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Jury du Prix des lecteurs de Levallois 2017, mission accomplie !

14 Mar

Dimanche 26 février 2017, notre intrépide jury s’est réuni pour la dernière fois, au pied de la scène sur laquelle a été remis le Prix des Lecteurs de Levallois 2017.  « Un élu, huit gagnants », a rappelé en introduction la journaliste Karine Papillaud devant une salle comble, avant de présenter chacun des 9 romanciers sélectionnés pour le prix 2017.  Puis, au terme d’un suspense sans pitié :-), le nom du lauréat a été dévoilé par Yasmina Khadra, président de la 6ème édition du Salon du Roman Historique de Levallois : Jean-François Roseau pour son roman, La chute d’Icare, publié aux éditions de Fallois.

Mais revenons sur les minutes qui ont précédé l’annonce du lauréat 2017. Au premier rang face à la scène, sont assis 12 jurés, le visage grave, le regard attentif, conscients de l’importance de la mission qu’ils ont menée pendant des mois et dont le point d’orgue est le « couronnement » du livre élu (et de son auteur) aujourd’hui.

Sur le podium, Sophie Perrusson, directrice adjointe de l’Action culturelle de la Ville,  rappelle le rôle de La Médiathèque dans l’organisation du Prix des Lecteurs de Levallois et dans l’accompagnement de ce jury  tout au long du processus, des premières discussions post-lecture au vote final. Puis les neuf auteurs sont appelés sur scène et s’installent en arc de cercle face au public. Sourires, bras croisés ou mains dans les poches, tous semblent sereins, mais on a du mal à imaginer que ne se cache pas là-dessous un peu d’émotion ou d’impatience avant l’annonce du résultat… Quant à nos 12 jurés, ils continuent à veiller d’un œil tendre et admiratif sur ces 9 auteurs, qu’ils ont lus, aimés, critiqués, encensés et défendus. Et parmi lesquels ils ont, au terme d’un scrutin riche en surprises,  élu un vainqueur…

photos-remise-des-prix-selectionnes-prix-des-lecteurs-de-levallois-2017 (Flickr Ville de Levallois-nouvelle fenêtre)

Toutes les photos du Salon du Roman Historique de Levallois sont à retrouver sur Flickr (Service photo de la Ville de Levallois)

– Vous n’êtes pas dans l’ordre de mes petites fiches, plaisante la journaliste.

Neuf romanciers, neuf romans

Frédéric Gros commence avec Possédées, qu’il décrit comme « un roman sur une  intensité historique », soit l’histoire d’une machinerie judicaire très compliquée autour d’une possession à l’époque de la contre-réforme. Françoise Cloarec explique que dans L’indolente qui raconte l’histoire d’un couple, Pierre et Marthe Bonnard, elle a « entrecoupé ce livre de scènes où [elle] invente,  un moyen de dire ce qui se passait entre eux et de ne pas dénaturer leur histoire ». Niels Labuzan explique que Cartographie de l’oubli est « un roman sur l’Histoire et sur comment on la raconte » mais c’est aussi un premier roman qui mêle le thème métaphysique de l’oubli au récit de la colonisation du Sud-Ouest africain par l’Allemagne. Vient ensuite Michel Bernard avec Les deux remords de Claude Monet, « un livre parti d’une intuition », explique-t-il, selon laquelle Monet aurait eu deux remords, ce qui donnait le cadre dramatique du roman. Jean-Paul Delfino, quant à lui, est parti d’un fait historique pour écrire Les pêcheurs d’étoiles, racontant une nuit de soûlographie salutaire où ses héros Satie et Cendrars arpentent le Paris des années 20. Yannick Grannec présente ensuite Le bal mécanique, son deuxième roman qui, dit-elle avec un sourire,  » pour faire prétentieux, est une course à la modernité sur un siècle », mais qui est avant tout une histoire de famille et de quête des origines.

Elle passe ensuite le micro à son voisin qui n’est autre que le lauréat, Jean-François Roseau.

Précisons ici qu’à ce stade du déroulé de la cérémonie de remise du prix, seuls quelques happy fews connaissent le résultat du scrutin, dont évidemment nos 12 jurés qui ont gardé le secret des délibérations depuis  leur dernière rencontre. Sur leurs visages impassibles, aucun indice ou tressaillement particulier : le silence total sur le résultat fait partie des clauses de leur mission et nos jurés ont montré depuis la première seconde qu’ils ont à coeur de tenir leurs engagements…

Jean-François Roseau prend  la parole : La Chute d’Icare est son deuxième roman. Mais si le livre est né d’un souvenir personnel puisque c’est son grand-père qui, le premier, lui a parlé de ce fameux Albert Préziosi, le jeune auteur nous dit :

La chance d’un écrivain quand il s’attaque à un roman historique, c’est qu’il y a énormément de brèches dans les personnages.

