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Panorama de la littérature italienne contemporaine

4 Avr

Après Les origines de la littérature italienne contemporaine,  je voudrais, dans cet aperçu sur l’expression  narrative italienne contemporaine, souligner la nature hybride et multiforme d’une grande partie des romans actuels. Si  la plupart des écrivains qui se sont imposés dans le paysage littéraire l’on  fait autour des années 80, il est important néanmoins de noter que les générations précédentes ont eu une rôle très influent,  certains sont très estimés à l’étranger.

Reprenons la génération de années 30

Elle comprend de grande figures intellectuelles tel Umberto Eco mort en 2016, et laissant derrière lui une œuvre foisonnante, on peut citer le Nom de la rose (nouvelle fenêtre)  mélange du suspense narratif et des plaisirs érudits ; assez différent  Le Pendule de Foucault (nouvelle fenêtre) donne un visage nouveau à la vieille histoire des Templiers. Plus tard,  à 78 ans, dans le Cimetière de Prague (nouvelle fenêtre), Eco démontre encore la verdeur de son imagination romanesque en entraînant le lecteur sur les traces d’un faussaire à la recherche d’une vérité cachée dans un repli de l’Histoire, au XIXe siècle.

De même Antonio Tabucchi disparu en 2012, dont j’ai déjà parlé  dans le précédent article Origine de la littérature contemporaine italienne, écrit des livres dont les personnages se cherchent, mais qui finalement optent pour le courage, induit par l’injustice et toutes les formes de dictature. Citons Tristano meurt (nouvelle fenêtre)

Les  romanciers nés dans les années 50/60, font partie d’une génération particulièrement fertile. Son grand représentant, Erri De Luca;  adopte une  narration assez traditionnelle il est écrivain, poète et traducteur, et a obtenu en 2002 le prix Femina étranger, pour son livre Montedidio (nouvelle fenêtre) Les personnages qu’il campe sont des gens simples, emplis de sagesse populaire. La période qu’il a choisie ici pour son narrateur est celle de la fin de l’adolescence, celle du rite initiatique symbolisé par le « boumeran ». Les personnages phares de cette histoire, l’adolescent et le bossu, sont tout deux en quête d’un graal, d’un changement.
Parmi les « jeunes narrateurs » nés dans les années 50, il serait impardonnable de ne pas mentionner Alessandro Baricco, dont les romans ont été traduits partout en Europe, ainsi qu’en Asie et en Amérique. Il a remporté un vif succès avec Soie (nouvelle fenêtre), c’ est une longue nouvelle qui se situe au XIXe siècle dont le personnage principal est un marchand français de ver à soie.

Parmi les auteurs dont la renommée ne date pas d’hier, Andréa Camilleri  connait un énorme succès  en Italie comme ailleurs, grâce à ses romans policiers mettant en scène le sarcastique commissaire Montalbano. L’ atmosphère de ses romans et  ses personnages fascinent des milliers de lecteurs. Par exemple, Chien de faience (nouvelle fenêtreoù un patron de la mafia met en scène son arrestation afin de sauver la face devant un monde cruel qu’il répudie.
Dans la veine du polar, citons Carlo Lucharelli avec La huitième vibration (nouvelle fenêtre), Marcello Fois avec  la lumière parfaite (nouvelle fenêtre) et Giancarlo Di Cataldo avec Les traitres (nouvelle fenêtre) et Massimo Carlotto avec le souffle court (nouvelle fenêtre). Ces quatre romanciers mettent souvent au centre de leurs intrigues les mensonges et les secrets de l’histoire officielle, l’histoire récente de l’Italie étant au centre de leur œuvre.

Dans Saltatempo (nouvelle fenêtre) Stefano Benni mêle une chronique de la vie d’un rebelle avec une fantaisie toute poétique : ce roman plein de tendresse a enchanté un grand nombre de lecteurs à travers l’Europe, il entre dans la veine des auteurs de romans plutôt légers et comiques.

