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Histoires de famille (2ème partie)

15 Mai

Après Histoires de familles (1ère partie)  consacré aux incontournables, voici les romans contemporains. Spécialement nourris par les récents travaux de psychologie et de généalogie, ils explorent l’intimité familiale, le rapport entre le passé et le présent, la fiction et la réalité, l’identité singulière et l’image de soi,  immense laboratoire qui donne à lire d’autres lignes de partage.

  • Le soleil des Scorta (nouvelle fenêtre) de Laurent Gaudé ou la chronique d’une famille de 1870 à nos jours, avec un nom pour grandir, s’implanter, se nourrir, se tenir, défier le destin, narguer le temps. Une grande fresque historique portée par une imagination qui semble avoir atteint son apogée, inondée de fraîcheur et poussée par la musicalité d’un style irréprochable, une fresque vivante et volcanique.
  • Une chanson douce (nouvelle fenêtre) de Leila Slimani. Dans un huis-clos familial asphyxiant, on y voit un couple jongler entre les contraintes liées aux doubles vies des jeunes parents, tiraillés entre la réussite professionnelle et les exigences de la vie familiale. Quand Louise, la nounou entre en scène, elle apprivoise tout ce petit monde et devient un rouage essentiel à leur vie. C’est un livre efficace et sans concession qui s’inscrit complètement dans la réalité contemporaine.
  • Où on va papa ? (nouvelle fenêtre) de Jean-Louis Fournier. L’auteur aborde l’honnêteté et le quotidien devant le handicap. Ce court récit, entre  humour noir décompresseur et une flagellation expiatoire, démystifie la condition d’handicapé. Le style est un peu trash mais poignant, simple dans la forme comme dans le contenu, il donne à réfléchir en développant le propos habituel, mais toujours utile, sur la norme et son cortège d’absurdités.
  • Ensemble c’est tout (nouvelle fenêtre) d’Anna Gavalda. Ce livre traite de sujets fréquents : famille, amitié, solidarité, sentiments et amour qu’on refuse d’admettre. Le récit est parfaitement mené, on ne s’ennuie pas une minute. Avec quatre personnages principaux attachants c’est un hymne à la quête du bonheur, parsemé d’obstacles psychologiques et physiques, surgissant parfois d’une enfance brisée.

  • Un secret (nouvelle fenêtre) de Philippe Grimbert. Simon, enfant unique, s’invente un grand frère. À l’adolescence, Louise, la voisine, lui apprendra qu’il a eu un demi-frère, Simon, mort pendant la guerre. Elle lui révélera peu à peu le secret de sa famille, qui a pris naissance pendant l’occupation 1940-1945, et lui parlera des vies bouleversées par ce traumatisme… Une histoire poignante toute en délicatesse.
  • Ce que je sais de Vera Candida (nouvelle fenêtre) de Véronique Ovaldé. Rose, Violette et Vera vont toutes trois avoir une fille sans pouvoir révéler le nom du père. Ce livre possède un ton d’une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C’est ce qu’il fallait pour donner à cette fable la portée d’une histoire universelle : l’histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants, une bataille pour se débrouiller à élever leur progéniture.
    Ou Déloger l’animal (nouvelle fenêtre)  de Veronique Ovaldé. C’est dans un univers étrange qu’évoluent Rose ( que l’on retrouve)- dont l’auteur trace un magnifique portrait-  et sa mère, l’originalité de ce livre tient au fil ténu entre fiction et réalité.
  • La haine de la famille (nouvelle fenêtre) de Catherine Cusset. Chaque portrait est en roman indépendant mais tous sont reliés entre eux, là aussi entre haine et amour. Une famille, en somme, avec toutes ses difficultés relationnelles, ses conflits de personnalités, ses incohérences, avec le poids de la haine contrebalancé par la force de l’amour. C’est intelligent et fluide.

