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Goncourt d’avant, que sont-ils devenus ? (1)

30 Oct

Une semaine avant l’annonce du lauréat du prix Goncourt 2017 (nouvelle fenêtre), quelques valeureux Goncourables sont encore en lice et les pronostics vont bon train pour savoir qui sera l’heureux Goncourt 2017. Nous nous réjouissons par avance pour celui/celle qui sera l’Élu de l’année et lui souhaitons succès durable et longue vie littéraire. En pensant à son avenir, nous nous nous sommes interrogés sur la destinée littéraire, ses aléas et la trace qu’un romancier et son œuvre laissent dans le temps. Très vite, une question s’est imposée  : en 2017, qui connait encore le nom et l’œuvre des illustres prédécesseurs* du futur Goncourt de l’année ?

Que les choses soient claires :  il ne s’agit pas de déprimer le futur lauréat mais bien au contraire de l’éclairer sur les mirages potentiels de la gloire afin de le prévenir que dans 100 ans, peut-être seuls sa descendance, les archivistes du Goncourt et ce blog  – s’il devient centenaire :-)-, se souviendront de son nom et de son roman.

Pourtant que le lauréat 2017 ne s’inquiète pas :  nul ne peut tirer une leçon de la postérité puisque la littérature, comme la vie,  est riche en oublis, absences cruelles mais aussi redécouvertes et surprises, voire phénomènes de mode qui font renaître un auteur de ses cendres. Car, s’il est très vite une assurance de reconnaissance immédiate et une manne substantielle pour un auteur, le Goncourt peut aussi être aussi un phénix.

  • Note à l’attention des lecteurs qui sont allés jusque-là : afin de ne pas vous faire ici une thèse de 250 volumes sur l’histoire du Goncourt depuis sa création en 1903, nous avons choisi de nous intéresser aux auteurs lauréats du Goncourt des années finissant par 7. Voici aujourd’hui les 4 premiers.

1907  : Emile Moselly pour Terres lorraines et Jean des brebis ou le livre de la misère. Plon

À priori, peu de lecteurs de 2017 connaissent l’œuvre d’Émile Chenin (nom de plume Moselly), à part les amateurs de romans régionalistes rustiques et quelques Lorrains. Pourtant, cet auteur a eu une courte vie (1870-1918) dont la naissance et la disparition sont dignes d’un personnage de roman : né dans la BNF (son père y était gardien) et mort d’un arrêt du cœur dans le train Quimper-Paris en revenant de vacances …  Professeur agrégé de lettres classiques, il eut pour élève Maurice Genevoix à Orléans, pour  ami et soutien de son œuvre, Charles Péguy, et il écrivit une petite dizaine de romans. Mais son nom reste gravé dans les mémoires grâce au prix littéraire qui porte son nom  : le Prix Moselly (nouvelle fenêtre) qui récompense depuis 1949 une nouvelle « d’inspiration lorraine » publiée dans Études Touloises, le magazine du pays de Toul  organe de communication du Cercle d’Études Locales du Toulois (CELT).

1917  : Henri Malherbe pour La flamme au poing. Albin Michel

Critique littéraire, journaliste, directeur de la Revue des Vivants, brièvement directeur de l’Opéra comique, Henri Malherbe (1886-1958),  lieutenant blessé au combat durant la Grande guerre, fut président de l’Association des écrivains combattants : il est lui aussi à l’origine d’une distinction littéraire le Prix Henry-Malherbe (nouvelle fenêtre) : créé en 1953 et réservé à un essai. Outre le Goncourt de 17, Malherbe reçut le Grand Prix SGDL de littérature 1956 (nouvelle fenêtre) pour l’ensemble de son œuvre.

Patriotique et ardent, La flamme au poing est un roman de guerre qui fait revivre les combats à partir de l’expérience de l’auteur. Ce texte contraste avec Le feu d’Henry Barbusse, couronné par le Goncourt l’année précédente. En effet, en 1917,  il s’agit de remobiliser, de ne plus douter de la cause et de motiver les troupes quitte à noircir l’allure de l’ennemi et à mythifier  « les soldats habillés d’un bleu clair, zébré de boue blonde,  (qui) sont le ciel et le sol de France en action ».