Citons d’autres auteurs modernes incontournables :  Sandro Veronesi  pour Terres rares  (nouvelle fenêtre) qui est une réflexion émouvante fouillant dans les moindres recoins de l’âme. Niccolo Amanniti avec Comme Dieu veut (nouvelle fenêtre) est un auteur très apprécié et très populaire en Italie. Il excelle dans les récits purs et efficaces, avec des rencontres impossibles, il creuse la vie dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus mystérieux.

À côté d’écrivains plus mûrs, on a l’affirmation d’une nouvelle génération de narrateurs qui a gagné beaucoup de succès, par exemple  Margaret Mazzantini  avec Écoute-moi (nouvelle fenêtre), ou Roberto Saviano  avec Gomorra : dans l’empire de la Camora (nouvelle fenêtre) qui  n’est pas un roman mais un document sur l ‘histoire de la Mafia, il tirera aussi de cette enquête  une  célèbre série télévisuelle réalisée par Stefano Sollima entre autre, portant le même titre.

L’art de la joie (nouvelle fenêtre) de Giordana Sapienza est un roman d’apprentissage : il foisonne d’une multitude de vies et traverse le XXe siècle et ses tragédies en étant un hymne à la joie.

Paolo Giordano, dans  la solitude des nombres premiers (nouvelle fenêtre), dépeint deux personnages marqués par des évènements terribles qui compromettent leurs vies d’adultes.

L’auteur sarde Milena Agus avec Mal de pierres (nouvelle fenêtre), récit sans doute autobiographique, d’une sensibilité à fleur de page, devient ainsi un très bel éloge de l’imagination qui a raison de la réalité.

La jeune Silvia Avallone avec D’acier (nouvelle fenêtre) ou Marina Belezza (nouvelle fenêtre) se révèle une fois encore incroyablement douée pour décrire les failles de notre société, les doutes de sa jeunesse et le mouvement qui la pousse à se réapproprier sa terre et ses origines.

Et pour clore ce panorama, n’oublions pas la célèbre Elena Ferrante et sa saga déployée en 4 tomes  L’Amie prodigieuse (nouvelle fenêtre); Le Nouveau Nom (nouvelle fenêtre,) celle qui fuit et celle qui reste (nouvelle fenêtre,) L’enfant perdue (nouvelle fenêtre), œuvres que tout le monde s’arrache et qui retrace dans le Naples des années 50 la vie de deux amies dans un quartier défavorisé de la ville, deux héroïnes inoubliables que l’on suivra  dans un monde riche et bouillonnant façon grand roman du XIXe siècle. L’ampleur historique et sociologique de cette saga évoque à certain moments les œuvres d’ Elsa Morante.

Avant la saga qui l’a fait connaitre, Elena Ferrante a publié d’autres romans qui sont autant de variations sur l’identité féminine, la maternité et la folie. Il s’agit de Poupée volée (nouvelle fenêtre), Les jours de mon abandon (nouvelle fenêtre).

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Origines de la littérature italienne contemporaine

26 Mar

La littérature italienne contemporaine est l’héritière des différents écrivains de l’unité du pays et des courants dessinés à travers l’histoire ainsi que d’une culture plusieurs fois millénaire.

Son influence tient aussi à de grands classiques tels Dante avec La divine comédie (nouvelle fenêtre ) les poèmes de Pétrarque,  Boccace et son Decameron, ou encore  Fiammetta  (nouvelle fenêtre), mais également l’œuvre philosophique de Machiavel avec Le Prince (nouvelle fenêtre) ainsi que le théâtre de Goldoni (nouvelle fenêtre)

L’unification Italienne vue par Tomaso Di Lampedusa

Le guépard  (nouvelle fenêtre) de Lampedusa marque un tournant dans la littérature italienne. En effet c’est une œuvre essentielle qui célèbre la renaissance, et où l’auteur est un  observateur avisé de la haute société italienne, de ses rituels sociaux  et de la façon dont ses membres essaient de suivre l’évolution sociale et politique.