 

  • Juste après la vague (nouvelle fenêtre) de Sandrine Collette. Une petite barque, seule sur l’océan en furie. Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots. Un combat inouï pour la survie de la famille.  Thriller efficace et agréable.
  • Les accommodements raisonnables (nouvelle fenêtre) de Jean-Paul Dubois. Ici il est question d’un père perdu, d’une épouse endormie, d’enfants qui s’éloignent de lui, d’une maîtresse fantasque. Tragique et drôle, jetant sur son époque un regard lucide, ce livre de la maturité garde néanmoins le charme des héros de Jean-Paul Dubois, éternels adolescents écartelés entre leur amour de la vie et leur sens aigu de la culpabilité.
  • Les pêcheurs (nouvelle fenêtre) d’Obioma Chigozie. Ce premier roman au charme indéniable relate la descente aux enfers longue et inexorable d’une famille Nigériane. Le style puissant et le thème universel fascinent par leur maîtrise.
  • A l’orée du verger (nouvelle fenêtre) de Tracy Chevalier. Ce roman nous plonge dans l’histoire des pionniers et du commerce des arbres Millénaires de Californie. L’écrit est clair et précis et il nous emporte avec un grand plaisir dans une traversée du Nouveau monde encore sauvage qui nous permet de rencontrer la famille Goodnough.
  • L’Île des oubliés (nouvelle fenêtre) de Victoria Hislop. Une histoire émouvante qui nous entraîne sur l’île des lépreux en Crête, entre découverte d’un pays et secrets de famille. C’est une oeuvre singulière sur l’importance des racines.
  • Middlesex (nouvelle fenêtre) de Jeffrey Eugenides. Une famille Grecque quitte la Turquie dans le drame et la misère… On frise la chronique sociale, L’Histoire, le roman d’apprentissage, la clownerie. L’écriture est prenante, pleine d’humanité, très agréable pour traiter le thème non évident de l’hermaphrodisme.
  • La Saga des Neshov (nouvelle fenêtre)1er tome : la terre des mensonges d’Anne Birkefeld Ragde ( cette saga se décline en 3 tomes). C’est un roman puissant qui ménage du suspense. Torunn, l’unique petite-fille, se retrouve pour la première fois en confrontation avec les drames secrets de sa famille, Chacun tente de s’épanouir et essaye de trouver sa place. Mais peu à peu, il apparaît que le passé ne peut être corrigé : ce qui n’a pas été dit et fait avant ne se répare pas, quoi qu’on tente. Des cicatrices resteront gravées dans l’histoire de tous ces personnages.
  • Les souvenirs (nouvelle fenêtre) de David Foenkinos. Avec une ironie douce-amère l’auteur traite des souvenirs qui ponctuent la vie, graves, touchants, comiques, absurdes.
  • Rien ne s’oppose à la nuit (nouvelle fenêtre) de Delphine de Vigan. L’auteur brosse le portrait de sa mère, et de sa famille, remontant les souvenirs comme on remonte un fleuve, avec ce qu’ils charrient de bon et de mauvais. Portrait de l’intime et durée, c’est un récit très touchant, humble et vivant.
  • Mon père (nouvelle fenêtre) de Grégoire Delacourt. C’est le récit d’une famille qui est tendue vers Edouard, dont on attend beaucoup, déclaré prodige de la famille grâce à un poème écrit précocement. C’est une livre à l’ironie triste qui se lit avec émotion et tendresse.

Prochainement sur Liseur  : Histoire de familles (3ème et dernière partie)

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Libraires et librairies dans les romans

2 Mai

Il y a quelques jours, le 27 avril, les librairies indépendantes étaient en fête pour l’édition 2019 de cet événement dont l’objectif est de « mettre en valeur ce que la librairie apporte d’irremplaçable à la vie du livre et plus particulièrement à la création… » Objectif largement partagé par La Médiathèque et par le blog Liseur, qui profite de cette occasion pour se pencher ces lieux mythiques et sur leur place dans les romans : ainsi, documentées, fidèles à la réalité, fantasmées ou magnifiées, les librairies sont au cœur de l’intrigue, avec leur personnage principal, le libraire…

La librairie de la pomme verte et autres lieux merveilleux (catalogue de La Médiathèque - nouvelle fenêtre)

Commençons ce petit tour d’horizon des représentations de ces lieux par une anthologie : La librairie de la pomme verte et autres lieux merveilleux  (nouvelle fenêtre), des textes écrits par trente grands romanciers américains, qui sont autant un hymne à la librairie qu’une invitation à la lecture et à la découverte de nouveaux livres.

