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En attendant le Salon du Roman Historique de Levallois : une sélection de romans historiques !

6 Fév

Pour vous faire voyager dans le temps, et avant de rencontrer les romanciers présents pour l’édition 2020 du Salon du Roman Historique de Levallois (nouvelle fenêtre), voici pour tous les amateurs de romans historiques une  sélection faite pour vous. Dans chacun des romans présentés ici, vous retrouverez le même personnage aux multiples visages : l’Histoire. Du Moyen Âge au siècle dernier, elle sait s’y prendre pour obtenir le premier rôle, qu’elle interprète toujours avec brio !

Le temps des cathédrales

Le Moyen Âge semble être une source inépuisable d’inspiration. Après avoir engendré des classiques, à l’image de la légende du roi Arthur, (nouvelle fenêtre) il continue d’inspirer nos auteurs les plus contemporains. Avec Les piliers de la Terre (nouvelle fenêtre), le romancier Ken Follett s’est taillé à coups d’épées un nouveau succès, qui prend place dans l’Angleterre du XIIe siècle.

Par ailleurs, en historiens confirmés ou simplement passionnés, les auteurs de livres aux décors médiévaux s’intéressent beaucoup à la question religieuse : ainsi Frédéric Gros en narrant le cas du curé Grandier soupçonné d’abuser de ses fidèles dans les Possédées (nouvelle fenêtre) et Aline Kiner en s’interrogeant sur le rôle qu’une chrétienté féroce réserve aux femmes dans La nuit des béguines (nouvelle fenêtre).

Mais le Moyen Âge n’est pas qu’une époque entièrement sombre, traversée par les luttes pour le pouvoir et le maintien de la chrétienté. Citons encore deux bons livres, un plutôt sensuel, qui nous transmet un peu de la magie médiévale : Le Bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin qui est chargé des mille odeurs décrites avec finesse qui accompagnent le pèlerinage d’un pêcheur de carpes dans l’empire du Japon, tandis que Jean-Christophe Rufin nous charme avec un texte précis et vertigineux sur Jacques Cœur et son génie mercantile : Le grand Coeur (nouvelle fenêtre)

 

La Renaissance 

Le roman historique réussit à Ken Follett, et il aurait tort de se limiter au temps des cathédrales !  Une colonne de feu (nouvelle fenêtre) déploie ainsi le talent du romancier sur fond de guerres de religion, dans une intrigue située quatre siècles après Les Piliers de la terre. Ce sont ces mêmes guerres et l’obscurantisme qu’elles charrient que critique Zénon, héros humaniste de Marguerite Yourcenar  dans L’œuvre au Noir (nouvelle fenêtre). Cet humaniste incarne un esprit libre et éclairé dans une époque de basculement, pivot entre le Moyen Âge et les Temps Modernes, qui verront aussi le monde s’étendre au-delà de l’Atlantique, jusqu’au Mexique raconté par Alexis Jenni dans La conquête des îles de la terre ferme (nouvelle fenêtre)

Du côté du vieux continent, le protestantisme fera son chemin. Dans sa version puritaine, il Inspirera pour son premier roman Jessie Burton, par le biais d’une maison de poupée amsterdamoise décrite dans Miniaturiste  (nouvelle fenêtre) qui restitue avec précision le « Siècle d’or néerlandais », les riches marchands qui l’ont bâti et qui ne sont pas à l’abri de lourds secrets…

Le siècle des Lumières

En 1715, la monarchie ne s’essouffle pas encore mais l’homme sous la couronne voit apparaître la mort. Ève de Castro imagine ainsi dans Nous, Louis Roi (nouvelle fenêtre) le regard que porterait le Roi Soleil sur son règne en cet instant crucial. Les rois succèdent aux rois, c’est donc un jeune Louis XV endeuillé que l’on retrouvera dans L’échange des  princesses (nouvelle fenêtre)  Son régent Philippe d’Orléans complote pour conserver l’exercice du pouvoir par le biais d’un accord avec l’Espagne : un fait historique véridique et un prétexte parfait, utilisé par Chantal Thomas pour nous dévoiler les coulisses de la vie à la cour… Le commissaire aux affaires extraordinaires de Louis XVI, Nicolas Le Floch célèbre personnage de l’écrivain Jean-François Parot, se retrouve dans Le Prince de Cochinchine (nouvelle fenêtre) victime d’un attentat dont il réchappe bien heureusement. À la veille de la Révolution française, les tensions sont palpables dans le Paris de Le Floch. L’enquêteur doit faire preuve d’une grande détermination pour démêler les fils tendus des deux enquêtes dans lequelles il est embarqué : un meurtre lié à Olympe de Gouges et un complot d’État.
Le siècle des Lumières porte en lui le germe de la Révolution et de l’exécution de la famille royale, à laquelle échappera seule la fille, Marie-Thérèse, surnommée par sa mère : Mousseline la sérieuse (nouvelle fenêtre) une histoire contée par Sylvie Yvert.

C’est un Paris encore pré-révolutionnaire et insouciant qu’examine le roman Deux hommes de bien (nouvelle fenêtre) Arturo Perez Reverte à travers les yeux de voyageurs espagnols : une ville peuplée d’esprits éclairés et encensée par l’art de la conversation. Le contraste est saisissant avec le Paris de d’Isabelle Duquesnoy dans l’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor (nouvelle fenêtre) : la Révolution y a éclaté et le héros de cette histoire, embaumeur apprenti, se démène pour mener comme il peut une vie mal engagée.

