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Lettres nordiques (2e partie) : le cercle « polar »

25 Avr

L’aperçu de la littérature nordique proposé dans notre article Lettres nordiques (1ère partie) doit être complété par un genre qui tient en haleine des milliers de lecteurs en Europe comme ailleurs : les polars venus du froid.
Ils ont pour toile de fond la plupart du temps une critique sociale et historique, souvent très éloignée du modèle social nordique idyllique. Du très noir où la violence se joue à huis clos, avec la montée du racisme, des atmosphères particulières, des personnages au caractère fort, et des rebondissements permanents. Une qualité littéraire qui a souvent incité les lecteurs de littérature blanche à se plonger également dans ces romans noirs. Car elle leur a donné un second souffle, de plus ils se vendent bien, la plupart des ces auteurs de policiers ont commencé leur carrière dans d’autres genres littéraires.

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Historiquement c’est le couple formé de Maj Sjöwall et de Per Wahlöö, qui a fondé ce que les experts de la littérature policière qualifient encore aujourd’hui d’« école suédoise » du polar dans les années 70. Passionnés tous deux de criminologie, ils déclineront leur série dans lesquels évoluent l’inspecteur de police Martin Beck et son équipe. Ils « scénariseront » la société suédoise, citons Roseanna (nouvelle fenêtre) ou les Terroristes (nouvelle fenêtre) par exemple.

Et l’on retrouve Henning Mankel (1948-2015) l’un des auteurs phares de cette littérature nordique, père du célèbre commissaire Kurt Wallander qui incarnait une vision désabusée de la social-démocratie scandinave. Meurtriers sans visage (nouvelle fenêtre), les chiens de Riga (nouvelle fenêtre), la lionne blanche (nouvelle fenêtre)  etc…Lire notre article À Ystad Wallander est orphelin publié au décès de l’auteur en octobre 2015.

Jo Nesbo, qui fait partie des nouvelles révélations, incarne cette littérature du Grand Nord qui n’en finit pas de surprendre. Le souffle est là ! Les personnages, le ton, l’univers et l’épaisseur des intrigues. Il y eût l’école américaine et le néo polar, il y a désormais l’école noire du froid. Un de ses thrillers magistraux est Le léopard (nouvelle fenêtre)

Ake Edwardson centre ses romans autour de la figure du commissaire Erik Winter : ils ont été adaptés pour la télévision suédoise, assez captivant. Ce doux pays (nouvelle fenêtre)  nous fait vivre à un rythme haletant.

Karin Alvtegen avec Oublier son passé (nouvelle fenêtre) brosse le portrait tout en finesse d’une femme à la recherche de son identité au fil d’un fin thriller psychologique.

Aino Trosell avec  Ne les regarde pas dans les yeux (nouvelle fenêtre) offre une peinture sociale sur la littérature prolétarienne, plus forte que l’intrigue policière. Très prenant.

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Stieg Larsson (1954-2004) avec sa série addictive Millenium, a sans doute contribué à un mythe, mais il est mort avant d’avoir livré son dernier manuscrit. Cinq ans plus tard, des millions de lecteurs à travers le monde ont dévoré cette saga qui a pour cadre une Suède froide, misogyne et corrompue, hantée par les démons du passé nazi. Elle se décline en trois tomes : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (nouvelle fenêtre), La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (nouvelle fenêtre), La reine dans le palais des courants d’air (nouvelle fenêtre), C’est David Lagerkrantz qui achèvera le tome 04 : Ce qui ne me tue pas (nouvelle fenêtre), après la mort de son père fondateur. On y retrouve une intrigue prenante plongeant dans une actualité brûlante et un style efficace.

Camilla Lackberg fonde, quant à elle, des intrigues solides. Ses personnages ont de l’épaisseur, ses livres explorent les thèmes de la famille, des secrets, des déviances. Ses enquêteurs sont Erica Falck et Patrick Hedström. Citons La princesse des glaces (nouvelle fenêtre) ou Le dompteur de lions (nouvelle fenêtre).

Kjell Eriksson : La terre peut bien se fissurer (nouvelle fenêtre)  ou Le cercueil de pierre  (nouvelle fenêtre). Un polar social en milieu rural, sur fond de syndicalisme. Efficace.

Leif Davidsen : Le dernier espion (nouvelle fenêtre) Plutôt spécialisé dans le  roman d’espionnage, celui-ci sur le remenbrement de l’URSS ou encore L’ennemi dans le miroir (nouvelle fenêtre)  où l’on suit la police et un agent du renseignement proche d’Al-quaïda.

