Tag Archives: Roman historique

En attendant le Salon du Roman Historique de Levallois : une sélection de romans historiques !

6 Fév

Pour vous faire voyager dans le temps, et avant de rencontrer les romanciers présents pour l’édition 2020 du Salon du Roman Historique de Levallois (nouvelle fenêtre), voici pour tous les amateurs de romans historiques une  sélection faite pour vous. Dans chacun des romans présentés ici, vous retrouverez le même personnage aux multiples visages : l’Histoire. Du Moyen Âge au siècle dernier, elle sait s’y prendre pour obtenir le premier rôle, qu’elle interprète toujours avec brio !

Le temps des cathédrales

Le Moyen Âge semble être une source inépuisable d’inspiration. Après avoir engendré des classiques, à l’image de la légende du roi Arthur, (nouvelle fenêtre) il continue d’inspirer nos auteurs les plus contemporains. Avec Les piliers de la Terre (nouvelle fenêtre), le romancier Ken Follett s’est taillé à coups d’épées un nouveau succès, qui prend place dans l’Angleterre du XIIe siècle.

Par ailleurs, en historiens confirmés ou simplement passionnés, les auteurs de livres aux décors médiévaux s’intéressent beaucoup à la question religieuse : ainsi Frédéric Gros en narrant le cas du curé Grandier soupçonné d’abuser de ses fidèles dans les Possédées (nouvelle fenêtre) et Aline Kiner en s’interrogeant sur le rôle qu’une chrétienté féroce réserve aux femmes dans La nuit des béguines (nouvelle fenêtre).

Mais le Moyen Âge n’est pas qu’une époque entièrement sombre, traversée par les luttes pour le pouvoir et le maintien de la chrétienté. Citons encore deux bons livres, un plutôt sensuel, qui nous transmet un peu de la magie médiévale : Le Bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin qui est chargé des mille odeurs décrites avec finesse qui accompagnent le pèlerinage d’un pêcheur de carpes dans l’empire du Japon, tandis que Jean-Christophe Rufin nous charme avec un texte précis et vertigineux sur Jacques Cœur et son génie mercantile : Le grand Coeur (nouvelle fenêtre)

 

La Renaissance 

Le roman historique réussit à Ken Follett, et il aurait tort de se limiter au temps des cathédrales !  Une colonne de feu (nouvelle fenêtre) déploie ainsi le talent du romancier sur fond de guerres de religion, dans une intrigue située quatre siècles après Les Piliers de la terre. Ce sont ces mêmes guerres et l’obscurantisme qu’elles charrient que critique Zénon, héros humaniste de Marguerite Yourcenar  dans L’œuvre au Noir (nouvelle fenêtre). Cet humaniste incarne un esprit libre et éclairé dans une époque de basculement, pivot entre le Moyen Âge et les Temps Modernes, qui verront aussi le monde s’étendre au-delà de l’Atlantique, jusqu’au Mexique raconté par Alexis Jenni dans La conquête des îles de la terre ferme (nouvelle fenêtre)

Du côté du vieux continent, le protestantisme fera son chemin. Dans sa version puritaine, il Inspirera pour son premier roman Jessie Burton, par le biais d’une maison de poupée amsterdamoise décrite dans Miniaturiste  (nouvelle fenêtre) qui restitue avec précision le « Siècle d’or néerlandais », les riches marchands qui l’ont bâti et qui ne sont pas à l’abri de lourds secrets…

Le siècle des Lumières

En 1715, la monarchie ne s’essouffle pas encore mais l’homme sous la couronne voit apparaître la mort. Ève de Castro imagine ainsi dans Nous, Louis Roi (nouvelle fenêtre) le regard que porterait le Roi Soleil sur son règne en cet instant crucial. Les rois succèdent aux rois, c’est donc un jeune Louis XV endeuillé que l’on retrouvera dans L’échange des  princesses (nouvelle fenêtre)  Son régent Philippe d’Orléans complote pour conserver l’exercice du pouvoir par le biais d’un accord avec l’Espagne : un fait historique véridique et un prétexte parfait, utilisé par Chantal Thomas pour nous dévoiler les coulisses de la vie à la cour… Le commissaire aux affaires extraordinaires de Louis XVI, Nicolas Le Floch célèbre personnage de l’écrivain Jean-François Parot, se retrouve dans Le Prince de Cochinchine (nouvelle fenêtre) victime d’un attentat dont il réchappe bien heureusement. À la veille de la Révolution française, les tensions sont palpables dans le Paris de Le Floch. L’enquêteur doit faire preuve d’une grande détermination pour démêler les fils tendus des deux enquêtes dans lequelles il est embarqué : un meurtre lié à Olympe de Gouges et un complot d’État.
Le siècle des Lumières porte en lui le germe de la Révolution et de l’exécution de la famille royale, à laquelle échappera seule la fille, Marie-Thérèse, surnommée par sa mère : Mousseline la sérieuse (nouvelle fenêtre) une histoire contée par Sylvie Yvert.