Mais le libraire n’a pas toujours eu bonne réputation…  Dans sa Comédie humaine, Balzac en a fait de nombreux portraits peu flatteurs pour la profession, notamment dans Les illusions perdues (nouvelle fenêtre), roman dans lequel son héros, Lucien de Rubempré, est poète et cherche à se faire éditer. Précisions qu’à l’époque et jusqu’au XIXe, les libraires étaient aussi éditeurs. Et Balzac semble avoir une petite dent contre eux puisqu’après quelques piques bien senties contre les libraires, il fait dire à l’un de ses personnages :

Avant de contempler dans sa gloire Dauriat, le libraire fashionable, vous aurez vu le libraire du quai des Augustins le libraire escompteur, le marchant de ferraille littéraire, le Normand ex vendeur de salade…

Rappelons que Balzac a participé à l’éphémère Feuilleton des journaux politiques, où il publia anonymement quelques articles, dont le célèbre « De l’état actuel de la librairie »en 1830, dans lequel il n’était pas tendre. Une brève (non) signée Balzac à consulter sur le site de Gallica-BNF (nouvelle fenêtre)

Mais depuis Balzac, le métier a évolué, la profession s’est scindée en deux branches distinctes et les libraires ont endossé de nouvelles fonctions, dont les romanciers se sont tout de suite emparés avec de multiples variations.

Le libraire feel good

Le libraire de Wigtown (nouvelle fenêtre) de Shaun Bythell

Avec un humour tout britannique, Shaun Bythell, bibliophile, misanthrope et propriétaire des lieux, nous invite à découvrir les tribulations de sa vie de libraire. On y croise des clients excentriques, voire franchement désagréables, Nicky, employée fantasque qui n’en fait qu’à sa tête, mais aussi M. Deacon, délicieux octogénaire qui se refuse à commander ses livres sur Amazon… (Extrait de la chronique de lecture parue sur le blog littéraire Mumu dans le bocage – nouvelle fenêtre)

La femme au carnet rouge (nouvelle fenêtre) d’Antoine Laurain

Si on sait depuis Coup de foudre à Notting Hill que la librairie est un lieu propice aux rencontres amoureuses, que se passe-t-il quand un libraire trouve dans la rue, tout près de sa librairie, un sac à main volé ?  S’il ne contient plus de papiers d’identité, il recèle encore une foule d’objets qui livrent autant d’indices sur leur propriétaire : photos, notes, flacon de parfum…

La bibliothèque des cœurs cabossés (nouvelle fenêtre) de Katarina Bivald

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, jeune libraire suédoise introvertie que ne vit que pour les livres, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Mais, quand Sara décide de rendre visite à Amy, celle-ci vient de mourir. Loin de chez elle et un peu perdue, elle va trouver de l’aide auprès des habitants et monter… une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait.

La lettre oubliée (livre à lire en ligne sur le site de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) de Nina Georges

Jean Perdu a toujours un livre en tête pour soulager les maux de l’âme : dans sa « Pharmacie littéraire » installée sur une péniche, ce libraire vend des romans comme on vendrait des remèdes pour vivre mieux. Mais il sait soigner tout le monde – à l’exception de lui-même.

Le libraire rédempteur

La libraire de la place aux Herbes : dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es (livre à lire en ligne sur le site de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) d’Eric de Kermel

Nathalie et Philippe, son mari, décident de sauter le pas et de quitter la capitale pour partir en province, à Uzés. Ils ont élevé leurs enfants et se trouvent à cet âge où il est important de réinventer un projet à deux pour entamer une nouvelle tranche de vie. Philippe est architecte et n’a pas besoin d’être en permanence à Paris, et Nathalie se met en disponibilité de son métier de prof de lettres.Philippe devient un habitué du TGV Avignon-Paris et sa femme comprend rapidement que le tour des brocanteurs et le choix des tissus de ses rideaux ne remplira pas sa vie, même sous le soleil de Provence. La librairie de la place aux herbes est à vendre….