Arnaldurn Indridason. Grand nom de la littérature policière islandaise actuelle, il fut nommé à maintes reprises l’écrivain le plus populaire d’Islande, avec son personnage récurrent d’Erlendur. Citons La femme en vert (nouvelle fenêtre), La cité des jarres (nouvelle fenêtre), le lagon noir (nouvelle fenêtre). Avec leur psychologie fouillée,  ses romans sont prenants, authentiques, hantants et lyriques.

Gunnar Staalesen  : La belle dormit 100 ans (nouvelle fenêtre), Pour le meilleur et pour le pire (nouvelle fenêtre) sont des romans très agréables à lire, où l’auteur offre une vision sociale très réaliste qui porte un coup sérieux au célèbre modèle social scandinave, grâce à son fameux enquêteur Varg Veum.

Viveca Sten : Meurtre sur la Baltique (nouvelle fenêtre). Une nouvelle plume dans ces pays froids du Nord, qui savent avec talent nous concocter des récits haletants dans le registre du polar et du thriller. Dépaysant à souhait, ce polar est une intrigue simple mais bien ficelée qui a le mérite à chaque nouvelle investigation de nous faire voyager au large des îles suédoises, on retrouve avec plaisir le duo amical de Thomas, le flic et Nora, la juriste qui enquêtent. Une lecture détente très agréable. Ces romans donneront lieu à une adaptation télévisée sur Arte, intitulée Meurtre à Sandhamn qui se déclinera sur plusieurs saisons.

Peut-être ces nouveaux auteurs ont-t-il réussi à imposer une nouvelle orientation à la fiction scandinave. Ils s’éloignent résolument des polars classiques, des intrigues où le crime a lieu dans une pièce fermée, privilégiant des environnements complexes où les vices de tout genre se mêlent à la culture «globale» ainsi que les nouvelles technologies. Aussi longtemps qu’il existera un Grand Nord à vous glacer le sang, les auteurs de polars ne risqueront pas de faire fausse route.

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A Ystad, Kurt Wallander est orphelin

7 Oct
Depuis le 5 octobre 2015, la littérature policière est en deuil : Henning  Mankell, l’écrivain suédois, auteur de plus de 42 ouvrages et créateur du personnage de Kurt Wallander, est décédé. Finies les enquêtes mélancoliques d’un Wallander solitaire dans une société suédoise confrontée à la fin de l’état providence, contexte privilégié des romans policiers de l’auteur suédois. Dramaturge, auteur et homme engagé, amoureux de l’Afrique, défenseur des libertés, luttant contre le racisme et les discriminations, Henning Mankell, plusieurs fois auréolé de  prix littéraires en Suède et de par le monde, s’est fait connaitre par les états d’âme de ce célèbre policier de la ville de Ystad, près de Malmö en Suède. Le 5 octobre, Ystad a perdu son héros.

Le Monde du  5 octobre 2015 nous rappelle la genèse de Wallander : « Je voulais écrire sur les émigrants, la xénophobie, (avait-il [Henning Mankell] confié au Monde des livres en 2010). Je me suis dit que le racisme était un peu comme une attitude criminelle, et que le roman policier était le décor idéal pour en parler. Mais pour cela, j’avais besoin d’un détective. » Sa première apparition a lieu dans Meurtriers sans visage (1991, paru en France chez Bourgois en 1994), distingué par les prix du meilleur roman policier suédois et scandinave ».

Wallander pour Season One incarné par Krister Henriksson

Wallander pour Season One incarné par Krister Henriksson

Wallander à la BBC incarné par Kenneth Branagh

Wallander à la BBC incarné par Kenneth Branagh

 

 

 

 

 

L’Afrique et la lutte contre le racisme étaient sous sa plume des thèmes récurrents, confirme Anne-Françoise Hivert pour Libération dans son article Henning Mankell, Nord magnétique du 5 octobre 2015.

Mais son commissaire Wallander est d’abord remarquable par la qualité de ses états d’âme et de distanciation, écrit Philippe Lefait dans son article Henning Mankell 1948-2015 : un romancier et un « homme inquiet », c’est peu dire, des dérives du modèle social démocrate pour FranceTVInfo.

« La solidarité avec les faibles et les opprimés traverse son œuvre comme un fil rouge », écrit sa maison d’édition Leopard, qu’il avait lui-même fondée en 2001 avec l’éditeur Dan Israel, rapporte ICI Radio Canada en informant de la disparition de l’auteur.

Que les puristes se rassurent : Wallander ne sera pas « réutilisé » .