C’est un Paris encore pré-révolutionnaire et insouciant qu’examine le roman Deux hommes de bien (nouvelle fenêtre) Arturo Perez Reverte à travers les yeux de voyageurs espagnols : une ville peuplée d’esprits éclairés et encensée par l’art de la conversation. Le contraste est saisissant avec le Paris de d’Isabelle Duquesnoy dans l’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor (nouvelle fenêtre) : la Révolution y a éclaté et le héros de cette histoire, embaumeur apprenti, se démène pour mener comme il peut une vie mal engagée.

Le XIXe siècle aux quatre coins du monde

Le XIXe siècle sera aux femmes ou ne sera pas, du moins dans les romans qui le racontent. On peut ainsi se prendre d’admiration pour la jeune femme qui incarne la noblesse russe et l’aristocratie qui donne son titre à Anna Karénine, (nouvelle fenêtre) de Léon Tolstoï, mais qui se consacre à la lutte révolutionnaire après avoir fait la rencontre d’un anarchiste en Italie. On peut applaudir les trois héroïnes de La part des flammes (nouvelle fenêtre) de Gaelle Nohant qui gardent la tête haute dans l’incendie qui ravage une vente de charité et se libèrent du regard que porte sur elles une société corsetée. Rebelles, les sœurs américaines de La vengeance des mères (nouvelle fenêtre) de Jim Fergus le sont également, qui prennent le parti du peuple indien après sa tentative d’extermination par les États-Unis.
Et les hommes ?  Camille Pascal relate avec L’été des quatre rois (nouvelle fenêtre) les journées de juillet 1830 qui resteront dans l’Histoire comme « Les trois glorieuses ». On s’y laisse porter par le rythme ! On voit monter en puissance la colère du peuple, soulevée par les ordonnances, l’atteinte à la liberté de la presse, la réduction du rôle du Parlement.

Les temps agités

Le siècle dernier a été traversé par les drames que l’on sait et la production romanesque qui nous intéresse ici se partage assez naturellement entre les récits de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
Pour aborder la première, citons Le chagrin des vivants (nouvelle fenêtre) d’Anna Hope. Ce roman décrit les traumatismes causés par la Grande Guerre dans l’Angleterre de 1920, alors que le pays s’apprête à accueillir le Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Mais les blessures des Anglais ne seront pas encore pansées que s’annonceront les souffrances de la Seconde Guerre mondiale.
Les manœuvres d’Hitler pour annexer l’Autriche dans L’ordre du jour, (nouvelle fenêtre) d‘Eric Vuillard, l’horreur des camps à travers l’histoire de deux sœurs jumelles soumises aux expériences du professeur Mengele dans Mischling (nouvelle fenêtre) d’Affinity K. ou encore la bataille de Stalingrad vue par un officier allemand dans Éclairs lointains : percée à Stalingrad de Heinrich Gerlach. Toutes ces heures sombres font l’objet de récits très documentés qui pourront nous aider à regarder avec intelligence notre passé récent.

Pour compléter cette liste, et si vous êtes à court d’idées pour vos lectures, vous pouvez reprendre les titres sélectionnés et élus pour les Prix des Lecteurs de Levallois (nouvelle fenêtre) décernés lors des précédents Salons du Roman Historique de Levallois. Pour la sélection 2020, suivez notre Saga du Prix des Lecteurs de Levallois 2020 qui raconte les coulisses du Prix 2020, des premiers débats à l’annonce du lauréat !

Le coin de La Médiathèque de mars entre dans l’Histoire

16 Mar

Pour prolonger le plaisir et les rencontres du 7ème Salon du Roman Historique de Levallois, le coin de La Médiathèque de mars revient sur l’Histoire et à travers cette petite sélection de romans, vous présente différentes façons dont les auteurs abordent les évènements historiques par le biais de la fiction. Que vous ayez eu la chance de rencontrer ces auteurs au Salon ou que vous ne les connaissiez pas encore, plongez-vous dans leurs livres sans tarder  !