Manzoni, un écrivain  romantique déterminant.

En ce qui concerne les écrivains romantiques du 19e siècle, citons Alessandro Manzoni, et son roman fondateur Les fiancés.

Le courant anticonformiste « scapigliatura »

Comme tête de file, Emilio Praga (à la façon d’un Baudelaire italien ), forcement en opposition au conservatisme culturel de l’époque, écrivain, poète, peintre et librettiste.

Le naturalisme appelé « vérisme » en Italie

Initié par Giovanni Verga. Dans  les Malavoglia  (nouvelle fenêtre), il propose  de décrire les mutations sociales provoquées par le désir de progrès économique, mais en réalité il s’attache à narrer la décadence d’une famille de pêcheurs d’Aci Trezza, près de Catane.

La génération des années trente

Rosetta Loy n’a pas son pareil pour camper une histoire de guerre à l’atmosphère feutrée, malgré la proximité de l’horreur, dans un  chocolat chez Hanselmann (nouvelle fenêtre)  par exemple.

La période fasciste

Elle a fortement imprégné la littérature transalpine, que Natalia Ginzburg a relaté dans Tous nos hier,  avec  un prisme subjectif  ou féministe dans La mère. Vous pouvez la retrouver dans un roman plus actuel C’est ainsi que cela s’est passé (nouvelle fenêtre)

Tandis que Malaparte lui dénonce la violence de la guerre et la  terreur répandue , et témoigne de résistance dans sa  fameuse trilogie Technique du coup d’état, Kaputt et La peau.

De même Mario Rigoni Stern avec Les saisons de Giacomo (nouvelle fenêtre)  offre une succession de tableaux brefs mais intenses, d’images fugitives mais puissantes, et célèbre les éternelles valeurs d’une terre de fraternité.

Le courant néoréaliste

Citons Italo Calvino  avec Le Sentier des nids d’araignée, un roman qu’il écrit au lendemain  de la Seconde guerre mondiale et qui se déroule principalement au sein de la Résistance italienne antifasciste.

Après la chute du fascisme, et le referendum de 1946, l’Italie devient une république, ce qui apporte de nombreux changement : politique, culturel et social redonnant sa place à la littérature, le néoréalisme est né et se développe surtout dans le cinéma , il trouve des influences dans le roman, et est initié par Elio Vittorini, qui participe à la traduction de nombreux auteurs étrangers, qui étaient interdits par le régime. Citons aussi  Carlo Emilio Gadda, qui est un auteur confirmé de cette mouvance avec Les merveilles d’Italie (nouvelle fenêtre)  et qui  nous invite  à découvrir une Italie qu’aucun voyageur n’a décrite avant lui. Ce n’est plus seulement l’Italie de l’histoire, des arts et du bel canto, mais aussi l’Italie du travail et de la technologie.

Le surréalisme

Dino Buzzatti, quant à lui, déploie un thème récurrent dans son œuvre : la lutte contre le temps sans que l’homme sans aperçoive, que l’on retrouve dans  le recueil de nouvelles surréalistes,  Le K (nouvelle fenêtre)                                                     

Pour illustrer le roman sociétal

Alberto Moravia  questionne beaucoup dans son œuvre la société et le couple avec par exemple, L’ennui (Nouvelle fenêtre) ou Le mépris, (nouvelle fenêtre) adapté au cinéma par Jean-Luc Godard. C’est vraisemblablement de son métier de journaliste que lui vient l’habitude de chercher des thèmes de la vie quotidienne. Ainsi que son épouse Elsa Morante  avec La storia (nouvelle fenêtre), un livre accueilli comme une des œuvres majeures du XX° siècle.

