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La saga du jury du Salon du Roman Historique 2020, dernières passes

28 Fév

Au tout début du mois de février, le jury du Salon du Roman Historique de Levallois 2020 s’est réuni pour débattre des deux derniers romans de la sélection : deux livres aux ambiances et époques bien différentes ont ainsi été l’objet de discussions, analyses, interrogations, critiques mais aussi éloges ! Mais cette rencontre a aussi été l’occasion de commencer à affûter ses arguments pour la séance finale et décisive, celle du vote qui aura lieu juste avant le Salon…

Ils sont tous à l’heure, bien installés avec leurs livres et leurs notes devant eux. Construites au fil des séances, des affinités se sont créées, mais on peut surtout remarquer l’atmosphère générale de détente et de complicité qui règne autour de la table et se traduit par des rires et des plaisanteries. Mais dès que le débat commence avec le premier livre, le sérieux, la conscience de l’importance de la mission et le professionnalisme de nos jurés reprennent leurs droits.

Pouvoir d’attraction

– J’ai découvert un auteur, une écriture et un message avec ce livre.

D’entrée de jeu, le ton est donné : « une vraie révélation » pour cette jurée qui bien qu’elle ait d’abord eu un peu de mal à y entrer, le temps de se familiariser avec la manière d’écrire, est tout à fait entrée dans l’histoire.

« J’en suis sortie plus riche qu’avant ». « J’ai eu de mal à en sortir » ou encore « j’avais envie d’y retourner ».

L’emploi récurrent de ces verbes de mouvement semble montrer combien l’univers du livre est prégnant, constituant presque un lieu clos, une parenthèse d’Histoire dans laquelle on pénètre, s’installe, ressort et quitte le présent avant d’y revenir, attiré et séduit. Ce qu’un des jurés exprime en parlant du « pouvoir d’attraction de ce roman » avant d’ajouter :

C’est un des livres où il y a le plus d’émotions à la lecture.

Plusieurs jurés confirment en effet que malgré un sujet rébarbatif et un plaisir de lecture sur lequel ils n’auraient pas parié, le résultat est là  : un livre passionnant tant du point de vue de l’histoire racontée que du style.

C’est un livre que je mets en haut du podium !

Parlons d’abord du récit : deux temporalités qui se succèdent, avec une première partie qui est presque une enquête et une deuxième plus dense, plus difficile. C’est un livre qui demande de la concentration, « on ne peut pas le lire dans le métro » (notez la référence au moyen de transport qui reviendra plus tard comme un critère déterminant). Sa densité est ce qui fait sa difficulté mais cela semble vite oublié grâce à la composition et l’écriture. Du côté de la construction, « c’est très fort » entend-on, car le personnage historique central « n’est pas là », « on ne le voit exister qu’en filigrane dans tout le récit ». La dimension artistique qui s’entremêle à l’historique apporte un plus à la composition en deux temps. « Tous les autres personnages sont très bien décrits, très fouillés », notamment un peintre qui a séduit beaucoup de jurés, une coquette maîtresse à la vie trop courte, un moine acharné et tenace…

Du côté de l’écriture, tout le monde, ou presque, s’accorde sur son style impeccable, son classicisme, son côté « positivement suranné » qui donne parfois « l’impression de lire un grimoire », sa fluidité, sa poésie, sa finesse, mais aussi sa densité, ce qui pour certains constitue malgré tout un frein à la lecture.

Chute et fin

Ainsi ne croyez pas que ce livre ait été apprécié par tout le monde. En effet, une jurée avoue avoir été complètement imperméable et n’avoir même pris aucun plaisir à la lecture : trop de personnages, une époque mal-aimée, un style rebutant… Un autre n’a été ni « capté » ni « transcendé »,  le livre lui étant « un peu tombé des mains ». Et pour cet autre encore, la lecture de ce livre a même été une déception ! Et tout lecteur sait que les déceptions littéraires sont douces-amères… Ainsi ce juré s’en veut d’avoir été « trop bête de croire qu’il y avait une intrigue ». De plus, pour lui, « ce livre n’a pas de chute ». Et sans chute, cela ne peut en aucun cas être un roman. « C’est un documentaire très bien écrit ». Sic.

Et ce même juré de s’interroger : « pourquoi écrire un roman s’il n’est pas bâti ? » Sous-entendu : s’il n’a pas de dénouement ni de véritable final ?

– Mais pas du tout, tout ce qu’on peut regretter est qu’à la fin, les méchants ne soient pas punis !

D’autres jurés ne sont pas non plus d’accord parce que, d’une part, « le roman est bien construit », et d’autre part, que la fin de l’histoire racontée nous est à ce jour bien connue, puisqu’elle « figure dans tous les manuels d’histoire ».

Mais une jurée rebondit sur cette impression d’inachèvement et de frustration : si elle a apprécié la chronique judiciaire et la volonté de faire revivre « la mémoire oubliée », elle aussi a été gênée par la fin, d’autant plus que les dernières lignes sont consacrées à des personnages secondaires. Si bien que quand on le referme, on se dit que « c’est finalement un roman très fourni, très concentré mais où il manque quelque chose ».

