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Les coups de cœur de nos libraires

16 Oct

Jeudi 27 septembre 2018, les libraires du magasin Decitre de Levallois ont présenté leurs ouvrages coups de cœur de cette rentrée. Parmi eux les romans Avec toutes mes sympathies et Dix-sept ans dont leurs auteurs, respectivement Olivia de Lamberterie et Eric Fottorino, nous ont parlé avec beaucoup de retenue et d’émotion.

Olivia de Lamberterie, journaliste et critique littéraire est rédactrice en chef adjointe au magazine Elle, responsable du service livres et chroniqueuse à Télématin, comme je le disais n’est pas venue en tant que critique ce soir, mais pour nous parler de son livre, cette fois. Il s’agit d’Avec toutes mes sympathies (nouvelle fenêtre), édité aux éditions Stock, ode à la mémoire de son frère. Ce livre plonge dans la beauté de l’intime.

Eric Fottorino quant à lui, dirigea le quotidien Le Monde durant 25 ans jusqu’en 2011, il est fondateur de l’hebdomadaire Le 1 avec Laurent Greilsamer et Nathalie Thiriez, lancé en 2014. Il est aussi célèbre pour ses romans et essais. Ce soir, il présente un autre texte de l’intime, même s’il revendique le terme de roman, Dix-sept ans (nouvelle fenêtre) paru aux éditions Gallimard, dont le thème commun avec Olivia de Lamberterie, est l’absence. Pour le chroniqueur, il s’agit de la mère et tous deux nous font part de la manière dont  l’écriture et la littérature les ont aidés à lever le voile sur le puzzle familial.

 

Pour le journaliste, il dit s’être construit en creux et a porté un regard distancé sur sa mère, une sorte de mort émotionnelle et par les mots, en est venu a réinventer sa vie en la romançant dans une déambulation familiale qui a pour cadre sa ville natale, Nice, pour « dégeler » ses sentiments. Manière d’éroder les traumatismes dans une écriture de l’épure.

Pour la critique littéraire qui a perdu son frère dans des circonstances tragiques, (puisque il s’est donné la mort), il y a eu impossibilité d’écrire et de lire après le drame, les mots ayant perdus toute leur substance. Puis, elle a été portée par la nécessité d’écrire à un moment, cela a été aussi le moyen de contenir la violence familiale sourde.

Selon ces deux auteurs, la constatation qui en résulte est que l’écriture de l’intime se fait « sans vous » avec un grand travail de concentration.

À la suite de ce riche et émouvant échange, les libraires ont présenté différents ouvrages de cette rentrée.

  • Un coup de cœur pour Le monarque des ombres (nouvelle fenêtre)  de Javier Cercas qui dépeint les propres résistances de l’auteur pour mettre à jour l’existence d’un héros fourvoyé. L’auteur nous trempe dans la grande Histoire, celle de son pays sous la monarchie, qui en 1931 devint du jour au lendemain républicain. Une République qui entrera en crise en novembre 1933, ce qui débouchera sur une guerre civile. Le fascisme et les dissensions dans le pays, ainsi qu’une fois encore la part d’ombre de la famille sont décrites avec beaucoup de retenue ainsi que les espoirs déçus et les divisions profondes jusqu’à l’arrivée de Franco. Texte plutôt de l’ordre de l’essai, tout en réserve, à méditer. Le talent narratif de l’auteur n’est plus à démontrer.
  • Moi ce que j’aime c’est les Monsters (bientôt disponible à La Médiathèque  d’Emil Ferris est un roman graphique avec une narration à plusieurs strates. L’illustration forte apporte de la densité au texte, qui est par ailleurs parfaitement en place autour des dessins. Le thème central est qu’une petite fille s’intéresse à la mort de sa voisine et à son passé douloureux de juive allemande pendant la guerre. L’enfant est persuadée que cette mort n’est pas naturelle. Cet ovni littéraire est à la fois, thriller, conte fantastique, roman social, il se déroule dans les années 60, et contient un contexte politique à la fois violent et pudique. Sa qualité n’a trompé personne, puisqu’il a été couronné par trois fois du prix Will Eisner (lire à ce sujet l’article Monstress and My Favorite thing is monsters are Top Winners at the Eisner awards 2018 –en anglais- sur le site Comic-con.org -nouvelle fenêtre).
  • Camarade papa de Gauz (bientôt disponible à La Médiathèque) est une histoire documentée qui nous mène à la fin du XIXème sur les pas de Dabilly, un jeune homme parti tenter l’aventure en Côte d’Ivoire. Constitué de deux histoires mêlées, sous forme de conte à un siècle d’intervalle écrit du point de vue des colons et des colonisés, fantastique et onirique, ce texte est servi par une belle langue relevée et imagée, et il contient de très beaux chapitres sur l’histoire coloniale. Étonnant et riche.

