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Connaissez-vous le tourisme littéraire ?

3 Déc

Le tourisme littéraire constitue une forme de tourisme culturel qui a le vent en poupe, et qui fait référence à la visite de lieux fréquentés par un auteur ou encore à ceux dont il est fait mention dans ses livres. Ces «pèlerinages» servent à rendre hommage à l’écrivain ou à retrouver l’ambiance particulière d’un moment spécifique, d’un livre donné, ou mettre ses pas dans ceux d’un auteur inspirant.

Quelques exemples marquants

En France ( à Paris ) la saga à succès Vernon Subutex (nouvelle fenêtre) de Virginie Despentes a inspiré une flopée d’articles sur « les incontournables du 19e arrondissement de Vernon » permettant aux personnes qui ont aimés le livre de s’imprégner du personnage.
Au Japon ( à Tokyo), il est organisé une balade sur les traces d’Haruki Murakami retraçant par exemple une partie du parcours des protagonistes du roman  les amants du Spoutnik (nouvelle fenêtre), précisément à l’université Waseda ou dans le parc Inokashira.

En Ecosse (à Edimbourg), le spoon café où la jeune J.K.Rowling a imaginé les aventures d’Harry Potter (nouvelle fenêtre) est pris d’assaut.
De même que Ian Rankin et son inspecteur Rebus (nouvelle fenêtre) dont les enquêtes se situent au cœur de la capitale écossaise, a inspiré un «Rebus Tour» dans la capitale, s’arrêtant devant l’appartement, le siège de la brigade criminelle ou les bars préférés du célèbre inspecteur écossais.  En vingt-cinq ans d’existence, Rebus a mené 17 enquêtes, traduites en 26 langues et ses investigations connaissent un grand succès. Retrouvons-le par exemple dans Cicatrices (nouvelle fenêtre) où une enquête des Affaires internes (l’équivalent de notre IGS) vise l’inspecteur Rebus…

En Italie (à Naples), la saga que tout le monde s’arrache L’amie prodigieuse (nouvelle fenêtre) d’Elena Ferrante a entrainé un regain d’intérêt pour la ville. Le livre étant une peinture de la société italienne moderne du XXe siècle, les voyageurs veulent voir par eux-mêmes l’adéquation entre les lieux, les couleurs et les odeurs perçus dans la saga.
Quant à  la Venise de Donna Leon, elle remporte depuis des années un vif succès grâce aux aventures du commissaire Brunetti, par exemple Brunetti en trois actes (nouvelle fenêtre) ce qui vient également de l’actualité dans laquelle les enquêtes s’inscrivent. L’auteur nous montre une Venise éloignée des touristes, une Venise réelle, enjeu de luttes de pouvoir administratif, financier et politique. Elle y décrit la corruption passive et active sous l’ère Berlusconi et jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Monti.
L’Islande, l’Irlande et la Croatie ont servi de théâtre pour la saga a succès de Game of Throne, inspirée du roman de George R.R. Martin : Le trône de fer (nouvelle fenêtre) où les tour-operators du monde entier proposent d’arpenter les lieux de tournage,
La Suède (Stockolm) a largement bénéficié de l’écriture de Stieg LARSSON et de sa promenade «  sur les traces de … » pour son Millenium (nouvelle fenêtre). La ville d’Ystadt a aussi son parcours de mémoire sur les traces de l’inspecteur Wallander d’Hennig Mankell.

Pour suivre sur la carte  les différents endroits inspirant les auteurs suivez la Google maps (nouvelle fenêtre)

 

 

 

Malgré son succès, cette approche littéraire du grand public reste considérée comme un peu suspecte par les acteurs culturels publics français qui revendiquent plutôt la conservation et la préservation à des fins mémorielles. Cette approche plus culturelle et plus frileuse contraste avec l’approche anglo-saxonne plus floue et qui exploite l’engouement pour les best-sellers portés par les adaptations cinématographiques à gros budgets.