1927  : Maurice Bedel pour Jérôme, 60° latitude nord. Gallimard

Romancier, voyageur, essayiste et docteur en médecine versé dans la psychiatrie et les obsessions, Maurice Bedel publia d’abord de la poésie sous le pseudo de Gabriel Senlis. S’il fait partie de cette génération d’écrivains marquée par les tranchées, il entamera sa carrière de romancier avec un roman sentimental. Ce roman, Jérôme 60 ° latitude nord, reçut le Goncourt l’année de sa sortie contre l’avis de Léon Daudet alors membre de l’Académie Goncourt qui lui préférait L’imposture de Georges Bernanos. Malgré son prestigieux prix, le roman de Bedel fut assez critiqué à sa sortie : on lui reprochait de plagier Morand ou Giraudoux mais surtout de porter atteinte à la réputation des jeunes filles de Norvège, pays où se situe l’intrigue amoureuse.

Quelques années plus tard, une fois les discussions et les polémiques apaisées,  Maurice Bedel devient président de la SGDL en 1948, prouvant ainsi que le monde (y compris le littéraire) est petit. Si son roman est peu lu aujourd’hui, Bedel reste dans les mémoires du XXIe siècle pour Son journal de guerre, tenu pendant les 4 ans du conflit et resté inédit jusqu’alors : il a été publié presque 100 ans plus tard et fait preuve d’une finesse d’observation et d’une lucidité étonnantes. Commencé le 1er août 1914 dans l’ivresse patriotique, il se termine sur ces mots :

Les temps sont noirs. L’horizon est barré. Il ne faudra pas que l’on croie dans cent ans que c’était gai, la Victoire.

(Saint-Avold, 31 décembre 1918).

Faux passeport d'Emile Plisnier (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) 1937  : Charles Plisnier pour Faux-passeports. Corréa

Poète, militant politique, avocat, journaliste, Charles Plisnier (1896-1952) fut le premier écrivain belge à obtenir le plus prestigieux prix français. À ce titre, il semble avoir mieux franchi les décennies que ses confrères de fortune littéraire. Plisnier fut d’abord poète, puis novelliste et romancier et reçut le Goncourt pour Faux passeports, un recueil de nouvelles, en lice avec un roman de Georges Simenon. L’histoire du Goncourt ne s’étend pas trop sur le fait qu’en raison de sa nationalité, on avait refusé à Plisnier le prix  l’année précédente (1936) alors que son roman Mariages était salué par la critique comme l’œuvre d’un nouveau Balzac.

Mais en 37, les académiciens Goncourt se rattrapèrent en primant Faux passeports ainsi que Mariages. Le sous-titre de Faux Passeports, Les Mémoires d’un agitateur, avait peut-être plus de sens qu’on n’avait voulu le voir puisqu’il a ainsi  réussi à bouleverser les frontières géographiques du Goncourt.

Grâce à ce succès, Plisnier devint membre de l’Académie de langue et de littérature françaises (nouvelle fenêtre) , l’équivalent belge de notre Académie française avec des particularités locales  : 40 membres, écrivains et philologues, des membres féminins dès 1920 et des étrangers acceptés. Une fois lauréat, Plisnier abandonna le barreau pour se consacrer au Meurtres, une saga de 5 volumes. Cette série fut adaptée en 1949 au cinéma avec un casting insolite réunissant Jeanne Moreau et Fernandel.

S’il était écrivain à part entière, Plisnier était aussi un homme engagé. Investi dès 1945 dans le fédéralisme wallon, il présida l’Union fédéraliste des minorités et régions européennes et s’avéra un défenseur précoce de l’Europe.

Comme ses confrères goncourés de 1907, 17 et 27, Charles Plisnier a donné son nom à un prix littéraire, le prix Charles Plisnier,  institué en 1959, qui fusionnera en 1963 avec le «prix hainuyer de littérature française», et c’est, depuis, le «prix hainuyer de littérature française Charles Plisnier» qui est annuellement décerné dans la province du Hainaut mais aussi à d’autres prix dont Le Prix triennal Sciences humaines et Folklore décerné par l’Association Charles Plisnier (nouvelle fenêtre) créée à la mort de l’écrivain avec pour mission de « promouvoir la francophonie, langue et cultures ».