Son éditeur (cité par Le devoir, Canada, source : Agence France Presse) assure qu’il s’opposera ainsi à toute résurrection des personnages inventés par Mankell sous la plume d’autres auteurs, prenant ainsi le contre-pied de ce qui s’est passé avec les héros de la série de polars Millénium [ …]

Malgré sa disparition, nul doute que Henning Mankell restera dans les mémoires et que la ville de Ystad sera à nouveau arpentée par les visiteurs venus rendre hommage à l’auteur et à son héros le plus renommé. Nostalgiques et passionnés, tous se mettront dans les pas de Wallander (site en anglais), cherchant les traces de l’écrivain dans les pensées de ce héros très attachant.

Pour finir cet hommage, une interview de l’auteur en 2011 pour Lousiana Channel (en anglais) à propos de son engagement et de son métier d’écrivain : My responsability to react. 

L’œuvre d’Henning Mankell est disponible à La Médiathèque : au-delà des enquêtes de Kurt Wallander, d’autres policiers, mais aussi de la littérature jeunesse, du théâtre et des romans dont le dernier, Sables mouvants, un récit plus intimiste, une « réflexion sur ce que c’est que vivre », y écrivait Mankell.

Zoom sur les métiers du crime

13 Fév
Vous rêvez d’être le nouveau Patrick Lane (The Mentalist), vous êtes fan de la série les Experts, vous êtes incollable sur le quotidien d’un technicien de la police scientifique, la vue du sang ne vous fait pas peur. Alors devenez à votre tour expert, en découvrant à travers des romans policiers quels sont les métiers du crime. Après notre premier épisode consacré au médecin légiste , voici le numéro 2 :

N°2 L’avocat

L’image de l’homme de loi vous parle, vous avez une âme de chevalier, vous avez toujours affiché une volonté de défendre la veuve et l’orphelin, votre mission sur terre est de sauver le monde, ces romans sur le monde judiciaire sont fait pour vous ! Le rôle de l’avocat est de défendre tous les citoyens sans exception, qu’ils soient coupables ou innocents. Car même le plus terrible des assassins mérite une défense digne de ce nom… Zoom sur des romans passionnants où vous pourrez découvrir tout l’univers du barreau.Balance de la loi

Voici la prestation de serment prononcé par les jeunes avocats avant de pouvoir exercer leur fonction lors d’une cérémonie au cours de laquelle chacun s’engage solennellement à respecter les principes essentiels de la profession d’avocat :

Je jure, comme avocat, d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité, et humanité.

  • En littérature, rares sont les écrivains à n’avoir pas consacré des pages à la justice et au monde judiciaire. Je pense à Franz Kafka dans Le procès, et à Albert Camus dans l’Etranger par exemple. Les avocats et les juges y sont présentés comme des personnes qui se mettent en scène au détriment de leur client, qui sont surpuissants, ambitieux, ivres de leur pouvoir, corrompus. L’avocat est critiqué, moqué.
    Puis petit à petit, l’image de l’avocat change et devient l’homme qui plaide, l’homme qui défend des dossiers impossibles et des hommes indéfendables, l’homme qui cherche la vérité, l’homme qui lutte contre l’injustice etc.
  • Dans les romans policiers, l’un des premiers auteurs à avoir mis en lumière la figure de l’avocat  est John Grisham. Travaillant lui-même dans un bureau d’avocats, presque tous ses romans sont des « thrillers judiciaires ». Il utilise ses connaissances pour imaginer des histoires parfaitement huilées, parfaitement documentées. Ses avocats sont ambitieux, tenaces, et leurs clients sont victimes d’une machine judiciaire implacable. Dit comme cela, John Grisham aurait pu se contenter de répéter à l’infini le même livre, mais non, il se renouvelle à chaque fois. Car ce qui l’anime vraiment, c’est l’injustice, celle qui envoie des innocents croupir dans le couloir de la mort. Lors d’une interview accordée au quotidien britannique The Telegraph, John Grisham y explique que « les juges sont devenus fous ».
    A découvrir à la Médiathèque :

  • Parmi les tous nouveaux auteurs, Justin Peacock. Lui aussi est avocat. Avec son roman Verdict, il signe un polar judiciaire haletant, quasi documentaire, fourmillant de détails où le système américain y est décrit avec encore plus de réalisme que chez John Grisham. Entre se faire défendre par un avocat d’un grand cabinet et un avocat commis d’office, il y a une grande différence qui tient en deux mots : l’argent et le prestige. Dans ce roman, le jeune avocat, déchu pour une histoire de drogue, redescend en bas de l’échelle en devenant avocat commis d’office pour de petits dossiers. Jusqu’au jour où son patron lui demande d’assister une avocate dans une affaire de gros bonnet de… la drogue. Et où notre jeune avocat découvre que ce n’est pas tant la vérité qui compte mais la manière dont sont présenté les faits…

Un roman policier judiciaire, Verdict de Justin Peacock

Vous pourrez découvrir d’autres livres sur le même thème à la Médiathèque.