Je vous engage à retrouver cet auteur prometteur avec son précédent roman  Debout-payé (nouvelle fenêtre)

  • Dans Un monde à portée de main (nouvelle fenêtre), Maylis de Kerangal centre son roman autour d’une jeune femme, Paula, qui partage amitié avec Kate et colocation avec Jonas. Nous explorons les difficultés du statut d’artiste de peintre en décor. Malgré l’aspect technique appuyé du texte pour rendre la matière sensible et précieuse, le texte est fluide et parle aux plus grand nombre. Une intrigue resserrée autour d’un thème, une écriture précise et cadencée qui énonce autant qu’elle suggère. Encore une réussite.
  • Midi (nouvelle fenêtre) de Cloé Korman.C’est un roman solaire sur les souvenirs. Claire a été éducatrice spécialisée et a dirigé une troupe dans un théâtre associatif, elle est à l’heure actuelle devenue médecin, quand un patient se présente… C’est Dominique qui resurgit de son passé, frappé par une hépatite B, très avancée. Entre fantômes du passé et présent, c’est une évocation touchante et sensible. Cloé Korman nous entraîne dans une enquête sur le mystère d’une violence exposée devant tous, en plein soleil, et néanmoins inapprochable. Porté par le souffle vital de deux héroïnes à peine sorties de l’adolescence, Midi est la splendide évocation d’une beauté qui aveugle et qui sauve.
  • Évasion (livre numérique à télécharger via le site de La Médiathèque) de Benjamin Whitmar est un roman noir qui retrace la fuite, un soir du réveillon, d’une douzaine de détenus dans le blizzard, la neige et le froid glacial. La chasse à l’homme s’organise : gardiens, traqueurs et journalistes sont à l’affût. C’est un roman sombre, hypnotique, un écrit brut, qui décrit finement des personnages très marquants, ainsi que les mécanismes de la violence. Magistral avec peu d’ effet. Après Pike (nouvelle fenêtre) puis Cry father (nouvelle fenêtre), Benjamin Whitmer s’impose avec ce troisième roman impressionnant comme un nouveau maître du roman noir américain.
  • Dans La guérilla des animaux, Camille Brunel fait le constat affligeant de l’extinction des animaux  et pose cette question « Que serions-nous sans eux ? ». C’est ce qui décide Isaac à affronter toute personne qui leur nuirait. Il se pose en justicier et l’explique dans ses conférences. Ce livre porte l’expression d’une nouvelle génération, c’est un livre fort.
  • Dans Là où les chiens aboient par la queue (livre numérique à télécharger à La Médiathèque) Estelle Sarah-Bulle retrace 50 ans d’histoire familiale à la Guadeloupe. Ézéquiel vit à Créteil et interroge sa tante, personnage flamboyant qui transmet l’histoire de la  famille et du pays, car la mère a laissé une absence mythologique. Très émouvant. Intensément romanesque, porté par une langue bluffante d’inventivité, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d’Antillais pris entre deux mondes. 

Voici donc un panel de bons romans de cette rentrée 2018. Et quel que soit le genre ou le thème qui vous attire, la Médiathèque regorge de livres (papier ou téléchargeables) d’auteurs connus, reconnus ou peu connus qui sauront vous séduire, alors rendez-vous sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre) !

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Il était une fois dans l’Ouest

5 Oct

À l’occasion de la désormais traditionnelle Soirée à La Médiathèque (nouvelle fenêtre) qui aura lieu le samedi 13 octobre 2018, partez à la découverte de l’Ouest américain en littérature !

La vision la plus convenue du destin américain veut que ce soit dans l’Ouest que la nation soit née, au XIXe siècle, dans la confrontation avec les grands espaces et les Indiens. Dans les faits, la conquête a été menée par une population essentiellement d’origine européenne, habitée par l’idée d’obtenir une vie meilleure sur ces immenses territoires dont les sols riches regorgeaient de ressources naturelles. Grisés par ces perspectives optimistes, les colons s’imposèrent sur l’immense territoire qui s’étend en Amérique du Nord entre le Mississippi et l’Océan Pacifique, en dépit de toute contrainte et sans égard vis-à-vis des Amérindiens qui furent expulsés, déportés, massacrés au mépris des principes fondateurs des États-Unis,

À la fin du siècle, l’essentiel des terres a été colonisé, les tribus amérindiennes rebelles ont été vaincues et reléguées dans des réserves. La conquête de l’Ouest est terminée mais elle demeure fermement ancrée dans la culture.

C’est là que l’écriture va jouer un rôle majeur dans la création d’une identité culturelle avec un terrain propice à l’imaginaire fait de violence et d’héroïsme qui fixe des stéréotypes dans les esprits  : le cowboy courageux, l’Indien sauvage, l’homme de loi vertueux, le hors-la-loi impitoyable, le brave colon et l’éleveur prédateur…

À l’époque, des milliers de titres sont édités (et souvent écrits en quelques jours en reprenant toujours les mêmes ressorts) et des millions d’exemplaires vendus, popularisant des figures légendaires telles que Buffalo Bill, alias Frederick William Cody. Connu comme homme de théâtre, ce dernier écrivit sa propre biographie. Comme preuve de son intemporalité, on le retrouve dans le roman actuel La tristesse de la terre (nouvelle fenêtre) d’Éric Vuillard qui dresse le portrait d’un homme dépossédé de lui-même, réduit à jouer toute sa vie son propre rôle ; mais dans un style percutant et riche en émotions, il dépeint également l’image d’une nation qui s’est construite dans le sang, sans se soucier de la dignité humaine.

La vie de Calamity Jane, autre personnage incontournable de l’époque, est relatée dans Martha Jane Cannary : la vie aventureuse de celle que l’on nommait Calamity Jane (nouvelle fenêtre). Découvrez cette bande dessinée de Christian Perrissin qui porte un regard réaliste sur la mythique aventurière, tandis que dans Lettres à sa fille (nouvelle fenêtre), Calamity Jane relate 25 ans de correspondance entre elle et son enfant et offre une vision émouvante de sa vie personnelle.