Un paquebot dans les arbres de valentine Goby (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Un paquebot dans les arbres (nouvelle fenêtre) de Valentine Goby. Éditions Actes Sud

Dans Un paquebot dans les arbres , Valentine Goby se fait la porte-parole de Mathilde Blanc et nous livre son histoire sous forme d’un roman social pour ne pas dire naturaliste : chronique de la déchéance inéluctable d’une famille à cause de la tuberculose, maladie  contagieuse aussi redoutable que la peste ; histoire du bannissement brutal de toute une tribu, par ignorance et peur ; récit d’un amour filial sans faille d’une enfant livrée à elle-même, devenue bien trop tôt chef de famille  » funambule en tension  qui oscille entre la nécessité d’être forte  et le pilier de sa famille et le désir d’être l’autre avec des rêves à soi « . Ce roman est une  » tragédie silencieuse « .

Il donne l’opportunité de découvrir un pan occulté, peu glorieux de l’Histoire en contradiction avec  l’époque prospère d’après-guerre. Un passé pas si lointain, pourtant si vite oublié et que seules  » la mémoire des vieux  » ou la curiosité des adeptes d’exploration urbaine permettent de garder vivant.

Comme dans plusieurs autres de ses romans, Valentine Goby touche une fois encore une corde sensible en mêlant faits réels et fiction.

Un roman enrichissant et captivant.

L’insoumise (nouvelle fenêtre) de Yann Kerlau. Éditions Albin-Michel

Ce roman retrace le destin tragique de Jeanne de Castille, fille des rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, épouse de Philippe le Beau et mère de Charles-Quint,  séquestrée pendant quarante-neuf  ans dans la forteresse de Tordesillas au prétexte de sa folie et dont l’histoire n’a retenu que le surnom : Jeanne la folle.

Folle, Jeanne l’était-elle vraiment ? N’était-elle pas en réalité victime du despotisme d’un père puis d’un fils avide de pouvoir dans une époque où le crime et le devoir se confondaient sur fond d’Inquisition ? Dans ce roman à trois voix (celle de Jeanne, celle de Ferdinand et celle du futur Charles Quint), Yann Kerlau prend le parti de Jeanne qu’il nous décrit à la fois fragile parce que sans défense et rebelle par le combat qu’elle ne cessera de mener pour sauver sa vie et sa couronne.

À travers le destin de l’héroïne, sur fond d’alliances secrètes, de trahisons, de guerres incessantes, de vengeances et de crimes,  l’auteur restitue avec talent une sombre période de  l’histoire de l’Espagne rythmée par l’unification des deux royaumes, Castille et Aragon, et la naissance de  l’Inquisition qui précédèrent au  Saint Empire Romain Germanique balbutiant.

Un roman historique réussi, à la fois par un style fluide, vif et coloré qui frappe l’imagination du lecteur et par la force des  sentiments qui émanent des personnages, alimentant à merveille les excès d’un siècle où crime et patrie se confondent.

La serpe (nouvelle fenêtre) de Philippe Jaenada. Éditions Julliard

L’auteur a rouvert le lourd dossier du triple homicide perpétré en 1943 à Escoire (Périgord)

dans  lequel Henri Girard alias Georges Arnaud, écrivain célèbre, notamment pour Le salaire de la peur a été accusé puis blanchi par un as du barreau. C’est un personnage complexe, truculent et « humaniste » dans son genre mais aussi arrogant et brutal.

Cette enquête complexe aurait pu s’avérer ennuyeuse mais c’est sans compter le talent de Philippe Jaenada  qui fouille, traque, recoupe le moindre indice… Dans cette affaire ténébreuse,  le destin étonnant du suspect fascine, le présent et le passé se télescopent. Les histoires criminelles sont passées au crible, on pénètre les coulisses judiciaires, on oscille entre le rire et les larmes. Impossible de ne pas éprouver un plaisir infini dans ces digressions sur 600 pages qui relèvent à la fois de la saga familiale, de la chronique de la France des années 40, du feuilleton judiciaire et de l’essai de critique littéraire.

La serpe a été couronné par le prix Femina 2017.