Pour aller plus loin :  l’article très approfondi du numéro 117 de Mappemonde, la revue trimestrielle sur l’image géographique et les formes de territoire :  « Du roman policier au territoire touristique. Ystad, Stockholm: enquête sur les phénomènes Wallander et Millénium « (nouvelle fenêtre) qui s’interroge sur la façon de « faire d’un roman noir et par essence critique un outil de valorisation territoriale ».

À venir sur Liseur : Des destinations en quête d’auteurs.

La rentrée littéraire d’automne 2019 : du côté des libraires

18 Oct

Après C’est la rentrée, les grandes tendances et Rentrée littéraire 2019, nos chouchous, place aux féminin avec la sélection des libraires. En effet, cette rentrée littéraire 2019 semble placée sous le signe des femmes. Elles sont partout dans les 524 nouveaux romans qui déferlent depuis août dans les librairies. Au vu d’événements comme « metoo « , nombre de romans cette année portent un message de respect. Le courage des femmes, le partage, les tourments de l’exil et les souvenirs de famille sont au cœur des écrits de cette rentrée.

Voici les belles découvertes qu’ont fait pour vous les libraires de la librairie Decitre. Laissez-vous guider pour vivre de belles émotions…

 Karine Tuil : Les choses humaines (nouvelle fenêtre) , Jean Farel est présentateur de télé et avec son ex-femme Claire ils ont formé un couple d’intellectuels à la vie contrôlée et médiatisée se servant l’un de l’autre pour faire évoluer leur carrière. Leur vie va basculer quand leur fils Alexandre, promu à une brillante carrière va se retrouver au cœur d’un procès pour viol. L’auteur décortique de manière brillante les mécanismes de la justice, nous emmène au cœur du désir, des pulsions, du consentement, de cette zone grise insaisissable. C’est un roman actuel, terriblement nécessaire, construit avec une grande intelligence et une grande justesse.

Leonora Miano : Rouge impératrice (nouvelle fenêtre ). Ce livre, le premier d’une trilogie, n’est pas simple. Il nous emmène dans le méandres et l’utopie Africaine. Pour y  explorer le trait d’union entre l’Afrique et l’Europe, la culture, l’économie, le fédéralisme pour s’autonomiser, ainsi que  l’inversion du pouvoir avec les blancs. Il est très dérangeant, il permet de faire son auto-critique et pose la question du monde en marche fait de violence  et de changement. Il nous permet de porter un regard réaliste en prévision de ce qui peut nous attendre.

Victoria Mas : Le bal des folles (nouvelle fenêtre). Ce premier roman se passe au XIXe siècle à la Salpétrière. Pour le bal de la mi-Carême, la haute société est invitée et s’adonne à un certain voyeurisme. Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations du Dr Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, qui a un don, elle voit des fantômes, cela bouleverse le regard sur l’hôpital et met à nu la condition féminine au XIXe siècle. Ce premier roman est malgré tout assez actuel.

Blandine Rinkel  : Le Nom secret des choses (nouvelle fenêtre). Blandine grandit en Vendée. Isolée elle arrive à Paris pour poursuivre ses études, et rencontre Elia, leur amitié devient fusionnelle, elle change de prénom, devient Océane, essaie de saisir les codes, les masques de la capitale, s’y essouffle jusqu’à la trahison. C’est une expérience qui va l’épuiser. Cette autobiographie est très écrite, et dit beaucoup sur la jeune génération.

Régina Porter  : Ce que l’on sème (nouvelle fenêtre). Ce roman est un patchwork remarquablement cousu à partir des moments intenses de la vie de deux familles américaines, l’une noire, descendant d’esclaves africains, l’autre blanche, ,issues de l’immigration irlandaise. Ces deux familles ne vont cesser de s’entrecroiser tout au long du roman, depuis les années 50 jusqu’à la première année du mandat d’Obama.

Joyce Carol Oates  : Un livre des martyrs Américains (nouvelle fenêtre). Son ouverture se fait sur le meurtre d’un médecin pratiquant l’avortement par conviction, perpétré par un militant pro-vie se sentant investi d’une mission divine. L’auteure ne portera jamais de jugement moral, elle laisse la parole à ses personnages de façon magistrale. C’est un livre puissant, perturbant parfois, difficile a quitter. Un coup de force narratif et littéraire, à l’image des précédents romans percutants de cette auteur « droguée à l’écriture depuis ses 14 ans ».