Éric Faye poursuit avec  Éclipses japonaises, une histoire de Japonais, plaisante-t-il mais surtout « une histoire de disparitions, une affaire qui a eu lieu entre les années 70 et maintenant… », laissant en bon romancier planer le mystère sur des énigmes non résolues et des disparitions encore possibles… Négar Djavadi terminera ce tour de scène en expliquant la genèse de Désorientale : un livre né de « l’envie de raconter une histoire, de raconter une saga familiale dans cet Iran assez méconnu qui est celui des années 70, 60 et auparavant… »

Et le gagnant est …

Tandis que les auteurs regagnent leurs places, la représentante du jury 2017, accompagnée et couvée du regard par ses confrères et consoeurs jurés, monte alors sur scène et parle de leur aventure commune, avec ses découvertes, ses péripéties et ses retournements. Bref la vie d’un jury…  Il y a eu des cris et des larmes ? Presque… admet-elle, ce que vous n’aviez certainement pas manqué de constater en lisant la saga de leurs aventures sur Liseur.

On ne s’y attend pas mais chacun a envie de porter son coup de coeur, de le défendre jusqu’au bout. Et tout ca dans une très bonne entente.

Sur scène, notre jurée est entourée de Stéphane Decreps, adjoint au maire à la culture de la Ville de Levallois et de l’écrivain Yasmina Khadra. Le premier insiste sur la place privilégiée faite au livres et aux auteurs à Levallois parce que « c’est sur le travail que font tous les auteurs que se façonnent l’esprit et la réflexion, bases de la démocratie ».  Le président de cette 6eme édition du salon ironise sur la fonction et le caractère parfois inamovible de la fonction présidentielle mais il redevient sérieux quand il évoque  « cette grande communauté de lecteurs et d’écrivains, la plus belle des familles ».

À la question, un prix de lecteurs, c’est important, l’écrivain répond :

On aime un livre parce qu’il nous touche un peu plus qu’un autre et je trouve que le lecteur est toujours sincère, il va vers ce qui est beau et juste. Et c’est ce qui l’honore.

Puis l’écrivain s’avance vers les livres, sa main plane un moment au-dessus des neuf ouvrages sélectionnés, tenant le public en haleine.

– Où est-ce qu’il est d’abord ce livre ? Il n’est pas là, plaisante-t-il, jouant sur la tension de ce moment de pré-révélation…

Quelques cœurs sont en suspens avant qu’il finisse par saisir le lauréat (l’ouvrage pas l’homme !:-) en le tendant à bout de bras :

– Le voici, et je m’excuse pour les autres,

Jean-François Roseau avec son roman La Chute d'Icare Prix des lecteurs de Levallois 2017Jean-François Roseau remonte alors sur scène, accompagné d’applaudissements. Il serre la main des officiels, il sourit, il remercie avant de se voir récompensé d’un chèque de 2000 euros, dotation offerte par le partenaire du salon, la société So Ouest.

Il semble ému, « merci infiniment », il évoque la sincérité des lecteurs, avant de parler de son prochain roman, celui auquel il travaille déjà.La chute d'Icare de Jean-François Roseau (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)

Après de nouveaux applaudissements, la salle se vide. Jean-François Roseau va aller signer des dédicaces sur des livres désormais auréolés d’un bandeau jaune Prix des lecteurs de Levallois 2017.

La fin d’une aventure collective

Les jurés se séparent, la plupart vont aller à la rencontre des auteurs qu’ils ont lu et de tous ceux qu’ils veulent découvrir, nul doute qu’ils sauront parler de leur plaisir de lecteurs à chacun des auteurs de la sélection et sous le sceau du secret, peut-être leur confieront-ils :

Vous étiez mon préféré…

Nous voici donc parvenus au terme de cette fascinante aventure dont les héros, 12 jurés et 9 romans ont, le temps d’une saison, mis le roman historique à l’honneur. Merci à ce jury 2017, qui, comme ceux des précédentes années, nous a émerveillé par sa qualité d’écoute, de dialogue, d’analyse, mais aussi par sa générosité, sa complicité, sa sincérité et sa totale implication en littérature. Toutes nos félicitations et notre admiration vont évidemment à Jean-François Roseau ainsi qu’aux huits autres romanciers sélectionnés : grâce à eux tous, nous avons vécu des moments historiques et mémorables avec le jury 2017.

Comme le veut la tradition de cette saga du Prix des lecteurs de Levallois, le mot de la fin revient aux jurés. Voici ce qu’ils avaient dit, il y a quelques mois,  du roman primé :

Une très belle surprise

Nul doute que cette expression s’applique à chacun des neufs romans de la sélection 2017  !