La grotte sacrée (nouvelle fenêtre) d’Olivier Mélano. Éditions l’École des Loisirs

Album ? BD ? Docu-fiction ?  Qu’importe, dans son livre,  La grotte Sacrée, Olivier Mélano fait découvrir aux enfants d’aujourd’hui, la vie ordinaire des « premiers hommes de type moderne » dans le Sud-Ouest de la France.  Il s’est documenté, s’est assuré de l’authenticité de son récit  auprès de Christophe Fourloubey, expert archéologue, préhistorien pour raconter au mieux le quotidien d’une tribu.

Chaque case est une scène qui fourmille d’informations et de détails : organisation du camp, habillement, cueillette,  alimentation, recette de cuisine, chasse, préparation des peaux, outillage, fabrication d’outils et création de  bijoux, préparation de couleurs et peinture  pariétale…

Certains reconnaîtront dans les images la déesse mère dite Vénus de Willendorf, d’autres devineront la saison d’après les cueillettes ou  auront envie de tester la peinture « naturelle » ou  encore de visiter les grottes de Lascaux  ou  bien de jouer à la pétanque. À tel point que par une belle journée, il serait possible de se laisser tenter en famille  par l’expérience : vivre à la  manière d’Agda ou Olna.

Merci à Nathalie F., Patricia D. et Sylvie Z pour leur contribution à la rédaction de cet article.

Vous aimez les romans historiques ?

5 Avr

Dans ce cas, retenez bien cette date : le dimanche 10 Avril 2016. De 14h à 19h se tiendra le Salon du Roman Historique de Levallois , sous l’égide d’Adrien Goetz , Président de cette cinquième édition du Salon. 132 auteurs seront présents à cette manifestation : romanciers spécialisés en littérature jeunesse ou adulte, scénaristes ou illustrateurs de bande dessinée. Pour vous  allécher, La Médiathèque vous propose de découvrir un certain nombre d’entre eux…

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Pierre Adrian nous mène sur La piste Pasolini. Ce titre fait partie de la liste des livres sélectionnés pour le Prix des Lecteurs de Levallois, on ne saurait trop vous le rappeler, ainsi que six autres titres :
Anne-James Chaton pour Elle regarde passer les gens.

Kéthévane Dawrichewy pour L’autre Joseph.

Antoine De Meaux pour le Fleuve guillotine.

Pauline Gaïa-Laburthe avec Ritzy.

Sylvain Pattieu avec Et que celui qui a soif vienne, un roman de pirates.

Yan Pradeau avec Algèbre nous ouvre un pan de la géométrie algébrique et de la vie d’Alexandre Grothendieck.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Outre ces titres sélectionnés pour le Prix, si vous cherchez  à vous plonger dans des intrigues palpitantes, à rencontrer de bons personnages, des surprises et des émotions en tout genre, nous vous recommandons les auteurs suivants :
Laurent Binet avec La septième fonction du langage, une enquête jubilatoire sur la mort de Roland Barthes. Mais aussi l’incontournable Hhhh, sur les préparatifs destinés à fomenter un attentat pour assassiner Heydrich.

Antoine Billot avec Otage de marque relate la déportation au Falkenhof de Léon Blum.

Amélie Bourbon-de- Parme dont Le secret de l’empereur campe le moment où Charles Quint, décide d’abandonner le pouvoir…

Gérard de Cortanze offre une œuvre pléthorique, en voici un certain nombre :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Marcellino Truong, que nous avions reçu à la médiathèque Gustave-Eiffel le 29 novembre 2014 pour Une si jolie petite guerre, revient avec la suite de ce roman graphique, Give peace a chance  qu’il dédicacera au Salon du livre Historique de Levallois 2016.

Enfin, deux très grands auteurs, très appréciés des lecteurs et fétiches des bibliothécaires, seront présents au salon :

Yasmina Khadra, dont vous pouvez trouver la biographie dans ce film de Régine Abadia, à regarder en VOD sur La Médiathèque numérique (en vous connectant à votre compte) et Sorj Chalandon

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Septembre de Jean Mattern, Prix des Lecteurs de Levallois 2015

24 Mar
Ni question de vendanges ou de rentrée scolaire dans le roman Septembre de Jean Mattern mais d’attentat et de terrorisme : Jeux Olympiques de 1972, Munich, onze athlètes israéliens et un policier allemand assassinés. Dix-sept morts. Une comptabilité macabre qui n’a pas été sans résonance en janvier 2015. Récit minuté d’une prise d’otages qui se termine en bain de sang et autopsie d’une passion, ce roman vient de recevoir le Prix des lecteurs de Levallois au Salon du Roman Historique  2015

Quand la BBC lui demande de reprendre du service pour les Jeux Olympiques de Londres, Sebastian le narrateur, célèbre journaliste en fin de carrière, est alors, selon l’expression rattrapé par son passé. Ironie des choses : c’est l’annonce du refus du Comité Olympique de faire une minute de silence pour les athlètes assassinés quarante ans auparavant qui déclenche chez le narrateur la nécessité de parler de ce dont il n’a jamais dit mot à personne.