Le XIXe siècle aux quatre coins du monde

Le XIXe siècle sera aux femmes ou ne sera pas, du moins dans les romans qui le racontent. On peut ainsi se prendre d’admiration pour la jeune femme qui incarne la noblesse russe et l’aristocratie qui donne son titre à Anna Karénine, (nouvelle fenêtre) de Léon Tolstoï, mais qui se consacre à la lutte révolutionnaire après avoir fait la rencontre d’un anarchiste en Italie. On peut applaudir les trois héroïnes de La part des flammes (nouvelle fenêtre) de Gaelle Nohant qui gardent la tête haute dans l’incendie qui ravage une vente de charité et se libèrent du regard que porte sur elles une société corsetée. Rebelles, les sœurs américaines de La vengeance des mères (nouvelle fenêtre) de Jim Fergus le sont également, qui prennent le parti du peuple indien après sa tentative d’extermination par les États-Unis.
Et les hommes ?  Camille Pascal relate avec L’été des quatre rois (nouvelle fenêtre) les journées de juillet 1830 qui resteront dans l’Histoire comme « Les trois glorieuses ». On s’y laisse porter par le rythme ! On voit monter en puissance la colère du peuple, soulevée par les ordonnances, l’atteinte à la liberté de la presse, la réduction du rôle du Parlement.

Les temps agités

Le siècle dernier a été traversé par les drames que l’on sait et la production romanesque qui nous intéresse ici se partage assez naturellement entre les récits de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
Pour aborder la première, citons Le chagrin des vivants (nouvelle fenêtre) d’Anna Hope. Ce roman décrit les traumatismes causés par la Grande Guerre dans l’Angleterre de 1920, alors que le pays s’apprête à accueillir le Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Mais les blessures des Anglais ne seront pas encore pansées que s’annonceront les souffrances de la Seconde Guerre mondiale.
Les manœuvres d’Hitler pour annexer l’Autriche dans L’ordre du jour, (nouvelle fenêtre) d‘Eric Vuillard, l’horreur des camps à travers l’histoire de deux sœurs jumelles soumises aux expériences du professeur Mengele dans Mischling (nouvelle fenêtre) d’Affinity K. ou encore la bataille de Stalingrad vue par un officier allemand dans Éclairs lointains : percée à Stalingrad de Heinrich Gerlach. Toutes ces heures sombres font l’objet de récits très documentés qui pourront nous aider à regarder avec intelligence notre passé récent.

Pour compléter cette liste, et si vous êtes à court d’idées pour vos lectures, vous pouvez reprendre les titres sélectionnés et élus pour les Prix des Lecteurs de Levallois (nouvelle fenêtre) décernés lors des précédents Salons du Roman Historique de Levallois. Pour la sélection 2020, suivez notre Saga du Prix des Lecteurs de Levallois 2020 qui raconte les coulisses du Prix 2020, des premiers débats à l’annonce du lauréat !

Des romans pour découvrir les villes : Berlin (2)

15 Jan

Après Londres, entrons dans Berlin au travers de la production romanesque. Afin de l’appréhender comme un univers, un labyrinthe, comme un espace construit ou déconstruit, avec le soutien d’une narration, de lieux et de personnages donnant corps à cette réalité complexe. Ville au vent underground et avant-gardiste Berlin cumule tous les avantages d’une capitale culturelle foisonnante sans en subir les inconvénients. Cette douceur de vivre attire les artistes du monde entier (dont certains écrivains français) et ne rebute pas ceux que l’histoire allemande pourrait encore tenir éloignés, comme en témoigne cet article du nouvel observateur (nouevlle fenêtre) . 

Voyons comment des auteurs d’hier et d’aujourd’hui se sont emparés de cette ville pour ( en fonction des époques ) pour en faire le théâtre du quotidien de leurs personnages.

Berlin, Germany skyline with Berlin TV Tower.

Les récits d’avant-guerre

Alfred Dödlin  dans Alexander Platz (nouvelle fenêtre) (ouvrage disponible en langue originale).  À travers la vie de Franz Biberkopf qui sort de prison, l’auteur nous offre un roman où les voix se croisent, s’interpellent. Chacun crie, gémit, rit, boit, aime ou déteste. Berlin (Est) est en fond de tableau avec sa métamorphose, ses travaux, le métro, le tram, les laissés pour compte de la ville de lumière. C’est un roman dur, poignant, difficile, qui n’est pas sans rappeler Voyage au bout de la nuit de Céline. Quand le livre est publié en 1929 , la République de Weimar est encore en place, le nazisme monte, le communisme essaye de trouver sa place : il sera du reste brûlé lors des autodafés de 1933. C’est un fleuron du XXe siècle avec une écriture orale, caractérisée par de nombreux dialogues.

Une version cinématographique adaptée par R.W. Fassbinder(nouvelle fenêtre) est empruntable dans votre Médiathèque (elle se décline sous forme de série en 10 épisodes).

Eric LarsonDans le jardin de la bête (nouvelle fenêtre) : ce thriller politique et d’espionnage très actuel met à jour un jeu mortel réalisé durant l’accession au pouvoir d’Hitler entre 1933 et 1937, qui atteindra son apogée lors de la nuit des longs couteaux. Se basant sur cette réalité et très documenté, on peut considérer que ce récit est exceptionnel.

Berlin dans la guerre 39-45

Dans l’abondante production qui a eu pour sujet , voici quelques textes phares :

Une Femme à Berlin (nouvelle fenêtre) est un journal écrit par une anonyme consignant  la vie quotidienne dans un Berlin dévasté, et la survie dans la peur, le froid et la faim au moment où la ville est assiégée par les Russes. C’est un témoignage poignant.