Liseur remercie tout particulièrement les 12 jurés 2017 pour leur participation active à la réalisation et à la production de la saison 3* de la saga du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois  : inspiration, mise en scène, dialogues, décors et costumes 🙂

* Saisons précédentes  en 2015 et 2016.

Les 9 romans candidats au Prix des Lecteurs de Levallois 2017 vus par des booktubers

26 Fév

D’ici quelques heures sera révélé le lauréat du Prix des Lecteurs de Levallois 2017 du 6ème Salon du Roman Historique. Pour vous présenter les 9 romans historiques lus, relus, décortiqués et analysés par le jury, certains jurés se sont prêtés à l’exercice du booktube (présentation de coups de cœur et conseils de lecture diffusés via Youtube) : écoutez-les, ce sont eux qui en parlent le mieux 🙂

Et si des vocations de booktubers sont nées, l’Histoire nous le dira !

Vidéos réalisées par Libfly, réseau social de lecteurs (nouvelle fenêtre) partenaire du Salon du Roman Historique de Levallois.

Petit rappel des titres en lice :

Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, vote final

22 Fév

L’ultime réunion du jury du Prix des Lecteurs de Levallois a eu lieu à La Médiathèque  ! La tension était à son comble puisqu’il s’agissait de choisir LE roman historique lauréat du prix 2017 remis lors du 6ème Salon du Roman Historique, ce dimanche 26 février. Au terme de débats, hésitations, alliances et retournements, un roman et son auteur ont été choisis, marquant ainsi la fin de la mission de nos jurés.

Toutefois, leur tâche n’est pas complètement terminée : d’ici quelques jours, l ‘un d’eux se fera le porte-parole de leur expérience commune de jury lors de la cérémonie de remise du prix en présence du président du salon 2017, Yasmina Khadra (voir notre article sur Liseur).

Jury du Salon du Roman Historique 2017Mais ce soir, l’heure est au scrutin… Nos 12 jurés sont installés, livres devant eux, notes manuscrites à portée de main ou petits cahiers et blocs, voire dossiers débordant de documents. Les visages sont sérieux, à la hauteur de la gravité de leur mission.

Dès l’installation autour de la grande table, on note des regroupements par affinités et/ou complicités littéraires autour d’un même livre. Cette disposition spatiale se révèlera utile lors des tours de vote, permettant le soutien à son parti, le ralliement,  voire la harangue finale avant les opérations de vote…

Petit panorama des livres candidats

Dans un premier temps, chacun des livres est repassé au crible. Avec quelques minutes sur chaque roman, le message se doit d’être efficace et synthétique. Pourtant très apprécié lors du premier débriefing de lectures, le premier livre éveille peu de réactions : un silence poli s’établit autour de la table jusqu’à ce que l’une se lance, prête à défendre son numéro 1 :

Une très belle sensibilité, une biographie pas écrite sous forme de biographie… L’histoire d’amour était belle.

Et voilà, on parle d’amour et les langues se délient…

Je l’aime toujours, et même maintenant que j’ai lu tous les autres !

Mais qui aime bien châtie bien, nous l’avions noté précédemment et le proverbe à nouveau se vérifie quand on passe au roman suivant, qui malgré une thématique assez semblable, amour/artiste/muse, se voit fustigé par un cri du cœur :

– Oh celui, là , c’est le versant négatif du précédent… Oh non, c’est horrible de dire ça, se reprend la jurée gênée en posant une main sur sa bouche.

– En tous cas, il n’est pas assez roman historique, la soutient une autre aussitôt rejointe par d’autres voix qui tonnent contre…

– On passe ?

– Oh oui, clame cette fois un véritable chœur de jurés.

Au troisième titre,  quelque chose se modifie imperceptiblement dans les attitudes : ici, un geste, là un regard, ailleurs un éclat de rire… Comme s’il fallait un peu de temps pour être à l’aise et accepter qu’après cette soirée, plus rien ne sera comme avant : un verdict sera tombé, hissant en haut du podium un seul et unique élu. Lourde est ce soir la responsabilité de nos jurés… Mais petit à petit, tout comme la parole s’est libérée, les corps s’autorisent à se détendre  : de sagement appuyés sur le dos de leurs chaises, voici que les bustes s’avancent ou reculent selon l’assentiment ou le rejet, que les têtes se hochent, les mains s’écartent, et les bras se lèvent. On verra même une jurée mimer un arrondi de bras valsant en parlant de ce roman qui l’a emportée …

Vous l’avez compris, au 4ème livre candidat, ça commence à s’agiter sérieusement autour de la table. Cette tendance au mouvement se confirme au livre suivant avec des mains qui se rejoignent sur les cœurs et des airs extatiques (bon j’exagère un peu 🙂 ):

Je le trouve formidable avec tous ses défauts.