Alors que Pier Paolo Pasolini connu pour son engagement social et politique nous offre une œuvre artistique et intellectuelle éclectique qui a marqué la critique. On peut ainsi citer Théorème (nouvelle fenêtre) qui est une parabole d’un genre unique et inclassable.  Il y observe  la société italienne de l’après-guerre et se montre très critique vis à vis de la société consumériste qui en découlera.

Il trouvera quelques héritiers comme Antonio Tabucchi., qui lui aussi fait a une œuvre militante, avec Pereira prétend (nouvelle fenêtre) 

Après toutes ces années de bouillonnement intellectuel, la « Berlusconnisation » de la société entraine un désinterêt grandissant pour la lecture, marqué par la prédominance de plus en plus accrue de la télévision et celle de  la civilisation américaine qui initient les jeunes à des expériences qui  se fondent essentiellement sur la musique et la vidéo offrant une autre perception moins littéraire du monde.

Si le sujet vous intéresse, je vous propose une deuxième partie plus actuelle, qui s’intitulera : Panorama de la littérature italienne contemporaine sur Liseur.

Les rencontres de Liseur (2) : qu’est-ce que la Pop Culture ?

30 Sep

Le samedi 7 octobre 2017 à 15h, dans le cadre des Rencontres de Liseur, La Médiathèque de Levallois accueille Richard Mèmeteau pour une conférence intitulée : Qu’est-ce que la pop culture ?

Pop culture de Richard Mémeteau (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Professeur de philosophie et co-fondateur du blog Freakosophy.com, il est l’auteur de Pop culture, réflexions sur l’industrie du rêve et l’invention des identités (nouvelle fenêtre) paru chez Zones en 2014.

Dans son ouvrage, il porte un regard de philosophe et analyse le phénomène  «pop culture» tout en redonnant à cette dernière ses lettres de noblesse. Il offre une réflexion générale sur les cultures de masse à partir des réappropriations identitaires dont elles font l’objet ; il les réoriente, les reformule, les transforme pour produire des questionnements nouveaux sur ce thème actuel de l’enjeu politique des réappropriations par des communautés. Écoutez ce que l’auteur en dit sur France culture (nouvelle fenêtre).

Pour aller plus loin et saisir une dimension critique des écrits de Richard Mémeteau, l’on peut se référer au  site de Slate (nouvelle fenêtre) ou de Zones subversives (nouvelle fenêtre).

Wikipédia définit ainsi la pop culture :

La culture populaire (ou pop-culture) représente une forme de culture dont la principale caractéristique est d’être produite et appréciée par le plus grand nombre, à l’opposé d’une culture élitiste ou avant-gardiste qui ne toucherait qu’une partie aisée et/ou instruite de la population.

Dans les faits, on parle donc d’une forme de culture qui regroupe les œuvres et productions accessibles et connues par le plus grand nombre, que ce soit des séries télés, des films, des jeux vidéo, de la musique — ou même de la nourriture — et aussi, très largement, la culture Internet. La pop-culture a donc pour caractéristique d’être reconnaissable par tous et de puiser dans ce qui est mondialement connu, que cela soit à la mode ou fasse partie d’un héritage culturel commun.

Plutôt que de faire un état des lieux,  je vous propose de suivre de grands écrivains de cette forme singulière d’expression.

Les premiers furent ceux de la Beat Generation, Jack Kerouac, nomade dans l’âme,  parti en virée à travers les États-Unis, à son retour il écrivit Sur la route. William Burroughs, adepte des expérimentations, tomba dans l’errance et la drogue. Après une cure de désintoxication, il écrivit Le festin nu et Allen Ginsberg, figure de proue du mouvement hippie, devint le manifeste de la Beat Generation. Ils influencèrent directement les chanteurs comme Elvis Presley, Jim Morrison, Bob Dylan, Tom Waits, mais aussi le jeu et l’attitude de Marlon Brando ou James Dean.