– On est à la fois dans le procès et jamais complètement dedans, ajoute-t-elle, revenant ainsi sur cette notion d’intérieur et d’univers clos propre  à ce roman.

À portée d’enfant

Le second livre de la soirée ne soulève pas l’enthousiasme général. Pour la plupart, on y apprend rien ou trop peu: « je connais bien cette période et j’en attendais beaucoup ». Quant à ceux qui connaissaient mal les détails de cette partie de l’Histoire de France, ils sont restés sur leur faim, même si d’autres trouvent que c’est malgré tout « une introduction un peu différente » à ce moment troublé de l’Histoire. Mais beaucoup disent ne pas avoir été « embarqués », ni avoir ressenti « l’émotion du petit garçon dans ce contexte si particulier ».

D’autres sont même plus sévères, parlant d’une succession d’anecdotes et d’un manque général de profondeur. Selon la plupart des jurés, cette impression de superficialité est due à une construction morcelée, un découpage en chapitres très courts, « trop courts », ainsi qu’à une « chronologie décousue », une « composition catastrophique », un « déroulé sans logique » et un « contexte pas clair »…

– C’est tronçonné.

D’autant plus que les chapitres titrés de façon narrative, qui rappellent un peu les contes à l’ancienne, « racontent tout ». Si un juré fait alors remarquer que c’est justement comme ça que l’on écrivait à l’époque, cela ne suffit pas à compenser l’effet négatif de cette architecture littéraire.

– On dirait Friends (Ndlr : la célèbre série des années 90), ça a un petit côté moderne qui dessert le roman.

Et à en croire certains, cela lui nuit même carrément puisque ces chapitres « flashs » empêchent toute profondeur du propos. « C’est une succession de « scénettes » à lire dans le métro » (critère qui semble d’importance ce soir, aussi amis auteurs, si vous lisez ces lignes, pensez bien au contexte de lecture de votre livre lorsque vous l’écrivez  !)

On a envie que ça aille plus loin mais il n’y a rien derrière.

Malgré tout, d’autres y voient un aspect pratique. « Ça avance bien ». « On le lit avec plaisir même si ce n’est pas la grande apothéose ». On peut même « le lire au hasard en piochant dans les chapitres ». Point positif : « cela donne envie de le relire » mais cette jurée conclut :

– C’est à portée d’enfant.

– Et si justement c’était ça le propos du roman ? s’interroge alors un juré. On est à niveau d’enfant : on a un regard d’enfant sur l’époque.

Ainsi, quelques rares jurés ont été sensibles à l’atmosphère, à l’évolution du personnage et à la façon dont l’auteur a su faire ressentir la solitude de l’enfant. À ceux qui objectent que cela manque d’analyse et que l’on ne sent pas suffisamment le chaos et le tumulte de la période, les partisans de ce roman répondent que ce n’était peut-être pas l’intention de l’écrivain.
Et la discussion se termine avec cette interrogation :

Mais qu’est ce que l’auteur a voulu écrire ?

Une question à lui poser dimanche 1er mars lors du 9ème Salon du Roman Historique de Levallois !

Précédemment dans Liseur : La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2020, En route pour l’aventure, Rendez-vous avec la passion, Discussions intenses

La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2020 : discussions intenses

31 Jan

Au menu de la première réunion de l’année 2020 pour le jury du Prix des lecteurs de Levallois au début du mois de janvier, trois livres, des analyses qui s’affinent, des orientations qui se dessinent mais surtout des discussions intenses autour de la définition du roman historique, de la notion de genre, de l’importance de la vérité, du travail du romancier et de ce que l’on attend d’un roman pour qu’il puisse devenir lauréat du prix 2020.

Dès les premières minutes de la soirée, le premier livre se voit malmené :

Une écriture compliquée, une période passionnante mais je n’ai pas été emportée.

Des promesses non tenues

Si la jurée qui vient de parler reconnait que ce roman est nourri d’Histoire et très bien documenté, si elle y a découvert la violence insoupçonnée d’une époque ainsi qu’une hypothèque historique dont elle n’avait jamais eu vent jusque-là, la lecture de ce livre l’a finalement laissée indifférente. « Trop encyclopédique », entend-on en écho de l’autre côté de la table.

Jugement corroboré par cette autre jurée qui, quoique « bien partie pour aimer ce livre », n’y voit au final qu’un long article d’où émergent parfois de « petites anecdotes hyper bien écrites » mais « pas assez de roman, aucune intrigue, et trop peu de mystère » n’ont pas réussi à la passionner. « Ça manque de souffle ! » Trop déséquilibrée, la première partie parait lourde, ne rendant pas hommage au personnage historique central que finalement, on découvre assez peu.

-L’auteur aurait pu romancer un peu, ajouter une difficulté ! dit cette jurée qui regrette qu’à aucun moment, on ne s’interroge avec anxiété sur le fait de « savoir si le héros va y arriver ou pas ».

-Il y avait là un vrai sujet, une histoire captivante et plein de promesses mais hélas, l’auteur n’a pas réussi à concrétiser, confirme cette autre.