Kaouher Adimi  : Les Petits de Décembre (nouvelle fenêtre) . Partie d’un fait divers, la jeune auteure, qui avait fait partie de la sélection pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2018, est revenue sur le terrain d’un lotissement près d’Alger où les enfants jouent et dont ils fait leur fief. Mais tout se dérègle un beau matin lorsque des généraux débarquent avec des plans de constructions en main, et des projets de belles villas. Les enfants vont faire une mini-révolution, Au contraire des parents, craintifs et résignés, cette jeunesse s’insurge et refuse de plier. La tension monte, et la machine du régime se grippe. Ce livre, à l’écriture touchante offre une vision asse juste de la société algérienne actuelle tant du point de vue sociologique que politique.

Cécile Coulon  : Une bête au paradis( nouvelle fenêtre). L’histoire d’une lignée de femmes (la grand-mère et la petite-fille ) qui renoncent à leur vie pour une terre, celle de la ferme du Paradis, comme une malédiction. Quasiment une tragédie grecque, presque un conte intemporel sous forme d’un huis clos au Paradis. La tension gonfle, l’angoisse sourde monte. Il est difficile de savoir quelle forme le Mal prendra, mais on sent une sorte de fatalité implacable qui va le faire surgir. Très fort, ce livre remue le lecteur.

Claudie Huntzinger : Les grands cerfs. Un livre qui parle d’un monde qui est en train de s’achever mais qui ne sait pas où il va. L’auteure cerne cette vie à l’écart, dans la montagne , où elle a librement choisi de faire vivre sa protagoniste, il y plusieurs décennies. Mais ce roman parle aussi du goût de la nature et de la passion de l’écriture. Pamina se met à s’intéresser aux cerfs qui vivent dans ce coin reculé… depuis toujours. Elle y rencontre Léo, un jeune photographe, fasciné par ces animaux, qui il va lui apprendre à les comprendre, à savoir devenir invisible, à l’affût, dans l’attente et le silence. C’est une sorte de fable du réel, empreinte de poésie.

 

Jerôme Attal  : La petite sonneuse de cloches (nouvelle fenêtre). Voici une histoire d’amour, à deux époques différentes. On évoque un épisode de la vie de Chateaubriand à peine âgé de 25 ans qui est réfugié à Londres alors que gronde la terrible révolution française. Dans ses mémoires, l’auteur romantique évoque un baiser inoubliable qu’il a reçu d’une petite sonneuse de cloches , imaginé ou réellement reçu ?
De l’autre côté, nous avons Joachim Stockholm qui vient de perdre son père, qui était un grand admirateur de Chateaubriand. Pour rendre un dernier hommage à ce père, Joachim décide de partir à Londres élucider le mystère de cette jeune sonneuse de cloches… Ce roman se lit ainsi en alternant les sentiments finement décrits et amenés par Jérôme Attal. La mise en scène scénographique est en place et la lecture se déroule sans accrocs au fin d’une jolie mélodie romantique.

Louis-Philippe Dalembert  : Mur méditérranée (nouvelle fenêtre). Inspiré d’un naufrage, il s’agit de la rencontre de personnes sauvées qui échangent et construisent leur histoire, moment de confiance entre 3 femmes à deux endroits. Aussi le voyage depuis l’Érythrée, la violence et prédation au départ, puis la tempête. À la suite du sauvetage se nouera une histoire forte de fraternité. Ce texte donne une idée de l’état du monde. Tous sont logés dans un entrepôt où ils sont tous stockés, dans des conditions très éprouvantes. Malgré ce qu’elles vont vivre, elles vont s’aider. C’est une épopée du courage que la littérature rappelle. Récit d’un voyage au bout de la nuit. Magnifique

 Pete Fromm  : La vie en chantier (nouvelle fenêtre). Taz et Marny sont sur le point de devenir parents, ils travaillent à leur maison pour l’arrivée de leur enfant, mais Marny perd la vie en accouchant laissant son mari seul face au bébé et aux travaux, c’est très dur pour lui de reprendre pied. Il se polarise sur l’enfant, aidé par sa famille et ses amis. Sa propre réparation s’effectue au fil des chapitres sur 2 ans. L’auteur américain campe comme à son habitude une nature somptueuse en décor pour ce texte très touchant.