Outre les romans de quatre sous, plusieurs écrivains américains de renom situent leurs récits d’aventures dans le Wild West, avant même la fin de la conquête de l’Ouest, comme James Fenimore Cooper avec Le cycle des Bas de cuir (nouvelle fenêtre)dont le célèbre Dernier des Mohicans fit rêver des générations entières.

Une partie de l’œuvre de Cooper se fonde sur les récits des Amérindiens et ont pour cadre les territoires des Iroquois des six Nations que le père de l’écrivain avait contribué à annexer. Auteur de romans d’aventures, Cooper était un écrivain populaire dès le XIXe siècle et il est souvent considéré comme le père du roman moderne.

Dans  L’Or, la merveilleuse histoire du général Johann August Sutter (nouvelle fenêtre) paru en 1925, Blaise Cendrars imagine une biographie d’un aventurier suisse inspiré par John Sutter, le découvreur d’or californien.

Publié en 1927, Petrole (nouvelle fenêtre) d’Upton Saint Clair nous conduit dans un récit d’aventure et une fresque ambitieuse sur la naissance de l’Amérique industrielle.

Le célèbre True Grit (nouvelle fenêtre) de Charles Pontis, écrit dans les années 60, possède ô combien les ingrédients d’un bon western : un shérif borgne et poivrot, un indien un peu sorcier, un jeune premier prétentieux. C’est percutant, les dialogues sont saisissants, ce texte intemporel procure beaucoup de plaisir, c’est sans doute la raison qui a poussé les frères Coen à l’adapter au cinéma, ce qui donne une œuvre déjantée et jubilatoire.

Que ce soit dans le roman  Méridien de sang ou le rougeoiement du soir dans l’Ouest (nouvelle fenêtre)  ou dans La trilogie des confins (nouvelle fenêtre), Cormac Mc Carthy nous entraîne dans une chevauchée fantastique du Tennessee au Texas, façon horde sauvage.

Tandis que Trévanian dans son brillant Incident à Twenty-Mile ( nouvelle fenêtre) propose une nouvelle lecture du western qui dynamite les conventions avec un brin de nostalgie.

Elmore Leonard avec ses Chasseurs de primes (nouvelle fenêtre) nous divertit dans un style incisif avec son mélange de romantisme sur fond de fantasmes apaches.

Le sang des Dalton (nouvelle fenêtre) : Ron Hansen‘inspire, une fois de plus brillamment, d’une page de l’histoire violente du XIXe siècle américain, la vie de Bob Dalton, pour nous faire palpiter.

Les bisons du coeur brisé (nouvelle fenêtre) de Dan O’Brien. Quand l’auteur s’installe dans le ranch de Broken Heart, il réalise son rêve : vivre au pied des terres indiennes de Sitting Bull… Mais les grandes plaines du Dakota ont subi le génocide indien et le massacre des bisons, elles sont stérilisées par l’agriculture et l’élevage bovin intensifs.

La décimation (nouvelle fenêtre)  de Rick Bass  (dont Jim Harrison dit qu’il est son «fils littéraire»), fait partie de ces écrivains rassemblés au sein de l’«école du Montana». Aux côtés de Wallace Stegner, Thomas McGuane, Edward Abbey et tant d’autres, ce romancier fait la part belle aux paysages grandioses et sauvages du Sud profond ou du Montana. Western politique, La Décimation s’inscrit parfaitement dans son œuvre.

Je vous engage à lire Montana 1948 (nouvelle fenêtre) de Larry Watson : parue en 2010, c’est une œuvre à l’écriture riche, au style fluide, tout en retenue, où l’auteur distille savamment un climat d’angoisse sur fond de paysages somptueux.

Anne Percin, quant à elle, imagine une histoire pleine d’émotion et de musique Country où Elise, dans Western girl (nouvelle fenêtre) revisite le western dans une version contemporaine.

D’autres incontournables : Mille femmes blanches (nouvelle fenêtre) de Jim Fergus. En 1874, à Washington, le président Grant accepte l’incroyable proposition d’un chef indien Little Wolf pour troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. L’auteur livre un vibrant hommage à la vie des Cheyennes.

Dans Faillir être flingué (nouvelle fenêtre) Céline Minard investit la  mythologie fondatrice du western en le rendant inattendu et animé de personnages particulièrement vivants sur une toile de fond poétique et contemplative.

La liste est longue… Et le mythe de l’Ouest fascine toujours autant, adultes et enfants ! Retrouvez très prochainement sur Liseur une sélection de livres pour les plus jeunes dans notre article Il était une fois dans l’Ouest… pour la jeunesse. Et ‘n’oubliez pas la littérature amérindienne mise à l’honneur dans l’article Sur la piste des Indiens.

Et rendez-vous le samedi 13 octobre pour une longue soirée qui vous donnera envie de trouver votre Eldorado à La Médiathèque ! Tout le programme est en ligne sur le site de La Médiathèque (nouvelle fenêtre).

Philip Roth, ce grand écrivain américain

23 Juin

Depuis le mardi 22 mai 2018, à l’âge de 85 ans, Philip Roth, immense écrivain américain, l’un des  préférés des Français, considéré comme l’un des témoins les plus lucides et implacables des travers de la société américaine, et auteur d’une œuvre majestueuse et imposante de 28 romans, n’est plus. Il fit preuve d’une incroyable énergie créatrice. Son talent n’est plus à découvrir, sa réputation plus à faire.