On peut considérer qu’ils inspirèrent aussi Tom Wolfe, Truman Capote, Norman Mailer, avec un mode de reportage en immersion. Jay McInerney, Bret Easton Ellis,ou bien Philippe Djian, en sont les héritiers spirituels ; Djian, par son style lyrique et cash, avoue lui-même ce qu’il doit à Jack Kerouac, à Philip Roth, Ernest Hemingway, William Faulkner et Raymond Carver.

Elmore Leonard, qui débuta avec le western littéraire, se mit au polar et fut un orfèvre du dialogue, du portrait tendre et de l’entourloupe romanesque. Il a été adapté au cinéma par Abel Ferrara, Quentin Tarantino, Steven Soderbergh.

Des pulps américains jusqu’à Stephen King, la littérature reste un repère pop. Les pulps dans l’entre-deux guerres ont rénové le genre romanesque, et dans les années 1925-1930 l’objet pop est le livre de poche, ce qui a facilité l’éclosion des genres : science-fiction, polar, aventure, romance.

Dans les années 90, Michel Houellebecq se fit un nom en France en publiant Extension du domaine de la lutte qui décrit la solitude de l’homme moderne. Aujourd’hui, il est l’un des écrivains les plus connus et les plus sulfureux, son ironie est héritée de Louis-Ferdinand Céline mâtinée de rockers (il a notamment travaillé avec Iggy Pop).

Pour la décennie quatre-vingt-dix, on peut citer Chuck Palahniuk et son Fight club, histoires provocantes et loufoques. Tandis que Virginie Despentes a, en vingt ans, imposé sa verve, avec ses personnages empreints de violence, sa génération émergente, de la zone et du féminisme, dans Vernon Subutex par exemple.

Les Britanniques tels Nick Hornby, John King, David Peace et Irvine Welsh, quant à eux, apportent une dimension sociale à leurs écrits sur le sport, notamment sur le foot. Ce tableau est loin d’être exhaustif, mais il est le reflet de cette extraordinaire boule à facettes qu’est la pop culture.

Retrouvez tous ces grands noms dans votre Médiathèque, ainsi qu’une bibliographie sur cette thématique.

Bibliographie

Personne jusqu’ici en France ne s’était vraiment risqué à consacrer un ouvrage à une définition de ce qu’est, exactement, cette culture dite « pop ». Retard en partie réparé par Richard Mèmeteau qui – de Warhol à la série Lost en passant par Susan Sontag et Lady GaGa – dit ici l’essentiel : si « le pop » est un processus ambivalent mixant marchandise et art, il n’en a pas moins une dimension « proprement politique », dans le sens où il invite à « partager et apprendre à partager des croyances communes »〈…〉 Son essai n’en reste pas moins un coup d’éclat pionnier et très informé, qui annonce une plus grande finesse dans la compréhension de notre ère contaminée par l’Entertainment.

Extrait de la présentation du livre par Philippe Nassif sur le site de Philosophie magazine (nouvelle fenêtre)

Prenez de la hauteur, et venez penser le monde d’aujourd’hui avec Les Rencontres de Liseur !

PRATIQUE  : rendez-vous le samedi 7 octobre à 15h à la médiathèque Gustave-Eiffel (111 rue Jean-Jaurès- Levallois – 01 47 15 76 43). Entrée libre.

BONUS :  l’article sur la 1ère des Rencontres de Liseur 2017-2018  :  Ubérisation du travail, précarisation, nouvelle consommation ou innovation salutaire ?

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La rentrée littéraire 2017 de la librairie Decitre

23 Sep

Dans les quelques 581 romans attendus ou particulièrement attendus cette année en littérature française, littérature étrangère, premiers romans,  voici ceux que nos libraires ont remarqués. Quels sont ceux qui vont recevoir un prix ? Le suspense demeure…

Les sujets évoquent l’actualité toujours, avec des thèmes universels ou intimes, ils interrogent la famille, le couple, les racines, l’Histoire, et sont marqués peut-être un peu plus par la légèreté, la fantaisie et la poésie.