Zoom sur les métiers du …crime

12 Déc
Vous rêvez d’être le nouveau Patrick Jane (The  Mentalist), vous êtes fan de la série les Experts, vous êtes incollable sur le quotidien d’un technicien de la police scientifique, la vue du sang ne vous fait pas peur. Alors, devenez à votre tour expert, en découvrant à travers des romans policiers quels sont les métiers du crime.
N°1 Le médecin légiste

Zoom sur les métiers du crime à la Médiathèque

 Patricia Cornwell fut l’une des pionnières à proposer comme personnage principal la figure d’un médecin légiste.

D’abord journaliste spécialisée dans les faits divers, Patricia Cornwell occupera par la suite un poste d’informaticienne à l’institut médico-légal de Richmond en Virginie. Elle y fera la connaissance de la directrice de la morgue, dont elle s’inspirera pour créer son personnage.

Kay Scarpetta est donc une femme, médecin expert général et son personnage s’étoffe au fil des romans.
Consciencieuse, dynamique, entière dans son travail, côté corps elle s’y connaît. Carotide, foie, et autres organes n’ont plus de secrets pour elle. En revanche, côté cœur…. c’est le chaos. Divorce, perte d’un être cher, rien ne lui est épargné. Son seul amour, profileur au FBI, sera torturé et assassiné par un couple de psychopathes…
Malgré toutes ses épreuves, Kay Scarpetta est une femme drôle, sensible, un brin maniaque. Elle excelle dans son travail et  se bonifie avec les années.
D’origine italienne, Scarpetta cuisine beaucoup : une fois rentrée chez elle, la cuisine est pour elle non seulement un besoin mais surtout  un plaisir. Tarte au Jack Daniel’s, chili con carne à la bière, salade de figues au melon et au prosciutto, sans oublier les pizzas. Miam miam ! De quoi vous mettre l’eau à la bouche.

Pour vivre pleinement les enquêtes de notre héroïne, retrouvez la à la Médiathèque :

Vous trouverez d’autres médecins légistes dans les romans ci-dessous :

Les jeunes aussi ont leur livre sur les médecins légistes :

Retrouvez également Zoom sur les métiers du …  crime,  sur le blog B.R.E.F. et sur le blog Cineiffel.

Un certain goût pour la mort : disparition de P.D. James

5 Déc
La plupart des lecteurs amateurs d’enquêtes et de littérature policière anglaise connaissent et apprécient P.D. James, mais savent-ils qu’il s’agit d’une femme qui répondait au nom de Phyllis Dorothy James ? Cette « reine du crime » est morte ce jeudi 27 novembre 2014, à l’âge de 94 ans, laissant derrière elle une œuvre inscrite dans la tradition du roman à l’anglaise, mettant l’accent sur la psychologie des personnages et sur l’humour … « so » british
Life of crime … PD James.

Wicked twinkle … PD James. Photograph: Linda Nylind for the Guardian

Tout au long de sa vie, PD James s’est opposée à l’idée selon laquelle le roman policier serait un genre mineur. Son écriture est élégante et raffinée, et ses intrigues implacables sont particulièrement documentées. Elle porte un soin tout particulier à camper ses personnages, et leur environnement dans un climat qui revêt une importance dramatique.

Le lieu pouvant influencer ses héros, ainsi, dans Par action et par omission, il s’agit d’une centrale nucléaire. Dans Un certain goût de mort c’était la sacristie d’une église londonienneDans La Mort s’invite à Pemberley  la romancière anglaise fait un clin d’œil à un autre monument de la littérature britannique, Jane Austen, imaginant une version policière chez les héros d’Orgueil et préjugés.

Elle laisse à la postérité une œuvre riche de plus de vingt romans, ainsi que le personnage d’Adam Dalgliesh, fameux inspecteur de Scotland Yard, qui tient un rôle majeur dans son œuvre.

Ses romans ont été salués par les plus prestigieux critiques, qui lui ont attribué de nombreux prix (notamment le Grand prix de littérature policière en 1988 et plusieurs daggers* remis par la célèbre Crime Writers’ Association) chaque nouvelle parution tournant à l’événement médiatique et littéraire outre-manche.  Elle a longtemps travaillé au Home Office pour la brigade criminelle, peut-être était-ce une de ses sources d’inspiration pour ses intrigues diaboliques ?

Une auteure prolifique et talentueuse à (re)découvrir à la Médiathèque.

* Daggers : littéralement poignard, est le nom des récompenses de diamant, d’or ou d’argent décernées par la Crime Writer’s Association

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