Scénario classique dans la vraie vie, parvenue à ce moment de maturité où l’on fait le bilan de son existence, le processus de retour sur ma vie est une construction habile en littérature de fiction, car l’écriture aux temps du passé permet une mise à distance et une justesse des ressentis débarrassés de leur trop plein.

Quatre décennies après les faits, le narrateur se trouve alors obligé de faire face à une histoire qu’il a jusqu’alors enfouie dans sa mémoire. Deux histoires en réalité. Qui l’ont marqué et ont, en quelque sorte, décidé de sa vie : la grande Histoire, l’attentat, et l’intime, celle d’une rencontre. Quarante ans plus tard, le silence reste le dénominateur commun de ces deux histoires enchevêtrées.

C’est par le biais d’une subjectivité et d’une émotion que le lecteur entre dans l’événement historique.

Quinze jours à Munich entre le 25 août et le 10 septembre 1972, de l’arrivée au village Olympique, qui a un petit côté Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles – rappelons que le spectre des JO de 1936 plane sur cette Allemagne coupée en deux depuis 1949 et que Munich est à quelques kilomètres de Dachau – au récit du carnage sur le tarmac de Furstenfeldbruck, puis à l’enquête menée par le jeune journaliste pour mettre au jour les défaillances d’un système.

Confrontation au réel et travail d’investigation, c’est aussi ce qu’entreprend le narrateur à l’aube des jeux 2012. Pour lui, la prise d’otages qui a tourné au massacre de la délégation israélienne est indissociable d’une rencontre singulière :

cet homme [qui] s’appelait Sam Cole…

Le roman s’ouvre avec un questionnement sur la responsabilité de nos actes et sur les notions de dette et de culpabilité.

Le narrateur, lui, a une dette envers Sam Cole : grâce à ce journaliste américain, il a vécu une passion, un ravissement aussi soudain qu’inattendu, qu’il n’avait jamais éprouvé ni en littérature ni avec sa femme, dit-il lui-même. Entre les lignes se dessine alors l’ombre d’une vie tronquée, une vie où a manqué ce qui en a fait la saveur unique : ce moment de plénitude à Munich. Une douleur transpire à petites touches : celle d’une carence discrètement tenue en respect pendant 40 ans. Le lecteur la sent. Il la devine sous des incidents à peine notables : la femme du narrateur ne se lève pas quand il revient de ces quinze jours à Munich, elle continue à jouer du piano, et lui sourit, sa valise à la main. Teinté de solitude, l’inexprimable affleure à nouveau au moment où le narrateur évoque sa fille morte.

Sa vie semble inaccomplie malgré une famille et une brillante carrière que le narrateur doit en partie à Sam.

Mais aussi à la mort. Car c’est grâce à son documentaire sur l’issue mortelle de l’attentat que le narrateur a pu trouver sa voix et s’affirmer dans son métier, c’est pour sa fille disparue qu’il prend la décision d’écrire ce récit. Avec la dette vient la culpabilité : celle des survivants. S’y ajoute pour le narrateur la culpabilité d’avoir vécu un moment heureux au moment même où les athlètes étaient assassinés.

La force du roman de Jean Mattern tient à la qualité de sa documentation et au jeu permanent de parallèles, passerelles dans le temps et effets de miroir.
  • Commençons par les Jeux Olympiques, dont l’aspect joyeux et presque politiquement correct dans son refus de s’impliquer et de faire des vagues, semble être une constante entre 1972 et 2012. Dans la lignée d’une sentence restée célèbre : Panem et circenses (du pain et des jeux).
  • L’enquête que le journaliste mène à Munich fait écho à son introspection 40 ans plus tard. Analogie de cas de conscience et de déchirements que la réalisation et l’écriture lui permettent d’affronter.
  • La difficulté d’un Etat à gérer une crise politique renvoie à la confusion d’un homme  face à un bouleversement affectif.  Parallèle tragique entre des situations dont on sait, soit historiquement soit humainement, qu’elles sont sans issue.
  • Enfin, le silence imposé par Sam agit comme une tentative d’effacement et devient en quelque sorte une réplique des multiples chapes de silence, qu’elles soient individuelles -pour cette passion restée secrète-, ou collective – en 1972, les Jeux ont repris le surlendemain du massacre-.