Assez critiqué, le style ne semble pas pouvoir contrecarrer l’absence de tension dramatique : malgré de nombreux dialogues, c’est « trop raconté, trop narré », on a le sentiment que « tout est dit » [comprendre : tout est expliqué), ce qui ne crée aucune empathie avec les personnages, même s’ils  sont particulièrement fouillés.  « Cela fait un style dont on n’a pas envie ».

-Pourtant la construction en 3 dimensions (passé, présent et presque-passé)  sort de l’alternance binaire vue dans les romans précédents, souligne un juré plutôt bienveillant sur ce roman.

Il n’est pas le seul car d’autres ont réussi à mettre le style de côté pour se projeter et plonger dans le récit, trouvant même la lecture facile et appréciant le plaisir d’apprendre grâce à ce roman. Mais comme conclut dit l’un d’entre eux en ouvrant le livre suivant, « des goûts et des couleurs… »

Un coup de cœur

Après cet accueil en demi-teinte, le deuxième titre déclenche quant à lui de vives réactions. Si certains cherchent encore le côté historique du livre, d’autres sont extrêmement enthousiastes :

C’est un gros coup de cœur ! Pour moi, ça ferait un beau Prix !

À ceux qui objectent alors qu’on ne trouve ni contexte, ni mise en perspective, ni radiographie d’une époque particulière, ni même aucun regard sociétal particulier, les partisans de ce roman répondent :  « inscription dans une période, portrait d’une société qui a existé et actes ou réactions qui datent d’eux-mêmes l’époque ».

Ainsi selon ce juré passionné, grâce à un sujet très contemporain, le livre réussit même la prouesse de parler du présent au passé, ce qui le rend très audacieux.

 Il nous fait avoir une connexion avec notre propre présent.

Si tous s’accordent alors sur le talent de l’auteur pour parler avec finesse d’un sujet délicat, si beaucoup on été émus par le sujet, « une vie triste, douloureuse, gâchée voire pathétique », si certains ont été totalement pris par le récit, la dimension historique trop peu présente dérange malgré tout : « il y en a si peu que cela pourrait se passer aujourd’hui ! »

Quant à l’écriture, elle agite la tablée tout autant que le sujet : « crue, directe, dure, vulgaire » – on entend même le mot de « voyeurisme »-, mais aussi « sensible et étonnement pudique à certains moments, lumineuse quand il s’agit d’amour », peut-être à l’image des tourments intérieurs du personnage ? De même, le traitement « très fin » de tous les personnages secondaires et la composition en petits chapitres courts « comme des confessions chez le psy », contribuent à faire de ce livre l’un de ceux qui émeuvent. Mais serait-il pour autant un bon lauréat ? L’Histoire nous le dira…

La part de création du romancier

Le dernier roman de la soirée va apporter une nouvelle pierre au débat sur la définition du roman historique : qu’est-ce qui donne cette fameuse « dimension historique » ? Est-ce que le fait d’avoir un personnage historique et « réel » suffit ? Où se niche la fiction quand tout semble « vrai » ? Et de fil en aiguille, on en arrive à se demander quelle doit être la place de la vérité dans un roman historique.

Car avec ce troisième livre s’ouvrent de nouvelles interrogations, nées du fait que la période où il se déroule est très proche de nous et que certains autour de cette table l’ont même connue. Entre souvenirs, représentations personnelles, connaissances historiques et poids de personnages réels entrés dans l’Histoire par la grande porte, il semble parfois difficile de faire la part des choses et d’accepter les yeux fermés la part de fiction ajoutée par les romanciers. Car si imaginer l’état d’esprit d’un personnage historique fait partie du travail de création du romancier et reste sous sa « responsabilité », la difficulté ce soir semble être de convaincre les lecteurs que le portrait qu’il a choisi de faire d’une célébrité ne soit pas conforme à la légende, au fantasme ou à la « vérité » de chacun.  Ainsi, du « ça ne s’est pas du tout passé comme ça » au « pas crédible », il n’y a qu’un petit pas… au dessus d’une frontière bien ténue, celle de la « vérité historique ».

Il [l’auteur] s’écarte trop de la vérité, il peut tourner autour mais pour moi, ce n’est pas un roman historique !

Moins gênés par cette question de fidélité au réel, certains jurés ont été plus sensibles à ce processus de création littéraire, appréciant le travail de documentation et saluant l’imagination du romancier ainsi que la composition du roman en « une longue métaphore filée entre deux périodes et deux personnages historiques à deux siècles de distance ».

J’ai ressenti cette double référence. J’ai beaucoup aimé l’aspect fissuré du grand homme travaillé dans ce livre.

Si fissuré et parfois si peu glorieux qu’une jurée a même été déçue par ce héros de l’Histoire ! Mais les « adversaires » du livre trouvent qu’aucun personnage n’est assez fouillé et que l’on s’y retrouve vite perdu, en particulier si on ne connait ni les références ni les noms. Sur le plan du style, on retrouve les mêmes oppositions entre ceux qui l’ont trouvé « trop journalistique, irritant, répétitif, insupportable » et ceux qui l’ont trouvé « drôle, parfois truculent, très conforme à l’époque et au caractère du personnage ».