La Petite chartreuse (nouvelle fenêtre) de Pierre Péju

La librairie s’appelle Le Verbe Être. Le problème des personnages est leur immense difficulté à être. Il y a un lien entre être et les mots : en quoi, jusqu’où peuvent-ils ou non nous aider à vivre, à être ? Ils peuvent donner à vivre et à respirer, mais pas toujours : un moment, on a l’impression que ce sont eux qui vont réveiller la petite fille, et pourtant ils ne l’empêcheront pas de mourir.
Ce livre est aussi un hommage à la littérature et au libraire, cet entremetteur qui joue un rôle extrêmement important au service de la culture, de la vie même. (Extrait de l’interview de l’auteur sur le site des éditions Gallimard -nouvelle fenêtre)

Une librairie en pays hostile (livre à lire en ligne sur le site de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) de Michael Uras

Un tout petit livre qui raconte le retour de Maurizio, après des années d’exil, dans son pays natal, la Sardaigne, pour y ouvrir une librairie : il y sera aidé par son ami Giacomo, avec lequel il a entretenu durant des années une correspondance à propos de littérature.

Il est aussi question de correspondance et d’un libraire qui deviendra un conseiller (celui dont Balzac aurait rêvé peut-être…) dans 84, Charing Cross Road (nouvelle fenêtre) d’Hélène Hanff.

Auteur de livres pour la jeunesse établie à New-York et passionnée de littérature anglaise, Helene Hanff prend contact, par le biais d’une petite annonce trouvée dans un journal, avec la librairie Marks & Co. de Londres, spécialisée dans la recherche de livres anciens et épuisés. Un des employés de cette enseigne, Franck Doel, répond à ses premières requêtes et deviendra très vite son interlocuteur privilégié….

Le libraire un peu bizarre…

Le libraire (nouvelle fenêtre) de Régis de Sa Moreira

Passionné de lecture, plutôt solitaire et très sélectif quant aux livres ou aux clients, ce libraire un peu particulier tient une boutique dans une ville où il a de nombreux concurrents, mais il se démarque par le fait qu’il lit tous les livres qu’il vend et que sa boutique est ouverte 24h/24. Ces spécificités lui attirent une clientèle extravagante, tout aussi passionnée de livres…

 

Le libraire enquêteur

L’Homme qui aimait trop les livres ((livre à lire en ligne sur le site de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) d’Allison Hoover Bartlett.

Comment attraper un voleur qui subtilise des livres rares pour compléter sa bibliothèque personnelle ? Il faudra toute la ténacité de Ken Sanders, libraire de livres ancien irascible, qui se surnomme lui-même biblioflic pour y arriver. S’ensuit une traque de plusieurs années entre un voleur obsessionnel et un libraire obstiné prêt à bondir au moindre faux-pas. Le récit d’une traque qui nous plonge dans l’univers trop peu connu du livres anciens…

 

Quand il n’est pas du côté de la police, le libraire peut être de celui des voleurs comme Bernie Rhodenbarr, libraire-cambrioleur renommé : renouvelant le genre en le faisant sortir des clous, le héros de Lawrence Block apparait dans une série de dix romans dont Le tueur du dessus, Le blues de libraire, Le cambrioleur en maraude (nouvelle fenêtre), Les lettres mauves (nouvelle fenêtre), Le Bogart de la cambriole (nouvelle fenêtre), La spinoza connection (nouvelle fenêtre), Le voleur qui comptait les cuillères (livre numérique à télécharger sur le site de La Médiathèque – nouvelle fenêtre).

Le libraire aux pouvoirs étranges

L’ombre du vent (nouvelle fenêtre)L'ombre du vent / Carlos Ruiz Zafon (catalogue de La Médiathèque -nouvelle fenêtre) Carlos Ruiz Zafon

Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon, Daniel Sempere, le narrateur, dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. Un enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets « enterrés dans l’âme de la ville ».

Du même auteur, lire aussi Le prisonnier du ciel où la librairie Sempere père et fils est à nouveau le point de départ d’une enquête entre passé et présent, allant fantastique, romantisme et grande Histoire.

La librairie des ombres (nouvelle fenêtre)La librairie des ombres de Mikkel Birkegaard (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) de Mikkel Birkegaard

Un thriller dans le style nordique qui démarre très fort sur un thème particulièrement original : la puissance de l’esprit, de la parole, de la lecture. Dans la ville de Copenhague, Luca Campelli, propriétaire de la librairie Libri di Luca spécialisée dans les livres anciens, meurt subitement, apparemment d’un arrêt du coeur. Son fils Jon avec qui il a rompu tout contact depuis vingt ans hérite du magasin et découvre rapidement un secret fabuleux. Son père était à la tête d’un groupe de « lettore », des personnes dotées du pouvoir exceptionnel d’influencer la lecture des autres, de leur faire connaître des mondes merveilleux…. (extrait de la chronique de de CC rider sur Critiques libres-nouvelle fenêtre).