Sylvain Prudhomme. Par les routes (nouvelle fenêtre). Dans une petite ville du Sud, tranquille, des autostoppeurs qui se sont perdus de vue, vont instaurer un jeu de rôle, l’un fascinant l’autre. Ce nouveau roman d’un auteur qui fait partie de nos chouchous de la rentrée littéraire (il avait été sélectionné pour le Prix des Lecteurs de Levallois en 2015) raconte des départs et des retours, dans lesquels l’alter ego de l’auteur est le réceptacle de ce nomadisme. ll y est également question de tous ces autres que l’on rencontre en dehors de la cellule familiale, de l’importance de l’air extérieur, du risque d’étouffement dans la vie familiale autarcique.

Max Porter  : Lanny (nouvelle fenêtre). Ode à l’enfance et à l’imagination, le deuxième roman de Max Porter est un conte qui puise aux sources du merveilleux comme du plus trivial, pour révéler l’invisible et inquiétante magie à l’œuvre dans nos vies. Le village du roman appartient à ceux qui vivent là aujourd’hui, et à ceux qui ont vécu là autrefois, à un petit garçon nommé Lanny, tendre et imprévisible, et à ses parents, Et aussi au Père Lathrée… Morte, étrange créature protéiforme, légende folklorique et  qui veille sur les lieux – à moins qu’il ne fasse planer sur eux une sourde menace. Ce livre est un bijou de créativité.

Aurélien Bellanger  : Le continent de la douceur (nouvelle fenêtre). Le livre débute par une galerie de personnages pittoresques qui font de l’accrobranche. Drôles ou risibles, tous fonctionnent en couple et ont tous un lien avec l’histoire européenne et le Karst. C’est baroque et dense, mais cela fonctionne malgré la complexité du propos. Et cela en dit beaucoup sur la situation et la politique actuelle. Un roman réjouissant !

Jean-Paul Dubois  : Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (nouvelle fenêtre) Retrace la vie de Paul Hansen revisitée entre les quatre murs de son étroite cellule. Il se remémore son séjour au nord du Danemark, à Skagen, chez les pêcheurs de plies, et dans le nord canadien où l’amiante s’extrait à coup de dynamitages et empoisonne tranquillement sols et vivants. C’est un homme plutôt bienveillant qui veut donner du sens à sa vie. Sans doute le plus abouti et le plus profond des romans de l’auteur l’auteur, ce livre raconte le déclin du monde, qui a une autre morale, et dont la violence devient ce qu’il faut pour sauver sa propre dignité. L’auteur procède par procédés symboliques, et c’est une réussite.

Zhang Yueran  : Le clou. En Chine, deux personnages se retrouvent 30 ans plus tard et discutent de leur trajectoire et des secrets qui les lient à un héritage familial. Pétris d’obsession, ils souhaitent effacer la révolution culturelle qui les a impactés et essaient de s’en sortir. L’alternance des récits est décrypté avec une psychologie fine. Mystère, trahison, cette saga familiale retrace un pan de la Chine d’aujourd’hui  qui n’est pas des plus réjouissant.

Sehlahattin Demirtas  : Et tournera la roue. Ces nouvelles du prix Nobel turc en prison actuellement parlent d’espoir, d’amour et de l’humain. Le style merveilleusement simple nous dévoile la Turquie d’aujourd’hui. Il raconte des histoires personnelles, intimes, qui nous parlent, qui pourraient être les nôtres ou celles de nos proches. Il nous montre à quel point Turcs, Kurdes, Français ou autres, sont semblables dans leurs émotions, leurs rêves, leurs désir de liberté. Et ce faisant, il donne à ses nouvelles une portée politique bien plus grande que n’importe quel manifeste.