De ces quatre Goncourts d’avant-guerre, Plisnier fut le seul à être proposé pour le Nobel de littérature en 1952. Hélas pour lui, c’est un Français, François Mauriac, qui reçut cette reconnaissance internationale.

Outre sa qualité littéraire, c’est peut-être une des raisons qui font que son œuvre continue à être éditée en 2017, lue et disponible, notamment en livre numérique (nouvelle fenêtre) sur le site de votre médiathèque préférée.

Sources utilisées pour cet article :

Bihr Alain, « Bedel M., Journal de guerre 1914-1918 », dans revue  Interrogations , N°17. L’approche biographique, janvier 2014 [en ligne], http://www.revue-interrogations.org/Bedel-M-Journal-de-guerre-1914 (nouvelle fenêtre)

Site de l’ Académie Goncourt (nouvelle fenêtre)

Site de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (nouvelle fenêtre)

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Les bonnes tables où se décernent les prix

5 Nov
Au mois de novembre, se termine officiellement la période dite de rentrée littéraire. Comme celle de la chasse, cette clôture se célèbre autour d’un bon repas, tradition bien française qui fait se rejoindre esprits et estomacs pour récompenser les bonnes œuvres.  Les prix littéraires 2014  célèbrent  originalité, audace, talent, travail et exigence. Des qualités appréciées autant en littérature qu’en cuisine.

 

La saison des prix littéraires débute à l’Académie française avec son Grand Prix du Roman qui a été déterminé en séance privée le 30 octobre : tradition oblige, c’est à l’heure du goûter qu’a été révélé le lauréat. A savoir Adrien Bosc pour Constellation qui sera convié à discourir lors de la séance publique des Immortels du mois de décembre . Ne doutons pas que tout cela finisse autour d’un bon repas quai de Conti, même s’il n’est ni commode ni bienséant de passer à table avec une épée.

Le Femina se déguste habituellement au Crillon :

Honneur aux dames ! Mais ce 3 novembre, celles du Prix Femina n’ont pas pu déjeuner à l’Hôtel de Crillon (en travaux jusqu’en 2015) où elles avaient jusqu’alors leur couvert mis. Les papilles heureuses de ce jury exclusivement féminin se sont ainsi réjouies au très privé cercle Interallié, pour remettre ce prix à  Yannick Lahens pour Bain de lune.

En 1904, 22 femmes de lettres, emmenées par la poétesse Anna de Noailles, avaient choisi pour leur première réunion l’Hôtel des sociétés savantes, devenu Maison de la recherche, pour y décerner ce prix transgressif et contestataire appelé jusqu’en 1919 le Prix de la Vie heureuse.  Dès l’origine, ce prix a pour vocation la découverte de jeunes talents et veut lutter contre la faible représentation de la femme dans un milieu littéraire plutôt masculin. Critères que ne renieront pas les dames du monde de la cuisine, même si comme ailleurs une mixité relative s’y installe…

Le Médicis, saveurs de Méditerranée :

Le lendemain, 4 novembre, le Prix Médicis, né en 1958, après avoir beaucoup changé de table jusqu’à partager longtemps celle du Femina au Crillon, s’est dégusté au Méditerranée, place de l’Odéon : Antoine Volodine y a reçu  son prix pour Terminus radieux supplantant   Laurent Mauvignier et Eric Reinhardt, autres favoris sur ce prix.

Le Goncourt et le Renaudot, fidèles à Drouant :

Aujourd’hui 5 novembre, c’est chez Drouant, place Gaillon, où les dix membres de l’Académie Goncourt se réunissent chaque mardi depuis 1914, que le prestigieux prix Goncourt a été décerné à Lydie Salvayre pour Pas pleurer. Cette année, pour la première fois, la lauréate a pu, entre deux plats, se délecter des mots écrits par les jurés eux-mêmes en hommage à la cuisine composée par Antoine Westermann.