« Il laisse des traces quand on le referme ». Voilà un argument que nous n’avions pas encore entendu au cours des débats. Et qui remporte aussitôt l’adhésion des partisans de ce roman, soit une bonne demi douzaine de jurés. Ne croyez pas pour autant que ce soit là un indice des intentions de vote…

En tout cas c’est un livre qui ne laisse pas indifférent, à tel point que l’une confie :

J’ai accompagnée l’héroïne, j’ai dormi avec elle pendant deux jours.

Raccourci dont le sous-texte est sans doute : « je  n’ai pas pu le lâcher pendant deux nuits ». À moins que l’on ne nous dise pas tout de l’intimité qui se crée entre lecteur et auteur ?

Comme lors de la précédente réunion, le roman suivant s’avère particulièrement clivant : on l’adore ou on le déteste.

– Alors ? demande une jurée en se penchant vers une autre dont l’opinion clignote « favorable » depuis le début de la soirée. Car pour cette dernière, ce roman DOIT gagner : « il est abouti, attachant, déroutant puis cohérent, et son auteur bluffant ».

– Bon puisqu’on me le demande, je vais vous faire de la propagande ! dit-elle en réponse à ceux qui la pressent de défendre son champion. S’ensuit une critique louangeuse du livre aimé qui se termine par ces mots : « un grand merci à l’auteur ».

Remerciements que cette jurée pourra adresser en direct à son auteur fétiche dès dimanche prochain !

D’autres supporters de ce livre acquiescent, en rajoutent tandis que la grogne monte du côté des opposants… Renversement de tendances au livre suivant qui déclenche éloges et sourires de satisfaction d’un côté de la table tandis que de l’autre bord,  l’opposition fait bloc…

Surprises d’un scrutin historique

Au moment de passer au vote, la configuration du peloton de tête semble à peu près claire pour tout le monde : deux/trois titres feront certainement partie des finalistes.

Allez, c’est parti !

Dès que les premiers bâtons s’alignent sur le tableau, tous les regards se figent dans sa direction  : le taux de participation est de 100 %  🙂 et les votes blancs ne font pas partie des règles. Mais à la moitié des opérations de dépouillement, surprise : tous les titres (ou presque) sont à égalité.

C’est vachement réparti ! On va être ici longtemps !

Tout à coup, le scrutin bascule… et ce premier tour, dont l’issue semblait quasi certaine, déjoue alors tous les pronostics, devenant presque contraire à ce qui  se dégageait des récentes discussions. Ainsi des titres promis à un avenir victorieux, ou au minimum à celui de sérieux challenger, se voient éliminés dès le premier tour. Stupéfaction et étonnement parmi jurés et scrutateurs…

Mais autour de cette table, à force de lire des romans historiques, on sait tirer les leçons de l’Histoire  ! Et l’on sait aussi que les chiffres sortis de l’urne, en l’occurrence d’un chapeau, sont parfois à contre-courant de ce qui était prévisible… Toutefois ces premiers résultats témoignent d’un jury divisé, et peut-être même d’une véritable fracture.

Biographie, fiction, réalité, faits, Histoire, où sont les frontières ? Ces interrogations sur l’essence même du roman historique relancent les débats jusqu’à ce que l’un tranche :

 C’est là où çà montre toute la puissance du roman, quand on ne peut faire la part de la fiction et de la réalité historique.

Et on repart : un deuxième tour s’engage. On note des apartés, des tentatives de rediscussion, de négociation voire de reports de voix 🙂

Ensuite ça chauffe car on se dirige clairement vers un troisième tour… des mains levées, d’autres sur les bouches, des gestes pacificateurs, des sourires en coin, soulagés ou inquiets. Ensuite écoutez. Les dialogues donnent le ton :

– J’hésite…

– Moi j’hésite pas du tout.

– Là c’est très douloureux.

– On peut copier sur son voisin et sa voisine ?

– Waa, on va être surpris…

– Mais on va pas lâcher, hein ?

– Ah ? Il se détache, oh mais c’est fou,  qu’est-ce qui se passe  ?

– Ah c’est serré …

– Hey, mais je suis seule à défendre mon livre ?

– Y’a une erreur quelque part !

– Ohlala il remonte !

– Oh la vache !!?!

Vous l’aurez compris un roman vient de remporter la victoire.  On se lève, on applaudit, on rit. Mais comme dans toute élection,  il y a des déceptions, des épaules tombantes, des visages tristes.