Et maintenant, il ne vous reste plus qu’à pousser la porte de toutes ces librairies imaginaires et à faire la connaissance de ces héros passionnés de livres !

Le coin de La Médiathèque de novembre donne un coup de projecteur sur la photographie

13 Nov

Suivant les traces de Paris Photo qui a fermé ses portes ce week-end au Grand Palais, le coin de La Médiathèque de novembre 2017 pointe à son tour son objectif sur la photographie et vous propose une sélection centrée sur le 8ème art avec un film, une bande dessinée, une monographie d’artiste et un roman. De quoi vous faire l’œil !

Blow up (nouvelle fenêtre) un film de Michelangelo Antonioni.

Blow up est un film du réalisateur italien, Michelangelo Antonioni (1912-2007) appartenant au courant néoréaliste. Sorti en 1966, le film remporte l’année suivante, le Grand Prix International du Festival de Cannes.

L’histoire se passe à Londres en 1960. Thomas, un célèbre photographe de mode macho et cynique, erre dans la ville à la recherche de sujets singuliers. Il ressort d’une nuit dans un centre de sans-abris pour y photographier la misère, puis passe la matinée dans un parc et prend discrètement des clichés d’un couple d’amoureux. De retour chez lui, Thomas développe ses photos et aperçoit un homme caché derrière un buisson, puis une arme, et enfin un cadavre…

C’est ainsi que débute ce thriller passionnant, qui se poursuit autour de la disparition, sujet récurrent dans l’œuvre du réalisateur.

La singularité de ce film réside dans le croisement de trois regards : celui du photographe, du spectateur et du réalisateur.

Un film qui vous transportera dans l’univers mystérieux et glaçant de Thomas, et qui ne peut pas vous laisser indifférent.

L’art d’Antonioni est comme l’entrelacement de conséquences, de suites et d’effets temporels qui découlent d’événements hors champ. (Gilles Deleuze)

Le photographe d'Emmanuel Guibert (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Le photographe (nouvelle fenêtre) d’Emmanuel Guibert T.01 à T.03. Éditions Dupuis.

Le photographe est une bande-dessinée sous forme de triptyque d’Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre. En 1986, ce dernier rejoint une équipe de Médecins sans Frontières en Afghanistan (alors en guerre contre l’Union Soviétique) venue acheminer une aide médicale, dans le but de réaliser un reportage photographique sur leur mission.

De ces photos, Emmanuel Guibert livre un récit proche du journal intime sous une forme originale dans laquelle se mêlent photos en noir et blanc et dessins en couleurs. Le résultat final nous apporte un témoignage fort, de l’intérieur, sur la vie quotidienne au cœur d’un Afghanistan rural et isolé dans un contexte politique difficile.

Un livre poignant et touchant sur les ravages de la guerre, de nombreuses fois primé depuis sa parution.

Dans l’objectif de JR (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Dans l’objectif de JR (nouvelle fenêtre). Éditions Pyramid.

La photo est au cœur de ce bel ouvrage à destination des adolescents. Les photos sont réalisées à partir d’un objectif 28 millimètres (d’où le titre du projet), c’est-à-dire un objectif grand angle pour prendre au plus près les portraits. JR, photographe de rue, confie au tout début du livre : « Un jour j’ai trouvé un appareil photo dans le métro. J’ai alors commencé à photographier mes amis sur les toits, dans le métro. J’ai ensuite décidé de montrer ces clichés en les imprimant et en les collant dans les rues, c’étaient mes premières Expo2rue ».  En se servant de la rue comme un musée à ciel ouvert, JR invite le public à s’interroger sur l’histoire de chacun de ces portraits. Dans l’objectif de JR, trois projets sont particulièrement mis en évidence : « Portrait d’une génération » qui est une rencontre avec les jeunes de la cité Les Bosquets (à Montfermeil en région parisienne), « Face2Face » dans lequel JR a photographié des Palestiniens et des Israéliens faisant le même métier dont il a exposé les portraits face à face aussi bien en Palestine qu’en Israël, et enfin « Women are heroes » qui est un hommage aux femmes victimes de la guerre et autres crimes. Pour chaque projet, JR est allé à la rencontre d’habitants de lieux où le monde de l’art ne pénètre jamais, a partagé leur histoire et par ses photos, nous fait entrer dans leur parcours de vie.