Sylvain Coher  : Vaincre Rome (nouvelle fenêtre). L’auteur compose  la trame de son roman avec le marathon de Rome en 66, 10 kilomètres pour chaque chapitre ; Abebe Bikila soldat éthiopien va courir les quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres pieds nus, il va remporter le marathon olympique. Pendant qu’il court, on suit ses pensées. Une voix en lui invoque Hérodote, Nietzsche, la Bible, son épouse aussi. Il porte un regard sur l’enfance, et  la colonisation, c’est une aventure entraînante et accessible. Et semble-t-il une prouesse littéraire.

Eric Lhome Un peu de nuit en plein jour (nouvelle fenêtre)  Paris est devenu un monde sombre dans un paysage transformé, sa population se livre à ses instincts les plus primaires. les hommes s’organisent en clans. Plus la classe sociale est élevée plus la vie est prolongée. Féral est cogneur dans ce monde urbain et violent, mais il lui arrive de se remémorer l’ancien temps. Il rencontre Livie, leur amour est immédiat dans ce monde sauvage. Le côté SF n’enlève pas la poésie, c’est touchant.

Guillaume Lavenant  : Protocole gouvernante  (nouvelle fenêtre). Dans ce roman assez étrange et assez novateur, chaque chapitre a un numéro qui semble indispensable à chaque famille. Cette  fiction très originale nous glace le sang. Son univers nous rappelle un peu celui de  La servante écarlate  et les temps anarchiques des révolutions. Dystopie, thriller, conte terroriste, il est un futur que nous n’aimerions pas connaître. Nous refermons le roman, songeurs… Un livre surprenant à recommander !

Thomas Orange  : Ici n’est plus ici  (nouvelle fenêtre). Ce roman polyphonique parle d’une façon très intimes des Indiens renvoyés à leurs conditions, après le massacre de Sand Creek en 1864. Urbanisés à Oakland, ils sont désormais mal dans leur vie, avec cette même question existentielle : que signifie être Indien de nos jours ? Sachant que le gouvernement américain est contre eux, mais que leurs rites rapportent de l’argent au pays. Rage et poésie compose ce roman, imposant la voix saisissante de ce jeune auteur.

Sorj Chalandon  : Une joie féroce nouvelle fenêtre) ou comment une femme qui a passé sa vie à écouter les autres devient une guerrière, une combattante contre la maladie et découvre la rébellion, l’illégalité et l’urgence de vivre. Ce livre est véritablement romanesque, et une fois encore l’auteur trouve les mots justes.

Et maintenant, bonnes lectures 🙂

Nouvelles, vous avez dit nouvelles ?

15 Juin

La nouvelle est un récit à priori court, écrit en prose. Pourtant ce critère ne fait pas l’unanimité, citons par exemple Microfictions (nouvelle fenêtre) de Régis Jauffret,  (500 textes de 2 pages chacun), sont annoncées comme « roman », tandis que La Rêveuse d’Ostende, (nouvelle fenêtre) parue dans le recueil de nouvelles éponyme d’Éric-Emmanuel Schmitt fait 115 pages. Stendhal, souvenons-nous, qualifiait, dans son avertissement au lecteur, La Chartreuse de Parme (nouvelle fenêtre) de « nouvelle », avec 530 pages en livre de poche ! C’est pourquoi l’on peut penser que la définition de la nouvelle n’est pas à chercher dans un nombre de pages minimum ou maximum, mais ailleurs, davantage dans la concision et l’efficacité de l’écriture qui la caractérisent.

En règle générale, les personnages d’une nouvelle sont peu nombreux et brièvement décrits. Son action est assez simple mais construite de façon à ménager un effet de surprise au dénouement : c’est ce que l’on appelle la chute. Elle semble s’opposer au roman qui, lui, est long. C’est un genre littéraire qui se subdivise en sous-genres : nouvelle réaliste, fantastique, poétique. Ces histoires peuvent être amusantes ou nostalgiques, voire inquiétantes ou dérangeantes, pour vous faire frissonne,r on s’appuie sur la concentration de l’histoire.

Les pays francophones l’axent plutôt sur un événement, son rythme est rapide et peu explicatif. Tandis que la nouvelle anglo-saxonne a un rythme qui permet d’expliquer les pensées et les réactions des personnages. Elle a pris son essor au XIXe siècle.