Hans Fallada, Seul dans Berlin  (nouvelle fenêtre)  : qualifié d’un des plus beaux livres sur » la résistance allemande antinazie » par Primo Lévi. Aucun roman n’a jamais décrit d’aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Anne Wiazemsky, Mon enfant de Berlin (nouvelle fenêtre)  : cet ouvrage paru en 2013 retrace la vie de Claire, engagée à la Croix Rouge. Elle nous fait l’état des lieux de Berlin au sortir de la guerre. Elle fournit beaucoup d’informations sur les difficultés de ravitaillement, les tensions entre les différentes populations : vainqueurs et vaincus de la guerre, les épidémies, les famines… Cadencé de lettres qu’elle écrit à sa mère, l’ouvrage est lentement rythmé et agréable à lire. Pris dans ce texte entre roman familial et récit autobiographique, le lecteur assiste à l’éclosion d’une jeune fille en femme, à l’engagement éthique, à un coup de foudre amoureux, à une solidarité sans faille. L’auteur restitue avec réalisme l’atmosphère de cette période terrible et l’espoir qui aidait à la traverser.

L’après-guerre à Berlin

Plutôt lié dans l’imaginaire collectif à l’espionnage et aux opérations clandestines, cette période a donné lieu à une kyrielle d’écrits sur le sujet. Parmi ceux-ci, citons 3 auteurs incontournables qui répondent à ces codes :

Philip Kerr, La trilogie Berlinoise ( L’été de cristal, La pale figure, un requiem Allemand) (nouvelle fenêtre)

Il s’agit des aventures de Bernie Gunther, un privé qui se débat dans l’Allemagne nazie. C’est un enquêteur brillant et cynique. Les trois intrigues sont des enquêtes plutôt classiques mais très prenantes et bien construites. La reconstitution historique très crédible participe évidemment au charme du livre tant cette époque inquiétante et fascinante à la fois. Nazisme, propagande, endoctrinement, antisémitisme, racisme, discriminations, cruauté, bêtise, ultra-violence, manipulations constituent son quotidien. mais l’enquêteur s’efforce malgré tout de faire correctement son métier de détective privé, et surtout de garder son esprit critique et sa liberté, le tout servi par une écriture fluide et dynamique.

John Le Carré, L’espion qui venait du froid (nouvelle fenêtre) : l‘auteur est un spécialiste des romans d’espionnage. La « guerre froide », le mur de Berlin, le bloc Est-Ouest, tout cela fait partie d’un monde, où il se meut comme un poisson dans l’eau. Il n’y est pas question directement de la « grande Histoire » mais de celle de quelques individus mêlés aux événements. Ainsi un ex-agent secret nous plonge au cœur d’un récit palpitant, au plus proche des espions et des complots au sein de la RDA et du parti communiste.

Joseph Kanon, Berlin 49 (nouvelle fenêtre)  : la ville écrasée et ruinée se reconstruit peu à peu, mais reste divisée en plusieurs zones, dont une américaine et une soviétique. C’est le début de la Guerre froide. Les Soviétiques ont imposé un blocus isolant Berlin du reste du monde. Aussitôt, un immense pont aérien a été mis en place par les Américains pour ravitailler l’ancienne capitale du Reich, devenue un terrain de jeu pour les officines d’espionnage.

La chute du mur (le 9 novembre 1989) et la réunification (le 3 octobre 1990)

Ces deux évènements historiques ont donné lieu à un genre littéraire nouveau : le roman du « tournant » qui rend compte des bouleversements provoqués par la fin de la RDA.

Edgar Hilsenrath, Terminus Berlin (nouvelle fenêtre) : une plume acérée pour ce roman des plus poignants sur le retour désenchanté du narrateur en Allemagne près de 30 ans après la guerre qui l’en a chassé. Avec dérision, l’auteur raconte le destin de son alter ego littéraire : Lesche, traumatisé par le ghetto, qui peine à trouver sa place dans Berlin marqué par le consumérisme et la chute du mur.

Christine de Maziere; Trois jours à Berlin (nouvelle fenêtre) (bientôt disponible à La Médiathèque)  : un roman actuel qui retrace les événements sans précédent qui se sont déroulés, trente ans après la chute du mur, en incarnant au plus juste les acteurs de ces trois journées pendant lesquelles l’Histoire a basculé, et les si belles espérances qu’elles ont soulevées.

Gunter Grass, Toute une histoire (nouvelle fenêtre : à  travers le dialogue de deux protagonistes à Berlin entre 1989 et 1991, ce livre nous fait voyager dans l’histoire Allemande.  Il propose une piste de réflexion qui nous conduit de la chute du mur et à ses conséquences.

Le Berlin d’aujourd’hui

Pour clore ce tour littéraire de Berlin, voici des parutions plus actuelles qui traitent de problèmes de société rencontrés, posent ainsi la question de l’identité de l’Allemagne actuelle, interrogent son passé douloureux et font le bilan spirituel et émotionnel d’une réunification qui continue à hanter tout un peuple avec le regard de deux auteurs actuels qui ne sont pas natifs d’Allemagne :

Sasa Ilic, La fenêtre Berlinoise (nouvelle fenêtre) : ce roman est fait de rencontres (puisqu’un représentant d’une ONG Serbe recherche un soldat, dont il ne sait rien) où Berlin tient un rôle central. L’auteur déploie les différentes facettes de cette ville multiple en  laissant entrevoir tout ce qu’elle porte de passé, placé sous le signe de la séparation des êtres. C’est un témoignage attachant construit avec du rythme.

Je souhaite conclure avec un ouvrage de Cécile Wajsbrot, Berliner ensemble (titre en référence au grand auteur de théâtre Bertolt Brecht) qui rassemble 22 textes courts sur Berlin entre 2007 et 2014, portraits sensibles et passionnants d’une ville en mutation, textes qui parcourent la période du chute du mur à l’époque actuelle de gentrification de la ville.

