quel roman historique sera l’heureux lauréat du Prix des lecteurs de Levallois 2019. Au fil des mois jusqu’au Salon du Roman Historique de Levallois, cette équipe va devoir lire, échanger, débattre, convaincre, défendre puis voter… Sélectionnés parmi de nombreux candidats, ils sont douze, vous ne les connaissez pas encore mais vous allez suivre leurs aventures, depuis cette première rencontre historique un soir de novembre jusqu’à la fin de leur mission de jurés le 31 mars prochain, jour de la 8ème édition du Salon du Roman Historique.

La réunion commence par un petit rappel de l’importance de la mission confiée  : soutenir la création littéraire, encourager un jeune auteur (précisons à nouveau qu’il ne s’agit pas juste de l’âge dudit auteur mais d’un début de carrière) et lui donner la possibilité de poursuivre son œuvre grâce à une dotation substantielle. Le fait que ce prix émane de lecteurs est généralement très apprécié par les auteurs, jeunes ou pas, qui sont très sensibles à cette reconnaissance venant directement de leur lectorat car finalement (et pour paraphraser un célèbre slogan), c’est lui qui l’a lu !  Et c’est surtout pour lui, le lectorat, (et non les critiques) que les livres sont écrits.

Qui sont les jurés 2019 ?

  • 92 % de femmes : et oui, cette année, la parité n’est pas de mise dans ce jury qui ne compte qu’un seul juré masculin  ! Rappelons que ce qui compte en lecture, ce n’est pas le genre du lecteur, mais sa curiosité, son appétit de découverte et son envie de partager avec les autres jurés ce qui l’a enthousiasmé ou agacé… Et d’expérience, sur ces points, femmes et hommes sont absolument à égalité 🙂

Mais cela pose question à nos jurés : « est-ce que le jury est toujours aussi féminin ? » s’interroge une des jurés. La réponse est non, l’histoire de ce jury le prouve (voir les précédentes saisons de la Saga du jury des Lecteurs de Levallois)

  • Des Levalloisiens, dont la plupart fréquentent déjà La Médiathèque
  • Des actifs, des retraités, des jeunes retraités et d’autres qui débutent leur carrière professionnelle.
  • 92 % de primo jurés : tout comme on le dit pour les primo-romanciers des rentrées littéraires, 11 de nos intrépides sont débutants dans cette tâche et n’ont jamais participé au jury de Levallois. Si certains ont déjà fréquenté le Salon du Roman Historique de Levallois, d’autres n’y ont encore jamais été. 2019 sera donc une première puisqu’ils pourront y aller, auréolés de ce statut prestigieux que donne le fait d’être membre du jury.
  • De grands lecteurs : dans le tour de table du début, ils sont ainsi plusieurs à se présenter par leur prénom aussitôt suivi de leur relation à la lecture, j’aime beaucoup lire – je lis beaucoup- j’ai toujours aimé lire, indiquant ainsi combien celle-ci fait partie de leur identité.
  • Des amateurs de romans historiques ? Pas obligatoirement même si un certain nombre d’entre eux aime l’Histoire et/ou lit déjà des romans historiques. Mais une jurée qui confie ne lire que des classiques, se réjouit déjà de se plonger dans des romans contemporains. Plusieurs autres sont amateurs de littérature jeunesse et se montrent très intéressés quand on parle du Prix des jeunes lecteurs de Levallois dont ce sera cette année la 2ème édition.

Le principe est le même que le prix adulte mais les jurés sont beaucoup plus nombreux, environ 300 :-), puisqu’il s’agit d’une dizaine de classes de Levallois (allant du CM1 à la 6ème) qui auront cette année à lire 6 romans avant d’élire le meilleur d’entre eux.

  • Étonnamment, 40% d’entre deux ont déjà été jurés sur d’autres prix ou ont participé à des groupes de lecture : Prix Libraires en Seine, opération Silence on lit ou clubs de lecture entre amis. Une expérience qui visiblement les a enthousiasmés puisqu’ils ont candidaté aussi sec pour le jury du Prix des lecteurs de Levallois !
  • Une majorité de curieux (en matière de lecture, on ne dira jamais assez que ce n’est pas un vilain défaut) : au cours de cette première réunion, beaucoup de questions sont posées, notamment quant à la sélection des romans en lice. Sachez, vous aussi, qu’elle est effectuée par des journalistes du magazine Le Point parmi des romans historiques parus lors des rentrées littéraires de septembre 2018 et/ou janvier 2019.
  • Des consciencieux : à la fin de la soirée, un sac de La Médiathèque contenant les deux premiers livres de la sélection (l’ensemble des livres sont offerts par les éditeurs) est remis à chacun des jurés. Charge à eux de les lire pour la prochaine fois et de remplir si nécessaire la grille d’analyse qui leur est remise : non coercitive, celle-ci est destinée à guider chacun pour enrichir son appréciation du livre afin de dépasser le simple j’aime /je n’aime pas.  Et pour répondre à cette jurée inquiète, une fois remplies, les grilles ne sont pas ramassées en fin de la réunion, ni notées 🙂

Mais ce soir, quand chaque critère de cette grille est présenté et expliqué par une des bibliothécaires, le silence est total et tous les jurés attentifs, certains feuilletant déjà le livre à la recherche d’indices, d’autres prenant des notes et tous continuant à en parler entre eux une fois la séance levée… Détail pratique pour ceux qui s’interrogent sur la nécessité de ces grilles d’analyse : elles servent aussi de mémos au moment du vote (qui aura lieu juste avant le salon en mars prochain) afin de se souvenir avec précision des particularités de tel ou tel livre lu au début de la saison ! Et d’après nos sources, de célèbres jurés tels Bernard Pivot et ses consorts du Goncourt et autres prix nationaux procèdent de la même façon malgré leurs mémoires d’éléphants.

  • Et enfin 100% de ravis d’être là ! Au moment de se séparer, les visages sont radieux. La date de la prochaine réunion est fixée, on se serre la main, on se souhaite de bonnes lectures et une jurée, livres encore à la main, est déjà impatiente de recevoir la prochaine fournée de romans. Mais très enthousiaste et sourire aux lèvres, elle conclut en couvant du regard les deux premiers romans historiques de la sélection :

En tous les cas, c’est déjà très bien ça ! Les critiques en disent beaucoup de bien !

Mais désormais, ça va être au tour de nos 12 valeureux jurés d’en dire quelque chose  !

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