À titre indicatif quelques titres évoqués : Honoré de Balzac, le chef d’œuvre inconnu  (nouvelle  fenêtre) Gustave Flaubert, Trois contes (nouvelle nêtre) Guy de Maupassant, auteur de nombreuses nouvelles, une partie de campagne, Le horla ( nouvelle fenêtre) le parapluie, La Parure (nouvelle fenêtre) etc

Emile Zola est un habile nouvelliste, il compose des textes saisissants, par exemple La mort d’Olivier Bécaille (nouvelle fenêtre ) entre autres, à travers des histoires légères ou cruelles, il pose un regard acéré sur la société de son temps et se révèle être le maître de la nouvelle naturaliste avec ses textes saisissants. Allan Edgar Poe, quant à lui, exploite la veine fantastique et compose ses fameuses histoires extraordinaires (nouvelle fenêtre), ainsi que son confrère Barbey d’Aurevilly  Les Diaboliques (nouvelle fenêtre).

Très proche du conte, la nouvelle fait réfléchir sur le monde et le comportement des hommes. Ainsi celles du XXe et XXIe siècle reflètent et mettent en scène le monde contemporain à l’instar des séries télévisuelles. Dans l’œuvre de  Jean-Paul Sartre, l’on peut citer Le mur (nouvelle fenêtre) par exemple. Et pour celle que l’on considère comme la sœur française de Raymond Carver, (reconnu comme le maitre du genre), Annie Saumont, ce sont environ 300 nouvelles dont  Les blés (nouvelle fenêtre) qui font partie de celles disponibles dans votre Médiathèque.

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En Russie plusieurs grands auteurs s’y sont essayé, retenons par exemple Fedor Dostoïevski avec La douce (nouvelle fenêtre ) qui met en abyme une illusion de soi-même et le décalage qui peut exister dans un couple. Pendant qu’ Anton Tchekhov loue la beauté des paysages Russes dans La Steppe (nouvelle fenêtre)

Le grand écrivain Autrichien Stefan Zweig, consacre l’empathie et le lyrisme dans la littérature. Avec sa fine plume empreinte de sagacité, citons, Lettre d’une inconnue (nouvelle fenêtre) entre autre.

Pour Henry James, l’élève, par exemple est un écrivain de génie qui éblouit, quand il se fait nouvelliste, par sa profondeur, sa finesse d’analyse, sa drôlerie empreinte de légèreté et l’éclat de son talent comme dans  Le motif dans le tapis (nouvelle fenêtre) par exemple. On peut également citer, Hermann Melville  et son emblématique Bartelby le scribe (nouvelle fenêtre) symbole de la bureaucratie passive traité avec un irrésistible humour.

Pour en revenir au plus populaire nouvelliste Américain Raymond Carver, il  dépeint de petites gens, plutôt paumés touchés par la grâce,  comme dans   Parlez-moi d’amour (nouvelle fenêtre),  ou  Les vitamines du bonheur (nouvelle fenêtre). Sa  caractéristique est une écriture particulièrement minimaliste. Son modèle est John Cheever  qualifié de « Tchekhov des classes moyennes », dont les textes fascinent par leur fulgurance, il n’a pas son pareil pour capter un détail, un instant de tension comme dans Déjeuner de famille (nouvelle fenêtre)  

Charles Bukowski, célèbre pour son nihilisme signe le fameux  Contes de la folie ordinaire (nouvelle fenêtre)  portrait au vitriol de la société américaine empreint d’une grande oralité dans un langage cru que l’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre. Le grand Russel Banks en plus de ses romans passionants, nous a aussi livré un texte avec concision qui radiographie les États-Unis de façon remarquable, il s’agit d’Un membre permanent de notre famille (nouvelle fenêtre)

On peut citer aussi de jeunes auteurs Américains ou Canadiens principalement édités chez Albin Michel, dans la collection Terre d’Amérique, comme Sherman Alexie qui, avec La vie aux trousses ( nouvelle fenêtre) offre tendresse, cruauté, humour grinçant :  ces nouvelles prouvent, s’il en était besoin, que « l’enfant terrible des lettres américaines » est un écrivain virtuose. Ou bien Joseph Boyden avec Là-haut vers le Nord (nouvelle fenêtre) Ces nouvelles étonnantes, mélange fascinant d’émotion, de colère, de grâce, de violence et de poésie, dessinent, à la manière d’un roman choral, les pleins et les déliés d’une communauté humaine.