Bonne lecture !

Des romans pour découvrir les villes : Londres (1)

19 Déc

Londres est une ville incertaine, passablement labyrinthique. Vous ne savez jamais vraiment où vous êtes… C’est peut-être pourquoi la capitale britannique fascine les écrivains : sous son capuchon de brume poisseuse, elle est suffisamment fantomatique pour les pousser à traquer ses multiples mystères, pour les inviter à la rêverie et à la déambulation onirique. On peut, grâce à eux, s’y promener et parfois s’y perdre, il est vrai que l’image d’une ville tient non seulement à son histoire mais aussi aux transpositions littéraires qu’en font les auteurs. En voici une petite sélection éclectique et subjective.

Virginia Woolf et  Mrs Dalloway (nouvelle fenêtre) : paru en 1925 Mrs Dalloway manqua de s’appeler Les heures. Y est décrite une journée de printemps dans la vie de Clarissa Dalloway. Une élégante femme de la bonne société qui se promène dans un Londres rythmé par la tour et l’horloge de Big Ben. Clarissa va acheter des fleurs pour la soirée qu’elle organise en laissant voguer son esprit. Avec une grande acuité, l’auteur détaille les motifs psychologiques et fait preuve d’une grande sensibilité qui nous touche encore aujourd’hui. Ce roman aborde avec justesse le thème de l’angoisse, le vertige du suicide. Un classique de la littérature anglaise.

Charles Dickens et Les aventures d’Oliver Twist (nouvelle fenêtre). Publié en 32 feuilletons entre février 1837 et avril 1939 dans la revue Bentley’s Micellany, c’est un sommet du roman anglais. Il s’agit de l’histoire d’un orphelin maltraité qui s’enfuit de Londres et qui est recueilli par une bande  de petits voleurs travaillant pour le compte du vieux Fagin, voici un jeune héros inoubliable. S’inspirant de son expérience personnelle, Charles Dickens est reconnu pour être un grand maître de la satire sociale. Ses romans sont d’un grand réalisme quelquefois à caractère humoristique, ses personnages glorieux sont gravés dans la mémoire collective de l’humanité et ce fut un homme qui se battit toute sa vie durant pour l’égalité, la justice et la paix.

On retrouve cette ambiance très britannique dans les romans d’Agatha Christie. J’ai envie de dire qu’il faut tous les lire mais puisque le challenge de cet article est que l’action se déroule à Londres, citons par exemple, Un, deux, trois Poirot résout trois énigmes  (nouvelle fenêtre) ou Les pendules (nouvelle fenêtre) etc…

Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray (nouvelle fenêtre)  : un incontournable ! Dorian Gray est un dandy émerveillé par sa jeunesse et sa beauté, qui mène une vie dissolue. Il fait alors le vœu de rester éternellement jeune. Seul son portrait sera marqué par le passage du temps, les vices, les crimes, jusqu’au drame final. Conte fantastique, ce roman est aussi captivant par l’écriture de l’auteur qui sait créer un univers intrigant. C’est un roman sur le bien et le mal mais c’est aussi une satire sociale, acide, cruelle, caricaturale, de la bonne société victorienne, hypocrite et orgueilleuse.

Helene Hanff et 84 Charing cross road (nouvelle fenêtre) une authentique et délicieuse correspondance, entretenue pendant vingt ans (1949/1969) entre Hélene Hanff, scénariste new yorkaise passionnée de livres et principalement Franck Doel à la librairie Mark and Co à Londres et qui est chargé d’assouvir l’insatiable soif de lecture de sa cliente américaine. Son dévouement, sa délicatesse et sa réserve toute britannique, touchent la New Yorkaise qui se rapproche ainsi virtuellement de Londres. D’autres membres du personnel de la librairie, intrigués, participent bientôt à ces échanges. Une véritable amitié par correspondance s’établit. Une lecture pour un petit clin d’œil à nos libraires dont le métier s’essouffle mais pas la passion… (lire à ce sujet notre article Libraires et librairies dans les romans)

Anne Perry et Un traître à Kensingtonplace (nouvelle fenêtre)  : une enquête policière dans le quartier londonien de Kensington en 1899 et une immersion dans la société victorienne, ce roman met en scène l’inspecteur Thomas Pitt. L’auteur dépeint les conventions et les barrières sociales, les premières réflexions féministes sur le droit de vote des femmes, la rigueur purement de façade des mœurs, sur fond de politique internationale où une seconde guerre des Boers se profile.

Sarah Waters et Du bout des doigts (nouvelle fenêtre) Londres, 1862. À la veille de ses dix huit ans, Sue Trinder, orpheline , se voit proposer par un certain gentleman d’escroquer une riche héritière, elle aussi orpheline, élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre particulier. Entre mystères et complots, Sue va devenir une légende dans le cercle de la bibliophilie érotique. On a dit de ce roman qu’il tenait du Dickens mais aussi de Sapho ou des Libertins. Voilà qui pique notre curiosité n’est-ce pas ?

 Maggie O’Farrel : Cette main qui a pris la mienne (nouvelle fenêtre)  un roman bouleversant qui nous raconte le pouvoir destructeur des non-dits , les relations maternelles, la force des liens du sang. Lexie a accompli son rêve, devenir journaliste à Londres. Mère célibataire, elle s’épanouit dans son travail, jusqu’au jour où le destin se rappelle à elle. Quarante ans plus tard, on rencontre une jeune femme, Elina qui vient de mettre au monde son premier enfant et a bien failli en mourir. Depuis cette naissance , son mari se comporte étrangement, comme si son inconscient  se réveillait d’un profond sommeil. Il finit par mettre à jour un terrible secret qui unit Lexie et Elina…

Graham Swift : La lumière du jour (nouvelle fenêtre). George Webb est un détective privé, ancien policier, blasé. Un jeudi sur deux, il quitte son bureau pour voir une femme. Une filature qui va déboucher sur une révélation. Polar psychologique bien mené, ce roman nous entraîne autour de la petite église de Wimbledon.