Comme l’an dernier à la même époque Olivia de Lamberterie, directrice des pages culture de ELLE Magazine, et responsable de la rubrique « livres » animait la rencontre à la librairie Decitre (31, rue d’Alsace à Levallois) le mercredi 13 septembre 2017, avec 4 auteurs sélectionnés parmi ce paysage littéraire de qualité.

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain( catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) Tout d’abord, Marc Dugain, qui est un des grands écrivains français, hanté par l’histoire, les évènements tragiques et les personnages réels. Dans La Malédiction d’Edgar (nouvelle fenêtre) il raconte le parcours de John Edgar Hoover à la tête du FBI de 1924 à 1972, période durant laquelle il assiste à l’élection de John Fitzgerald Kennedy. Ou dans Avenue des géants (nouvelle fenêtre) inspiré par le récit du cheminement intérieur d’un personnage réel, tueur hors du commun ainsi qu’un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s’illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam. Et dans ce dernier livre phare de la rentrée littéraire 2017, Ils vont tuer Robert Kennedy (nouvelle fenêtre) , un professeur d’histoire écrivant sa thèse sur le frère cadet de l’ancien président, dont il fut le ministre de la justice, est persuadé que la mort brutale de ses deux parents est liée à l’assassinat de celui qui était alors candidat à l’élection américaine, la même année. John Fitzgerald Kennedy. C’est un roman gigogne, une quête introspective historique palpitante qui se double d’une réflexion sur la morale et la culpabilité.

Les vacances de Julie WolkensteinJulie Wolkenstein s’était attachée à retracer dans sa fresque familiale  Adèle et moi  (nouvelle fenêtre) sa quête des origines. Nous la retrouvons ce soir avec  Les vacances (bientôt disponible à La Médiathèque), roman rafraichissant et tonique dont elle parle avec beaucoup de drôlerie en hommage à Eric Rohmer dans Les petites filles modèles, premier long métrage, jamais sorti au cinéma et disparu. Il s’en suit une  enquête en Normandie, qui mêle des personnages réels ou fictifs  et c’est ce qui donne aussi à cette histoire une profondeur inattendue tant par le ton  plaisant, désinvolte et spirituel, c’est avant tout sur eux-mêmes que Paul et Sophie enquêtent sans s’en rendre compte.

La légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle NohantGaëlle Nohant, avec un souffle puissant et généreux, nous avait séduit dans La part des flammes (nouvelle fenêtre) en nous entrainant de rebondissements en révélations à la manière d’un roman feuilleton. La légende d’un dormeur éveillé (bientôt disponible à La Médiathèque), qui est le livre présenté ce soir,  offre un délicieux travail biographique construit avec une plume virevoltante ! Ce roman passionnant ressuscite le poète Robert Desnos (1900- 1945), surréaliste de la première heure, fêtard de l’aube, journaliste curieux de tout, et, pour finir, résistant au risque de sa vie, qu’il perdra.

 

Nos richesses de Kaouter AdimiLa jeune Kaouther Adimi offre en 3 livres une auscultation de la société contemporaine, de ses souffrances, ses espérances aussi bien dans L’envers des autres  ou  Des pierres dans ma poche pour cette rentrée avec  Nos richesses (bientôt disponible)  elle nous parle d’Edmond Charlot et de sa minuscule librairie crée à Alger, placée sous l’égide de Giono, qu’il baptise Les vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Mais la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale. Son récit alterne avec le sort d’un jeune Algérien en 2017. C’est une splendide déclaration d’amour à la littérature, seul trait d’union entre les époques et les êtres.

Elle figure sur la liste du Goncourt et du Renaudot 2017.