 Le peintre des batailles d'Arturo Pérez-Reverte (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Le peintre des batailles (nouvelle fenêtre) d’ Arturo Pérez-Reverte. Éditions du Seuil.

Avant d’être écrivain, Arturo-Perez Reverte était grand reporter de guerre, notamment en Bosnie pendant une vingtaine d’années. L’écrivain va se servir de son expérience, pour nous raconter l’histoire de Faulques, ancien photographe de guerre, fatigué, usé, qui lâche son appareil-photo pour un pinceau. Isolé dans sa tour d’ivoire, il entreprend une fresque gigantesque qui serait une synthèse de ses expériences, de sa vie. Il vit retiré du monde jusqu’au jour où Marcovik, un ex-soldat croate, réapparait, bien décidé à se venger du photographe qui a ruiné son existence : à la suite de la publication d’un des clichés de Faulques, Marcovik avait été retrouvé et torturé.

Brillant huis-clos, Le peintre des batailles est un roman philosophique où se mêlent réflexion sur l’art, barbarie humaine, éthique et manipulation.

Une œuvre puissante et sombre qui vous envoûtera à coup sûr.

Bonus : le site de Paris Photo 2017 (nouvelle fenêtre)

La guerre est intolérable mais elle existe : des livres pour en parler aux enfants

7 Nov

Bientôt le 11 novembre, jour de l’armistice de 1918 marquant la fin de la première guerre mondiale et jour du Souvenir pour de nombreux pays. En 2017,  le fracas de la guerre résonne encore dans le monde, et même si cela se passe loin de nous, par soubresauts, les conflits et leur violence font souvent irruption dans notre quotidien. Moi, adulte, je déteste la bagarre, je redoute la guerre. J’ai peur pour mes enfants et j’ai peur de leurs questions. Faire mine de rien n’est pas une option, il faut parler, échanger sur ce sujet. Pour cet exercice délicat, les albums « jeunesse »  sont une aide précieuse pour trouver les mots justes et parler de la guerre, mais aussi de la paix. 

La violence des enfants

La bagarre, au grand dam des adultes, est la première forme de « conflit ». À ce stade, elle est plutôt bonne pour la santé et s’avère même être un apprentissage essentiel. L’esprit combatif vindicatif des garçons est souvent mis en avant. Pourtant, ce n’est pas une exclusivité masculine. Le magazine Parents répond à l’inquiétude de ses lecteurs dans son article du 17/01/2017  Pourquoi votre enfant aime-t-il les jouets de guerre ? (nouvelle fenêtre)

On s'est battu, on s'est cogné (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) L’auteur-illustrateur Hanno dans album On s’est battu, on s’est cogné (nouvelle fenêtre) ne dira pas le contraire. Dans cet « album inclassable sur la violence, l’action défie les mots, les sentiments sont partout présents » extrait de la critique du site Ricochet (nouvelle fenêtre) .

Deux enfants se battent sans tenir compte du temps qui passe ni des réflexions des passants jusqu’au moment ils s’unissent… Cette intensité peut effrayer.

 

 Le grand livre de la bagarre (catalogue de La médiathèque-nouvelle fenêtre)De leur côté, Davide Cali et Serge Bloch dans Le grand livre de la bagarre (nouvelle fenêtre),récapitulent  avec beaucoup d’humour les mots magiques pour déclencher la bagarre ou l’arrêter, les règles, les limites de cet art ainsi que les contradictions des parents sur la question. Un livre pour mettre tout le monde d’accord sur le fait que « la vraie bagarre est un jeu. Mais,  si la raison de la bagarre, c’est la haine, alors, ce n’est plus du jeu. Dans Le  grand livre de la bagarre, tout est dit.