Après tous ces débats qui se déroulent dans l’écoute et la bonne humeur, la séance se termine sur un rapide vote à main levée : un titre se dégage, mais chez Liseur, on sait d’expérience que cela n’augure en rien du lauréat final. Car jusqu’à la dernière minute, tout peut basculer ! Ce qui est peut-être le propre de l’Histoire 🙂

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La saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2020 : rendez-vous avec la passion

3 Jan

Un soir d’hiver de la fin d’année 2019, La Médiathèque a accueilli les premiers véritables débats du jury du Prix des Lecteurs de Levallois avec une discussion littéraire enflammée autour des deux premiers romans historiques de la sélection. Pour vous qui n’avez pu assister à ce grand moment, voici le récit de cette soirée historique placée sous le signe de la passion sous toutes ses formes.

Dès les premières minutes de la rencontre, les jurés sont impatients de rentrer dans le vif de leur mission. Arrivés très à l’heure, voire en avance, ils commencent à échanger par petits groupes, au fil des arrivées et de leurs places autour de la table. Si l’on tend un peu l’oreille, on s’aperçoit qu’ils parlent outils, critères et grille d’analyse, mais sans jamais se lancer dans leurs impressions ou commentaires de lectures. Réservent-ils la fraîcheur de leurs avis pour la suite des débats ? Quoiqu’il en soit, une jurée qui n’avait pu être présente à la première réunion confirme la sensation de fébrilité qui règne avant l’ouverture officielle des débats  :

Il me tarde d’échanger à propos des deux livres que j’ai lus !

La dimension historique en débat

Quand on aborde le premier livre, le ton est donné : « une histoire de passion-création-destruction » Ce petit résumé à l’allure de décasyllabe déclenche aussitôt des réactions :

-Pour moi c’était plutôt destruction. C’est très noir, ça manque de profondeur, c’est assez superficiel.

– Il n’y a aucun ancrage et cela reste assez superficiel, confirme cet autre juré qui n’a ni adhéré ni été ému.

– Il manque un cadre, celui que la dimension historique devrait apporter, dit un autre.

Même écho chez ce troisième juré pour qui le contexte historique n’est vraiment pas présent. Ainsi dès ces premiers échanges, la question cruciale, qui d’expérience reviendra certainement durant les mois à venir, est posée  : de quoi est fait un roman historique ? Y-t-il un dosage minimum de grande Histoire ? Quelle doit être la place de la fiction ?

Il y a des dates, des milieux, des périodes mais aucun accrochage aux événements de la grand Histoire. Conclusion ce n’est pas un roman historique.

Une voix contraire s’élève :

Pour moi, c’est très accroché à l’histoire de l’art et l’histoire de l’art c’est dedans non ?

Sous-entendu « dans le contrat », à savoir la place de la grande Histoire dans le roman. Et comme peu semblent convaincus par cet argument aux allures de jeu de mots, ce juré insiste : « on voit très bien ce qui se passe dans différents lieux à différentes époques. Si je tire un peu la ficelle, il y a même un personnage réellement historique, donc c’est de la grande Histoire. »

J’ai trouvé un univers

Silence dubitatif puis un juré intervient conciliant et paisible :

-J’ai trouvé un univers, mais ce n’est pas un roman historique.

Pour lui, il y a en effet quelques références à des faits et personnages historiques mais le roman n’est « pas si ancré que ça dans la période ».

Ainsi si certains soutiennent mordicus l’aspect historique du livre, beaucoup trouvent que l’Histoire ne sert que de « prétexte pour fixer le décor ». On n’apprend rien : « le bouquin emmène vers Wikipedia », ce que certains trouvent intéressant mais peut-être pas suffisant pour en faire un lauréat pour le Prix.

Du côté du style, il y a pour certains « des phrases fantastiques » avec une écriture parfaitement maîtrisée et adaptée au contenu, « des phrases courtes coupées de manière abrupte » en résonance avec la violence de la vie tourmentée de personnages ainsi qu’une « construction qui va avec ce qui est raconté ». Mais tout le monde n’est pas de cet avis. D’un côté ceux qui louent un style « exubérant, lourd et foisonnant qui sert parfaitement le caractère du personnage », de l’autre ceux qui n’y voient que mélodrame facile type telenovella…

-Mais pas du tout, c’est le sang, la passion !

Appuyés par des mimiques ou des gestes tranchants, des mots sévères tombent comme des couperets autour de la table : « décevant, très convenu, facile, exaspérant, pathétique, trop appuyé… » Très vite, le ton monte. Les yeux brillent, les voix portent, les esprits s’enflamment et les débats s’animent : de l’analyse d’un roman, la discussion dérive vers la relation amoureuse, le couple, la souffrance, le courage, la thérapie, l’art, la machisme, le féminisme, l’indépendance, la violence, la trahison…

Autant de thèmes qui sont bien au cœur du roman mais cela en fait-il pour autant un roman historique ?

-Non, affirme ce juré, car on est dans un genre biographique et non historique.

Trop d’Histoire ?

Après un petit détour cinématographique par l’un des films réalisés sur le même sujet, le roman suivant est annoncé. L’aspect historique de celui-ci fait immédiatement consensus.