Les nouvelles du Japonais Akira Yoshimura  dépeignent sa fascination pour la mort qu’il nous offre comme un spectacle grâce à  son écriture ciselée, à l’image de  La  jeune fille suppliciée sur une étagère (nouvelle fenêtre)

Parmi les fameux nouvellistes, n’omettons pas la Canadienne de langue anglaise, reine de la nouvelle et Nobelisée pour son œuvre  : Alice Munro, qui  comme dans Trop de bonheur (nouvelle fenêtre) va à l’essentiel dans ses œuvres dont les personnages sont des femmes aux itinéraires cabossés qui semblent nourris de sa propre expérience , deuil d’une mère, du désamour d’un mari, de la jalousie ambivalente d’une belle-mère, des choses cachées derrière les choses et c’est la profondeur du mystère, allié à la limpidité de son style qui font la puissance de son œuvre.

Dépressions (nouvelle fenêtre ) d’Herta Muller rassemblent une série de situations et d’événements qui donnent forme à son récit : la mort d’un proche, un accident avec une vache, l’alcoolisme du père et c’est dans une langue comprimée et rugueuse qui lui est très personnelle qu’elle nous offre une observation impitoyable de la petitesse humaine.  Elle fut elle aussi lauréate du prix Nobel en 2009.

Si la nouvelle n’est pas toujours un genre très prisé du public, elle se concentre sur l’essentiel et peut être une excellente façon de voyager par exemple, dans le temps ou l’espace. Le recueil le plus récent que j’ai lu et que je vous recommande est Le boxeur Polonais (nouvelle fenêtre) d’Eduardo Halfon, auteur guatémaltèque, qui signe un  texte mystérieux et puissant, de deux chroniques courtes qui se déploient  avec une nostalgie lente et forte et sont aussi une invitation à la réflexion sur le rôle de la littérature.

Un auteur à l’affiche : Annie Ernaux

1 Juin

Le 21 mai dernier à Londres, l’écrivain Annie Ernaux a manqué de peu la consécration finale du Man Booker Prize International 2019 (nouvelle fenêtre) pour son  titre-phare Les années (nouvelle fenêtre) évidemment traduit en anglais. Sélectionnée dans la shortlist du prestigieux prix littéraire, elle est considérée comme le chef de file du roman social.

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Le prix a été remis à Jokha Alharthi pour son livre Celestial bodies (voir l’article du Temps – nouvelle fenêtre) mais c’est l’occasion de revenir sur la vie et l’œuvre d’Annie Ernaux. Son nom d’origine est Duchesne, elle est née en 1940, à Lillebone en Normandie. Issue de parents épiciers, elle sera poussée par sa mère à faire des études, (très jeune elle prend conscience des écarts de milieux, ce qui vraisemblablement alimentera  l’origine de son inspiration littéraire).

Elle étudie ensuite à l’université de Rouen, première étape vers l’autonomie. Elle obtient le CAPES, et devient agrégée en lettres modernes. Lorsque paraît La place (nouvelle fenêtre) elle obtient le prix Renaudot, ce qui la fait connaître. Mêlant l’expérience personnelle à la grande Histoire, ses ouvrages abordent l’ascension sociale de ses parents  La Honte (nouvelle fenêtre), son mariage La Femme gelée (nouvelle fenêtre), sa sexualité et ses relations amoureuses Passion simple (nouvelle fenêtre), Se perdre (nouvelle fenêtre), son environnement La Vie extérieure (nouvelle fenêtre), son avortement L’Événement (nouvelle fenêtre), la mort de sa mère dans Une femme, construisant ainsi une œuvre importante, d’influence sociologique. Sa référence en la matière sera Pierre Bourdieu, qu’elle admire.