Il faut souligner la grande qualité de l’écriture de Jean Mattern : précise, discrète, avec un je qui observe la réalité des faits et interroge une expérience de vie, des passages très factuels sans aucun adjectif et à d’autres moments une urgence, un rythme qui s’accélère, une sensation de temps compté. La structure du texte évoque les tragédies grecques avec un prologue parlé, une sorte de chant du chœur qui met la situation en place puis la succession des épisodes jusqu’au drame, avant un épilogue sous forme de lettre qui referme la situation énoncée par le chœur. Les personnages, eux, sont tragiques, parce que dépassés par une force supérieure, un Destin qui les rend terriblement humains et donne au narrateur les accents d’une Phèdre.

 Une fiction à la fois singulière et universelle.

Un roman court et intense, qui raconte un drame historique et parle de l’incomplétude d’une vie. Et dit l’exigence de sincérité devant les faits et les sentiments, une sincérité que le narrateur donne à des absents : les victimes de l’attentat. Sam Cole. Sa fille.

Jean Mattern Septembre gallimard

UN AUTEUR  : à écouter en interview, à retrouver au Café Littéraire Histoire autour du monde du 8 mars 2015.

UNE OEUVRE : à découvrir à la Médiathèque dans Septembre et dans ses précédents romans.

Le jury du Prix des lecteurs de Levallois 2015, le temps de la consécration

13 Mar
Dimanche 8 mars 2015, 17 heures 30, était révélé au grand jour le nom du lauréat du Prix des lecteurs 2015 : Jean Mattern. Depuis quelques jours, son nom circulait dans les pensées de tous les jurés : après une soirée de discussion et un vote fougueux, son roman Septembre avait été choisi le jeudi précédent. Tous avaient promis de garder le silence sur une délibération restée secrète jusqu’à la fin de ce bel après-midi dominical et ensoleillé.

Rappelons que huit romans étaient en lice pour ce prix, tous riches et plein de promesses, historiques, ou un peu moins, et que départager les livres candidats  a été une tâche livresque et ardue. Vifs mais jamais houleux, passionnés mais jamais cristallisés, les débats ont permis de porter aux nues, et sur le podium, un auteur et son roman :

Jean Mattern Septembre gallimard

Un secret bien gardé

Peu avant 17 heures 30, les  jurés se sont retrouvés devant la porte de la salle des Mariages où le Prix 2015 allait être dévoilé. Certains s’embrassent, d’autres se serrent la main. Des sourires, des rires, la complicité née au cours des réunions s’est renforcée au fil des affinités et des lectures. Plus tôt dans la journée,  la plupart sont allés rencontrer les huit auteurs de la sélection, et ils ont eu le plaisir de se faire dédicacer les exemplaires des romans qu’ils avaient reçus pour leur devoir de lecture, des livres lus, relus, parfois écornés. Il n’est pas certain que tous se soient fait connaitre des auteurs en tant que membres du jury, discrétion de lecteur oblige…

Sous les plafonds mythiques de l’Hôtel de Ville, les jurés ont aussi fait d’autres rencontres : quand 110 écrivains et leurs œuvres sont présents dans un salon, il y en a pour tous les âges et pour tous les goûts. En cette journée historique (de la femme et du roman), les jurés ont assisté à plusieurs cafés littéraires, deux des échanges étaient notamment consacrés aux femmes « de et dans l’Histoire », et beaucoup sont allés écouter Jean Mattern quand il est intervenu au cours de la rencontre Histoire autour du monde.

Tout le long de cet après-midi, à part le lauréat (la coutume en matière de prix littéraire est de prévenir le gagnant auparavant, sans doute de sorte qu’il ne tombe pas dans les pommes en apprenant la bonne nouvelle), donc à part le lauréat, les douze membres du jury et les organisateurs du salon, le verdict était tenu secret.

douze hommes en colère

Et nos jurés étaient restés incorruptibles, muets devant les pressions, que ce soit de leur moitié, de leur descendance ou ascendance directe (notons que les belles-mères ont été à nouveau citées à propos de « pressions », ce qui tendrait à prouver qu’il existe un lien fort entre le genre historique et la belle-mère, sujet de réflexion qui fera l’objet d’un article un de ces jours) ou encore des tentatives d’intimidation de la presse littéraire …

Je n’ai rien dit à personne, affirme l’une. Rien n’a filtré.