– Je suis embêtée. J’aimais beaucoup l’autre…

– Ah c’est dur la vie.

Et c’est sur ces paroles douloureusement existentielles que se termine la soirée : ravis ou déçus, tous les jurés se remettent ensuite de leurs émotions autour d’un petit en-cas.

Pour connaitre le lauréat du Prix des Lecteurs de Levallois de l’année, il vous faudra attendre encore un peu. N’essayez pas de corrompre le jury, ni vos bibliothécaires, ni encore moins l’équipe de Liseur : le secret sera gardé jusqu’à la dernière minute… soit 14h45 dimanche 26 février. D’ici là, vous pouvez toujours essayer de trouver des indices dans les précédents épisodes de La Saga des jurés du Prix des Lecteurs de Levallois 2017  : 1, La cuvée 2017 est arrivée, 2, Premières lectures et 3, Dernières lectures et faire votre propre palmarès parmi les titres de la sélection 2017 à retrouver sur le site du Salon du Roman Historique (nouvelle fenêtre). L’Histoire dira si votre pronostic était le bon  🙂

Et si la surprise est au rendez-vous, empruntons le mot de la fin  à l’un de nos jurés et détournons-le un peu en remplaçant le mot Héros par Lauréat 🙂

Finalement un héros, ça se programme pas !

Lire la suite des aventures du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017 dans Booktubers.

Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, dernières lectures

31 Jan

Un soir de janvier, douze intrépides lecteurs de romans historiques ont bravé le froid et la nuit  pour participer à la troisième réunion du jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017.  Au programme de cette soirée animée : cinq romans décortiqués, des coups de coeur, des passions mais aussi des déceptions, des frustrations et une ébauche de palmarès…

Tout d’abord, rendez-vous bien compte du challenge que représente la mission de nos jurés : depuis leur dernier rendez-vous en décembre, ils ont, entre la dinde, le sapin et les étrennes, dévoré plus de 2100 pages… Futurs candidats au jury des années à venir, soyez donc conscients que la lecture de romans historiques n’est pas une activité de tout repos et que la pression est forte… Nos jurés 2017 mesurent d’autant plus l’importance de leur tâche que l’échéance fatidique approche : le vote final ! Celui par lequel ils vont devoir déterminer en leur âme et conscience quel est le meilleur roman historique de la sélection et quel sera l’auteur qui, grâce à leur lecture attentive, recevra le prix 2017.

Mais n’anticipons pas…

Des romans en deux temps

Dès le premier titre évoqué, la dualité semble être un des maitres mots des discussions de ce soir. On la repère au niveau de certains personnages qualifiés d’ambivalents, ambigus ou à deux identités, ou au niveau de l’intrigue avec deux trames qui se rejoignent à la fin, ou encore dans la composition même du roman : avant-après, aujourd’hui-hier, ici-ailleurs, vison d’enfant-regard d’adulte ou encore effet miroir à 100 ans d’intervalle. Le sujet même peut être scindé en deux : « info ou intox ? » nous dit-on pour un des titres qui mêle rumeur historique et grande Histoire.

« La première partie ajoute du sens à la partie historique ». « On a l’impression qu’il y a deux romans en un » – et c’est un compliment- mais il y a « une trop grande césure, on s’attache aux personnages et après on est déçu de pas les retrouver », explique une jurée.

Ainsi attention, le résultat n’est pas toujours à la hauteur de l’effet attendu. Et ce, même quand l’écriture suit ce tempo en se différenciant d’une partie à l’autre comme pour ce roman où un juré nous dit :

Un style dense dans la première, mais une espèce de rédaction poussive dans la deuxième…

Écoutez plutôt les commentaires sur ces constructions d’intrigue en deux parties dont le rythme, hélas, ne fonctionne pas toujours à la lecture.

Cela n’a pas du tout résonné en moi. Je n’ai pas fait le lien entre les deux histoires. Il m’a manqué la transition.

Cela peut même s’avérer déstabilisant pour certains jurés :

Ça m’a laissé un pied en l’air…

Ce que reformule une autre jurée de façon moins dansante :  » le mélange ne marche pas ».

Mais comme on pouvait s’y attendre, tout ceci est une question de sensibilité personnelle et d’équilibre, car si pour l’une tel roman est « un fouillis inextricable » dans lequel elle s’est perdue et, selon ses termes, a « pataugé », l’autre trouve que « passer du coq à l’âne tend la lecture »… Alors comment trancher ?

L’histoire qui est dans nos gênes

On s’attache alors à l’essence même du roman historique. Et les débats prennent des accents macbethiens :  to be roman historique ou not to be ?