Là on sent l’Histoire, on ne peut pas dire le contraire !

Et elle n’est « pas en filigrane » ! Pourtant ne croyez pas que ce soit si simple… Car si tous reconnaissent que ce livre est indéniablement historique, c’est cette fois sur le terme « roman » que l’on accroche… Certains l’ont véritablement apprécié et ont beaucoup appris grâce à la lecture. Mais d’autres lui reprochent de ressembler à un manuel d’Histoire,  de »trop tendre vers le documentaire » et d’avoir « du mal à partir dans une épopée romanesque ».

-C’est du Wikipedia, on n’a pas l’envolée !

Autrement dit, le contenu et l’Histoire sont là, mais manque la forme ! Pourtant, malgré cette absence de romanesque, la discussion s’engage dans un échange de commentaires passionnés à propos des comportements et des sentiments du personnage : trop amoureux, trop dépendant, trop profondément humain, trop monotype, trop frustré, trop meneur d’hommes, pas assez stratège, trop soumis… Et alors que surgit une gamme de réactions, sentiments et appréciations venus de la lecture de ce qui ne serait pas tout à fait un roman mais déclenche beaucoup d’émotions, certains jurés s’interrogent :

-Et si c’était vraiment la volonté de l’auteur ? Et s’il avait voulu créer ce personnage ainsi ? Car on sent un parti pris !

Tiens tiens… Parti-pris, choix d’auteur, point de vue, prisme… serait-on finalement dans une forme romanesque que l’on n’aurait pas tout à fait vue venir ? Évidemment, disent certains ! Pour ceux-là, l’auteur a parfaitement su recréer un personnage, le recomposer, même si c’est « plus compliqué à créer quand tout est réel ». Il a très « bien réussi à faire passer sa sensibilité et son caractère ». Mais d’autres jurés tiennent fermement leur positon  : « on ne sent pas de quoi est fait le personnage ». 

Après le contenu, on en vient au style qui ne fait pas non plus l’unanimité : notice Wikipedia, plat ,trop peu identifiable, ou cavalcade épuisante à la lecture, mais dont le « tempo s’accorde parfaitement avec le propos » ?

Le rythme suit l’ascension du personnage.

Quant à la construction qui alterne deux chronologies dans le récit, elle ne convainc pas tout le monde. Pour les uns, elle permet des allers-retours entre passé et présent, avec des moments d’introspection qui permettent de « faire des pauses » et d’éviter la sensation d’enfermement, au sens propre et figuré du terme. Pour les autres, ce procédé est un peu facile et fatigant. Au moment de conclure cette soirée très animée, une jurée tient à souligner que le roman comporte de très belles images, comme cette visite de Pompéi, avec un élégant parallèle avec la fin de cette épopée au « goût de cendres ».

Après un rapide vote qui mettra fin à la réunion, on s’accorde enfin ! Car finalement, nous dit une jurée, les deux romans de ce soir sont assez semblables malgré des styles très opposés : des vies intenses, engagées et dans les deux cas, un amour fou qui se termine par une mort mise en scène !

Bref, de la passion 🙂

En ce début d’année, formons le vœu que tous les romans de la sélection provoquent autant d’émotions et de discussions chez nos jurés. Et que 2020 soit une très belle et riche année de lectures et de découvertes littéraires pour tous les lecteurs !

Précédemment dans Liseur :  La saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2020, en route pour l’aventure.

La suite dans : La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2020, Rendez-vous avec la passion, Discussions intenses, Dernières passes.

La saga du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2020, en route pour l’aventure !

5 Nov

Mardi 14 octobre 2019, à l’heure où La Médiathèque ferme ses portes, a eu lieu la première réunion du nouveau jury du Prix des Lecteurs de Levallois. Cette rencontre fondatrice marque le lancement de l’aventure collective qui va mener douze jurés de la lecture individuelle des romans sélectionnés à une prise de décision commune : déterminer qui sera l’auteur lauréat du Prix 2020, et dévoiler son nom le dimanche 1er mars lors de la 9ème édition du Salon du Roman Historique de Levallois.

D’ici cette date, vous allez suivre ici pas à pas leur cheminement, leurs enthousiasmes et leurs coups de cœur, mais aussi leurs interrogations, leurs doutes et parfois leurs différends. Car oui, s’ils ont en commun leur envie de découverte et leur volonté de participer à ce jury, ces douze lecteurs aux natures, goûts et personnalités différentes vont devoir se mettre d’accord… Ainsi, comme les années précédentes, le challenge de cette nouvelle équipe de jurés va être de mener à bien cette mission collective, excitante, parfois difficile mais toujours passionnante : décider qui parmi les huit à dix livres de la sélection de romans historiques parus entre mars 2019 et janvier 2020 sera le meilleur des candidats au Prix.

Comme l’explique en préambule Sophie Perrusson, directrice du Pole Savoirs et patrimoine, tous les romans lauréats des années précédentes (présentés ce soir sur la table) prouvent que les jurés-lecteurs levalloisiens ont depuis 2011 choisi de jeunes* auteurs talentueux , dont la production est suivie de près à chaque rentrée littéraire (voir notre article : Rentrée littéraire 2019, nos chouchous).