Né le 19 mars 1933 à Newark dans le New Jersey, Philip Roth est le petit-fils d’immigrés juifs. Ses œuvres seront fortement influencées par son milieu social. Sa ville natale y constitue un  personnage à part entière. Il étudie à l’université de Pennsylvanie puis à Chicago. Après avoir enseigné les lettres, il s’installe à New York pour se consacrer à l’écriture. Il commence à publier dans le New Yorker. En 1959, il rencontre le succès avec son premier recueil de nouvelles, Goodbye Columbus qui dresse un portrait au vitriol de l’Amérique. La critique salue presque unanimement la naissance d’un écrivain en lui décernant le prestigieux National Book Award…

Une célébrité qui sent le soufre

Avec Portnoy et son complexe (nouvelle fenêtre) en 1970, il s’attire les foudres de la communauté juive-américaine, ce qui lui vaut d’être considéré comme l’« enfant terrible » du roman juif-américain jusqu’aux années 1990. Car ce monologue comique traite du sort d’un jeune avocat juif, traumatisé par une mère à l’amour étouffant, sur le divan de son psychanalyste. Il s’en prend à l’éducation archaïque qu’il a reçue de ses parents et qui d’après lui, héréditairement, traumatise les enfants. La forme narrative choisie confère au récit une grande liberté, le ton est vif et âpre.

Avant que l’auto-fiction ne soit inventée il se compose un alter ego, Nathan Zuckerman, (qu’il fait apparaitre dans 9 livres) notamment dans les trois romans universellement célébrés de la Trilogie  américaine qui débute avec La pastorale américaine  (nouvelle fenêtre) où Nathan Zuckerman lui-même évoque les failles mais surtout les revers du rêve américain devenu tas de cendres, avec les ravages de la guerre du Vietnam. Dans ce livre, l’auteur fait tordre le cou aux mythes d’un autre âge. Il obtient pour ce titre le Pulitzer en 1998.

J’ai épousé un communiste (nouvelle fenêtre) : en 1998, dans ce récit à deux voix, Nathan Zuckerman et son vieux professeur remontent le fil d’une mémoire brouillée, celle d’Iron Ringold, celle d’une Amérique plongée dans la tourmente du maccarthysme, au temps de la peur paranoïde de la subversion communiste. C’est une nouvelle fois brillant ! Avec une plume acérée et érudite, il dresse un portrait décapant d’une Amérique malade de son conformisme et de ses peurs.

Dans l’excellent roman La tache (nouvelle fenêtre) il dénonce une Amérique puritaine et renfermée sur elle-même. Ce texte lui permet d’obtenir le Médicis étranger en 2002. Il s’agit d’un roman sur l’affaire Lewinsky qui défraye la chronique à cette époque : Nathan Zuckerman y retrouve l’épaisseur perdue dans les deux précédents volumes. Cette fois, l’action se situe dans un campus universitaire où le héros est convoqué par le professeur Coleman pour raconter sa version de l’histoire. Comme dans les précédents textes de Philip Roth, il est question de trahisons et de vengeances.

L’auteur inspire le cinéma puisque plusieurs de ses grands livres ont été adaptés. Voici un extrait de La Couleur du mensonge (2003) de Robert Benton, transposition de La tache, interprété par Anthony Hopkins et Nicole Kidman.

Parallèlement à cette trilogie, il n’a cessé d’écrire, et je ne vais pas ici vous dresser une liste in extenso de ses œuvres, mais plutôt mettre l’accent sur certaines. Si l’auteur a abordé des thèmes récurrents, telle l’histoire récente des États-Unis, il est aussi obsédé par l’identité, le sexe, et règle ses comptes avec les femmes (on l’accusera du reste d’être misogyne), mais aussi avec « les rabbins, les hommes politiques, les psychanalystes et les critiques littéraires », selon ses propres mots.  Dans la grande tradition Balzacienne, il parle dans chaque livre d’argent, plutôt la notion du patrimoine familial, comme héritage culturel transmis par les parents.

Dans Patrimoine : une histoire vraie (nouvelle fenêtre) (en 1994) justement il y fait forcement référence. Puisque l’on suit l’agonie de Herman son père pendant que l’auteur le guide et l’assiste jusqu’à s’identifier à lui. Texte cruel et émouvant dont il fait un récit universel pour ne jamais oublier, avec retenue et causticité.

Il écrit La bête qui meurt (nouvelle fenêtre) en 2001 sur la révolution sexuelle des années 1960. On retrouve ici les thèmes chers à Philip Roth  : les plaisirs de la chair, les conventions rigides dans une Amérique bien-pensante, les souvenirs de la révolution sexuelle… à travers le portrait de ce professeur sympathique, esthète érudit et cultivé, pris dans le piège de la dépendance amoureuse.
Brillante analyse des comportements humains, réflexion sur la vieillesse et la mort, c’ est un petit bijou de finesse et d’émotion.

Le complot contre l’Amérique (nouvelle fenêtre) (2004) imagine le destin d’une famille juive de Newark si les États-Unis avaient élu l’aviateur Charles Lindbergh, un sympathisant nazi notoire, plutôt que Franklin D. Roosevelt en 1940. Des observateurs affirment que la présidence de Donald Trump permet d’apprécier ce dernier ouvrage sous un nouveau jour.