Si l’un des titres « répond aux critères » et est tout de suite adoubé roman historique par la majorité des jurés, un autre ouvrage aura bien du mal à franchir le cap : « On dirait un roman policier dont on a pas les dernières pages ». Aie, ça commence mal… car le même se voit traité de « jolie histoire d’amour dans un cadre et un contexte historique ». Mais hélas, même pour cette jurée qui s’avoue très romantique, ce roman « ne serait pas à priori classé dans les romans historiques ».

Parce que « l’insertion dans l’histoire, on n’en parle jamais ! Il n’y a aucun contexte et ce n’est peut-être même pas un roman », renchérit un autre.

Ouh là là, mais qu’est-ce donc alors ?

C’est un ouvrage documenté documentaire. Et la dernière partie ne sert peut-être qu’à pouvoir dire « c’est un roman historique ».

On vous avait prévenu ! Nos jurés sont impitoyables. Mais ils sont aussi très courageux, prêts à relever tous les défis « quand j’ai vu la taille, je ne l’ai pas laché ». Et incorruptibles  : vous l’apprendrez à vos dépens si vous essayez de leur faire dire qui est le lauréat avant le 26 février prochain.

Mais quand ils apprécient, quel enthousiasme !

Historique à 400 %. Génial parce que révélateur d’un pan d’histoire inconnue.

Ainsi, parmi les constantes qui se dégagent des discussions, il semble que plus le lecteur de romans historiques apprend, plus il est content.

« C’est le livre qui m’a le plus appris ». « Extrêmement documenté ». « Hyper informatif sur les schémas humains ». « On devrait le faire lire aux enfants » tellement c’est instructif mais « uniquement sa version expurgée alors ». Car  ce livre est « une jolie façon humaine de découvrir une horreur », précise un autre juré.

Comme lors de la précédente rencontre, il sera question de la « modernité de situations qui appartiennent au passé et qui se répètent ». Mais aussi de cette histoire que nous ne connaissons pas, de secrets ou de voiles soulevés sur certaines périodes. On parle aussi d’histoire familiale,  « c’est ma famille ! » crie une jurée,  de psychanalyse,  de « bouleversement et de désintégration », de « socle culturel », de filiation, de « vérités très dures mais bonnes à dire », de la « symbolique du 17 juin » et de « l’histoire qui est dans nos gênes et qui ressort »…

Bref de tout ce qui nous constitue notre histoire individuelle et notre mémoire collective et que les romanciers réussissent à entrelacer dans ces fictions sur fond d’Histoire.

L’attention à l’écriture

Plate, sobre, imagée, laborieuse ou épique, l’écriture ne laisse pas nos jurés indifférents. Elle provoque des passions :  « J’ai adoré sa manière d’écrire », « ce sont des mots fabuleux ». Elle déclenche des réactions épidermiques : « scotchant », abrupt », « rude »,  « violent » et « coup de poing ». Elle fait corner des pages et remonter le temps ou l’espace :   « écrit à l’ancienne »,  « plongée dans les  1001 nuits », « du Pagnol ! »

– Trop lyrique ! dit une jurée presque décue. J’ai décroché, il était si bien parti ! D’habitude je deviens le personnage. Mais là j’ai eu du mal à rentrer dedans…

– Trop de dialogues, pas assez de narration, confirme un autre. On dirait une rédaction d’un élève de première (avec tout le respect que nous devons aux futurs bacheliers 🙂

Si elle peut s’avérer décevante, l’écriture peut aussi transporter.  « Émouvante dans ses excès », il arrive même qu’elle bouscule, « percute »,  évolue et réussisse à tisser des liens intimes avec son lecteur. « J’ai beaucoup aimé la proximité, cette façon d’impliquer et d’interpeller celui qui lit ». « On a l’impression que le livre est en construction devant nous ».

Au style, certains jurés associent des atmosphères « on se croirait dans la cuisine de femmes orientales »,  des images  » les amoureux de Peynet » ou d’autres, des films, en remarquant  « une belle scène d’ouverture comme au cinéma » ou un roman qui pourrait être « Le coeur des  hommes revu et corrigé ». On établit des liens, des points communs, des oppositions d’un livre à l’autre « ce que j’ai apprécié, c’est l’éclairage d’un rebelle. Qui est l’opposé du héros du précédent (roman) ». Un début de classement pour le vote final peut-être ?

À la fin de la soirée et peut-être la faim aidant, malgré les apéricubes sur la table, le vocabulaire et les métaphores évoluent dans les discussions. Écoutez plutôt :

– J’ai été fascinée par toute cette nourriture historique.

– Elle (l’auteur) aurait dû en garder pour le deuxième ! Elle met tout dedans.

– C’est difficile à digérer.

– Le langage est cru.