Même si le dernier livre de Graham Swift ne se déroule pas entièrement à Londres, je vous invite à le découvrir, il s’agit De l’Angleterre et des Anglais (nouvelle fenêtre). Ce sont des nouvelles au plus près de la vérité humaine, indispensables pour saisir l’âme d’un pays et de ses habitants. Des vies arrachées à une rue de Blackheath au fossé de Somerset-  ses portraits sont scrutés sous les loupes grossissantes et ironiques de leur auteur. La prose sobre et délicate de l’auteur anglais offre une vision vivante du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens à l’enfance ou de la perte.

Jonathan Coe : Testament à l’anglaise (nouvelle fenêtre). Satire des années Thatcher, passionnante comme un polar et teintée d’un humour très british, ce roman met en scène une vielle dame qui a quelque peu perdu l’esprit. Épaisseur des personnages et rebondissements… tout est prêt pour passer un bon moment

Rachel CuskArlington Park (nouvelle fenêtre). L’action se situe dans la banlieue résidentielle de Londres à Arlington Park, et l’auteur y dynamite les clichés sur la famille, le couple, la maternité, avec une lucidité dévastatrice. C’est un champ de bataille que Rachel Cusk nous montre, un monde cruel. La plume de l’auteur est aiguisée, à souhait elle transcende l’histoire et les personnages avec beaucoup d’agilité dans la description de leurs états d’âme, une pointe d’humour et la capacité à décrire l’immense solitude des héroïnes. Un parfait équilibre entre description et narration, ainsi qu’un sens rare du dialogue.

Ian Mc Ewan  : Samedi (nouvelle fenêtre). C’est dans un contexte imprévisible qu’un grain de sable va enrayer le quotidien bien huilé de Henry Perowne. 24 heures dans la vie d’un homme, racontées en 350 pages, c’est dire que tout est décortiqué, analysé, et à ce titre la description clinique de la recette de la matelote, de l’intervention chirurgicale subie par Rosalind, celle de l’exérèse d’une tumeur de l’hypophyse, au cours de laquelle Henry est tombé amoureux de sa future femme, de la partie de squash passée sous un microscope électronique, sont des morceaux d’anthologie littéraire.

William Boyd : Orages ordinaires (livre cd- nouvelle fenêtre). À Londres, Adam Kindred, jeune climatologue fraîchement revenu des États Unis, voit sa vie basculer alors que tout semblait « sous contrôle » Encore un très bon roman sur la forme et sur le fond, le tissu social anglais est abordé dans toute sa complexité, au travers de personnages bien travaillés. Intelligent et prenant, c’est un livre captivant et plein d’ironie. Existe aussi en version anglaise : Ordinary Thunderstorms (nouvelle fenêtre)

Zadie Smith : Sourires de loups (nouvelle fenêtre).  Dans la banlieue nord,  l’auteur dépeint le Londres métissé et multiculturel d’aujourd’hui, entre amertume et loufoquerie. Son zoom, elle le pose sur le quartier des immigrés où elle a grandi : Willesden, kaléidoscope bariolé où se mêlent saris et tresses afro, funkies et zoulous, reggae et sitars indiens, Big Mac et chiches-kebabs sous les regards croisés de Shiva et d’Allah. Résultat : une fresque explosive, une rhapsodie de voix discordantes où se télescopent l’Orient et l’Afrique, tandis que s’amorce une intrigue mettant en scène deux familles au gré des amours et des exils. l’auteur se fait géographe flamboyant avec ses personnages souvent déboussolés.

Si vous souhaitez vous perdre davantage dans les rues de Londres, lisez le dossier Spécial Londres dans Lire de Mai 2019 (nouvelle fenêtre)

Prochainement : Des livres pour découvrir des villes : Berlin (2)

Connaissez-vous le tourisme littéraire ?

3 Déc

Le tourisme littéraire constitue une forme de tourisme culturel qui a le vent en poupe, et qui fait référence à la visite de lieux fréquentés par un auteur ou encore à ceux dont il est fait mention dans ses livres. Ces «pèlerinages» servent à rendre hommage à l’écrivain ou à retrouver l’ambiance particulière d’un moment spécifique, d’un livre donné, ou mettre ses pas dans ceux d’un auteur inspirant.

Quelques exemples marquants

En France ( à Paris ) la saga à succès Vernon Subutex (nouvelle fenêtre) de Virginie Despentes a inspiré une flopée d’articles sur « les incontournables du 19e arrondissement de Vernon » permettant aux personnes qui ont aimés le livre de s’imprégner du personnage.
Au Japon ( à Tokyo), il est organisé une balade sur les traces d’Haruki Murakami retraçant par exemple une partie du parcours des protagonistes du roman  les amants du Spoutnik (nouvelle fenêtre), précisément à l’université Waseda ou dans le parc Inokashira.