Dans Un homme (nouvelle fenêtre) (2006) il décrit avec fatalisme et brio le destin de cet homme, dont on ne connait même pas le nom. Ainsi, chacun pourra y trouver sa part de vérité. La maladie, la vieillesse, la peur de ne plus séduire, les mariages ratés, les enfants détestés, une fille chérie, des liens très forts avec un frère, l’histoire du papa juif qui aura tout fait pour cet homme… autant de petites aventures, certes banales dans la vie de tout un chacun, mais que Roth a le secret de dévoiler avec justesse Un homme simple, stoïque, digne face à la maladie, un homme comme nous tous, capable du pire et du meilleur, voué à la finitude.

Indignation (nouvelle fenêtre) (2008)  : en pleine guerre de Corée, Marcus Messner, jeune garçon d’origine juive et fils de boucher de Newark, sérieux et travailleur, bon fils, et excellent élève subit le harcèlement de son père, en proie à une véritable paranoïa au sujet de son fils bien-aimé.

Le Rabaissement (nouvelle fenêtre)  (2009)  : Simon Axler fut un très grand écrivain… À 60 ans, il a perdu son talent, sa magie et sa confiance en lui. Encore une fois, Philip Roth fait avec ce roman une magnifique composition d’intelligence, d’érotisme et de désolation.

Dans Némésis (nouvelle fenêtre) paru en 2010, il relate les ravages causés auprès de la jeunesse par la guerre en 1944, et une terrible épidémie de poliomyélite qui sévit à Newark et se propage.  Et il annonce que ce sera son ultime roman.

S’il adopte un ton caustique dans la première partie de son œuvre, il aura tendance à devenir plus contestataire, moins provocateur au fil de ses écrits.

Fin observateur de la société américaine et de ses travers, le natif de Newark avait été régulièrement pressenti pour le Nobel de littérature, sans jamais l’obtenir. Sa plume exigeante, sa lucidité implacable sur la bien-pensance de la société américaine, ses conformismes et préjugés ont valu à Philip Roth d’entrer en France, dans le collection de la Pléiade en 2017, temple sacré des virtuoses de la littérature, réparant ainsi l’affront de l’Académie Suédoise.

Voici quelques citations qui jalonnent ses œuvres :

Dans Complot contre l’Amérique :

Ne vient-il pas un temps dans la vie où le devoir est le plaisir, plutôt que le plaisir un devoir.

Dans La bête qui meurt

Le vrai écrivain n’est pas celui qui raconte des histoires, mais celui qui se raconte dans l’histoire. La sienne et celle, plus vaste du monde dans lequel il vit.

Le rabaissement

Ne vous battez pas contre vous-même. Il y a suffisamment de cruauté dans le monde

Indignation

N’attends pas que ta main soit froide pour donner

Un Homme

La paix intérieure vient de n’avoir personne à ses trousses, personne qui vous caricature, ou qui vous snobe ou qui vous méjuge.

Un autre nom à l’œuvre clairvoyante et puissante, Tom Wolfe, nous a lui aussi quitté le 10 mai 2018 à l’âge de 88 ans, nous laissant orphelins d’un autre  grand conteur de l’Amérique moderne.

Relisez : Le bucher des vanités (nouvelle fenêtre ) (1987) succès mondial qui dénonce les codes sociaux des États-Unis du XXe siècle. L’étoffe  des héros (nouvelle fenêtre) fresque sur fond de guerre froide avec les étoiles comme enjeu : 7 astronautes à la conquête du ciel. Moi, Charlotte Simmons (nouvelle fenêtre), avec une intrigue en milieu universitaire gangréné par le laxisme des profs et le matérialisme des étudiants.

Ces livres que vous avez aimé… ces livres que vous aimerez …

2 Juin

Nathan Hill, Britt Bennett, Alice Zeniter, Frank Thilliez, Sorj Chalandon, Colson Whithead, Lapena Shari, Eric Reinhardt, Miguel Bonnefoy, Abby Jenny… vous avez été nombreux à encenser les romans de ces auteurs, à l’aube de l’été, je vous propose de découvrir des romanciers que vous pourriez aimer avant (ou pendant) les vacances.

Je vais commencer par saluer l’œuvre de Karl Ove Knausgaard intitulée Mon combat (nouvelle fenêtre) (non sans provocation). Son autobiographie, quatrième tome paru en 2017  Aux confins du monde (nouvelle fenêtre)  est puissamment addictive. Cette entreprise se déclinera en 6 volumes. Bien qu’adulé dans le monde entier et mystérieusement sous-estimé en France l’écrivain norvégien a  décidé de raconter entièrement sa vie. Le décès de son père, son histoire d’amour, son enfance ou la fin de son adolescence qui est le sujet d’ aux confins du monde. Dans un style brut, direct avec une capacité à atteindre l’universel, à saisir l’essentiel tout en offrant un vrai regard sur la société nordique, et l’identité masculine.