Elle délaissera très vite la fiction pour tenter de montrer le monde tel qu’il est en s’appuyant sur sa propre histoire. Peu à peu, elle invente une écriture singulière qui utilise un matériel autobiographique comme terrain de questionnement. Elle épure de plus en plus son style et le singularise. Elle publie souvent des journaux qui complètent certains de ses textes avec un autre angle de vue. Elle interroge sans cesse son écriture soit avec un allié, soit seule dans son ouvrage, L’atelier noir (disponible en version numérique- nouvelle fenêtre ) où elle analyse avec une grande précision sa recherche pour parvenir à un ouvrage essentiel : Les années (nouvelle fenêtre).  

les années Annie Ernaux (catalogue de La Médiathèque-nouvelle fenêtre) En ce moment, Annie Ernaux est à l’honneur dans la pièce L’autre fille, tirée d’un de ses livres (paru en 2011), à l’affiche au Studio Hebertot (nouvelle fenêtre) où j’ai eu la chance de me rendre pour cette adaptation sobre et brillante, mise en scène par Nadia Remita. Dans un décor épuré, la comédienne Laurence Mongeaud livre avec brio un texte socio-biographique, très fort, interprété magistralement et au ton juste sur un secret familial absolu. Jamais un mot de la bouche de ses parents sur cette sœur inconnue, morte deux ans avant sa naissance… Annie Ernaux s’interroge. Creuser l’absence pour faire jaillir la présence, écrire à une morte pour s’adresser aux vivants… un texte tendre et abrupt pour un spectacle intense et bouleversant. qui se caractérise par des phrases courtes, où chaque mot est pesé, choisi.

Histoires de famille (3ème partie)

25 Mai

Après les incontournables (Histoires de famille- 1ère partie) et les contemporains (Histoires de famille – 2ème partie), j’ai gardé pour la fin ces romans que j’ai particulièrement appréciés, tout d’abord ceux de Dermot Bolger avec deux thématiques fortes autour de la cellule familiale.

Toute la famille sur la jetée du paradis (nouvelle fenêtre) de Dermot Bolger. Roman- fleuve envoûtant où nous suivons les cinq enfants de la famille Goold Verschoyle de 1915 à 1945 au travers de l’enfer de l’Histoire. Particulièrement celle de l’Irlande dont l’auteur est natif. Tiré d’une histoire vraie, c’est un récit passionnant. Il s’en dégage une grande force.

Une seconde vie (nouvelle fenêtre) de Dermot Bolger. C’est un livre profond et intelligent qui offre une réflexion ouverte sur l’incidence de l’abandon sur le psychisme dans une Irlande sombre et violente.

Voici aussi deux premiers romans particulièrement remarquables qui traitent de thèmes très durs avec beaucoup de finesse. De jeunes auteurs dont il faudra à mon avis suivre le parcours.

My absolute Darling (nouvelle fenêtre) de Gabriel Tallent. Ce livre retrace le cheminement de Julia alias Turtle,14 ans, orpheline de mère, qui grandit avec Martin son père, nihiliste à tendance survivaliste violent et abusif. Elle évolue dans cet univers étroit et glauque, dans une maison isolée du nord de la Californie. C’est un roman ambitieux  dont le style tout en finesse et délicatesse, permet de supporter des scènes glaçantes, et le roman se nourrit de l’ambiguïté et des contradictions des personnages.

Idaho (nouvelle fenêtre) d’Emily Ruskovitch (nouvelle fenêtre).  Ce texte restitue la vie de la famille Mitchell, constituée de Wade, Jenny, May et June vivant dans une nature somptueuse. Ils ont une vie solitaire et rude, ordinaire et sauvage, avant que le drame n’arrive. Bouleversant par son thème – l’histoire d’un infanticide restituée par la voix d’Ann, la deuxième femme de Wade – et troublant par sa construction, tout en ellipses et en mystère.

Et pour finir un fraichement arrivé : Le pont d’argile (nouvelle fenêtre) de Markus Suzak. Un grand roman sur le lien qui unit père et fils, une saga familiale bouleversante.

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