– Je l’ai lu ligne par ligne, mot par mot, je me suis gavée de ce bouquin.

Intentions de vote

Avant de se séparer, un rapide tour de table donne la tendance : des romans ex æquo, des outsiders, des recalés. Mais chacun sait que sondages et intentions de vote ne sont pas toujours annonciateurs du résultat final et que l’on peut être surpris… Ainsi, tout peut encore évoluer d’ici la prochaine fois. Mais une chose est sûre, le livre gagnant sera :

Le meilleur. Un vrai roman historique avec l’Histoire avec un grand H.*

*Comme toujours, la dernière phrase de cet article est empruntée à un de nos jurés que nous remercions.

Retrouvez le précédent épisode de notre saga avec Le jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017, premières lectures. La suite est à lire sur Liseur avec Vote final, les romans de la sélection présentés par des booktubers avant le dénouement le 26 février 2017 lors de la remise du Prix des Lecteurs de Levallois au lauréat !

Jury du Prix des lecteurs de Levallois 2017 : premières lectures

17 Jan

Peu avant Noël, étaient réunis à La Médiathèque les jurés du désormais célèbre Prix des Lecteurs de Levallois. Ce soir-là, quatre romans ont été passés au crible par nos critiques littéraires enthousiastes… ou un peu moins. Mais, quelles que que soient les opinions, la tonalité générale de la soirée était littéraire et passionnée.

La modernité redoutable du roman historique*

Dès le premier livre évoqué, il est question de l’actualité des romans historiques. De cette histoire ancienne qui fait écho à la nôtre, de préoccupations du passé qui restent celles du XXIe et qui impliquent le lecteur d’aujourd’hui.

Même si l’histoire du texte se passe dans les années 1630, ce pourrait être « un roman d’actualité politique sociale ou religieuse ». « Oui, c’est une lutte de pouvoir », mais c’est surtout « le récit d’un opportunisme politique » (Diantre ! Voilà une notion qui traverse les âges et les époques…), mais de facon plus dramatique il s’agit « de la destruction d’un être et des dérives du fanatisme ». Autour de la table, on parle aussi « d’instrumentalisation d’une situation et d’une personne ». Autant de sujets qui continuent à résonner dans l’actualité de notre époque, non ?

S’ils sont attentifs à cet écho de la fiction dans le réel d’aujourd’hui, nos jurés sont aussi très sensibles au rendu du contexte historique. Ainsi, pour chacun des romans, la place de l’Histoire (la grande) est analysée : elle fait en effet partie des critères nécessaires pour devenir un bon roman historique, mais pas suffisants.

Car attention, si l’on se rapproche trop de la stricte réalité historique, ça ne marche pas, nous dit un autre juré :

ce roman, c’est la vraie histoire mais ce n’est pas un roman historique.

Aussi la question qui revient plusieurs fois au cours de la soirée est : le contexte historique est-il suffisamment présent dans ce roman ? Comment est-il montré ? Chaque auteur a sa technique : l’un « utilise le parler de l’époque », l’autre a réussi à « faire revivre une époque uniquement par de petits détails du quotidien ».  Mais ce contexte est-il suffisamment fort pour ne pas être éclipsé par la petite histoire ou les éléments fictionnels ?

« Parfois il manque des éléments pour comprendre « , confirme un juré perplexe.

Il s’agit donc d’un équilibre subtil entre réalisme, Histoire et fiction, ce qui ne manque pas de susciter des comparaisons entre les romans de ce soir :   » dans celui-là, il y a peu l’environnement historique », « il n’y a même aucun contexte mais par rapport au premier, c’est le grand écart dans la veine historique. »

Lire un roman historique serait-il savoir faire preuve de souplesse ?

Des critères d’évaluation très personnels

Au fil de la rencontre, il est clair que chacun a construit ses propres critères d’évaluation et d’analyse, qui vont parfois bien au delà de la grille académique remise dans la musette de nos jurés. Et ce soir, ils nous les font partager.

Moi, c’est est ce que j’ai envie d’aller me documenter ? D’aller creuser plus loin ?

Cette méthode est aussi utilisée par une autre jurée qui, elle, avoue « ne pas être allée jusqu’à ouvrir un atlas ». Mais est-ce une bonne ou mauvaise nouvelle ? Car visiblement pour ce roman, le jugement a été la condamnation à l’oubli puisque cette lectrice a refermé le livre pour ne plus y revenir.

Au gré des interventions, on remarque des critères d’évaluation à portée altruiste, visant à faire partager son enthousiasme autour de soi  « Je l’ai recommandé à 15 personnes déjà », et des méthodes d’analyses plus personnelles, comme ne pas tout lire :  « j’ai sauté des pages, c’est une preuve ». Ou encore une implication dans sa lecture au point de se transformer :  « j’étais chacun des personnages, c’était comme au cinéma ».