* Petite précision : « jeune » s’entend ici en terme de production et non d’année de naissance.

Quand on ajoute à ce beau palmarès littéraire les chiffres de fréquentation du dernier Salon (près de 6000 visiteurs en une après-midi),  la tablée hoche la tête, convaincue s’il en était encore besoin de l’importance de la tâche qui lui est confiée à partir de cet instant.

Et comme il va s’agir de travailler tous ensemble à ce noble objectif, la première étape est de savoir avec qui on va faire équipe ! Suit alors un sympathique tour de table que nous allons essayer de résumer ici afin que vous fassiez vous aussi connaissance de ces douze héros dont l’épopée va nous tenir en haleine durant quelques mois.

Les jurés 2020

Avec 7 femmes et 5 hommes, on atteint presque la parité 🙂 Aussi cette année, les seules questions de genre qui vont se poser vont être celles propres à la littérature, avec cette interrogation cruciale qui va amener à un moment ou à un autre nos jurés à se creuser la tête, qu’elles soient masculines ou féminines : qu’est-ce qu’un roman historique ? Est-ce un genre littéraire qui obéit à des codes bien précis ? Si oui, quelles en sont les particularités, les frontières ? Les impératifs et les nécessités par rapport à l’Histoire ?

En matière de lecture, ils sont éclectiques  : entre Alexandro Barrico, des biographies, la saga Harry Potter, Au lit Petit lapin, Alexis Michalik, les prix des années précédentes ou La panthère des neiges de Sylvain Tesson, la palette est large ! Ils sont aussi parfois systématiques puisque ce juré a lu tous les livres d’un auteur qu’il a découvert et apprécié. Mais quel que soit leur mode de lecture, une chose est certaine : tous aiment lire. Et quand plusieurs jurés parlent de leur souhait de transmettre leur amour de la lecture à leurs enfants, les bibliothécaires ne peuvent qu’acquiescer !

Mais lire, ça veut dire avoir du temps pour le faire… Une disponibilité que certains trouvent sans problème, quand d’autres profitent d’un moment de pause dans leur vie professionnelle ou que d’autres sont contraints de faire des choix, ce qui passe parfois par le sacrifice de quelques heures de sommeil.

J’ai décidé de consacrer du temps à la lecture.

Comme cette jurée qui l’affirme haut et fort, nos jurés sont très déterminés ! Mais comme tout être humain (qui plus est, amateur de lecture…), ils restent des êtres humains en proie à la tentation et aux dilemmes. Quand ce n’est pas la lutte entre sommeil et lecture pour les jeunes parents, c’est leur environnement qui les torture… Ainsi, l’un d’entre eux a la chance et le problème d’habiter en face d’une librairie, ce qui est « à la fois agréable et dangereux  » confesse-t-il, ce que confirme cet autre qui trouve « problématique » d’être un « énorme adepte de librairie ». Qu’ils se rassurent 🙂 S’ils vivent déjà dangereusement, on peut d’ores et déjà leur prédire que fréquenter régulièrement La Médiathèque ne va pas résoudre leur problème, les sollicitations de lecture y étant affreusement nombreuses, parole de bibliothécaire…

D’autant plus que plus on les écoute, plus on découvre qu’ils sont tous curieux, avides de découverte et voient leur participation à ce jury comme « une aventure merveilleuse, « un moment de magie pour tout le monde », ou encore l’occasion « de se poser, de réfléchir et de rencontrer de nouvelles personnes autour de ces lectures ».

Outres ces échanges entre jurés, rencontrer des auteurs lors du Salon fait aussi partie des perspectives excitantes de leur mission, ce qui ne sera pas une première pour la plupart des jurés qui y sont déjà allés régulièrement et confirment que les écrivains sont très accessibles. Mais le 1er mars 2020, nos jurés ne seront pas uniquement des lecteurs acheteurs en quête de dédicaces mais les acteurs à part entière d’un temps fort et particulièrement émouvant du Salon, la remise du Prix des Lecteurs de Levallois !

En attendant, ils repartent ce soir avec leur premier roman ainsi que de la grille d’analyse qui va leur permettre de réfléchir, classer, hiérarchiser et utiliser le même vocabulaire pour échanger autour des livres.

Enfin, tradition de cette saga oblige, le mot de la fin revient à un membre de ce jury à propos de l’aventure qui commence ce soir :

C’est une super expérience, très sympa, le Salon est très bien organisé et c’est chouette d’y participer à tous les niveaux !

À suivre dans Liseur : La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2020, Rendez-vous avec la passion, Discussions intenses, Dernières passes.

La saga du jury du Prix des lecteurs de Levallois 2019, mission accomplie

10 Avr

Depuis plusieurs mois vous avez suivi leurs aventures, mais aussi leurs passions et leurs hésitations afin de déterminer qui des 8 auteurs sélectionnés pour le Prix des lecteurs de Levallois serait le lauréat de l’année. Dimanche 31 mars 2019, le nom de celui-ci a été dévoilé devant une salle comble : Paul Greveillac pour son roman Maitres et esclaves, publié chez Gallimard ! Mais avant de revenir sur ce moment historique où le cœur de huit auteurs a été mis sous pression, retournons quelques heures auparavant à la dernière réunion de nos jurés, celle qui a permis d’élire le gagnant de l’année.