En Ecosse (à Edimbourg), le spoon café où la jeune J.K.Rowling a imaginé les aventures d’Harry Potter (nouvelle fenêtre) est pris d’assaut.
De même que Ian Rankin et son inspecteur Rebus (nouvelle fenêtre) dont les enquêtes se situent au cœur de la capitale écossaise, a inspiré un «Rebus Tour» dans la capitale, s’arrêtant devant l’appartement, le siège de la brigade criminelle ou les bars préférés du célèbre inspecteur écossais.  En vingt-cinq ans d’existence, Rebus a mené 17 enquêtes, traduites en 26 langues et ses investigations connaissent un grand succès. Retrouvons-le par exemple dans Cicatrices (nouvelle fenêtre) où une enquête des Affaires internes (l’équivalent de notre IGS) vise l’inspecteur Rebus…

En Italie (à Naples), la saga que tout le monde s’arrache L’amie prodigieuse (nouvelle fenêtre) d’Elena Ferrante a entrainé un regain d’intérêt pour la ville. Le livre étant une peinture de la société italienne moderne du XXe siècle, les voyageurs veulent voir par eux-mêmes l’adéquation entre les lieux, les couleurs et les odeurs perçus dans la saga.
Quant à  la Venise de Donna Leon, elle remporte depuis des années un vif succès grâce aux aventures du commissaire Brunetti, par exemple Brunetti en trois actes (nouvelle fenêtre) ce qui vient également de l’actualité dans laquelle les enquêtes s’inscrivent. L’auteur nous montre une Venise éloignée des touristes, une Venise réelle, enjeu de luttes de pouvoir administratif, financier et politique. Elle y décrit la corruption passive et active sous l’ère Berlusconi et jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Monti.
L’Islande, l’Irlande et la Croatie ont servi de théâtre pour la saga a succès de Game of Throne, inspirée du roman de George R.R. Martin : Le trône de fer (nouvelle fenêtre) où les tour-operators du monde entier proposent d’arpenter les lieux de tournage,
La Suède (Stockolm) a largement bénéficié de l’écriture de Stieg LARSSON et de sa promenade «  sur les traces de … » pour son Millenium (nouvelle fenêtre). La ville d’Ystadt a aussi son parcours de mémoire sur les traces de l’inspecteur Wallander d’Hennig Mankell.

Pour suivre sur la carte  les différents endroits inspirant les auteurs suivez la Google maps (nouvelle fenêtre)

 

 

 

Malgré son succès, cette approche littéraire du grand public reste considérée comme un peu suspecte par les acteurs culturels publics français qui revendiquent plutôt la conservation et la préservation à des fins mémorielles. Cette approche plus culturelle et plus frileuse contraste avec l’approche anglo-saxonne plus floue et qui exploite l’engouement pour les best-sellers portés par les adaptations cinématographiques à gros budgets.

Pour aller plus loin :  l’article très approfondi du numéro 117 de Mappemonde, la revue trimestrielle sur l’image géographique et les formes de territoire :  « Du roman policier au territoire touristique. Ystad, Stockholm: enquête sur les phénomènes Wallander et Millénium « (nouvelle fenêtre) qui s’interroge sur la façon de « faire d’un roman noir et par essence critique un outil de valorisation territoriale ».

À venir sur Liseur : Des destinations en quête d’auteurs.

La rentrée littéraire d’automne 2019 : du côté des libraires

18 Oct

Après C’est la rentrée, les grandes tendances et Rentrée littéraire 2019, nos chouchous, place aux féminin avec la sélection des libraires. En effet, cette rentrée littéraire 2019 semble placée sous le signe des femmes. Elles sont partout dans les 524 nouveaux romans qui déferlent depuis août dans les librairies. Au vu d’événements comme « metoo « , nombre de romans cette année portent un message de respect. Le courage des femmes, le partage, les tourments de l’exil et les souvenirs de famille sont au cœur des écrits de cette rentrée.

Voici les belles découvertes qu’ont fait pour vous les libraires de la librairie Decitre. Laissez-vous guider pour vivre de belles émotions…

 Karine Tuil : Les choses humaines (nouvelle fenêtre) , Jean Farel est présentateur de télé et avec son ex-femme Claire ils ont formé un couple d’intellectuels à la vie contrôlée et médiatisée se servant l’un de l’autre pour faire évoluer leur carrière. Leur vie va basculer quand leur fils Alexandre, promu à une brillante carrière va se retrouver au cœur d’un procès pour viol. L’auteur décortique de manière brillante les mécanismes de la justice, nous emmène au cœur du désir, des pulsions, du consentement, de cette zone grise insaisissable. C’est un roman actuel, terriblement nécessaire, construit avec une grande intelligence et une grande justesse.

Leonora Miano : Rouge impératrice (nouvelle fenêtre ). Ce livre, le premier d’une trilogie, n’est pas simple. Il nous emmène dans le méandres et l’utopie Africaine. Pour y  explorer le trait d’union entre l’Afrique et l’Europe, la culture, l’économie, le fédéralisme pour s’autonomiser, ainsi que  l’inversion du pouvoir avec les blancs. Il est très dérangeant, il permet de faire son auto-critique et pose la question du monde en marche fait de violence  et de changement. Il nous permet de porter un regard réaliste en prévision de ce qui peut nous attendre.

Victoria Mas : Le bal des folles (nouvelle fenêtre). Ce premier roman se passe au XIXe siècle à la Salpétrière. Pour le bal de la mi-Carême, la haute société est invitée et s’adonne à un certain voyeurisme. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations du Dr Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, qui a un don, elle voit des fantômes, cela bouleverse le regard sur l’hôpital et met à nu la condition féminine au XIXe siècle. Ce premier roman est malgré tout assez actuel.

Blandine Rinkel  : Le Nom secret des choses (nouvelle fenêtre). Blandine grandit en Vendée. Isolée elle arrive à Paris pour poursuivre ses études, et rencontre Elia, leur amitié devient fusionnelle, elle change de prénom, devient Océane, essaie de saisir les codes, les masques de la capitale, s’y essouffle jusqu’à la trahison. C’est une expérience qui va l’épuiser. Cette autobiographie est très écrite, et dit beaucoup sur la jeune génération.