 

Mais de la bagarre à la guerre, il y a un gouffre

Télévision, presse, radio, chaque jour, les médias  apportent leur lot d’informations sur les affrontements dans le monde. Si les enfants regardent souvent le JT avec leurs parents, ou entendent les actualités à la radio, ils n’ont pas toujours les moyens de comprendre simplement le fait divers, le drame ou les faits. En partenariat avec « 1 jour, 1 actu », Francetv éducation (nouvelle fenêtre) fournit des clés de décryptage et des grilles de lecture de l’actualité pour les enfants.

Néanmoins, les images traumatisantes, tout juste entrevues, peuvent rester longtemps ancrées dans les esprits.

Nier que la  guerre fait rage aujourd’hui -quand bien même elle se passe loin de chez nous-, ne l’empêche pas d’exister. Difficile de préserver les enfants en gardant le silence sur cette réalité et nos inquiétudes. Ils craignent qu’un jour cela leur arrive. Il est reconnu que parler de ce sujet « tabou »  apaise l’anxiété.

Serge Tisseron, spécialiste de l’image, dans son article Comment parler de la guerre aux enfants ? (nouvelle fenêtre)  publié sur le site Doctissimo  et Marcel Ruffo, pédospychiatre reconnu,  dans Comment parler des attentats aux enfants (nouvelle fenêtre)  sur le site des éditions Milan, sont unanimes : s’exprimer, poser des questions, se confronter aux réalités de la vie permet à l’enfant de se rassurer en espérant des adultes proches, réconfort, sécurité et réponses rationnelles.

Des albums pour accompagner les enfants

Voici quelques albums abordant ce sujet difficile, en tentant de le définir, d’en monter l’absurdité mais aussi en parlant de reconstruction.

Les étoiles sont tombées de François David (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) François David dans un album étonnant tente de définir la guerre dans Les étoiles sont tombées (nouvelle fenêtre).

-Alors, elle t’a dit ?

-Elle m’a dit et elle ne m’a pas dit, quand il y a la guerre.

Une rencontre saisissante entre des photos en noir et blanc et un texte poétique d’une grande sobriété  pour tenter de répondre à la question : qu’est-ce que c’est la guerre ?

10 petits soldats de Gilles Rapaport (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Pour sa part, Gilles Rapaport nous plonge au cœur de la troupe de 10 petits soldats (nouvelle fenêtre) missionnée pour agir sur ordre de la reine. Les illustrations noires agressives contrastent avec l’inconscience des soldats. Les uns à la suite des autres ils abandonneront la cause. Mais au fait cette guerre en valait elle la peine ?

 

Olivier Tallec, lui, aborde le sujet différemment dans Waterloo et Trafalgar (nouvelle fenêtre) : une histoire sans paroles  montre les causes parfois absurdes des conflits et le quotidien qui s’organise tant bien que mal.

La guerre d'Anais Vaugelade (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Toujours la vie reprends ses droits… Faute de munitions, de belligérants, de convictions, la guerre finit toujours par s’éteindre. Le très sage fils d’Armand Douze dans La guerre d’Anais Vaugelade (nouvelle fenêtre) fait appel à la ruse pour mettre un terme à cette horreur.

Mario Ramos avec Le petit soldat qui cherchait la guerre (nouvelle fenêtre) présente un petit soldat qui n’avait connu rien d’autre. « Toujours prêts, toujours là » engoncé dans son uniforme, marchant au pas, ignorant tout de la vie mais finalement pas si pressés de mourir.

L'ennemi de David Cali et Serge Bloch (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Dans L’ennemi de David Cali et Serge Bloch (nouvelle fenêtre), un soldat, livré à lui-même au fond de son trou au cours d’une guerre interminable, s’interroge sur l’ennemi. Lassé d’une si longue attente, il décide d’agir. Il sort de son trou par une nuit sans lune, déguisé en buisson.. Amnesty International et l’Historial de la Grande Guerre sont associés à la parution de cet album qui veut susciter la réflexion.

 

Chuuut ! de Jeanne Willis et Tony Ross (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre)Puis, vient le temps de panser les plaies, reconstruire un foyer. Et si finalement tout n’était qu’une question d’éducation et de dialogue ? Dans l’album Chuuut ! de Jeanne Willis et Tony Ross (nouvelle fenêtre), la petite musaraigne voudrait bien partager un secret.