Le prix d’une découverte

Maintenant, les voilà tous assis sur les banquettes de velours rouge du premier rang, attendant le moment où sera révélé publiquement l’auteur primé. La salle est comble,  et au milieu des spectateurs sont assis les huit auteurs sélectionnés. Parmi eux, UN seul lauréat… Sur la scène, la journaliste Karine Papillaud, maîtresse de cérémonie, est entourée de Sophie Perrusson, directrice de la Médiathèque de Levallois qui organise le Salon du Roman Historique, de Stéphane Decreps, adjoint au Maire délégué à la culture, chargé de la remise de la récompense offerte par So Ouest, et de l’écrivain Daniel Picouly. C’est à ce dernier, président du salon 2015,  que revient l’honneur de révéler le nom du vainqueur : Jean Mattern.

Applaudissements. Les discours s’enchaînent. Historiques, admiratifs, élogieux, littéraires, tous sincères et forts.

La porte-parole du jury s’avance : elle parle d’une voix claire et explique cette expérience de juré que tous ont qualifié d’unique, enrichissante, généreuse en découvertes et en échanges. Elle raconte les réunions, l’ambiance, les discussions, l’écoute, le respect, les influences et les points de vue qui se sont enrichis les uns des autres. Elle fait l’éloge du livre choisi mais aussi des sept autres, dont elle souligne la qualité et par conséquence, le dilemme auquel les jurés ont été confrontés lors du vote.

Quand Jean Mattern prend la parole, il raconte la genèse de son livre. Il parle de son travail d’écrivain, il remercie pour ce prix. Il semble ému. Tout en discrétion, en finesse et avec une pointe d’humour. Il a une pensée pour sa famille qui le soutient dans son travail d’auteur :

Ce n’est pas toujours facile d’avoir un papa écrivain, confie-t-il.

On n’en saura pas davantage sur lui. L’important c’est ce livre et comment il est né dans son esprit.

Photos de la remise du prix 2015

© Ville de Levallois

Après la lecture d’un extrait par Daniel Mesguich, la cérémonie prend fin. Tous se lèvent, un soupçon de nostalgie passe sur les visages de nos jurés. Ils voudraient déjà recommencer :

Est-ce qu’on peut postuler pour l’année prochaine ?

L’expérience d’un hiver s’achève. Quand les jurés reçoivent chacun un sac contenant un petit cadeau, ils sont touchés :

Mais vous nous avez déjà beaucoup gâtés !

On se sépare avec peine, on se quitte un peu triste, comme au lendemain d’une fête. Il reste encore dans les têtes les phrases qui résonnent, la musique des mots, et des atmosphères. Un parfum d’Histoire…

A présent,  il reste un livre à (re)lire, et pas des moindres : Septembre de Jean Mattern.

Lisez-le :  ce sont nos jurés qui en parlent le mieux:-)

  • Roman d’une écriture agréable qui mêle l’histoire d’un journaliste qui couvre les JO de Munich de 1972 et la prise d’otage de la délégation israélienne.  […] un regard romancé qui évoque une passion entre 2 journalistes.
  • Un bon roman historique. Une lecture agrémentée par la relation chaotique entre deux hommes, suiveurs de l’évènement. Un auteur discret qu’il convient de mieux connaître.
  • Un roman qui raconte l’attentat aux Jeux Olympiques de 1972 et un coup de foudre amoureux qui se veut une histoire d’âme.

Et, une fois n’est pas coutume*, le mot de la fin revient à l’auteur Jean Mattern :

Je lui souris à nouveau et je pensai que je porterais cette histoire en moi pour le restant de mes jours.

Septembre avec bandeau Prix des lecteurs 2015

* Jusqu’à présent, notre jury a toujours eu le mot de la fin de ces articles. Retrouvez-les dans la saga du jury du Salon du Roman Historique 2015 avec 4 épisodes : le jury du Prix du roman historique des Lecteurs de Levallois , le temps de la complicité, le temps des hésitations, et le temps du choix.

%d blogueurs aiment cette page :