Régina Porter  : Ce que l’on sème (nouvelle fenêtre). Ce roman est un patchwork remarquablement cousu à partir des moments intenses de la vie de deux familles américaines, l’une noire, descendant d’esclaves africains, l’autre blanche, ,issues de l’immigration irlandaise. Ces deux familles ne vont cesser de s’entrecroiser tout au long du roman, depuis les années 50 jusqu’à la première année du mandat d’Obama.

Joyce Carol Oates  : Un livre des martyrs Américains (nouvelle fenêtre). Son ouverture se fait sur le meurtre d’un médecin pratiquant l’avortement par conviction, perpétré par un militant pro-vie se sentant investi d’une mission divine. L’auteure ne portera jamais de jugement moral, elle laisse la parole à ses personnages de façon magistrale. C’est un livre puissant, perturbant parfois, difficile a quitter. Un coup de force narratif et littéraire, à l’image des précédents romans percutants de cette auteur « droguée à l’écriture depuis ses 14 ans ».

Kaouher Adimi  : Les Petits de Décembre (nouvelle fenêtre) . Partie d’un fait divers, la jeune auteure, qui avait fait partie de la sélection pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2018, est revenue sur le terrain d’un lotissement près d’Alger où les enfants jouent et dont ils fait leur fief. Mais tout se dérègle un beau matin lorsque des généraux débarquent avec des plans de constructions en main, et des projets de belles villas. Les enfants vont faire une mini-révolution, Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe. Ce livre, à l’écriture touchante offre une vision asse juste de la société algérienne actuelle tant du point de vue sociologique que politique.

Cécile Coulon  : Une bête au paradis( nouvelle fenêtre). L’histoire d’une lignée de femmes (la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque, presque un conte intemporel sous forme d’un huis clos au Paradis. La tension gonfle, l’angoisse sourde monte. Il est difficile de savoir quelle forme le Mal prendra, mais on sent une sorte de fatalité implacable qui va le faire surgir. Très fort, ce livre remue le lecteur.

Claudie Huntzinger : Les grands cerfs. Un livre qui parle d’un monde qui est en train de s’achever mais qui ne sait pas où il va. L’auteure cerne cette vie à l’écart, dans la montagne , où elle a librement choisi de faire vivre sa protagoniste, il y plusieurs décennies. Mais ce roman parle aussi du goût de la nature et de la passion de l’écriture. Pamina se met à s’intéresser aux cerfs qui vivent dans ce coin reculé… depuis toujours. Elle y rencontre Léo, un jeune photographe, fasciné par ces animaux, qui il va lui apprendre à les comprendre, à savoir devenir invisible, à l’affût, dans l’attente et le silence. C’est une sorte de fable du réel, empreinte de poésie.

 

Jerôme Attal  : La petite sonneuse de cloches (nouvelle fenêtre). Voici une histoire d’amour, à deux époques différentes. On évoque un épisode de la vie de Chateaubriand à peine âgé de 25 ans qui est réfugié à Londres alors que gronde la terrible révolution française. Dans ses mémoires, l’auteur romantique évoque un baiser inoubliable qu’il a reçu d’une petite sonneuse de cloches , imaginé ou réellement reçu ?
De l’autre côté, nous avons Joachim Stockholm qui vient de perdre son père, qui était un grand admirateur de Chateaubriand. Pour rendre un dernier hommage à ce père, Joachim décide de partir à Londres élucider le mystère de cette jeune sonneuse de cloches… Ce roman se lit ainsi en alternant les sentiments finement décrits et amenés par Jérôme Attal. La mise en scène scénographique est en place et la lecture se déroule sans accrocs au fin d’une jolie mélodie romantique.

Louis-Philippe Dalembert  : Mur méditérranée (nouvelle fenêtre). Inspiré d’un naufrage, il s’agit de la rencontre de personnes sauvées qui échangent et construisent leur histoire, moment de confiance entre 3 femmes à deux endroits. Aussi le voyage depuis l’Érythrée, la violence et prédation au départ, puis la tempête. À la suite du sauvetage se nouera une histoire forte de fraternité. Ce texte donne une idée de l’état du monde. Tous sont logés dans un entrepôt où ils sont tous stockés, dans des conditions très éprouvantes. Malgré ce qu’elles vont vivre, elles vont s’aider. C’est une épopée du courage que la littérature rappelle. Récit d’un voyage au bout de la nuit. Magnifique

 Pete Fromm  : La vie en chantier (nouvelle fenêtre). Taz et Marny sont sur le point de devenir parents, ils travaillent à leur maison pour l’arrivée de leur enfant, mais Marny perd la vie en accouchant laissant son mari seul face au bébé et aux travaux, c’est très dur pour lui de reprendre pied. Il se polarise sur l’enfant, aidé par sa famille et ses amis. Sa propre réparation s’effectue au fil des chapitres sur 2 ans. L’auteur américain campe comme à son habitude une nature somptueuse en décor pour ce texte très touchant.

Sylvain Prudhomme. Par les routes (nouvelle fenêtre). Dans une petite ville du Sud, tranquille, des autostoppeurs qui se sont perdus de vue, vont instaurer un jeu de rôle, l’un fascinant l’autre. Ce nouveau roman d’un auteur qui fait partie de nos chouchous de la rentrée littéraire (il avait été sélectionné pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2015) raconte des départs et des retours, dans lesquels l’alter ego de l’auteur est le réceptacle de ce nomadisme. ll y est également question de tous ces autres que l’on rencontre en dehors de la cellule familiale, de l’importance de l’air extérieur, du risque d’étouffement dans la vie familiale autarcique.