Bref,  chacun tente de trouver d’autres moyens d’analyse  : via son mode de lecture (d’une traite, impossible à finir, par épisodes) ou via ses réactions (passion, rejet, partage)  …

Évidemment, c’est là où on se met à parler émotions, sentiments, ressentis.

Ce livre laisse un sentiment assez difficile, dérangeant, un peu déstabilisée. Un roman qui ne laisse pas indifférent. J’ai vécu une histoire d’amour incroyable. Les personnages m’ont rendue très triste.

Amour, passion, haine, attachement, autant de mots qui reviendront souvent autour de la table. Les gestes de certains s’associent aux déclarations d’adhésion ou de rejet : bras croisés défensifs, recherches de preuves dans ses notes de lecture, mains ouvertes pour appeler au partage de son avis, livres tendus à bout de bras, ou romans tendrement posés sur le coeur. À nouveau, la question cruciale de l’équilibre revient : « fascination répulsion, on retrouve l’excès dans les deux sens », dit l’une, idée que traduit différemment une autre jurée avec un paradoxe méritant réflexion :

j’ai beaucoup aimé principalement parce que je pensais détester.

On parle aussi de sensualité, de  « l’oeil du peintre » mis en mots,  de  « style alerte qui se lit bien », ou d’une « écriture académique et très belle », « une écriture qui ajoute des touches »…

La construction des romans sera à son tour disséquée : « une montée en puissance au fil des pages »,  « un mélange d’enquête et de récit », « une narration très moderne », « des révélations par bribes » ou encore « une construction complexe enrichissante, miroir de la construction politique ».

On se fait nous-même notre opinion.

Quel beau compliment pour l’auteur que celui de savoir laisser la place à son lecteur !

Le débat sur le style dérive avec cet étrange dialogue, qui ne manque pas de saveur poétique. Écoutez plutôt :

-Il y a le plaisir de la langue verte…

-Mais elle n’est pas très verte !

-C’est tout ce qui a mis du piment.

-C’est très enlevé ?

Vous l’aurez compris, la littérature historique, ca peut faire de l’effet !

Surprises d’un premier tour de table

Plusieurs fois au cours de la soirée, les jurés nous surprennent : ils ne sont pas là où on les attend ! Celui qu’on imaginait cartésien adore un livre qui parait sans queue ni tête à beaucoup d’autres, celui-là est tombé sous le charme d’une page entière faisant l’éloge des fils électriques (il cite même le numéro de cette page que chez Liseur, nous avions aussi cornée), d’autres font des références à des romans ou genres de littérature qui ne nous seraient pas forcément venus à l’esprit. Ainsi pêle-mêle seront évoqués Les oiseaux se cachent pour mourir, Les vestiges du jour ou encore les romans de John Le Carré…

Mais surtout n’allez pas croire qu’un consensus tiède régnait autour de la table. Nos jurés ont prouvé qu’ils aiment débattre et se confronter à des avis différents. Car s’ils savent être louangeurs, ils sont aussi de sévères critiques  : l’auteur « aurait pu s’abstenir de scènes qui n’en finissent pas ou encore « toute la première partie n’en finissait plus. C’est tellement rebattu ». « Moi j’ai commencé à m’y intéresser au milieu du livre… » . « Ca tourne un peu en rond. L’histoire en elle-même n’est pas passionnante ».

Saupoudrage, zapping, biographie romancée lénifiante, manque de souffle, écriture plate… aucun épaisseur ni densité, ca manque de gravitas…

Bien qu’il soit désormais prouvé que les sondages ne sont pas révélateurs du résultat final d’une élection, une première estimation de vote a permis de dégager une constante déjà remarquée les années précédentes : ça va se jouer serré  🙂

Deux rencontres restent pour déterminer qui sera l’heureux lauréat du Prix des Lecteurs de Levallois le 26 février 2017. Dici là, des lectures, des tendances, des revirements et certainement beaucoup de bonnes surprises. Comme le veut la tradition de la Saga du Prix des Lecteurs de Levallois (lire notre précèdent épisode La cuvée 2017 est arrivée), le mot de la fin revient à nos jurés :

Je l’ai lu d’une traite et j’espère qu’il y en a d’autres comme ça !

*L’expression « La redoutable modernité du roman historique » est empruntée à un de nos jurés : merci pour cette jolie formulation !

BONUS : le site du Salon du Roman Historique de Levallois 2017 (nouvelle fenêtre) est en ligne !

Lire la suite des aventures du Jury du Prix des Lecteurs de Levallois 2017 dans Dernières lectures.

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