 

 

Avec elle et en conclusion, partageons cette citation du philosophe Norman Cousins :

La guerre est une invention de l’esprit humain. L’esprit humain peut aussi inventer la paix.

La politique, source d’inspiration pour la fiction

6 Juin

Le « temps des scrutins » est revenu ! Un temps propice à la distraction par le biais de la fiction… La politique, sujet longtemps délaissé par le roman moderne, devient actuellement un thème porteur avec des variations sur l’amour, le pouvoir, l’argent, ou la trahison, et tout ce qui touche au ressort intime du combat politique. Les intrigues dévoilent les mécanismes ou les rouages cachés, en faisant découvrir par exemple  l’«envers» d’une campagne électorale, ou en nouant des intrigues diverses, cela signe le retour du héros, la vie du leader s’apparentant à une épopée où se succèdent des péripéties.

Divers auteurs au travers de l’histoire du monde ont relaté des histoires qui se jouent dans les arcanes du pouvoir et l’influence directe qui en découle sur le peuple.

Je vous en propose un certain nombre : le très célèbre  Stefan Zweig dans  Le Monde d’hier : Mémoire d’un Européen (nouvelle fenêtre)  préfigurait la montée du nationalisme, l’horreur de l’antisémitisme d’état et le « suicide de l’Europe. »

Sorti plus récemment,  le cauchemar de Winston (nouvelle fenêtre) de Bernard Du Boucheron attente à l’imagerie sacrée de l’histoire de la France occupée pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec un ton sarcastique et tranchant. En mai 1941, Hitler renonce à attaquer L’Union soviétique. Soulagée de ce puissant ennemi, l’’Allemagne ne perdra pas la guerre…

Le zéro et l’infini (nouvelle fenêtre) d’Arthur Koestler, publié en 1940, restera un roman majeur du XXe siècle, il illustre la logique issue de la révolution russe.

Antoine Bello dans les Falsificateurs (nouvelle fenêtre) quant à lui, nous entraîne dans un récit passionnant jalonné de rebondissements qui mêlent fiction et réalité avec l’histoire d’une organisation secrète internationale dans les années 90, sous le mandat de Jacques Chirac.

Boualem Samsal avec  2084, la fin du monde (nouvelle fenêtre) s’inscrit dans la filiation d’’Orwell pour brocarder les dérives et l’’hypocrisie du radicalisme religieux qui menacent les démocraties.

La faute du président Loubet (nouvelle fenêtre) de Jacques Neyrinck : en 1904, une sombre affaire menace la République, Gabriel Syveton, le chef de la droite parlementaire est retrouvé asphyxié dans son bureau. Une époque bien restituée avec complotx et passion…

La trilogie de l’emprise (l’emprise, le quinquennat, ultime partie (nouvelle fenêtre)  de Marc Dugain offre avec ses trois tomes une plongée sans concession au cœur du système français où se mêlent intrigues politiques, industrielles et espionnage. Prolongez cette lecture par une analyse passionnante du dernier livre de Marc Dugain, L’homme nu, où après « La trilogie de l’emprise, cette plongée romanesque sans concession au cœur des arcanes du pouvoir et livrait une réflexion sur les grands de ce monde, l’auteur poursuit son travail de réflexion sur la surveillance et l’espionnage », écrit Florence B. sur Liseur dans son article du 17/10/2016 L‘homme nu, lecture. 

À  l’approche des échéances  électorales, explorez aussi le thème sous forme d’albums : les bandes-dessinées, le traitant avec le dessin, complémentaire du texte, apportent une touche légère, grinçante, outrée ou drôle pour ce sujet grave, ou sérieux. Moyen d’apréhender ce domaine et ses personnages, acteurs du petit théâtre du pouvoir.

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Quand la série télévisée s’empare de ce sujet, cela peut se décliner comme dans Show Me a Hero ce feuilleton en six épisodes, réalisé par David Simon, en 2015. De façon cruelle et fascinante il prend le pouls d’une société malade de son racisme à travers le personnage d’un jeune élu américain.

Une lutte de pouvoir complexe suit, les politiques s’écharpant sous l’influence d’une partie de la population (blanche) opposée à ce projet, craignant l’arrivée de familles (noires) suscitant tous les fantasmes. Ahurissant ? Réaliste, plutôt, et totalement actuel.

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