Max Porter  : Lanny (nouvelle fenêtre). Ode à l’enfance et à l’imagination, le deuxième roman de Max Porter est un conte qui puise aux sources du merveilleux comme du plus trivial, pour révéler l’invisible et inquiétante magie à l’œuvre dans nos vies. Le village du roman appartient à ceux qui vivent là aujourd’hui, et à ceux qui ont vécu là autrefois, à un petit garçon nommé Lanny, tendre et imprévisible, et à ses parents, Et aussi au Père Lathrée… Morte, étrange créature protéiforme, légende folklorique et  qui veille sur les lieux – à moins qu’il ne fasse planer sur eux une sourde menace. Ce livre est un bijou de créativité.

Aurélien Bellanger  : Le continent de la douceur (nouvelle fenêtre). Le livre débute par une galerie de personnages pittoresques qui font de l’accrobranche. Drôles ou risibles, tous fonctionnent en couple et ont tous un lien avec l’histoire européenne et le Karst. C’est baroque et dense, mais cela fonctionne malgré la complexité du propos. Et cela en dit beaucoup sur la situation et la politique actuelle. Un roman réjouissant !

Jean-Paul Dubois  : Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (nouvelle fenêtre) Retrace la vie de Paul Hansen revisitée entre les quatre murs de son étroite cellule. Il se remémore son séjour au nord du Danemark, à Skagen, chez les pêcheurs de plies, et dans le nord canadien où l’amiante s’extrait à coup de dynamitages et empoisonne tranquillement sols et vivants. C’est un homme plutôt bienveillant qui veut donner du sens à sa vie. Sans doute le plus abouti et le plus profond des romans de l’auteur l’auteur, ce livre raconte le déclin du monde, qui a une autre morale, et dont la violence devient ce qu’il faut pour sauver sa propre dignité. L’auteur procède par procédés symboliques, et c’est une réussite.

Zhang Yueran  : Le clou. En Chine, deux personnages se retrouvent 30 ans plus tard et discutent de leur trajectoire et des secrets qui les lient à un héritage familial. Pétris d’obsession, ils souhaitent effacer la révolution culturelle qui les a impactés et essaient de s’en sortir. L’alternance des récits est décrypté avec une psychologie fine. Mystère, trahison, cette saga familiale retrace un pan de la Chine d’aujourd’hui  qui n’est pas des plus réjouissant.

Sehlahattin Demirtas  : Et tournera la roue. Ces nouvelles du prix Nobel turc en prison actuellement parlent d’espoir, d’amour et de l’humain. Le style merveilleusement simple nous dévoile la Turquie d’aujourd’hui. Il raconte des histoires personnelles, intimes, qui nous parlent, qui pourraient être les nôtres ou celles de nos proches. Il nous montre à quel point Turcs, Kurdes, Français ou autres, sont semblables dans leurs émotions, leurs rêves, leurs désir de liberté. Et ce faisant, il donne à ses nouvelles une portée politique bien plus grande que n’importe quel manifeste.

Sylvain Coher  : Vaincre Rome (nouvelle fenêtre). L’auteur compose  la trame de son roman avec le marathon de Rome en 66, 10 kilomètres pour chaque chapitre ; Abebe Bikila soldat éthiopien va courir les quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres pieds nus, il va remporter le marathon olympique. Pendant qu’il court, on suit ses pensées. Une voix en lui invoque Hérodote, Nietzsche, la Bible, son épouse aussi. Il porte un regard sur l’enfance, et  la colonisation, c’est une aventure entraînante et accessible. Et semble-t-il une prouesse littéraire.

Eric Lhome Un peu de nuit en plein jour (nouvelle fenêtre)  Paris est devenu un monde sombre dans un paysage transformé, sa population se livre à ses instincts les plus primaires. les hommes s’organisent en clans. Plus la classe sociale est élevée plus la vie est prolongée. Féral est cogneur dans ce monde urbain et violent, mais il lui arrive de se remémorer l’ancien temps. Il rencontre Livie, leur amour est immédiat dans ce monde sauvage. Le côté SF n’enlève pas la poésie, c’est touchant.

Guillaume Lavenant  : Protocole gouvernante  (nouvelle fenêtre). Dans ce roman assez étrange et assez novateur, chaque chapitre a un numéro qui semble indispensable à chaque famille. Cette  fiction très originale nous glace le sang. Son univers nous rappelle un peu celui de  La servante écarlate  et les temps anarchiques des révolutions. Dystopie, thriller, conte terroriste, il est un futur que nous n’aimerions pas connaître. Nous refermons le roman, songeurs… Un livre surprenant à recommander !

Thomas Orange  : Ici n’est plus ici  (nouvelle fenêtre). Ce roman polyphonique parle d’une façon très intimes des Indiens renvoyés à leurs conditions, après le massacre de Sand Creek en 1864. Urbanisés à Oakland, ils sont désormais mal dans leur vie, avec cette même question existentielle : que signifie être Indien de nos jours ? Sachant que le gouvernement américain est contre eux, mais que leurs rites rapportent de l’argent au pays. Rage et poésie compose ce roman, imposant la voix saisissante de ce jeune auteur.

Sorj Chalandon  : Une joie féroce nouvelle fenêtre) ou comment une femme qui a passé sa vie à écouter les autres devient une guerrière, une combattante contre la maladie et découvre la rébellion, l’illégalité et l’urgence de vivre. Ce livre est véritablement romanesque, et une fois encore l’auteur trouve les mots justes.

Et maintenant, bonnes lectures 🙂

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