  • Si vous avez aimé de Nathan Hill Les fantômes du vieux pays (nouvelle fenêtre) Tantôt satire d’une jeunesse ultra connectée des années 2010, tantôt fissuration d’un idéal, le livre fait de chaque chapitre un univers à lui seul. L’auteur nous transporte en Irak, dans un fourgon rempli de GI s, avant de nous faire vivre à l’intérieur d’un jeu vidéo. Ce livre est une fine méditation sur l’identité, la perte, le besoin et la difficulté de vivre ensemble dans un monde dissolu.
  • Vous aimerez peut-être de Jonathan Franzen Phénomènes naturels (nouvelle fenêtre). Dans ce roman polymorphe on retrouve le talent atypique de cet auteur américain. La comédie familiale satirique qui se joue dans ce livre se transforme  ensuite  en se muant en un thriller écologique.
  • Si vous avez aimé ce premier roman étranger de Brit Bennett  Le cœur battant de nos mères (nouvelle fenêtre ) Cette jeune prodige livre un roman aussi grave que sensible sur l’entrée dans l’âge adulte. Adolescente Afro-américaine de Californie, Nadia perd brutalement sa mère. Deuil quelque peu atténué par l’arrivée de Luke, le fils du pasteur. Brit Bennett sait associer poésie et puissance narrative. Elle traque les doutes  et les joies de toute une communauté d’une plume mature et incroyablement lumineuse.
  • Vous aimerez peut-être le très joli roman dIsabelle Carré  Les rêveurs (nouvelle fenêtre) Dans ce livre qui commence comme un roman, et qui s’achève plutôt comme un récit autobiographique, la comédienne raconte son enfance et son adolescence dans les années 70 dans une famille un peu décalée.
  • Si vous avez aimé d’Alice Zeniter L’Art de perdre (nouvelle fenêtre) Plus d’un demi-siècle après la signature des accords d’Evian, la guerre d’Algérie resurgit grâce à cette fresque romanesque puissante et audacieuse, habilement documentée,  qu’ Alice Zeniter  relate à plusieurs voix. Celles d’Ali, Hamid, Naîma et tous les autres embarqués dans un voyage qui ne finit jamais émigrés perpétuels, ces générations successives seront prisonnières d’un passé tenace. Elle détaille les conditions de vie de cette famille Kabyle comme les autres qui porte les stigmates de cette guerre, des morts, de l’exil, du travail aliénant. Il a été couronné de nombreux prix, amplement mérités,  notamment le Goncourt des lycéens 2018. Avec une sensibilité rigoureuse et vaillante, Alice Zeniter, 31 ans, met des mots sur cette interminable aphasie, celle d’une .famille, la nôtre aussi.
  • Vous aimerez peut-être de Blas de Roblès Dans l’épaisseur de la chair (nouvelle fenêtre) , c’est à travers l’histoire personnelle d’un homme, tout un pan de l’histoire de l’Algérie, depuis l’arrivée des grands-parents, venus d’Espagne, jusqu’au retour en France, au début des années 60. Et ça commence par une apostrophe terrible, lancée par le père à son fils – Tu n’as jamais été un vrai pied-noir ! – doublée d’une question en écho : Qu’est-ce qu’un vrai pied-noir ? Le récit est enlevé, brillant, philosophique, drôle Et avant tout, le magnifique hommage d’un fils à son père.
  • Pour changer de genre vous avez été nombreux à plébisciter Frank Thilliez et son Sharko (nouvelle fenêtre). Avec son talent incontournable et une trame des plus captivantes, l’auteur nous plonge dans les abysses du sang et de l’horreur. Impossible d’en dire plus sans dévoiler l’intrigue.
  • Vous aimerez peut-êtreNuit (nouvelle fenêtre) de Bernard Minier,  le retour tant attendu de Servaz dans un face à face angoissant avec Hirtmann, nuit de tempête en mer du Nord secoué par des vents violents l’hélicoptère dépose Kirste Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice Norvègienne mène l’enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore. Un homme manque à l’appel, en fouillant sa cabine Kirsten trouve une série de photos. Quelques jours plus tard elle est dans le bureau de Martin Servaz, l’absent est Julien Hirtmann un tueur retors et insaisissable que Martin traque depuis des années. C’est le début d’un voyage terrifiant au bout de la nuit le plus redoutable des ennemis.
  • Si vous avez aimé de Sorj Chalandon Le jour d’avant (nouvelle fenêtre) ce livre est un vibrant hommage aux mineurs qui ont perdu la vie à Liévin-Lens en 1974. Cette histoire que l’auteur retrace avec détails et émotion rend compte de leurs conditions de travail, de l’esprit de famille qui les animait, comme de leur fierté d’exercer un métier qu’ils se transmettaient de génération en génération. Le manque de reconnaissance de la nation les blessait d’autant plus. C’est une belle histoire classique qui suffirait à nourrir le livre, mais Sorj Chalandon ménage à son lecteur un ultime et imprévisible rebondissement digne de ses qualités de grand auteur. Une finesse d’écriture, une intrigue violente et haletante, la sensibilité de ses mots et Sorj Chalandon nous embarque et nous bouleverse.
  • Vous aimerez peut-être :  Les loyautés (nouvelle fenêtre) de Delphine de Vigan. Finie l’autofiction pour Delphine de Vigan. Avec ce texte  elle fait place à un roman social abordant un certain nombre de thématiques actuelles. Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu’il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeure de collège à l’enfance violentée, qui s’inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres.
  • Si vous avez aimé  Underground railroad (nouvelle fenêtre) de Colson Whithead : Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Et va vivre une incroyable odyssée. Colson Whithead avec une originalité et une maitrise époustouflante explore les mécanismes du racisme. À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œoeuvre politique d’ aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
  • Vous aimerez peut-être de Véronique Olmi  et Bakhita ( nouvelle fenêtre ) L’histoire de Bakhita née au Darfour est un cauchemar, enfant elle est enlevée et vendue à des négriers musulmans et entre dans un univers de violence et d’humiliation. Dans ce roman pénétrant Véronique Olmi a su trouver les mots pour dire la souffrance, l’horreur, l’abjection des hommes, autant que la beauté, la bienveillance et l’amour de son héroîne.
  • Si vous avez aimé de Lapena Shari Le couple  d’à côté (nouvelle fenêtre). Lorsque  leur bébé  disparait Le chagrin, l’angoisse,  l’espoir,  la déception,  les interrogations  transforment  la vie d’Anne et de Marco, deux jeunes parents  en  enfer,  d’autant  plus  que  les  médias  ont  envahi  le quartier  ne  leur laissant  aucun répit. Et nous voici entraînés dans la spirale diabolique de ce thriller psychologique qui réussit habilement à jouer avec nos nerfs.
  • Vous aimerez peut-être de Paula Hawkins Au fond de l’eau (nouvelle fenêtre) la star mondiale du thriller « psychologique domestique » est donc retour avec ce « Au fond de l’eau ». Trois femmes, parmi onze personnages, habitent le roman de Paula Hawkins dans une atmosphère sombre et gothique. Inéluctablement, on s’enfonce au fond de l’eau. Oui, pourra-t-on vraiment remonter à la surface ?…Le canevas est habile, il aborde avec sensibilité les violences faites aux femmes.
  • Si vous avez aimé dEric Reinhardt La chambre des époux (nouvelle fenêtre) Dans ce roman se déploie plusieurs histoires gigognes qui se croisent et se mêlent dans une construction paradoxalement remarquable d’évidence et de clarté. Ici l’imaginaire intime de l’auteur se lâche plus que jamais. Sophistiqué, romantique et impudique, élégant, tranchant, il suit inlassablement pourtant son fil conducteur, cette quête de la beauté universelle censée sauver le monde à travers l’amour et l’art.
  • Vous aimerez peut-être de Grégoire Delacourt  La femme qui ne vieillissait pas (nouvelle fenêtre) est un conte réaliste sur le rêve de beaucoup de d’hommes et de femmes : arrêter le temps qui passe quand il est encore temps.
  • Si vous avez aimé de Miguel Bonnefoy Sucre noir (nouvelle fenêtre )  Vous allez plonger dans l’ambiance des pirateries, avec l’odeur sucrée et enivrante du rhum dans le climat humide des mangroves. Vous découvrez les personnages forts et attachants avec leurs secrets. Dans une prose somptueuse, on y voit  Chacun chercher son trésor comme des pirates. Envoutant et sensuel ce court roman est addictif.
  • Vous aimerez peut-être de Virginie Caille-Bastide Le sans-Dieu (nouvelle fenêtre) Premier roman d’aventure prometteur qui débute en 1709 en Bretagne, et que l’on retrouve ensuite dans la mer des Caraïbes tout y est la vengeance, les secrets, l’île au trésor, les batailles, les trahisons, les amitiés. l’auteur utilise le style de langage propre au 18e siècle. Cela peut surprendre mais on s’y fait très vite.
  • Si vous avez aimé d’Abby Jenni Farallon Island (nouvelle fenêtre). Cette petite merveille de mécanique romanesque vous emporte a un rythme haletant dans un enchaînement de situations de survie sur une féroce et magnifique île qui semble regorger de secrets. L’univers suggéré est étouffant, angoissant, et s’adresse autant aux amateurs de policiers qu’aux passionnés de romans naturalistes. Dans cet envoûtant à huis clos, tendu à l’extrême, la psychologie d’une équipe de  scientifiques est décortiquée et analysée avec une grande subtilité. Un roman où la nature, nous hante longtemps après la lecture.
  • Vous aimerez peut-être de Jenni Fagan Les buveurs de lumières (nouvelle fenêtre) Troublant roman d’apprentissage tout en clair-obscur, sur fond de crise climatique et de fin du monde, étrange et lent ce roman a un charme qui se déploie, laissant place à un sentiment d’amour et d’espoir étrange et beau.
  • Ou d’Emily Fridlund Une histoire des loups (nouvelle fenêtre ) Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. . La jeune fille entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Troublant et poétique, Best-seller dès sa parution aux États-Unis, ce premier roman  a été acclamé par la critique.