Aucun d’eux n’aurait voulu manquer cette soirée intense et essentielle. Aussi à 19 heures précises, tous nos jurés sont là. À peine installés, ils étalent consciencieusement livres, notes manuscrites et documents sur la table.

Dernier tour de table

Ils échangent des regards, plaisantent, rient mais chacun garde le silence sur son vote à venir. Car tous ont en tête « leur » lauréat : reste à savoir si cela va correspondre à la tendance générale. Quand sont ensuite rappelées les règles du scrutin, les bras se croisent, les mines se font très attentives et un silence presque solennel s’installe.

Juste avant de passer devant l’urne, tous les romans sont repassés en revue. Mais ce soir, comme il s’agit de voter pour un livre (et non contre), on va affuter ses arguments en énonçant uniquement qualités et points forts de chaque titre. Un seul mot d’ordre : du positif !

Aussitôt, de façon synthétique, bon enfant et presque ludique, chacun lance une phrase, un mot ou une impression liée à cette lecture. Si pour certains livres, l’éloge coule de source, pour d’autres, on peine un peu plus… Mais l’ambiance est légère, presque festive et en tous les cas, bienveillante. Voici en vrac certains qualificatifs entendus parfois plusieurs fois :

original, rythmé, fin, poétique, réaliste, ultra contemporain, facile à lire, fantastique, passionné, féministe, documenté, moderne, vibrant, solaire, explosif, coloré, parfumé, explicite et historique bien sûr !

Mais il est temps de voter. Rires et chuchotements résonnent au moment de la distribution des bulletins puis le silence se fait quand chacun glisse le petit papier portant son titre-coup de cœur dans l’urne.

Un scrutin très surveillé

Sur un grand tableau blanc, les bâtons s’alignent au fur et à mesure du dépouillement, exécuté et vérifié par trois personnes. Après un moment où tout semble possible, deux titres se détachent du peloton  : ceux qui iront au deuxième tour.

C’est là que le débat change de ton. Car à présent, il ne s’agit plus uniquement de citer les qualités d’un titre mais de convaincre de sa place de meilleur candidat au Prix ! Après quelques débats sur le fond et la forme, s’affrontent les partisans du savoir, de l’œuvre littéraire, de la densité et de la réflexion et ceux qui pensent plaisir de lecture avant connaissance et style. On s’interroge : « doit-on laisser parler notre feeling avant ? » « Qu’attend-on d’un livre et d’un roman historique en particulier ? » Suit une question plus existentielle :

Mais qui est-on  ? Un jury littéraire ou un jury de lecteurs ?

En réponse à cette question, tous revendiquent unanimement leur identité de lecteur. Mais comme les deux camps ne semblent toujours pas trouver d’accord sur le futur lauréat, certains tentent des manœuvres alternatives en invoquant le nécessaire coup de pouce à donner à l’auteur ou le plaisir du public qui va lire le livre lauréat.

Qu’est-ce qui va faire qu’avec ce prix on va aider quelqu’un à choisir un livre ?

Après cette question sur laquelle tout le monde s’échauffe et parle en même temps, un jurée qu’on a peu entendue ce soir prend la parole et résume le problème à sa substantifique moelle : « deux livres incomparables, deux univers… »

Voilà qui n’arrange pas les affaires de nos jurés  🙂 parce que maintenant il s’agit vraiment de faire un choix. Mais si l’on peut trembler pour eux en lisant ces lignes, nos jurés, eux, n’hésitent pas. Quand les voix s’inscrivent en face des deux candidats, le scrutin est serré. Les visages sont sérieux. Après un moment de suspense où le challenger remonte, Maitres et esclaves l’emporte…

Les sourires reviennent, les hochements de tête entendus, les ça-me-parait-logique ou les j’en-étais-sûr. Ainsi, même si certains auraient préféré que soit élu le challenger (ou un autre), personne ne semble surpris de la victoire du livre de Paul Gréveillac car tout le monde s’accorde sur sa grande qualité littéraire.

La soirée se termine autour d’un verre où d’un petit groupe à l’autre, on entend parler de lectures, de livres et d’histoires de jurés !

La cérémonie de remise du Prix

Mais la tâche de nos 12 valeureux n’est pas terminée car 36 heures plus tard, les voici au Salon du Roman Historique de Levallois, prêt à voir couronner en direct l’auteur qu’ils ont élu. Si nos douze complices connaissent le nom du lauréat, celui-ci, ni aucun des autres auteurs sélectionnés, n’en a été informé. Ainsi, au risque de voir l’heureux élu s’évanouir sur scène, le secret et la surprise sont gardés jusqu’à la dernière seconde…

Mais chacun sait qu’écrire est une prise de risques et la littérature, un art dangereux 🙂

Toujours est-il qu’à 16h45, le stress monte sérieusement pour les auteurs sélectionnés. Lors des deux rencontres précédentes animées par Karine Papillaud, journaliste au Point, chacun d’entre eux a pu parler sereinement son livre, de ses motivations et de ses projets en cours. Mais à présent, sagement assis sur deux bancs au pied de la scène, tous semblent légèrement nerveux.