Pour retrouver les livres présentés par  la librairie Decitre en 2016 : Nous avons rencontré pour vous 4 auteurs à la librairie Decitre

La politique, source d’inspiration pour la fiction

6 Juin

Le « temps des scrutins » est revenu ! Un temps propice à la distraction par le biais de la fiction… La politique, sujet longtemps délaissé par le roman moderne, devient actuellement un thème porteur avec des variations sur l’amour, le pouvoir, l’argent, ou la trahison, et tout ce qui touche au ressort intime du combat politique. Les intrigues dévoilent les mécanismes ou les rouages cachés, en faisant découvrir par exemple  l’«envers» d’une campagne électorale, ou en nouant des intrigues diverses, cela signe le retour du héros, la vie du leader s’apparentant à une épopée où se succèdent des péripéties.

Divers auteurs au travers de l’histoire du monde ont relaté des histoires qui se jouent dans les arcanes du pouvoir et l’influence directe qui en découle sur le peuple.

Je vous en propose un certain nombre : le très célèbre  Stefan Zweig dans  Le Monde d’hier : Mémoire d’un Européen (nouvelle fenêtre)  préfigurait la montée du nationalisme, l’horreur de l’antisémitisme d’état et le « suicide de l’Europe. »

Sorti plus récemment,  le cauchemar de Winston (nouvelle fenêtre) de Bernard Du Boucheron attente à l’imagerie sacrée de l’histoire de la France occupée pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec un ton sarcastique et tranchant. En mai 1941, Hitler renonce à attaquer L’Union soviétique. Soulagée de ce puissant ennemi, l’’Allemagne ne perdra pas la guerre…

Le zéro et l’infini (nouvelle fenêtre) d’Arthur Koestler, publié en 1940, restera un roman majeur du XXe siècle, il illustre la logique issue de la révolution russe.

Antoine Bello dans les Falsificateurs (nouvelle fenêtre) quant à lui, nous entraîne dans un récit passionnant jalonné de rebondissements qui mêlent fiction et réalité avec l’histoire d’une organisation secrète internationale dans les années 90, sous le mandat de Jacques Chirac.

Boualem Samsal avec  2084, la fin du monde (nouvelle fenêtre) s’inscrit dans la filiation d’’Orwell pour brocarder les dérives et l’’hypocrisie du radicalisme religieux qui menacent les démocraties.

La faute du président Loubet (nouvelle fenêtre) de Jacques Neyrinck : en 1904, une sombre affaire menace la République, Gabriel Syveton, le chef de la droite parlementaire est retrouvé asphyxié dans son bureau. Une époque bien restituée avec complotx et passion…

La trilogie de l’emprise (l’emprise, le quinquennat, ultime partie (nouvelle fenêtre)  de Marc Dugain offre avec ses trois tomes une plongée sans concession au cœur du système français où se mêlent intrigues politiques, industrielles et espionnage. Prolongez cette lecture par une analyse passionnante du dernier livre de Marc Dugain, L’homme nu, où après « La trilogie de l’emprise, cette plongée romanesque sans concession au cœur des arcanes du pouvoir et livrait une réflexion sur les grands de ce monde, l’auteur poursuit son travail de réflexion sur la surveillance et l’espionnage », écrit Florence B. sur Liseur dans son article du 17/10/2016 L‘homme nu, lecture. 

À  l’approche des échéances  électorales, explorez aussi le thème sous forme d’albums : les bandes-dessinées, le traitant avec le dessin, complémentaire du texte, apportent une touche légère, grinçante, outrée ou drôle pour ce sujet grave, ou sérieux. Moyen d’apréhender ce domaine et ses personnages, acteurs du petit théâtre du pouvoir.

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Quand la série télévisée s’empare de ce sujet, cela peut se décliner comme dans Show Me a Hero ce feuilleton en six épisodes, réalisé par David Simon, en 2015. De façon cruelle et fascinante il prend le pouls d’une société malade de son racisme à travers le personnage d’un jeune élu américain.

Une lutte de pouvoir complexe suit, les politiques s’écharpant sous l’influence d’une partie de la population (blanche) opposée à ce projet, craignant l’arrivée de familles (noires) suscitant tous les fantasmes. Ahurissant ? Réaliste, plutôt, et totalement actuel.

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