Si vous possédez une liseuse ou une tablette, n’oubliez pas que certaines de nos pépites sont disponibles en version numérique !

Panorama de la littérature italienne contemporaine

4 Avr

Après Les origines de la littérature italienne contemporaine,  je voudrais, dans cet aperçu sur l’expression  narrative italienne contemporaine, souligner la nature hybride et multiforme d’une grande partie des romans actuels. Si  la plupart des écrivains qui se sont imposés dans le paysage littéraire l’on  fait autour des années 80, il est important néanmoins de noter que les générations précédentes ont eu une rôle très influent,  certains sont très estimés à l’étranger.

Reprenons la génération de années 30

Elle comprend de grande figures intellectuelles tel Umberto Eco mort en 2016, et laissant derrière lui une œuvre foisonnante, on peut citer le Nom de la rose (nouvelle fenêtre)  mélange du suspense narratif et des plaisirs érudits ; assez différent  Le Pendule de Foucault (nouvelle fenêtre) donne un visage nouveau à la vieille histoire des Templiers. Plus tard,  à 78 ans, dans le Cimetière de Prague (nouvelle fenêtre), Eco démontre encore la verdeur de son imagination romanesque en entraînant le lecteur sur les traces d’un faussaire à la recherche d’une vérité cachée dans un repli de l’Histoire, au XIXe siècle.