La cérémonie de remise du prix est alors ouverte par Stéphane Decreps, adjoint au Maire délégué à la culture, qui évoque le renouveau du roman historique, « particulièrement symbolique en notre époque de transmission », ainsi que la place de plus en plus importante de cette littérature, qui a beaucoup évolué depuis les romans d’Alexandre Dumas. Le président du salon 2019, Dany Laferrière, prend bien soin de préserver le suspense. En bon écrivain, il joue des mots et maitrisant l’art de faire monter la tension, nécessaire dans un roman mais presque cruelle pour nos auteurs, il annonce en riant :

Un piège au début, des fausses pistes puis de la lenteur jusqu’au présent, l’anxiété de huit auteurs qui n’ont qu’une chose en tête : savoir qui a gagné !

Montent alors sur scène Sophie Perrusson, directeur du Pôle Savoirs et Patrimoine accompagnée de la porte-parole des jurés, « désignée volontaire » rit-elle. Avec humour et sincérité, cette dernière raconte alors l’aventure de ce jury, « un honneur » pour elle et la rencontre de grands lecteurs passionnés, « qui ont su exprimer au mieux ce qu’ils ont aimé ou moins ». De cette expérience, elle retiendra les débats animés, la « confrontation de perceptions et de principes » et l’importance de « ce prix considéré avec beaucoup de sérieux par tous les jurés ».

Mais choisir c’est renoncer et ce n’est pas toujours facile …

L’annonce du lauréat

Reprenant le micro après cette conclusion, Dany Laferrière fait encore languir les auteurs impatients, qui commencent à trépigner sur leur bancs. Au moment de révéler le nom du lauréat, il s’amuse, prend son temps et accroit le suspense en prétendant ne pas connaître le nom du lauréat. Après une fausse piste, et certainement un coup au cœur pour chacun des huit romanciers sous tension, il balaie l’assemblée du regard :

Alors si quelqu’un s’appelle Paul Gréveillac dans la salle, c’est lui !

Un peu chancelant, l’auteur se lève et s’avance, applaudi avec fair-play par les autres sélectionnés. Sur scène, il semble assez ému :

C’est bizarre et émouvant de trouver son public. Je suis content si j’ai pu traduire l’âme chinoise dans notre langue.

Il sourit, rit, remercie et conclut son discours improvisé par ces mots :

Que la vie continue et que l’on lise beaucoup ! Je vous souhaite de belles lectures !

Stéphane Decreps, Paul Gréveillac et Dany Laferrière

Dany Laferrière le félicite, mais félicite aussi le public venu aussi nombreux au salon et « qui ne s’est pas laissé impressionner par le soleil » de cette belle journée du mois de mars. Le lauréat reçoit ensuite des mains de Stéphane Decreps un énorme chèque, symbole de la dotation offerte par So Ouest, partenaire du salon.

Félicitations au lauréat et à tous les auteurs qui ont su séduire notre jury.

Car s’il y a un heureux lauréat, aucun des sept autres auteurs n’est oublié en ce moment de gloire. Sous les applaudissements, Dany Laferrière présente alors un par un les livres de la sélection. Ce qui permet d’assister à un moment plein d’humour et de connivence où le jeune auteur Paul Gréveillac souffle le titre de chaque livre à l’immortel Dany Laferrière, qui n’a pas ses lunettes.

La cérémonie se termine sur ce beau moment de complicité et de partage, où chacun des auteurs se voit applaudi par la salle et par ses pairs. En cette belle fin d’après-midi, bien sûr il n’y a qu’un lauréat du Prix 2019 mais resteront huit magnifiques romans gagnants, ceux qui ont tout au long de l’année stimulé, remis en question, séduit et fait dialoguer nos douze jurés.

Maitres et esclaves de Paul Gréveillac (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

À présent se termine cette Saga du Jury de Prix des Lecteurs de Levallois 2019 : félicitations à Paul Gréveillac, lauréat du Prix 2019 pour Maitres et esclaves (nouvelle fenêtre) mais aussi à Julien Blanc-Gras (Comme à la guerre – nouvelle fenêtre), Yves Bichet (Les enfants du tumulte –nouvelle fenêtre), Esther-Sarah Bulle (Là où les chiens aboient par la queue –nouvelle fenêtre) ), Stéphane Malandrin (Le mangeur de livres – nouvelle fenêtre), Diane Mazloum (L’âge d’or –nouvelle fenêtre), Jacques Pimpaneau (Le roman d’un saltimbanque – nouvelle fenêtre) et Abnousse Shalmani (Les exilés meurent aussi d’amour – nouvelle fenêtre) .

Et enfin, un immense merci à nos douze jurés pour leur investissement, leur énergie, leur passion, leur diplomatie, leur patience, leur curiosité, leur enthousiasme au cours des débats.  Et un grand bravo pour leur participation active à cette Saga 2019 pour les dialogues, les costumes et les décors !

Pour revoir tous les moments de cette belle journée du Salon 2019, 130 photos   :

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