Antoine Westermann BlogA la table d’à côté, chez Drouant, la cuisine du chef étoilé a certainement consolé David Foenkinos, peut-être déçu de ne pas avoir le Goncourt, mais doté depuis  la fin du repas,  du non moins prestigieux prix Renaudot pour Charlotte.

Le prix Renaudot,  issu de l’association de solides appétits* et d’un certain sens de l’humour, a été créé en 1926 par des journalistes et critiques littéraires impatients et énervés d’avoir à attendre les décisions d’un jury Goncourt tumultueux et en pleine digestion. Jury du Goncourt qui, lui, avait déjà déjeuné, alors que dix jeunes journalistes en l’attente des résultats pour rédiger leur article, patientaient autour d’une table à la Fontaine Gaillon à côté de Drouant.

Et pour finir, Lasserre ou Wepler ?

Quelques jours de diète avant que le prix Interallié ne soit décerné  le 20 novembre.  Ce prix de journalistes  est remis chez Lasserre à l’auteur d’un roman écrit par l’un des leurs.  Comme chaque année, le lauréat de l’année précédente, à savoir  Nelly Allard pour Moment d’un couple (2013)  partagera leur repas et leur annonce. Avant cette date, le 10 novembre aussi, c’est à la Brasserie Le Wepler, place de Clichy, que sera remis le prix WeplerFondation la Poste, prix né en 1998  d’un désir de rompre avec les traditions et alliances classiques de l’édition.

Voici donc un début de mois chargé pour les estomacs des jurés et des lauréats, auxquels on ne peut que souhaiter de belles découvertes gustatives et littéraires.

* Comme nous étions jeunes et dotés d’un solide appétit  : emprunté à un des fondateurs du prix, Georges Charensol parlant de la création du Renaudot en 1926, dans son livre D’une rive à l’autre.

Les prix littéraires 2013

20 Nov
  • Goncourt

Pierre Lemaitre remporte le prestigieux prix Goncourt avec Au revoir là-haut (Albin Michel).

Le Goncourt de la biographie est pour Pascal Merigeau avec Jean Renoir (Flammarion), qui retrace l’histoire et le siècle des passions du grand cinéaste.

Le Prix de la nouvelle est attribué à Fouad Laroui pour L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine (Julliard). Avec humour, l’auteur y dépeint le sort de jeunes marocains qui peinent à trouver leur place.

Le Goncourt des lycéens revient à Sorj Chalandon pour Le quatrième mur (Grasset).

  • Femina

Leonora Miano reçoit le  prix Fémina 2013 pour La saison de l’ombre (Grasset), un roman original sur la traite négrière.

C’est Richard Ford qui est récompensé par le Fémina du roman étranger avec Canada (Editions de l’Olivier), déjà coup de cœur des libraires. Ce grand auteur américain signe un roman initiatique, intense et émouvant.

Jean-Paul et Raphaël Enthoven reçoivent le prix Fémina de l’essai avec Le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust (Plon).

  • Renaudot

Yann Moix remporte le Renaudot avec Naissance (Grasset).

Le Renaudot de l’essai couronne Gabriel Matzneff  pour Séraphin c’est la fin (La Table Ronde), qui aborde des thèmes récurrents de notre époque avec un livre dérangeant et stimulant.

  • Médicis

Le prix Médicis est pour Marie Darrieussecq avec Il faut beaucoup aimer les hommes (POL), l’histoire d’un couple mixte, où elle joue du roman à clé qui mêle réalité et fiction.

En mer de Toine Heijmans reçoit le Médicis étranger. Cet écrivain néerlandais joue merveilleusement avec nos nerfs, tout en finesse.

Le Médicis de l’essai récompense Svetlana Alexievitch avec La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (Actes Sud).

  • Roman FNAC

Julie Bonnie pour Chambre 2 (Belfond) a remporté à la fin de l’été, le prix du roman Fnac.

  • Prix Interallié

C’est Nelly Alard pour Moment d’un couple (Gallimard)

  • Prix Décembre

Maël Renouard : La réforme de l’opération de Pékin (Payot-Rivages)

  • Prix de Flore

Monica Sabolo : Tout cela n’a rien à voir avec moi (Lattès)

Tous ces documents sont disponibles à la Médiathèque de Levallois, bonne lecture !

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