De même Antonio Tabucchi disparu en 2012, dont j’ai déjà parlé  dans le précédent article Origine de la littérature contemporaine italienne, écrit des livres dont les personnages se cherchent, mais qui finalement optent pour le courage, induit par l’injustice et toutes les formes de dictature. Citons Tristano meurt (nouvelle fenêtre)

Les  romanciers nés dans les années 50/60, font partie d’une génération particulièrement fertile. Son grand représentant, Erri De Luca;  adopte une  narration assez traditionnelle il est écrivain, poète et traducteur, et a obtenu en 2002 le prix Femina étranger, pour son livre Montedidio (nouvelle fenêtre) Les personnages qu’il campe sont des gens simples, emplis de sagesse populaire. La période qu’il a choisie ici pour son narrateur est celle de la fin de l’adolescence, celle du rite initiatique symbolisé par le « boumeran ». Les personnages phares de cette histoire, l’adolescent et le bossu, sont tout deux en quête d’un graal, d’un changement.
Parmi les « jeunes narrateurs » nés dans les années 50, il serait impardonnable de ne pas mentionner Alessandro Baricco, dont les romans ont été traduits partout en Europe, ainsi qu’en Asie et en Amérique. Il a remporté un vif succès avec Soie (nouvelle fenêtre), c’ est une longue nouvelle qui se situe au XIXe siècle dont le personnage principal est un marchand français de ver à soie.

Parmi les auteurs dont la renommée ne date pas d’hier, Andréa Camilleri  connait un énorme succès  en Italie comme ailleurs, grâce à ses romans policiers mettant en scène le sarcastique commissaire Montalbano. L’ atmosphère de ses romans et  ses personnages fascinent des milliers de lecteurs. Par exemple, Chien de faience (nouvelle fenêtreoù un patron de la mafia met en scène son arrestation afin de sauver la face devant un monde cruel qu’il répudie.
Dans la veine du polar, citons Carlo Lucharelli avec La huitième vibration (nouvelle fenêtre), Marcello Fois avec  la lumière parfaite (nouvelle fenêtre) et Giancarlo Di Cataldo avec Les traitres (nouvelle fenêtre) et Massimo Carlotto avec le souffle court (nouvelle fenêtre). Ces quatre romanciers mettent souvent au centre de leurs intrigues les mensonges et les secrets de l’histoire officielle, l’histoire récente de l’Italie étant au centre de leur œuvre.

Dans Saltatempo (nouvelle fenêtre) Stefano Benni mêle une chronique de la vie d’un rebelle avec une fantaisie toute poétique : ce roman plein de tendresse a enchanté un grand nombre de lecteurs à travers l’Europe, il entre dans la veine des auteurs de romans plutôt légers et comiques.

Citons d’autres auteurs modernes incontournables :  Sandro Veronesi  pour Terres rares  (nouvelle fenêtre) qui est une réflexion émouvante fouillant dans les moindres recoins de l’âme. Niccolo Amanniti avec Comme Dieu veut (nouvelle fenêtre) est un auteur très apprécié et très populaire en Italie. Il excelle dans les récits purs et efficaces, avec des rencontres impossibles, il creuse la vie dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus mystérieux.

À côté d’écrivains plus mûrs, on a l’affirmation d’une nouvelle génération de narrateurs qui a gagné beaucoup de succès, par exemple  Margaret Mazzantini  avec Écoute-moi (nouvelle fenêtre), ou Roberto Saviano  avec Gomorra : dans l’empire de la Camora (nouvelle fenêtre) qui  n’est pas un roman mais un document sur l ‘histoire de la Mafia, il tirera aussi de cette enquête  une  célèbre série télévisuelle réalisée par Stefano Sollima entre autre, portant le même titre.

L’art de la joie (nouvelle fenêtre) de Giordana Sapienza est un roman d’apprentissage : il foisonne d’une multitude de vies et traverse le XXe siècle et ses tragédies en étant un hymne à la joie.

Paolo Giordano, dans  la solitude des nombres premiers (nouvelle fenêtre), dépeint deux personnages marqués par des évènements terribles qui compromettent leurs vies d’adultes.

L’auteur sarde Milena Agus avec Mal de pierres (nouvelle fenêtre), récit sans doute autobiographique, d’une sensibilité à fleur de page, devient ainsi un très bel éloge de l’imagination qui a raison de la réalité.

La jeune Silvia Avallone avec D’acier (nouvelle fenêtre) ou Marina Belezza (nouvelle fenêtre) se révèle une fois encore incroyablement douée pour décrire les failles de notre société, les doutes de sa jeunesse et le mouvement qui la pousse à se réapproprier sa terre et ses origines.

Et pour clore ce panorama, n’oublions pas la célèbre Elena Ferrante et sa saga déployée en 4 tomes  L’Amie prodigieuse (nouvelle fenêtre); Le Nouveau Nom (nouvelle fenêtre,) celle qui fuit et celle qui reste (nouvelle fenêtre,) L’enfant perdue (nouvelle fenêtre), œuvres que tout le monde s’arrache et qui retrace dans le Naples des années 50 la vie de deux amies dans un quartier défavorisé de la ville, deux héroïnes inoubliables que l’on suivra  dans un monde riche et bouillonnant façon grand roman du XIXe siècle. L’ampleur historique et sociologique de cette saga évoque à certain moments les œuvres d’ Elsa Morante.

Avant la saga qui l’a fait connaitre, Elena Ferrante a publié d’autres romans qui sont autant de variations sur l’identité féminine, la maternité et la folie. Il s’agit de Poupée volée (nouvelle fenêtre), Les jours de mon abandon (nouvelle fenêtre).

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